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« J’étais un grand timide et je me suis transformé » : aux Baumettes à Marseille, des cours de prise de parole en public pour favoriser la réinsertion des détenus

FRANCE INFO: Une structure d’accompagnement vers la sortie est testée à la prison de Marseille, avec l’objectif d’éviter la récidive.

https://www.francetvinfo.fr/societe/prisons/jetais-un-grand-timide-et-je-me-suis-transforme-aux-baumettes-a-marseille-des-cours-pour-favoriser-la-reinsertion-des-detenus_3196139.html

« Ils m’ont fait sortir plus tôt. J’avais pris un an ferme, j’ai purgé quatre mois et demi », explique un ancien détenu qui a purgé sa peine de prison aux Baumettes à Marseille. Il a bénéficié, pendant sa détention, d’une structure d’accompagnement vers la sortie (SAS). « J’étais un grand timide », confie l’ex-détenu qui a éprouvé le programme testé depuis octobre 2018 auprès de personnes condamnées à une peine, ou un reliquat de peine, de moins de deux ans.

Infirmier de profession, il explique qu’il n’avait pas réussi à s’exprimer lors de son procès pour trois récidives de défaut de permis de conduire. L’une des formations intitulée « maîtriser sa parole pour préparer sa sortie » a été bénéfique. « En faisant ces cours, je me suis transformé le jour où je suis repassé devant le juge et la procureure, dit-il. Je me suis exprimé naturellement, poliment. Ils nous ont appris des façons de faire avec les mains, les gestes pour se présenter, dire bonjour. »

J’ai répondu aux bonnes questions, au bon moment et sans stress.Un ancien détenu des Baumettesà franceinfo

Au total, 101 détenus des Baumettes peuvent bénéficier de la structure d’accompagnement vers la sortie, prévue dans le plan prison. Un premier bilan sera établi d’ici l’été. Parmi eux, Bruno Palazzolo, fondateur et dirigeant du club Toastmasters Marseille, du nom du réseau international auquel il a adhéré et qui travaille sur la prise de parole en public depuis 90 ans. Pour les détenus, « c’est apprendre à parler en prison, ne serait-ce que sur eux-mêmes, dire ce qu’ils pensent, ce qu’ils ressentent, explique Bruno Palazzolo. Et on sait très bien qu’en prison, les émotions prennent parfois le pas sur la communication. La violence peut remplacer les mots. »

C’est une communication entre eux. Ensuite, c’est comment trouver un logement, un travail, se réinsérer socialement.Bruno Palazzolo, club Toastmasters Marseille à franceinfo

Le détenu est placé dans l’expérience de la prise de parole. On lui apprend « à improviser », poursuit le formateur, c’est-à-dire « être agile » quand on vous interroge. « C’est aussi apprendre à faire un discours de présentation de soi, qui va être utile après pour se présenter à un employeur, et apprendre à écouter un retour pour s’améliorer », conclut Bruno Palazzolo.

 

https://media.radiofrance-podcast.net/rf_sons/20190218-NET_FO_03e427f9-7ba9-4948-b475-21d4692797fc.mp3

The mission of the REFORM Alliance is to dramatically reduce the number of people who are unjustly under the control of the criminal justice system – starting with probation and parole.

To win, we will leverage our considerable resources to change laws, policies, hearts and minds.

 

https://reformalliance.com

https://youtu.be/xeaEtmFWMnI

CONFINED AND COSTLY: How Supervision Violations Are Filling Prisons and Burdening Budgets

 

Probation and parole are designed to lower prison populations and help people succeed in the community. New data show they are having the opposite effect. Until now, national data regarding the impact of probation violations on prison populations have been unavailable, resulting in a lopsided focus on parole. The Council of State Governments (CSG) Justice Center recently engaged corrections and community supervision leaders in 50 states to develop the first complete picture of how probation and parole violations make up states’ prison populations. The analysis revealed a startling reality.

La probation et la libération conditionnelle sont conçues pour réduire la population carcérale et aider les gens à réussir dans la collectivité. De nouvelles données montrent qu’ils ont l’effet contraire. Jusqu’à présent, les données nationales concernant l’impact des violations des conditions de probation sur les populations carcérales n’étaient pas disponibles, ce qui a donné lieu à une focalisation déséquilibrée sur la libération conditionnelle. Le Centre de justice du Conseil des gouvernements d’État (CSG) a récemment engagé des responsables des services correctionnels et de la surveillance communautaire dans 50 États pour dresser le premier tableau complet de la composition de la population carcérale des États en matière de probation et de libération conditionnelle. L’analyse a révélé une réalité surprenante.

Chaque jour, 280 000 PERSONNES en prison – près de 1 sur 4 – sont incarcérées à la suite d’une révocation de mesure de probation, ce qui coûte plus de 9,3 milliards de dollars par année.

 

 

https://csgjusticecenter.org/confinedandcostly/

Sarah Paquette (CICC 2019) Cyberdélinquance sexuelle

« Les cognitions qui soutiennent le crime sont associées à l’agression et à la récidive sexuelle

La mesure des cognitions des cyberdélinquants s’effectue à partir d’instruments :

  • développés et validés auprès d’agresseurs sexuels avec contact (ex. Échelle de bumby)
  • adaptés mais non validés incluant des items présumés mesurer les cognitions des cyberdélinquants (ex l’échelle CASA, Howitt & Sheldon, 2008)

Les individus qui présentent un intérêt sexuel pour les enfants, des distorsions cognitives, des tendances antisociales, peu de barrières internes, et qui ont accès à des mineurs sont les plus susceptibles d’agresser.

Echelle-C-CSI (Version intégrale)

Echelle-C-CSI (version finalisée par Paquette&Cortoni)

 

Voir aussi Michel Raymond Psychologue, Institut Philippe Pinel (2016)  » Les auteurs de crimes sexuels sur internet« 

Les consommateurs qui accèdent à la pornographie juvénile présentent leurs propres distorsions cognitives. Pour eux, les enfants photographiés/filmés sont déshumanisés et perçus comme de “simples images” sexuelles ou comme des “êtres sexués qui consentent et prennent plaisir” parce qu’ils sourient dans les photos ou les vidéos. Du fait de la distance avec les avec les enfants photographiés/filmés, les consommateurs ne réalisent pas la dimension d’abus. Les conséquences pour les victimes réelles sont ignorées. Les consommateurs n’ont pas l’impression de causer des torts parce qu’ils ne commettent pas d’agression sexuelle eux-mêmes, que les images sont déjà présentes sur le WEB, que ce ne sont pas eux qui les ont produites et que d’autres internautes les visionnent probablement aussi (Sheldon et Howitt 2007). Ils vivent peu de malaises et sont donc peu enclins à freiner leur consommation(…)

Elliot et Beech (2009) identifient quatre facteurs qui peuvent constituer des facteurs de risque (aigüs) de récidive dans la pornographie juvénile:

  1. Le surinvestissement d’internet au détriment des liens sociaux.

  2. L’augmentation des préoccupations sexuelles.

  3. L’augmentation de la fréquence de consommation de pornographie générale

  4. L’utilisation non supervisée d’internet.

Ces facteurs doivent être surveillés et constituent des cibles d’intervention.

Documentaire France 5 , émission « le monde en face »: « Rencontre avec mon agresseur » (Mélissa Theuriau)

Une femme victime de viol se retrouve à dialoguer avec son agresseur, 33 ans après les faits. Cette femme c’est Maiana Bidegain réalisatrice de ce documentaire. Une rencontre rendue possible grâce à la mise en place de la justice restaurative entrée dans la loi française en 2014. « Ce documentaire présente un témoignage inédit, vécu de l’intérieur, car la jeune femme, la petite fille qui a été violée et qui décide de témoigner aujourd’hui, c’est moi, Maiana, la réalisatrice du film. J’ai retrouvé mon agresseur au détour d’un article de journal, quand celui-ci comparaissait au tribunal pour d’autres agressions sexuelles sur mineur.
Ce jour-là, en 2013, ma vie a basculé. J’ai décidé d’aller à sa rencontre pour avoir enfin des réponses à des questions qui m’ont hantée toute ma vie. Et aussi, peut-être, pour essayer de réduire la probabilité que cet homme récidive.
Cette rencontre directe est l’une des toutes premières en France.
Ce voyage et les échanges avec toutes ces personnes vont me pousser à m’interroger sur ma propre vision de la justice, sur notre système français, ainsi que sur ce que j’attends de ma propre démarche.
Ne jamais laisser qui que ce soit de côté, même ceux que la société qualifie de monstres, précisément, pour mieux protéger la communauté : est-ce réellement possible, réalisable, souhaitable ?
Aurais-je la force moi-même d’aller au bout d’une démarche, qui pour le moment me trouble ? Saurai-je à mon niveau donner une autre chance à celui qui se révélera face à moi ?
Au bout de ce cheminement, je serai alors en mesure de faire mon choix : continuer et aboutir peut être à une deuxième rencontre avec mon agresseur, ou bien arrêter là ».

réalisé par : Maiana Bidegain, Sébastien Koegler

Après la diffusion de ce documentaire, Marina Carrère d’Encausse propose un débat avec plusieurs invités :   – Maiana Bidegain, auteure du documentaire – Alain Ghiloni, le 21 nov 1995, son fils unique Fabien, âgé de 20 ans, étudiant en sport et champion de VTT a été tué par arme à feu, le mobile du crime était de lui voler son walkman. L’agresseur a été condamné à 20 ans d’emprisonnement en 1998. Il a participé à une rencontre condamnés/victimes qui réunissaient des auteurs de crimes violents et trois victimes. – Professeur Robert Cario, criminologue et fondateur en 2013 de l’Institut français pour la justice réparative – Isabelle Deforges, animatrice de rencontres, coordinatrice à l’association d’aide aux victimes de Valence (REMAID) – David Lauréote, Directeur du SPIP des Bouches du Rhône, qui a organisé plusieurs sessions de JR sur le Vaucluse et a co-animé une médiation restaurative.

L’Instant M par Sonia Devillers (9h40 – 3 Juin 2019 – Maïana Bidegain)

(FRANCE CULTURE, Emission du grain à moudre, 23/05/2019) Les robots feront-ils de bons juges?

C’est une grande première : l’Estonie, qui a fait des technologies numériques son principal axe de développement, va déléguer certaines affaires judiciaires à des robots. Une telle évolution est-elle vouée à se généraliser pour le traitement des petits contentieux ? Serait-ce une bonne chose ?

L’intelligence artificielle grignote peu à peu nos modes de vie. Jusque-là, un terrain échappait encore à cette vaste conquête : celui de la justice. Mais plus pour longtemps. L’Estonie, qui a fait des technologies numériques son principal axe de développement, s’apprête à déléguer certaines affaires judiciaires à des robots. Ils seront amenés à juger, de manière autonome, des délits mineurs : une grande première !

A vrai dire, ce n’est pas la première incursion de l’intelligence artificielle dans le monde de la justice. Encouragées par l’ouverture des données et leur mise à disposition du public, plusieurs sociétés se sont lancées dans ce qu’on appelle la justice prédictive. Il s’agit, à partir d’une masse d’information judiciaires, d’estimer, par exemple, les chances qu’une affaire aboutisse, ou encore les risques de récidive.

L’idée, c’est de faire gagner du temps aux avocats et aux magistrats, de les accompagner dans leur prise de décision, ce qui pose déjà un certain nombre de questions sur la qualité des jugements. Mais l’Estonie s’apprête à franchir un nouveau cap, en déléguant ces décisions (sur des délits mineurs) à des machines. La justice en sortira-t-elle plus équitable ?

« Les robots feront-ils de bons juges ? »

Vidéos :

Florence G’Sell :

L’un des gros enjeux de cette numérisation de la justice lancée par la loi de programmation votée il y a deux mois, c’est d’avoir une justice peut-être plus rapide, mais surtout plus simple.

Benjamin Jean :

L’un des enjeux très fort de la numérisation, c’est aussi le développement de la justice privée. Il y a  de plus en plus d’acteurs qui se veulent intermédiaires et qui peuvent se permettre de résoudre des solutions sans aller devant un juge.

Articles :

« En Estonie, une intelligence artificielle va rendre des décisions de justice »Le Figaro, le 01/04/2019

« Nicole Belloubet : « Le numérique est une nécessité première pour le ministère de la Justice » »Le Monde du droit, le 30/11/2018

 

Le témoin du vendredi : Emilienne Mukansoro, thérapeute au Rwanda (FRANCE INTER , 24 mai 2019)

Au Rwanda les ténèbres tombèrent en avril 1994 et durèrent jusqu’à la fin de juillet. Emilienne Mukansoro vécut ces mois terrée dans les herbes. Quand elle en sortit, il ne restait de sa famille que ses deux petites sœurs, son mari, ses filles. Comment dire adieu à tant de personnes en même temps ?

Dessin d'un enfant réfugié rwandais ayant survécu au génocide des Tutsis
Dessin d’un enfant réfugié rwandais ayant survécu au génocide des Tutsis © Getty / Reza

Notre invitée d’aujourd’hui rappelle à raison une année-clé, qui a annoncé le génocide de 1994 : en 1973-1974, eurent déjà lieu des massacres terribles qui se firent écho du Burundi voisin au Rwanda. A d’autres dates, antérieures, avaient déjà retenti des signaux d’alarme : 1959, 1964… En fait, dès avant l’indépendance de 1962, avait été mise en place une politique délibérément ethniciste dont la responsabilité incombe largement à l’Eglise catholique, toute puissante au Rwanda. Le souci, légitime, était de promouvoir la majorité des habitants mais il se trouvait que celle-ci était composée de hutus qu’on commença à opposer aux tutsi – une minorité accusée de cumuler les privilèges quand elle ne préparait pas au communisme. Leur apparence physique leur était particulièrement reprochée : il était dit d’eux qu’ils étaient trop grands, trop élancés, trop beaux – comme on disait des juifs d’Europe qu’ils étaient laids.

Emilienne Mukansoro dit néanmoins que la vie fut longtemps tranquille pour sa famille. Au début de 1994, elle enseignait, était mariée et avait deux filles.

Les ténèbres tombèrent en avril 1994 et durèrent jusqu’à la fin de juillet. C’était il y a vingt-cinq ans. Ce n’est pas une douleur d’il y a vingt-cinq ans, c’est une douleur de vingt-cinq ans.

Emilienne Mukansoro vécut ces mois terrée dans les  herbes. Quand elle en sortit, il ne restait de sa famille que ses deux petites sœurs, son mari, ses filles. Comment dire adieu à tant de personnes en même temps ? Et pas un corps à enterrer.

Les survivants ne revivent pas s’ils restent seuls. Surtout dans un pays où la famille est si importante qu’on peut difficilement concevoir une veuve, un orphelin laissés à eux-mêmes.

Le pays des Mille Collines n’avait pas de psychiatres. Progressivement, Emilienne Mukansoro est devenue thérapeute. D’abord dans une pièce où elle recevait sur deux chaises placées côte à côte ou même sur une natte. Puis elle a fait naître des groupes de parole, sur le modèle défini par Nassan Munyadamutsa. Elle poursuit maintenant un travail dédié exclusivement aux femmes victimes de violences sexuelles. Elle chiffre le nombre des morts du génocide à un million – en cent jours ! Et elle estime celui des viols entre 200 et 500.000.

Colloque international Le Génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 au Centre de la Mémoire d’Oradour sur Glane les 23 et 24 mai 2019

Bibliographie :

Hélène DumasLe Génocide au village. Le massacre des Tutsi au Rwanda Le Seuil

Jean Hatzfeld Récits des marais rwandais Le Seuil

Jean Hatzfeld Un papa de sang Gallimard

Laurent Larcher Rwanda, ils parlent témoignages pour l’histoire Le Seuil

Revue Esprit – Mai 2019 J’habite un ailleurs dont il n’y a pas d’exil. Vingt-cinq ans après le génocide des Tutsi du Rwanda par Amélie Faucheux et Emilienne Mukansoro

Les invités
  • Emilienne MukansoroRescapée du génocide des Tutsi du Rwanda, thérapeute spécialiste des violences sexuelles