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Experiences in Close Relationships – Revised, ECR-R

(version abrégée française – 24 items et version 16 items)

Fraley, Waller & Brennan, 2000
(adaptation de Brennan, Clark & Shaver, 1998)

PRÉSENTATION DE L’ÉCHELLE

L’Échelle des expériences dans les relations proches – version révisée (Experiences in Close Relationships – Revised, ECR-R) est aujourd’hui considérée comme l’un des instruments de référence pour l’évaluation dimensionnelle de l’attachement adulte dans les relations amoureuses.

Elle s’inscrit dans le prolongement des travaux de John Bowlby sur la théorie de l’attachement et de son application aux relations amoureuses adultes proposée par Cindy Hazan et Phillip Shaver (1987).

Alors que les premiers instruments d’attachement adulte reposaient principalement sur une approche catégorielle distinguant trois styles (sécure, anxieux/ambivalent, évitant), les recherches contemporaines considèrent majoritairement l’attachement comme un ensemble de dimensions continues.

L’ECR-R évalue deux dimensions fondamentales :

  • l’anxiété d’attachement (attachment anxiety) ;
  • l’évitement de l’attachement (attachment avoidance).

Ces deux dimensions permettent de décrire les modèles internes de fonctionnement relationnel d’une personne sans supposer l’existence de catégories fixes.

La traduction française est celle de Lafontaine & Lussier (2003) & Favez & Cairo (2011)

A nter également l’existence de l’ECR-R-16F, 16 items   (Valentine Rattaz, Nicolas Favez , Nilo Puglisi , Sarah Cairo Notari , Hervé Tissot 2025, Validation de l’ECR-R-16F : version française courte de l’Experience in Close Relationships Revised )

HISTORIQUE ET DÉVELOPPEMENT

L’ECR original (Experiences in Close Relationships) a été développé par Brennan, Clark et Shaver en 1998.

Les auteurs ont analysé un ensemble de plus de 300 items issus des principaux questionnaires d’attachement adulte existants afin d’identifier les dimensions communes aux différents modèles.

L’analyse factorielle a fait apparaître deux facteurs majeurs :

  1. Anxiété d’attachement
  2. Évitement de l’attachement

Ces deux dimensions expliquaient une part importante de la variance des mesures existantes.

En 2000, Fraley, Waller et Brennan ont proposé une version révisée, l’ECR-R, en utilisant notamment des analyses issues de la théorie de la réponse à l’item (Item Response Theory).

Cette révision avait pour objectif :

  • d’améliorer la précision psychométrique des items ;
  • de mieux couvrir l’ensemble du continuum de chaque dimension ;
  • de réduire certaines limites de formulation présentes dans l’ECR initial.

La version finale et complete comporte 36 items (vs 24 pour version abrégée), répartis en deux sous-échelles de 18 items.

FONDEMENTS THÉORIQUES

Selon le modèle contemporain de l’attachement adulte, les différences individuelles peuvent être représentées selon deux axes indépendants.

1. Anxiété d’attachement (Attachment Anxiety)

Cette dimension correspond au degré d’inquiétude concernant :

  • la disponibilité du partenaire ;
  • la stabilité de la relation ;
  • le risque d’abandon ;
  • la valeur personnelle aux yeux du partenaire.

Les personnes ayant un score élevé peuvent :

  • rechercher davantage de réassurance ;
  • être hypersensibles aux signes de rejet ;
  • interpréter plus facilement les comportements du partenaire comme une menace relationnelle.

2. Évitement de l’attachement (Attachment Avoidance)

Cette dimension correspond au degré d’inconfort face :

  • à l’intimité émotionnelle ;
  • à la dépendance affective ;
  • à la proximité relationnelle ;
  • au fait de compter sur autrui.

Les personnes ayant un score élevé peuvent :

  • privilégier l’autonomie ;
  • limiter l’expression émotionnelle ;
  • éprouver des difficultés à faire confiance ;
  • maintenir une distance relationnelle.

TRADUCTION FRANÇAISE DE L’ÉCHELLE

Consignes

Les affirmations suivantes concernent la manière dont vous vivez généralement vos relations amoureuses. Nous souhaitons connaître vos sentiments concernant les relations proches. Pour chaque affirmation, indiquez dans quelle mesure celle-ci correspond à ce que vous ressentez généralement. Répondez en pensant à vos relations amoureuses actuelles ou passées.

Échelle de réponse :

Score Réponse
1 Fortement en désaccord
2 En désaccord
3 Plutôt en désaccord
4 Ni d’accord ni en désaccord
5 Plutôt d’accord
6 D’accord
7 Fortement d’accord

ITEMS

Items

  1. J’ai peur de perdre l’amour de mon/mà partenaire.

  2. Mon/mà partenaire me comprend vraiment bien et comprend ce dont j’ai besoin.

  3. Je suis souvent inquiet(e) à l’idée que mon partenaire ne veuille pas rester avec moi.

  4. Je suis à l’aise pour montrer de l’affection à mon/mà partenaire.

  5. Je suis souvent inquiet(e) à l’idée que mon partenaire ne m’aime pas vraiment.

  6. Il est facile pour moi de compter sur mes partenaires amoureux(ses).

  7. Je m’inquiète à l’idée que mes partenaires amoureux ne vont pas s’occuper de moi autant que je m’occupe d’eux.

  8. Ça ne me gêne pas d’avoir besoin de mon/mà partenaire.

  9. Il m’arrive souvent de souhaiter que les sentiments de mon/mà partenaire pour moi soient aussi forts que mes sentiments pour lui/elle.

  10. Je discute de tout avec mon/mà partenaire.

  11. Je m’inquiète beaucoup au sujet de mes relations.

  12. Je dis à peu près tout à mon/mà partenaire.

  13. Quand mon partenaire est loin de moi, j’ai peur qu’il/elle s’intéresse à quelqu’un d’autre.

  14. Quand je montre mes sentiments à un partenaire, j’ai peur qu’il/elle n’éprouve pas les mêmes sentiments envers moi.

  15. J’ai rarement la crainte que mon partenaire me quitte.

  16. Mon/mà partenaire amoureux(se) me fait douter de moi.

  17. Il ne m’arrive pas souvent de m’inquiéter d’être abandonné(e).

  18. Je trouve que mes partenaires ne veulent pas se rapprocher de moi autant que je le voudrais.

  19. Cela m’aide de me tourner vers mon/mà partenaire quand j’en ai besoin.

  20. Il arrive quelquefois que des partenaires amoureux(ses) changent leurs sentiments envers moi sans raison apparente.

  21. Il m’est relativement facile de me rapprocher de mon/mà partenaire.

  22. Mon désir d’être très près des gens les fait fuir parfois.

  23. Ce n’est pas difficile pour moi de me rapprocher de mon/mà partenaire.

  24. J’ai peur que lorsqu’un/une partenaire va me connaître mieux, il/elle n’apprécie pas qui je suis vraiment.

COTATION

Attribution aux sous-échelles

La version française de l’ECR-R présentée ici comporte 24 items répartis en deux dimensions :

Dimension Items
Évitement (Avoidance) 2, 4, 6, 8, 10, 12, 14, 16, 18, 20, 22, 24
Anxiété (Anxiety) 1, 3, 5, 7, 9, 11, 13, 15, 17, 19, 21, 23

Procédure de calcul

  1. Inversion des items : Pour les items suivants, inverser la cotation selon la formule : score inversé = 8 - score original (1→7, 2→6, 3→5, 4→4, 5→3, 6→2, 7→1).

  2. Calcul des scores par dimension : Pour chaque dimension, faire la moyenne des scores (après inversion le cas échéant) des items qui la composent. Les scores par dimension varient donc de 1 à 7.

Récapitulatif des items inversés

Dimension Items inversés
Évitement 2, 4, 6, 8, 10, 12, 14, 16, 18, 20, 22, 24
Anxiété 9, 15, 17

INTERPRÉTATION

Principe général

L’interprétation de l’ECR-R repose sur les scores obtenus sur les deux dimensions. Un score élevé (proche de 7) sur une dimension indique une plus grande présence de la caractéristique correspondante. Un score faible (proche de 1) reflète une moindre présence.

Des données normatives issues de la validation de la version française (N = 600, âgés de 25 à 45 ans) indiquent les valeurs moyennes suivantes :

Dimension Moyenne Écart-type
Évitement 2,93 1,15
Anxiété 3,46 1,10

Interprétation par dimension

1. Évitement de l’attachement (Avoidance) — items 2, 4, 6, 8, 10, 12, 14, 16, 18, 20, 22, 24

Un score élevé (> 4) indique un inconfort marqué à l’égard de la proximité et de l’intimité. La personne préfère maintenir une distance émotionnelle, se montre réticente à dépendre d’autrui et tend à minimiser l’importance des relations amoureuses. Elle peut éprouver des difficultés à faire confiance et à s’engager pleinement. À l’inverse, un score faible (< 2,5) reflète un confort dans la proximité, une facilité à s’ouvrir aux autres et une acceptation de la dépendance mutuelle.

2. Anxiété d’attachement (Anxiety) — items 1, 3, 5, 7, 9, 11, 13, 15, 17, 19, 21, 23

Un score élevé (> 4) témoigne d’une préoccupation anxieuse concernant l’abandon, le rejet et la réciprocité des sentiments. La personne craint que son partenaire ne l’aime pas vraiment, doute de la solidité de la relation et peut manifester un besoin excessif de réassurance. À l’inverse, un score faible (< 2,5) reflète une relative sérénité à l’égard de la relation et une moindre crainte de l’abandon.

Profils d’attachement

La combinaison des deux scores dimensionnels permet de situer le répondant par rapport aux quatre styles d’attachement décrits par Bartholomew (1990) :

Profil Anxiété Évitement Modèle de soi Modèle d’autrui
Sécure Faible Faible Positif Positif
Préoccupé Élevée Faible Négatif Positif
Évitant-distant Faible Élevé Positif Négatif
Craintif-évitant Élevée Élevé Négatif Négatif
  • Attachement sécure : La personne est à l’aise avec la proximité et ne craint pas l’abandon. Elle entretient des relations satisfaisantes et équilibrées.
  • Attachement préoccupé (anxiété élevée, évitement faible) : La personne aspire à la fusion et à l’intimité, mais doute de la réciprocité des sentiments. Elle craint constamment l’abandon et peut manifester une dépendance émotionnelle marquée.
  • Attachement évitant-distant (anxiété faible, évitement élevé) : La personne valorise l’autonomie et l’indépendance, minimise l’importance des relations et se montre réticente à l’engagement.
  • Attachement craintif-évitant (anxiété élevée, évitement élevé) : La personne craint à la fois l’abandon et l’intimité. Elle entretient un double mouvement d’approche et d’évitement dans ses relations.

INTERPRÉTATION

Principe général

L’ECR-R ne produit pas un diagnostic ni une catégorie d’attachement.

Il mesure deux tendances dimensionnelles :

  • anxiété relationnelle ;
  • évitement relationnel.

Plus un score est élevé, plus la dimension correspondante est présente.

1. Anxiété d’attachement

Score élevé

La personne peut présenter :

  • une forte sensibilité au rejet ;
  • une peur de perdre l’autre ;
  • un besoin important de validation ;
  • une tendance à rechercher fréquemment des signes d’amour.

Dans les relations, cela peut favoriser :

  • la rumination ;
  • la jalousie ;
  • l’hypervigilance relationnelle.

Score faible

La personne manifeste généralement :

  • une confiance plus importante dans la stabilité du lien ;
  • une meilleure régulation des inquiétudes relationnelles ;
  • une moindre peur de l’abandon.

2. Évitement de l’attachement

Score élevé

La personne peut présenter :

  • une gêne face à l’intimité ;
  • une difficulté à exprimer ses besoins émotionnels ;
  • une préférence pour l’indépendance ;
  • une difficulté à compter sur autrui.

Score faible

La personne manifeste généralement :

  • une capacité confortable à être proche ;
  • une ouverture émotionnelle ;
  • une plus grande confiance envers le partenaire.

PROFILS D’ATTACHEMENT (REPRÉSENTATION DESCRIPTIVE)

La combinaison des deux dimensions permet d’illustrer quatre configurations théoriques :

Évitement faible Évitement élevé
Anxiété faible Attachement sécure Attachement détaché
Anxiété élevée Attachement préoccupé Attachement craintif

Attachement sécure

Faible anxiété + faible évitement.

Caractéristiques :

  • confiance relationnelle ;
  • confort avec l’intimité ;
  • capacité à dépendre et être dépendant.

Attachement préoccupé

Forte anxiété + faible évitement.

Caractéristiques :

  • besoin important de proximité ;
  • peur du rejet ;
  • recherche fréquente de réassurance.

Attachement détaché

Faible anxiété + fort évitement.

Caractéristiques :

  • valorisation de l’autonomie ;
  • distance émotionnelle ;
  • minimisation des besoins relationnels.

Attachement craintif

Forte anxiété + fort évitement.

Caractéristiques :

  • désir de proximité associé à une peur de l’intimité ;
  • difficulté à faire confiance ;
  • ambivalence relationnelle.

QUALITÉS PSYCHOMÉTRIQUES

L’ECR-R présente d’excellentes propriétés psychométriques.

Les études rapportent généralement :

  • cohérence interne élevée :
    • Anxiété : α souvent > .90
    • Évitement : α souvent > .90
  • bonne stabilité temporelle ;
  • validité convergente avec :
    • satisfaction conjugale ;
    • qualité relationnelle ;
    • régulation émotionnelle ;
    • fonctionnement interpersonnel.

L’ECR-R a été traduit et validé dans de nombreuses langues.

LIMITES ET PRÉCAUTIONS D’INTERPRÉTATION

  • L’ECR-R n’est pas un outil diagnostique.
  • Il ne permet pas de déterminer un « type d’attachement » fixe.
  • Les scores peuvent varier selon :
    • la relation évaluée ;
    • l’histoire relationnelle ;
    • le contexte émotionnel au moment de la passation.
  • Les seuils cliniques ne sont pas établis.

Il est recommandé d’interpréter les résultats comme une description de tendances relationnelles plutôt que comme une classification de personnalité.

APPLICATIONS

L’ECR-R est utilisé dans :

  • la recherche sur les relations de couple ;
  • la psychologie clinique ;
  • l’étude de la régulation émotionnelle ;
  • les recherches sur la psychopathologie relationnelle ;
  • les interventions thérapeutiques centrées sur l’attachement.

RÉFÉRENCES

  • Brennan, K. A., Clark, C. L., & Shaver, P. R. (1998).
    Self-report measurement of adult attachment: An integrative overview.
    In J. A. Simpson & W. S. Rholes (Eds.), Attachment Theory and Close Relationships. Guilford Press.
  • Fraley, R. C., Waller, N. G., & Brennan, K. A. (2000).
    An item response theory analysis of self-report measures of adult attachment.
    Journal of Personality and Social Psychology, 78(2), 350–365.
  • Mikulincer, M., & Shaver, P. R. (2007).
    Attachment in Adulthood: Structure, Dynamics, and Change.
    Guilford Press.

 

ECR-R-16F – Questionnaire

Consignes: Les énoncés suivants se rapportent à la manière dont vous vous sentez à l’intérieur de vos relations amoureuses. Nous nous intéressons à la manière dont vous vivez généralement ces relations et non seulement à ce que vous vivez dans votre relation actuelle. Répondez à chaque énoncé en entourant le chiffre correspondant à votre degré d’accord. Si vous n’êtes pas en couple, référez-vous à votre dernière relation.

  1. Mon/ma partenaire me comprend vraiment bien et comprend ce dont j’ai besoin
  2. Je suis à l’aise pour montrer de l’affection à mon/ma partenaire
  3. Je suis souvent inquiet·ète à l’idée que mon/ma partenaire ne m’aime pas vraiment
  4. Ça ne me gêne pas d’avoir besoin de mon/ma partenaire
  5. Il m’arrive souvent de souhaiter que les sentiments de mon/ma partenaire pour moi soient aussi forts que mes sentiments pour lui/elle
  6. Je m’inquiète beaucoup au sujet de mes relations
  7. J’ai rarement la crainte que mon/ma partenaire me quitte
  8. Mon/ma partenaire amoureux·se me fait douter de moi
  9. Cela m’aide de me tourner vers mon/ma partenaire quand j’en ai besoin
  10. Il arrive quelquefois que des partenaires amoureux·ses changent leurs sentiments envers moi sans raison apparente
  11. Il m’est relativement facile de me rapprocher de mon/ma partenaire
  12. Mon désir d’être très près des gens les fait fuir parfois
  13. J’ai peur que lorsque un/une partenaire va me connaitre mieux, il/elle n’apprécie pas qui je suis vraiment
  14. Je me permets difficilement de compter sur mon/ma partenaire amoureux·se
  15. Je me sens à l’aise de partager mes pensées intimes et mes sentiments avec mon/ma partenaire
  16. Je deviens mal à l’aise lorsque mon/ma partenaire amoureux·se veut être très près de moi

Calcul des scores

  • Echelle allant de 1 (fortement en désaccord) à 7 (fortement en accord)
  • Echelle d’anxiété : items 3, 5, 6, 7, 8, 10, 12, 13.
  • Échelle d’évitement : items 1, 2, 4, 9, 11, 14, 15, 16
  • Pour obtenir des scores pour chaque échelle : faire la moyenne des items.
  • Les scores des items 1, 2, 4, 7, 9, 11, 15 doivent être inversés pour le calcul de la moyenne

ÉCHELLE D’ATTACHEMENT ADULTE

juillet 17th, 2026 | Publié par crisostome dans OUTILS - (0 Commentaire)

Adult Attachment Scale – AAS

Collins & Read, 1990 

PRÉSENTATION DE L’ÉCHELLE

L’Échelle d’attachement adulte (Adult Attachment Scale, AAS) a été élaborée par Nancy L. Collins et Stephen J. Read en 1990, dans le prolongement des travaux fondateurs de Hazan et Shaver (1987) sur la transposition de la théorie de l’attachement de Bowlby à l’âge adulte. Alors que les premières mesures de l’attachement adulte reposaient sur une approche catégorielle (attribuant chaque individu à l’un des trois styles – sécure, anxieux ou évitant), Collins et Read ont proposé une conceptualisation dimensionnelle, permettant de rendre compte de la variabilité continue des différences individuelles dans les expériences d’attachement.

L’échelle originale, publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology, a été développée à partir d’une analyse factorielle exploratoire menée sur un échantillon de 406 étudiants universitaires, révélant trois dimensions distinctes : la proximité (Close – degré de confort ressenti à l’égard de l’intimité et des relations proches), la dépendance (Depend – mesure dans laquelle la personne se sent capable de compter sur autrui pour être disponible en cas de besoin), et l’anxiété (Anxiety – préoccupation anxieuse concernant l’abandon ou le fait de n’être pas aimé). La version finale de l’instrument comporte 18 items, six par sous-échelle, cotés sur une échelle de Likert en cinq points.

L’AAS est l’un des premiers questionnaires à avoir quitté la logique sécure / évitant / anxieux pour adopter une mesure dimensionnelle.

En 1996, Nancy Collins a procédé à une révision de l’échelle (Revised Adult Attachment Scale, R-AAS), qui a fait l’objet de nombreuses validations transculturelles. La version révisée a notamment été traduite en français sous le nom de R-AAS-F, dont la structure factorielle en trois dimensions a été confirmée auprès d’un échantillon francophone de 408 jeunes adultes, avec des coefficients oméga variant de .77 à .85 selon les dimensions. L’instrument est aujourd’hui l’un des questionnaires auto-administrés les plus influents et les plus largement utilisés pour évaluer l’attachement adulte en recherche et en clinique, bien qu’aujourd’hui, la plupart des chercheurs utilisent plutôt l’ECR (Experiences in Close Relationships, de Kelly Brennan, Catherine Clark et Phillip Shaver, 1998) ou l’ECR-R.

TRADUCTION FRANÇAISE DE L’ÉCHELLE

Consignes

Veuillez lire chacun des énoncés suivants et évaluer dans quelle mesure il décrit vos sentiments à l’égard des relations amoureuses. Veuillez considérer l’ensemble de vos relations (passées et présentes) et répondre en fonction de ce que vous ressentez généralement dans ces relations. Si vous n’avez jamais été engagé(e) dans une relation amoureuse, répondez en fonction de ce que vous pensez que vous ressentiriez. Utilisez l’échelle ci-dessous en inscrivant un chiffre entre 1 et 5 dans l’espace prévu à droite de chaque énoncé.

1 Pas du tout caractéristique de moi
2 Peu caractéristique de moi
3 Ni caractéristique, ni non caractéristique de moi
4 Assez caractéristique de moi
5 Très caractéristique de moi

Items

  1. Il m’est relativement facile de me rapprocher des autres.

  2. Je ne m’inquiète pas d’être abandonné(e).

  3. J’éprouve des difficultés à me permettre de dépendre des autres.

  4. Dans mes relations, je m’inquiète souvent que mon/mà partenaire ne m’aime pas vraiment.

  5. Je constate que les autres sont réticents à se rapprocher autant que je le souhaiterais.

  6. Je suis à l’aise pour dépendre des autres.

  7. Je ne m’inquiète pas que quelqu’un se rapproche trop de moi.

  8. Je constate que les gens ne sont jamais là quand on a besoin d’eux.

  9. Je suis quelque peu mal à l’aise d’être proche des autres.

  10. Dans mes relations, je m’inquiète souvent que mon/mà partenaire ne veuille pas rester avec moi.

  11. Je souhaite fusionner complètement avec une autre personne.

  12. Mon désir de fusion fait parfois peur aux gens et les éloigne.

  13. Je suis à l’aise que d’autres personnes dépendent de moi.

  14. Je sais que les gens seront là quand j’aurai besoin d’eux.

  15. Je suis nerveux/nervouse quand quelqu’un se rapproche trop de moi.

  16. J’éprouve des difficultés à faire entièrement confiance aux autres.

  17. Souvent, mes partenaires veulent que je sois plus proche que je ne me sens à l’aise de l’être.

  18. Je ne suis pas certain(e) de pouvoir toujours compter sur les autres pour être là quand j’ai besoin d’eux.

COTATION

Attribution aux sous-échelles (version originale à trois dimensions)

Chaque item est associé à l’une des trois sous-échelles suivantes :

Sous-échelle Items
Proximité (Close) 1, 7, 9, 13, 15, 17*
Dépendance (Depend) 3, 6, 8, 14, 16, 18
Anxiété (Anxiety) 2*, 4, 5, 10, 11, 12

Les items suivis d’un astérisque () sont inversés.*

Procédure de calcul

  1. Inversion des items : Pour les items marqués d’un astérisque (*), inverser la cotation selon la formule suivante : score inversé = 6 - score original (ainsi, un 1 devient 5, un 2 devient 4, un 3 reste 3, un 4 devient 2, un 5 devient 1).
  2. Calcul des scores par sous-échelle : Pour chacune des trois sous-échelles, faire la moyenne des scores (après inversion le cas échéant) des six items qui la composent. Les scores par sous-échelle varient donc de 1 à 5.
  3. Score total : Contrairement à d’autres instruments, l’AAS ne propose pas de score total unique. L’interprétation repose sur le profil des trois scores dimensionnels.

Cotation alternative : dimensions bipolaires de l’anxiété et de l’évitement

Certains chercheurs (Kim Bartholomew et Kelly Brennan)  utilisent une cotation alternative permettant de calculer deux dimensions bipolaires – l’anxiété d’attachement (modèle de soi) et l’évitement de l’attachement (modèle de l’autre) – selon le barème suivant :

Dimension Items
Anxiété (Anxiety) 2*, 4, 5, 10, 11, 12
Évitement (Avoidance) 1, 3, 6, 7, 8, 9, 13, 14*, 15, 16, 17, 18

Les items suivis d’un astérisque () sont inversés.*

INTERPRÉTATION

Principe général

L’interprétation de l’AAS repose sur le profil des scores obtenus sur les trois dimensions. Un score élevé sur une sous-échelle indique une plus grande présence de la caractéristique correspondante. La combinaison des trois scores permet de situer le répondant par rapport aux styles d’attachement classiquement décrits dans la littérature.

Interprétation par sous-échelle

1. Proximité (Close) — items 1, 7, 9, 13, 15, 17*

Un score élevé (moyenne > 3,5) indique un confort à l’égard de l’intimité et de la proximité relationnelle. La personne se sent à l’aise pour établir des liens étroits, n’éprouve pas de crainte d’être envahie et accepte que les autres dépendent d’elle. À l’inverse, un score faible (moyenne < 2,5) reflète une gêne face à la proximité, une tendance à maintenir une distance émotionnelle et une appréhension à l’égard de l’intimité.

2. Dépendance (Depend) — items 3, 6, 8, 14, 16, 18

Un score élevé (moyenne > 3,5) témoigne de la conviction que l’on peut compter sur les autres pour être disponibles en cas de besoin. La personne éprouve un sentiment de sécurité dans la dépendance et fait confiance à la fiabilité d’autrui. Un score faible (moyenne < 2,5) reflète au contraire une méfiance à l’égard de la disponibilité d’autrui, une crainte d’être déçu et une difficulté à s’appuyer sur les autres.

3. Anxiété (Anxiety) — items 2*, 4, 5, 10, 11, 12

Un score élevé (moyenne > 3,5) indique une préoccupation anxieuse concernant l’abandon, le rejet ou le fait de ne pas être suffisamment aimé. La personne craint que son partenaire ne l’aime pas vraiment ou ne veuille pas rester avec elle, et peut manifester un désir de fusion intense qui risque d’éloigner autrui. Un score faible (moyenne < 2,5) reflète une relative sérénité à l’égard de la pérennité de la relation et une moindre crainte de l’abandon.

Profils d’attachement

Les profils d’attachement peuvent être approximativement rapprochés des styles décrits par Hazan et Shaver, mais l’AAS est avant tout un instrument dimensionnel. Les trois scores doivent être interprétés conjointement plutôt que convertis mécaniquement en catégories.

La combinaison des trois scores permet de distinguer trois profils, en cohérence avec la typologie classique de Hazan et Shaver (1987) :

Profil Proximité Dépendance Anxiété
Sécure Élevé Élevé Faible
Anxieux/ambivalent Élevé Faible Élevé
Évitant Faible Faible Faible
  • Attachement sécure : La personne est à l’aise avec la proximité, fait confiance à la disponibilité d’autrui et ne craint pas l’abandon. Elle entretient des relations satisfaisantes et équilibrées.
  • Attachement anxieux (ou préoccupé) : La personne aspire à la proximité et à la fusion, mais doute de la réciprocité des sentiments et craint constamment l’abandon. Cette ambivalence peut générer une dépendance émotionnelle marquée et des fluctuations de l’humeur.
  • Attachement évitant : La personne est mal à l’aise avec l’intimité, préfère maintenir une distance émotionnelle et se méfie de la fiabilité d’autrui. Elle tend à minimiser l’importance des relations et à privilégier l’autonomie.

Remarques cliniques et méthodologiques

  • L’AAS n’est pas un instrument diagnostique ; il vise à évaluer des dimensions continues de l’attachement, non à poser un diagnostic catégoriel.

  • Il n’existe pas de seuil clinique officiellement validé. Les seuils interprétatifs (élevé > 3,5 ; faible < 2,5) sont indicatifs et doivent être adaptés en fonction des caractéristiques de l’échantillon et du contexte culturel.

  • La version révisée de 1996 (R-AAS) a fait l’objet d’une validation en français (R-AAS-F), dont les propriétés psychométriques se sont révélées satisfaisantes. Les chercheurs sont invités à se référer à cette version pour des applications en contexte francophone.

  • L’échelle présentée ici correspond à la version originale de 1990. La version révisée de 1996 comporte des modifications mineures dans la formulation de certains items ; les chercheurs sont invités à consulter la publication originale de Collins (1996) pour une utilisation de la version révisée.

  • Il est recommandé d’interpréter les résultats en tenant compte du genre, de l’âge, du statut relationnel et des expériences de vie du répondant.


Référence : Collins, N. L., & Read, S. J. (1990). Adult attachment, working models, and relationship quality in dating couples. Journal of Personality and Social Psychology, 58(4), 644-663.

ÉCHELLE DES CROYANCES ROMANTIQUES

juillet 17th, 2026 | Publié par crisostome dans OUTILS | VIF - (0 Commentaire)

Romantic Beliefs Scale – RBS

Sprecher & Metts, 1989

PRÉSENTATION DE L’ÉCHELLE

L’Échelle des croyances romantiques (Romantic Beliefs Scale, RBS) a été développée par Susan Sprecher et Sandra Metts en 1989 dans le but de mesurer l’adhésion à un ensemble de croyances constitutives de l’idéologie romantique dans la culture occidentale (ensemble de croyances romantiques culturellement valorisées). Cet instrument s’inscrit dans une tradition de recherche visant à comprendre comment les représentations idéalisées de l’amour influencent les attentes, les comportements et la qualité des relations amoureuses.

Le processus de développement de l’échelle a été mené selon une approche itérative rigoureuse. Partant d’un pool initial de 32 items inspirés des travaux de Lantz et al. (1973), les auteures ont procédé à plusieurs vagues d’administration et de révision auprès d’un total de 1 152 participants, avant de parvenir à une version finale de 15 items. La version définitive a été soumise à des tests de fiabilité et de validité sur un échantillon de 730 étudiants de premier cycle universitaire. Les résultats ont apporté un soutien solide à la validité et à la fiabilité de l’échelle.

Une caractéristique distinctive du RBS réside dans la formulation de ses items à la première personne du singulier (par exemple, « Si j’aime quelqu’un… » plutôt que « Si une personne aime quelqu’un… »). Ce choix méthodologique vise à mesurer les attitudes personnelles plutôt que les attentes normatives concernant le romantisme, évitant ainsi l’écueil d’autres échelles qui reflètent davantage la façon dont l’individu pense que les gens en général se sentent plutôt que ses propres croyances.

L’analyse factorielle de l’échelle a permis d’identifier quatre dimensions distinctes, qui constituent les quatre sous-échelles du RBS :

  1. L’amour triomphe de tout (Love Finds a Way) – croyance selon laquelle l’amour véritable est assez puissant pour surmonter tous les obstacles, qu’ils soient d’ordre matériel, géographique ou social.
  2. L’âme sœur unique (One and Only) – croyance en l’existence d’une seule personne destinée à être l’amour véritable, et en l’impossibilité de retrouver un amour d’une intensité équivalente avec une autre personne.
  3. L’idéalisation (Idealization) – croyance selon laquelle le partenaire aimé possède des qualités quasi parfaites et que la relation amoureuse elle-même sera exempte de défauts majeurs.
  4. Le coup de foudre (Love at First Sight) – croyance en la possibilité de reconnaître instantanément son âme sœur dès la première rencontre.

Les qualités psychométriques du RBS ont été largement étudiées dans différents contextes culturels. Les résultats soutiennent généralement une bonne cohérence interne, mais la structure factorielle varie selon les études et les populations examinées. La version polonaise de l’échelle, par exemple, a démontré une structure factorielle et des propriétés psychométriques comparables à la version originale anglaise. Des recherches ont également établi que le romantisme, tel que mesuré par le RBS, est lié au genre et à l’orientation des rôles de genre, les hommes rapportant généralement des scores totaux plus élevés que les femmes, et la féminité constituant un prédicteur plus fort du romantisme que la masculinité. A noter que si dans l’étude originale, les hommes obtenaient des scores légèrement plus élevés que les femmes, les recherches ultérieures ont toutefois produit des résultats plus variables selon les contextes culturels.Par ailleurs, les jeunes adultes obtiennent des scores plus élevés que les adultes plus âgés, et les Américains présentent des scores plus élevés que les personnes d’autres cultures.

TRADUCTION FRANÇAISE DE L’ÉCHELLE

Consignes

Les énoncés ci-dessous décrivent différentes croyances que l’on peut entretenir à propos de l’amour et des relations amoureuses. Pour chaque énoncé, veuillez indiquer dans quelle mesure vous êtes d’accord ou en désaccord, en utilisant l’échelle suivante :

7 Tout à fait d’accord
6 Assez d’accord
5 Plutôt d’accord
4 Ni d’accord, ni en désaccord
3 Plutôt en désaccord
2 Assez en désaccord
1 Tout à fait en désaccord

Items

  1. J’ai besoin de connaître quelqu’un pendant un certain temps avant de tomber amoureux/amoureuse de cette personne.

  2. Si j’étais amoureux/amoureuse de quelqu’un, je poursuivrais cette relation même si mes parents et mes amis désapprouvaient cette relation.

  3. Une fois que j’aurai connu le « véritable amour », je ne pourrai plus jamais le ressentir à nouveau, avec la même intensité, avec une autre personne.

  4. Je crois que le véritable amour, ça dure toute la vie.

  5. Si j’aime quelqu’un, je sais que je peux faire fonctionner cette relation, quels que soient les obstacles.

  6. Quand je rencontrerai mon « véritable amour », je le saurai probablement très rapidement après notre rencontre..

  7. Je suis certain(e) que tout ce que j’apprendrai sur la personne que je choisirai pour un engagement à long terme me plaira.

  8. La relation que j’aurai avec mon « véritable amour » sera presque parfaite.

  9. Si j’aime quelqu’un, je trouverai un moyen pour que nous soyons ensemble, quelles que soient l’opposition à notre relation, la distance physique entre nous ou tout autre obstacle.

  10. Il n’y aura qu’un seul véritable amour pour moi.

  11. Si une relation que j’ai est faite pour être, tout obstacle (par exemple, manque d’argent, distance physique, conflits de carrière) peut être surmonté.

  12. Il est probable que je tombe amoureux/amoureuse presque immédiatement si je rencontre la bonne personne.

  13. Je m’attends à ce que, dans ma relation, l’amour romantique ne s’éteindra pas avec le temps

  14. La personne que j’aimerai sera un/une partenaire romantique parfait(e) ; par exemple, il/elle m’acceptera totalement, sera aimant(e) et compréhensif/compréhensive.

  15. Je crois que si une autre personne et moi nous aimons, nous pouvons surmonter toutes les différences et tous les problèmes qui pourraient survenir.

COTATION

Attribution aux sous-échelles

Chaque item est associé à l’une des quatre sous-échelles suivantes :

Sous-échelle Items
L’amour triomphe de tout (Love Finds a Way) 2, 5, 9, 11, 15
L’âme sœur unique (One and Only) 3, 4, 10
L’idéalisation (Idealization) 7, 8, 14
Le coup de foudre (Love at First Sight) 1*, 6, 12

L’item 1 est suivi d’un astérisque () car il est inversé.*

Procédure de calcul

  1. Inversion de l’item : L’item 1 (« J’ai besoin de connaître quelqu’un pendant un certain temps avant de tomber amoureux/amoureuse de cette personne ») est inversé. La cotation s’effectue selon la formule suivante : score inversé = 8 - score original (ainsi, un 7 devient 1, un 6 devient 2, un 5 devient 3, un 4 devient 4, un 3 devient 5, un 2 devient 6, un 1 devient 7).

  2. Calcul des scores par sous-échelle : Pour chacune des quatre sous-échelles, faire la somme des scores des items qui la composent (après inversion pour l’item 1). Les scores par sous-échelle varient comme suit :

    • Love Finds a Way (5 items) : de 5 à 35

    • One and Only (3 items) : de 3 à 21

    • Idealization (3 items) : de 3 à 21

    • Love at First Sight (3 items, dont 1 inversé) : de 3 à 21

  3. Score total : La somme des scores des quatre sous-échelles donne un score total compris entre 15 et 105. Un score plus élevé indique une adhésion plus forte aux croyances romantiques.

Remarque : Contrairement à de nombreuses échelles psychométriques, le RBS ne comporte pas d’items inversés supplémentaires dans sa version finale, ce qui peut exposer les répondants à un biais de réponse consistant à acquiescer ou à contester systématiquement les items, indépendamment de leur contenu. Il convient d’en tenir compte lors de l’interprétation des résultats.

INTERPRÉTATION

Principe général

Un score élevé sur une sous-échelle ou sur le score total indique une adhésion plus forte à l’idéologie romantique, caractérisée par une vision idéalisée et parfois irréaliste de l’amour. Un score faible reflète une vision plus pragmatique, réaliste et moins idéalisée des relations amoureuses.

Des scores élevés ne signifient pas nécessairement que la personne entretient une relation dysfonctionnelle. Ils reflètent avant tout des attentes et des représentations idéalisées de l’amour, dont les effets peuvent varier selon le contexte relationnel.

Interprétation par sous-échelle

1. L’amour triomphe de tout (Love Finds a Way) — items 2, 5, 9, 11, 15

Un score élevé témoigne de la conviction que l’amour véritable est suffisamment puissant pour surmonter tous les obstacles, qu’ils soient d’ordre social (désapprobation familiale), matériel (manque d’argent), géographique (distance) ou relationnel (différences et conflits). Cette croyance peut favoriser l’engagement et la persévérance, mais aussi conduire à minimiser des difficultés objectives ou à s’engager dans des relations manifestement inadéquates.

2. L’âme sœur unique (One and Only) — items 3, 4, 10

Un score élevé reflète la croyance en l’existence d’une seule personne destinée à être l’amour véritable, et en l’impossibilité de connaître un amour d’égale intensité avec une autre personne. Cette conception, proche de la notion d’« âme sœur » ou de soulmate, peut renforcer l’idéalisation du partenaire et la crainte de le perdre, mais aussi entraver la capacité à se remettre d’une rupture ou à s’engager dans de nouvelles relations.

3. L’idéalisation (Idealization) — items 7, 8, 14

Un score élevé indique une tendance à attribuer au partenaire et à la relation des qualités quasi parfaites. La personne s’attend à ce que son partenaire soit totalement acceptant, aimant et compréhensif, et que la relation soit exempte de défauts significatifs. Cette croyance, bien que source d’enthousiasme initial, expose à de potentielles déceptions lorsque la réalité du partenaire et de la relation ne correspond plus à l’image idéalisée.

4. Le coup de foudre (Love at First Sight) — items 1*, 6, 12

Un score élevé (après inversion de l’item 1) traduit la croyance en la possibilité de reconnaître immédiatement son âme sœur dès la première rencontre. Cette croyance, largement véhiculée par les récits culturels et les médias, peut conduire à une surévaluation des premières impressions et à une précipitation dans l’engagement, au détriment d’une connaissance approfondie de l’autre.

Score total

Le score total, somme des quatre sous-échelles, offre une indication du niveau global d’adhésion à l’ensemble de croyances romantiques culturellement valorisées. Les études publiées rapportent généralement des moyennes comprises entre environ 65 et 75 selon les échantillons étudiés. Dans les échantillons d’étudiants américains, les scores moyens se situent généralement autour de 70-75 sur 105.

Aucune norme clinique ni seuil d’interprétation officiel n’a été établi pour le RBS. Les résultats sont généralement interprétés de manière comparative (entre individus ou groupes) ou à partir des distributions observées dans les études de recherche.

À titre indicatif, des scores supérieurs à 80 peuvent être considérés comme reflétant un niveau élevé de croyances romantiques, tandis que des scores inférieurs à 60 indiquent une vision plus pragmatique. Ces seuils sont toutefois dépendants du contexte culturel et de l’échantillon.

A noter:

Depuis 1989, plusieurs travaux ont montré que le RBS est fortement corrélé avec les travaux de Raymond Knee sur les destiny beliefs et growth beliefs. Ces recherches sont devenues incontournables lorsqu’on parle des croyances romantiques (Knee, C. R. (1998). Implicit Theories of Relationships).

Remarques cliniques et méthodologiques

  • Le RBS n’est pas un instrument diagnostic ; il vise à évaluer des croyances culturellement partagées concernant l’amour romantique, et non des troubles ou des dysfonctionnements psychologiques.
  • Les croyances romantiques ne sont pas intrinsèquement pathologiques. Un niveau modéré d’idéalisation peut contribuer à la satisfaction et à l’engagement dans les premières phases d’une relation. C’est leur caractère extrême et rigide, en décalage avec la réalité, qui peut engendrer des difficultés.
  • Dans un contexte de recherche ou d’accompagnement, les scores sur les différentes sous-échelles peuvent aider à identifier les attentes spécifiques qu’une personne entretient à l’égard de ses relations amoureuses.
  • Il est recommandé d’interpréter les résultats en tenant compte du contexte culturel, de l’âge, du genre et des expériences relationnelles antérieures du répondant.
  • La version finale du RBS ne comportant pas d’items inversés (à l’exception de l’item 1), il convient d’être attentif aux éventuels biais de réponse (acquiescement ou contestation systématique) lors de l’interprétation des scores individuels.

Référence : Sprecher, S., & Metts, S. (1989). Development of the `Romantic Beliefs Scale’ and examination of the effects of gender and gender-role orientation. Journal of Social and Personal Relationships, 6(4), 387-411

Relationship Beliefs Inventory – RBI

Epstein & Eidelson, 1982

PRÉSENTATION DE L’ÉCHELLE

L’Inventaire des croyances relationnelles (Relationship Beliefs Inventory, RBI) a été développé par Roy J. Eidelson et Norman Epstein en 1982 dans le cadre d’une recherche visant à identifier les cognitions dysfonctionnelles susceptibles de contribuer à la détresse conjugale. Cet instrument s’inscrit dans le courant cognitivo-comportemental appliqué à la thérapie de couple, lequel postule que les croyances irrationnelles entretenues par les partenaires à l’égard de leur relation jouent un rôle déterminant dans l’apparition et le maintien des difficultés conjugales.

L’échelle a été construite à partir d’une enquête menée auprès de vingt thérapeutes conjugaux, invités à identifier les croyances relatives aux relations intimes qu’ils jugeaient les plus susceptibles d’engendrer de la détresse chez leurs clients. Un pool initial de 128 items a été soumis à des analyses statistiques auprès de 47 couples en détresse clinique, puis réduit à 60 items, avant d’être administré à 100 couples pour aboutir à la version finale de 40 items, organisés en cinq sous-échelles de huit items chacune.

Les cinq dimensions évaluées par le RBI sont les suivantes :

  1. Le désaccord est destructeur (Disagreement is destructive) – croyance selon laquelle tout désaccord au sein du couple est synonyme d’échec relationnel et menace l’intégrité de la relation.
  2. La lecture des pensées est attendue (Mind reading is expected) – croyance selon laquelle un partenaire aimant devrait être capable de deviner les pensées, les sentiments et les besoins de l’autre sans qu’ils soient exprimés verbalement.
  3. Les partenaires ne peuvent pas changer (Partners cannot change) – croyance en l’impossibilité pour un partenaire de modifier ses comportements ou pour la relation d’évoluer favorablement.
  4. Le perfectionnisme sexuel (Sexual perfectionism) – croyance selon laquelle un partenaire sexuellement compétent doit être capable de performances sexuelles irréprochables et de satisfaire pleinement l’autre à chaque occasion.
  5. Les sexes sont différents (The sexes are different) – croyance en l’existence de différences fondamentales et irréductibles entre les hommes et les femmes, tant sur le plan des besoins émotionnels que de la compréhension mutuelle.

Les qualités psychométriques de l’instrument ont été évaluées dès sa création : les coefficients alpha de Cronbach pour les cinq sous-échelles variaient de .72 à .81, et les intercorrélations entre les échelles étaient comprises entre .17 et .44. Des études ultérieures ont confirmé une consistance interne adéquate ainsi qu’une stabilité temporelle satisfaisante. La validité convergente a été établie par une corrélation négative avec la satisfaction conjugale et une corrélation positive avec l’abandon précoce de la thérapie conjugale. Des recherches plus récentes ont toutefois suggéré qu’une structure factorielle à six facteurs pourrait être préférable à la solution originale à cinq facteurs, et que certaines sous-échelles, notamment celle relative aux différences entre les sexes et celle portant sur l’incapacité des partenaires à changer, pourraient nécessiter des révisions.

L’instrument est aujourd’hui largement utilisé tant dans la recherche que dans la pratique clinique, et a fait l’objet d’adaptations dans de nombreuses langues.

TRADUCTION FRANÇAISE DE L’INVENTAIRE

Consignes

Les énoncés ci-dessous décrivent des façons dont une personne peut envisager sa relation avec un ou une partenaire. Pour chaque énoncé, veuillez indiquer dans quelle mesure vous estimez qu’il est vrai ou faux pour vous, en utilisant l’échelle suivante :

1 J’estime que cet énoncé est tout à fait faux
2 J’estime que cet énoncé est faux
3 J’estime que cet énoncé est probablement faux, ou plus faux que vrai
4 J’estime que cet énoncé est probablement vrai, ou plus vrai que faux
5 J’estime que cet énoncé est vrai
6 J’estime que cet énoncé est tout à fait vrai

Items

  1. Si votre partenaire exprime un désaccord avec vos idées, c’est probablement qu’il/elle n’a pas une haute estime de vous.

  2. Je n’attends pas de mon/mà partenaire qu’il/elle devine toutes mes humeurs.

  3. Les dommages causés en début de relation ne peuvent probablement pas être réparés.

  4. Je suis contrarié(e) si je pense ne pas avoir pleinement satisfait mon/mà partenaire sur le plan sexuel.

  5. Les hommes et les femmes ont les mêmes besoins émotionnels fondamentaux.

  6. Je ne peux pas accepter que mon/mà partenaire soit en désaccord avec moi.

  7. Si je dois dire à mon/mà partenaire que quelque chose est important pour moi, cela ne signifie pas qu’il/elle est insensible à mon égard.

  8. Mon/mà partenaire ne semble pas capable de se comporter autrement qu’il/elle ne le fait actuellement.

  9. Si je ne suis pas d’humeur pour un rapport sexuel quand mon/mà partenaire l’est, cela ne me contrarie pas.

  10. Les malentendus entre partenaires sont généralement dus à des différences innées dans la constitution psychologique des hommes et des femmes.

  11. Je prends comme une insulte personnelle le fait que mon/mà partenaire soit en désaccord avec une idée importante pour moi.

  12. Je suis très contrarié(e) si mon/mà partenaire ne reconnaît pas ce que je ressens et que je dois le/la lui dire.

  13. Un/une partenaire peut apprendre à devenir plus attentif/attentive aux besoins de l’autre.

  14. Un/une bon(ne) partenaire sexuel(le) devrait pouvoir se mettre lui-même/elle-même dans les dispositions nécessaires à une relation sexuelle 

  15. Les hommes et les femmes ne parviendront probablement jamais à bien se comprendre mutuellement.

  16. J’apprécie que mon/mà partenaire présente des points de vue différents des miens.

  17. Les personnes qui entretiennent une relation étroite peuvent sentir les besoins de l’autre comme si elles pouvaient lire dans leurs pensées.

  18. Ce n’est pas parce que mon/mà partenaire a agi d’une façon qui m’a contrarié(e) qu’il/elle agira de nouveau ainsi à l’avenir.

  19. Si je ne parviens pas à avoir une performance sexuelle satisfaisante chaque fois que mon/mà partenaire est d’humeur, je considérerais que j’ai un problème.

  20. Les hommes et les femmes ont besoin des mêmes choses fondamentales dans une relation.

  21. Je suis très contrarié(e) quand mon/mà partenaire et moi ne voyons pas les choses de la même façon.

  22. Il est important pour moi que mon/mà partenaire anticipe mes besoins en percevant les changements dans mes humeurs.

  23. Un/une partenaire qui vous a gravement blessé(e) une fois vous blessera probablement de nouveau.

  24. Je peux me sentir bien par rapport à mes rapports sexuels même si mon/mà partenaire n’atteint pas l’orgasme.

  25. Les différences biologiques entre les hommes et les femmes ne sont pas des causes majeures des problèmes de couple.

  26. Je ne supporte pas que mon partenaire me contredise.

  27. Un/une partenaire devrait savoir ce que vous pensez ou ressentez sans que vous ayez à le/la lui dire.

  28. Si mon/mà partenaire veut changer, je crois qu’il/elle peut y parvenir.

  29. Si mon/mà partenaire sexuel(le) n’est pas pleinement satisfait(e), cela ne signifie pas que j’ai échoué.

  30. L’une des causes majeures des problèmes conjugaux est que les hommes et les femmes ont des besoins émotionnels différents.

  31. Quand mon/mà partenaire et moi sommes en désaccord, j’ai l’impression que notre relation s’effondre.

  32. Les personnes qui s’aiment savent exactement ce que l’autre pense sans qu’un mot soit jamais prononcé.

  33. Si vous n’aimez pas la direction que prend une relation, vous pouvez l’améliorer.

  34. Certaines difficultés dans ma performance sexuelle ne signifient pas pour moi un échec personnel.

  35. On ne peut pas vraiment comprendre une personne du sexe opposé.

  36. Je ne doute pas des sentiments de mon/mà partenaire à mon égard lorsque nous nous disputons.

  37. Si vous devez demander quelque chose à votre partenaire, cela montre qu’il/elle n’était pas « à l’écoute » de vos besoins.

  38. Je n’attends pas de mon/mà partenaire qu’il/elle puisse changer.

  39. Quand il me semble que je n’ai pas une bonne performance sexuelle, je suis contrarié(e).

  40. Les hommes et les femmes resteront toujours des mystères l’un pour l’autre.

COTATION

Attribution aux sous-échelles

Chaque item est associé à l’une des cinq sous-échelles suivantes :

Sous-échelle Items
Désaccord destructeur (Disagreement is destructive) 1, 6, 11, 16, 21, 26, 31, 36
Lecture des pensées (Mind reading is expected) 2, 7, 12, 17, 22, 27, 32, 37
Les partenaires ne peuvent pas changer (Partners cannot change) 3, 8, 13, 18, 23, 28, 33, 38
Perfectionnisme sexuel (Sexual perfectionism) 4, 9, 14, 19, 24, 29, 34, 39
Les sexes sont différents (The sexes are different) 5, 10, 15, 20, 25*, 30, 35, 40

Les items suivis d’un astérisque () sont inversés.*

Calcul

  1. Inversion des items : Pour les items marqués d’un astérisque (*), inverser la cotation selon la formule suivante : score inversé = 7 - score original (ainsi, un 1 devient 6, un 2 devient 5, un 3 devient 4, un 4 devient 3, un 5 devient 2, un 6 devient 1).
  2. Calcul des scores par sous-échelle : Pour chacune des cinq sous-échelles, faire la somme des scores (après inversion le cas échéant) des huit items qui la composent. Le score pour chaque sous-échelle varie donc de 8 à 48.
  3. Score total : La somme des scores des cinq sous-échelles donne un score total compris entre 40 et 240, reflétant le niveau global de croyances dysfonctionnelles.

INTERPRÉTATION

Principe général

Un score élevé sur une sous-échelle indique une adhésion plus forte à la croyance dysfonctionnelle correspondante. À l’inverse, un score faible reflète une croyance plus réaliste et adaptative dans le domaine considéré.

Des scores élevés ne signifient pas nécessairement que ces croyances s’expriment systématiquement dans les comportements du couple ; ils traduisent avant tout des schémas cognitifs susceptibles d’influencer les interprétations, les émotions et les interactions.

Interprétation par sous-échelle

1. Désaccord destructeur (items 1, 6, 11, 16, 21, 26, 31, 36)

Un score élevé témoigne d’une conception selon laquelle tout conflit ou désaccord est perçu comme une menace pour la relation. La personne tend à interpréter les divergences d’opinion comme des rejets personnels ou des signes d’effondrement du couple. Cette croyance peut conduire à l’évitement des conflits, à la suppression des émotions et à une communication altérée.

2. Lecture des pensées (items 2, 7, 12, 17, 22, 27, 32, 37)

Un score élevé reflète l’attente irréaliste selon laquelle un partenaire aimant devrait être capable de deviner les pensées, les sentiments et les besoins de l’autre sans communication explicite. Cette croyance favorise les déceptions, les ressentiments et les malentendus, dans la mesure où le partenaire est inévitablement jugé insuffisamment attentif.

3. Les partenaires ne peuvent pas changer (items 3, 8, 13, 18, 23, 28, 33, 38)

Un score élevé indique une vision figée de la relation et des partenaires, selon laquelle les personnes et les dynamiques relationnelles sont immuables. Cette croyance peut entraver les efforts de changement et renforcer un sentiment d’impuissance face aux difficultés conjugales.

4. Perfectionnisme sexuel (items 4, 9, 14, 19, 24, 29, 34, 39)

Un score élevé traduit une exigence de performance sexuelle irréprochable, associant la valeur personnelle et la qualité de la relation à la satisfaction sexuelle systématique du partenaire. Cette croyance génère de l’anxiété de performance, une diminution du plaisir et une fragilisation de l’intimité.

5. Les sexes sont différents (items 5, 10, 15, 20, 25*, 30, 35, 40)

Un score élevé reflète la conviction que les hommes et les femmes diffèrent fondamentalement dans leurs besoins émotionnels, leurs modes de pensée et leur capacité à se comprendre mutuellement. Cette croyance essentialiste peut conduire à renoncer à la communication intergenre et à naturaliser les difficultés relationnelles.

Score total

Le score total, somme des cinq sous-échelles, offre une indication du niveau global de croyances dysfonctionnelles. Dans les populations cliniques (couples en thérapie), les scores totaux sont généralement plus élevés que dans les populations non cliniques, et corrèlent négativement avec la satisfaction conjugale.

Remarques cliniques

  • Le RBI n’est pas un instrument diagnostique ; il vise à identifier des schémas cognitifs susceptibles d’interférer avec le fonctionnement relationnel.
  • Dans un contexte thérapeutique, les scores élevés sur certaines sous-échelles peuvent orienter le travail cognitif vers la remise en question des croyances irrationnelles identifiées.
  • Il est recommandé d’interpréter les résultats en tenant compte du contexte culturel, des normes sociales et des caractéristiques individuelles du répondant.
  • Des études ont suggéré que la sous-échelle « Les sexes sont différents » pourrait présenter une validité factorielle moins robuste que les autres ; son interprétation doit donc être effectuée avec une prudence particulière.

Référence : Eidelson, R. J., & Epstein, N. (1982). Cognition and relationship maladjustment: Development of a measure of dysfunctional relationship beliefs. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 50(5), 715-720

Depuis le début des années 1970, les États-Unis ont entrepris une expérience d’incarcération de masse sans précédent dans l’histoire des démocraties occidentales. Entre 1972 et 2007, le taux d’incarcération américain a connu une augmentation de près de 600 %. Cette politique pénale, fondée sur l’idée que des sanctions plus sévères dissuadent les délinquants de récidiver, s’est développée en l’absence de données empiriques solides sur ses effets réels. La méta-analyse conduite par Petrich, Pratt, Jonson et Cullen (2021), publiée dans Crime and Justice, apporte un éclairage décisif sur cette question en synthétisant les résultats de 116 études portant sur près de 4,5 millions de délinquants dans 15 pays différents.

L’incarcération de masse : un pari empirique

Entre le milieu des années 1970 et les années 1990, une série de réformes législatives a rendu les peines d’emprisonnement plus probables et plus longues. Des lois sur les peines minimales obligatoires, les « three strikes » et la suppression des libérations conditionnelles se sont multipliées. Ce mouvement s’est appuyé sur ce que les auteurs qualifient de « foi aveugle » dans la capacité de l’incarcération à résoudre le problème de la criminalité.

Pourtant, au moment où ce mouvement prenait son essor, seules 13 études comparant les effets des sanctions carcérales et non carcérales avaient été publiées avant 1990. L’expérience d’incarcération de masse s’est donc développée sans fondement empirique, sur la base d’une théorie intuitive selon laquelle les individus sont des acteurs rationnels dissuadés par la sévérité des peines.

Les cadres théoriques en présence

La perspective dissuasive

La théorie de la dissuasion spécifique, inspirée des travaux de Becker (1968), postule que l’expérience de l’incarcération est suffisamment aversive pour modifier le calcul coût-bénéfice des délinquants et réduire leur propension à récidiver. Cette perspective a trouvé un écho favorable auprès des décideurs politiques et du grand public entre les années 1970 et 1990.

Cependant, plusieurs limites affaiblissent ce raisonnement. D’une part, les taux de récidive des personnes sortant de prison sont élevés : 68,5 % sont réarrêtés dans les trois ans suivant leur libération, et 83 % dans les neuf ans. D’autre part, la probabilité qu’un crime aboutisse à une peine d’emprisonnement est extrêmement faible, ce qui réduit considérablement l’effet dissuasif potentiel. Enfin, de nombreux délinquants perçoivent l’emprisonnement comme moins sévère que certaines sanctions communautaires intensives.

La perspective criminogène

À l’opposé, une tradition sociologique souligne les effets criminogènes de l’incarcération. Trois mécanismes principaux sont identifiés.

Premièrement, la prison est souvent décrite comme une « école du crime ». La promiscuité avec d’autres délinquants favorise l’apprentissage de techniques criminelles et le renforcement d’attitudes pro-délinquantes. Des études montrent que l’exposition à une proportion plus élevée de codétenus condamnés pour le même type d’infraction augmente la probabilité de récidive dans cette catégorie d’infraction.

Deuxièmement, l’incarcération expose les détenus à des événements traumatiques générateurs de stress psychologique. La théorie de la souche générale d’Agnew (1992) suggère que la privation de liberté, la violence, l’éloignement familial et d’autres « peines » de l’emprisonnement peuvent conduire à des stratégies d’adaptation criminelles.

Troisièmement, l’incarcération produit un effet de stigmatisation. L’étiquette de « criminel » et les conséquences collatérales d’un casier judiciaire affaiblissent les liens sociaux et réduisent les opportunités d’emploi et de logement. Des études expérimentales montrent que les employeurs sont significativement moins enclins à rappeler ou à embaucher des candidats ayant un casier judiciaire.

Méthodologie de la méta-analyse

La méta-analyse de Petrich et al. (2021) se distingue par son ampleur et sa rigueur méthodologique. Elle intègre 981 estimations d’effet issues de 116 études, représentant environ 4,5 millions de délinquants dans 15 pays. Contrairement aux revues antérieures, cette analyse utilise une modélisation multiniveau qui permet de prendre en compte la dépendance statistique entre les multiples estimations d’effet issues d’une même étude.

L’effet étudié est la corrélation standardisée (*r*) entre le fait d’avoir reçu une sanction carcérale (par opposition à une sanction non carcérale) et la récidive ultérieure. Un *r* positif indique un effet criminogène ; un *r* négatif indique un effet dissuasif. Les analyses intègrent de nombreux modérateurs potentiels : qualité méthodologique des études, types de sanctions, caractéristiques des échantillons (âge, sexe, pays), et variables contrôlées dans les modèles statistiques.

Résultats principaux

Un effet global criminogène mais modeste

Dans l’ensemble des 981 estimations d’effet, la corrélation moyenne entre une sanction carcérale et la récidive est de 0,079. Ce coefficient indique que, toutes choses égales par ailleurs, l’incarcération augmente légèrement la probabilité de récidive par rapport aux sanctions non carcérales comme la probation.

Cette corrélation se traduit par une différence d’environ 8 points de pourcentage dans les taux de récidive entre les groupes. Si, par exemple, 46 % des personnes sous probation récidivent, ce taux atteindrait 54 % chez les personnes incarcérées. À l’échelle de la population carcérale américaine, cette différence représente un impact substantiel.

L’importance de la qualité méthodologique

Les analyses distinguent les études selon leur rigueur méthodologique. Dans les modèles bivariés (sans contrôle statistique), l’effet criminogène est de 0,098. Dans les modèles multivariés (incluant des contrôles), il diminue à 0,067. Cette réduction de 32 % suggère qu’une partie de l’effet observé est attribuable aux différences préexistantes entre les populations incarcérées et non incarcérées. Néanmoins, même après avoir contrôlé ces biais de sélection, un effet criminogène résiduel persiste.

La robustesse des résultats

L’analyse de modération révèle que l’effet criminogène est remarquablement général. Aucune condition n’a été identifiée dans laquelle l’incarcération réduirait la récidive. Les variations dans :

  • Le type de sanction : prison, jail, détention juvénile, boot camp
  • La durée de l’incarcération
  • L’âge et le sexe des délinquants
  • Le pays d’origine des données
  • La période de collecte

ne modifient pas fondamentalement cette conclusion.

Les études répondant aux critères méthodologiques les plus exigeants (expériences naturelles, essais randomisés contrôlés, ou appariement par score de propension incluant les cinq facteurs de confusion essentiels) montrent une corrélation moyenne de 0,050, soit environ 40 % inférieure à celle des études moins rigoureuses (0,083). Même dans ce sous-ensemble de la recherche de la plus haute qualité, l’effet reste criminogène et statistiquement significatif.

Synthèse des revues antérieures

Cette méta-analyse confirme les conclusions de cinq revues systématiques antérieures :

  • Smith, Goggin et Gendreau (2002) : effet nul ou criminogène
  • Nagin, Cullen et Jonson (2009) : effet nul ou criminogène
  • Jonson (2010) : effet criminogène modeste (*r* = 0,144)
  • Villetaz, Gillieron et Killias (2015) : effet nul dans les RCT, criminogène dans les quasi-expérimentations
  • Loeffler et Nagin (2021) : « à deux exceptions près, l’incarcération post-condamnation n’a pas d’effet sur la récidive ou l’aggrave »

L’accumulation de ces résultats indépendants conduit les auteurs à qualifier l’absence d’effet des sanctions carcérales sur la récidive de « fait criminologique ».

Implications pour les politiques publiques

L’incarcération ne peut être justifiée par la réduction de la récidive

Cette méta-analyse ébranle un pilier central de la justification de l’incarcération de masse. Si l’emprisonnement ne réduit pas la récidive, il ne peut être défendu sur le terrain de l’efficacité pénale. Les partisans de l’incarcération se trouvent dans une position inconfortable : défendre une politique coûteuse dont l’inefficacité est désormais solidement établie.

Les gouvernements américains consacrent environ 80 milliards de dollars par an aux corrections, avec un coût moyen d’incarcération d’environ 30 000 dollars par détenu et par an. Ces ressources pourraient être réorientées vers des interventions dont l’efficacité est démontrée.

Vers des institutions de changement

L’alternative n’est pas l’abandon de toute intervention, mais la transformation des institutions correctionnelles. Les auteurs soulignent que les prisons ne réduiront pas la récidive à moins d’être transformées en « institutions de changement » sur la base des données disponibles sur ce qui fonctionne organisationnellement pour réformer les délinquants.

Le modèle RNR (Risk-Need-Responsivity) développé par Bonta et Andrews (2017) offre un cadre prometteur : évaluation systématique des niveaux de risque, utilisation de modalités thérapeutiques éprouvées, développement de relations de qualité entre le personnel et les détenus, et mise en place d’un suivi après la libération.

L’importance de la certitude plutôt que de la sévérité

Les recherches sur la dissuasion montrent que c’est la certitude de la sanction, et non sa sévérité, qui constitue le moteur principal de l’effet dissuasif. Cette conclusion milite contre le recours excessif à l’incarcération et plaide en faveur de stratégies de police de proximité et de justice restaurative qui augmentent la probabilité perçue d’être sanctionné.

Conclusion

La méta-analyse de Petrich et al. (2021) apporte une contribution décisive au débat sur l’efficacité de l’incarcération. En synthétisant 981 estimations d’effet issues de 116 études représentant 4,5 millions de délinquants, elle établit de manière robuste que les sanctions carcérales ont un effet nul ou légèrement criminogène sur la récidive par rapport aux sanctions non carcérales.

Ce résultat, confirmé par cinq revues systématiques indépendantes, mérite le statut de « fait criminologique ». Il invite à une refondation des politiques pénales fondée sur les données probantes plutôt que sur l’intuition ou l’idéologie. L’incarcération peut être justifiée par d’autres considérations (proportionnalité de la peine, incapacitation des délinquants dangereux), mais la réduction de la récidive ne peut plus être invoquée comme argument en sa faveur.

Comme le soulignaient Sherman et Hawkins dès 1981, il est « littéralement une honte de ne pas essayer » de construire une politique correctionnelle plus rationnelle. Quatre décennies plus tard, les données sont disponibles. Reste à les traduire en action.

L’inefficacité du « tout-prison» n’est plus à démontrer : en France, 63% des prisonniers libérés en 2016 ont récidivé dans les cinq ans, le taux d’incarcération atteint un record historique de 115 détenus pour 100 000 habitants, et le coût annuel par détenu dépasse les 40 000 euros. Pourtant, la France semble paralysée face à l’urgence d’une véritable déflation carcérale. Et si la solution ne résidait pas dans l’idéologie, mais dans la science ? Du modèle Risque-Besoins-Réceptivité aux leçons de la résilience finlandaise, la criminologie contemporaine dispose d’outils concrets pour sortir de l’impasse.

Le modèle RBR : arrêter de « sur-traiter » le faible risque

Le modèle Risque-Besoins-Réceptivité (RBR), théorisé par Andrews et Bonta dans leur ouvrage de référence The Psychology of Criminal Conduct (2010), constitue la pierre angulaire des pratiques correctionnelles probantes. Les méta-analyses démontrent que l’application rigoureuse des principes RBR peut réduire la récidive de manière significative, avec des tailles d’effet allant de r = 0,10 à 0,30 selon les populations.

Le constat contre-intuitif mais validé par les données : l’intervention intensive auprès de délinquants à faible risque augmente leur récidive. Comme le soulignent Andrews et Bonta (2010), « réserver les interventions intensives aux personnes présentant un risque élevé de récidive, tout en évitant de sur-traiter les profils à faible risque » est essentiel, car « placer ensemble des délinquants à faible risque avec des délinquants à haut risque les expose à des influences criminogènes »

Le levier d’action :
  • Principe de Risque : Réserver la prison et les programmes lourds aux seuls hauts risques
  • Principe de Besoins : Cibler les facteurs criminogènes dynamiques (attitudes antisociales, addictions, pairs délinquants)
  • Principe de Réceptivité : Adapter les interventions aux caractéristiques cognitives et culturelles
L’apport de Faye Taxman : Dans son ouvrage Implementing Evidence-Based Practices in Community Corrections (2012), Taxman démontre que former les agents de probation à l’entretien motivationnel et aux pratiques structurées transforme le contrôle en opportunité de changement, et contribue à réduire la récidive. Ses recherches montrent que « les prisons sont des écoles du crime pour beaucoup, et qu’un système basé sur la communauté est plus efficace, plus humain et plus économique ».

La leçon finlandaise : une décrocissance planifiée et réussie

L’analyse de l’Observatoire international des prisons (OIP) sur la Finlande est édifiante. Passant de 180 détenus pour 100 000 habitants dans les années 1960 à 52-57 aujourd’hui, la Finlande a réalisé l’une des baisses les plus spectaculaires d’Europe sans augmentation de la criminalité.
Les travaux de Tapio Lappi-Seppälä, directeur de l’Institut national de recherche sur la politique juridique d’Helsinki, documentent cette transformation exceptionnelle. Dans son article fondateur Imprisonment and Penal Policy in Finland (2007), il explique que « depuis la fin des années 1960, l’usage de l’emprisonnement a été maîtrisé en restreignant les sanctions indéterminées, en assouplissant les régimes carcéraux et en développant massivement les alternatives » .
Les piliers de ce succès :
  • L’ultima ratio : Un consensus politique transpartisan a acté que la détention ne doit être qu’un dernier recours
  • Le système des jours-amendes : Introduit en 1921, ce système proportionnel aux revenus assure l’équité des peines pécuniaires . La valeur d’un jour-amende est calculée sur le revenu quotidien disponible du contrevenant
  • La dépénalisation du social : Sortir de la sphère pénale les comportements liés à la précarité (ivresse publique, etc.)
  • La normalisation : Des conditions de détention qui préparent à la sortie
Comme le note Lappi-Seppälä, « la Finlande a prouvé qu’une politique pénale fondée sur l’expertise et non sur l’émotion, portée par un consensus transpartisan, peut réduire durablement l’incarcération ».

Alternatives à la prison : efficacité prouvée et vigilance nécessaire

Les données économiques sont sans appel :
  • Aux États-Unis, la probation coûte environ 1 250 dollars par an par personne, contre 29 000 dollars pour l’incarcération
  • Selon l’U.S. Courts (2025), « détenir une personne avant jugement puis l’incarcérer après condamnation coûte environ 10 fois plus cher que de la superviser en communauté » (ie en milieu ouvert).
  • Le Vera Institute of Justice rapporte que le coût moyen par détenu dans 45 États américains était de 33 274 dollars annuels en 2015
L’efficacité sur la récidive : Les recherches internationales indiquent que « les sanctions communautaires, lorsqu’elles sont conçues autour des principes RBR, réduisent davantage la récidive que les courtes peines d’emprisonnement » . Une méta-analyse de 2023 montre que « les programmes de justice en milieu communautaire sont associés à des réductions significatives de la récidive générale ».
⚠️ Attention à « l’extension du filet pénal » : Les recherches européennes montrent que « dans presque tous les pays européens, le nombre de personnes sous sanctions communautaires et le nombre de détenus ont continuellement augmenté ». Comme l’explique Kantorowicz (2013), « le problème du filet élargi (net-widening) fait référence au risque que les nouvelles réformes pénales étendent le contrôle social au lieu de le réduire ».
La règle d’or : Chaque alternative doit se substituer strictement à l’incarcération, non s’y ajouter. La Finlande l’a compris en structurant un système où « l’amende et le sursis probatoire constituent la norme pour la délinquance ordinaire ».

De la sanction à la « désistance » : le paradigme de Shadd Maruna

La criminologie de la désistance s’intéresse à ce qui fait arrêter le crime. Shadd Maruna, professeur à l’Université de Manchester et président de l’American Society of Criminology, a théorisé ce concept dans son ouvrage fondateur Making Good: How Ex-Convicts Reform and Rebuild Their Lives (2001) .
Les enseignements clés :
  • La désistance est un processus de transformation identitaire, non un événement
  • Les « points de tournant » (ou « points de bascule »: emploi stable, relations sociales positives, engagement citoyen) permettent la construction d’une nouvelle identité prosociale
  • « La réhabilitation ne se décrète pas, mais se construit dans la durée à travers des relations de confiance et le développement d’une nouvelle identité citoyenne »
Justice restaurative : Les méta-analyses mettent en évidence une efficacité « prometteuse » de ces pratiques. Une synthèse de 2023 portant sur 35 programmes montre que « la justice restaurative est associée à des réductions significatives de la récidive générale et à une satisfaction nettement supérieure des victimes et des auteurs par rapport aux approches traditionnelles » . Selon Latimer et al. (2001), « les programmes de justice restaurative ont un impact positif significatif sur la satisfaction des victimes et des délinquants, et réduisent la récidive ».
Le rôle de « passeur » : Comme le souligne Taxman, le professionnel de justice doit devenir un boundary spanner, capable de connecter la personne aux ressources du territoire (logement, soin, formation).

La continuité des soins : le « système sans couture »

L’actuelle rupture entre le dedans et le dehors est une fabrique à récidive. Le concept de seamless system (système sans couture) défendu par Taxman vise à abolir la falaise que représente la sortie de prison .
Les données probantes :
  • «Une évaluation continue des risques et des besoins, initiée avant la condamnation ou en prison, poursuivie sans discontinuité après la libération, réduit significativement les réarrestations»
  • La continuité des traitements (addictologie, psychiatrie) et l’accompagnement post-carcéral sont des mesures de sécurité publique qui réduisent drastiquement les réincarcérations liées à la précarité ou à la maladie non soignée
En France, 61% des personnes condamnées récidivent dans les 6 ans (worldpopulationreview.com) , un taux qui pourrait être réduit par une meilleure continuité des parcours.

Construire un consensus politique : l’exigence du long terme

La leçon finlandaise est aussi politique : les réformes carcérales profondes exigent une volonté constante, protégée des soubresauts électoralistes. Comme le documente Lappi-Seppälä, la baisse de l’incarcération en Finlande a requis « des décennies de politique cohérente, fondée sur des données probantes et un consensus transpartisan ».
Les prérequis :
  • Implication des chercheurs dans l’élaboration des politiques
  • Transparence des données sur la récidive
  • Sensibilisation des médias et du grand public
  • Mécanismes contraignants de régulation carcérale (numerus clausus)
En France, où la population carcérale ne cesse d’augmenter pour atteindre des niveaux historiques, l’urgence est criante.

Conclusion : Pour un courage politique éclairé par la science

L’alliance d’une pratique correctionnelle basée sur le modèle RBR (Andrews & Bonta, 2010), d’une diversification ambitieuse des peines en milieu ouvert, d’une approche tournée vers la désistance (Maruna, 2001) et d’un engagement politique de long terme est la voie la plus prometteuse.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
  • Coût : La prison coûte 10 fois plus cher que la probation
  • Efficacité : Les alternatives bien conçues réduisent mieux la récidive que les courtes peines
  • Faisabilité : La Finlande a divisé par 3 son taux d’incarcération sans explosion de la criminalité
Comme le rappellent Taxman et Belenko (2012), « un système basé sur la communauté est plus efficace, plus humain et plus économique ». Le chemin finlandais, documenté par Lappi-Seppälä et l’OIP, prouve qu’une société peut choisir d’enfermer moins tout en restant plus sûre. Et en France?
  • Andrews, D.A. & Bonta, J. (2010). The Psychology of Criminal Conduct (5th ed.). Routledge.
  • Taxman, F.S. & Belenko, S. (2012). Implementing Evidence-Based Practices in Community Corrections and Addiction Treatment. Springer.
  • Maruna, S. (2001). Making Good: How Ex-Convicts Reform and Rebuild Their Lives. American Psychological Association.
  • Lappi-Seppälä, T. (2007). « Imprisonment and Penal Policy in Finland ». In Scandinavian Penal History, Culture and Prison Practice.
  • Latimer, J., Dowden, C. & Muise, D. (2001). « The Effectiveness of Restorative Justice Practices: A Meta-Analysis ». The Prison Journal, 81(2).
  • Kantorowicz, A. (2013). « The ‘Net-Widening’ Problem and its Solutions ».
  • Vera Institute of Justice (2014). The Price of Prisons: What Incarceration Costs Taxpayers

Dans le domaine des sciences comportementales et de l’analyse des techniques d’entretien visant le changement, la validité des outils d’évaluation est une préoccupation méthodologique centrale. Cet article propose une recension académique de l’étude qualitative menée par Oberink, Boom, van Dijk et Visser (2017), publiée dans BMC Medical Education, évaluant la validité et la faisabilité d’un instrument spécifique : le Motivational Interviewing Target Scheme (MITS).

Le contexte : Évaluer l’entretien motivationnel dans des formats brefs

L’entretien motivationnel (EM) se définit comme un style de communication collaboratif et orienté vers un objectif, qui accorde une attention particulière au langage du changement. Il est conçu pour renforcer la motivation personnelle et l’engagement envers un objectif spécifique en explorant les propres raisons de changer de l’individu, dans une atmosphère d’acceptation et de compassion.

Si l’efficacité de cette méthode est reconnue pour accompagner les modifications de comportement, son application pratique reste complexe. Les praticiens peuvent manifester des comportements incohérents avec l’EM (conseils non sollicités, confrontations), ce qui nuit aux résultats. Une évaluation rigoureuse de la fidélité de mise en œuvre est donc nécessaire.

Cependant, les outils d’évaluation existants présentent des limites opérationnelles :

  • Les instruments largement répandus comme le MISC (Motivational Interviewing Skill Code) et le MITI (Motivational Interviewing Treatment Integrity) nécessitent des échantillons de pratique plus longs que les consultations standard.
  • Le BECCI (Behaviour Change Counselling Index) a été développé pour évaluer les compétences acquises en formation, mais n’a pas été construit pour mesurer l’EM en conditions réelles.

Le MITS a été spécifiquement développé pour pallier ce manque en mesurant les composantes globales fondamentales de l’EM, y compris lors d’interactions brèves. Il repose sur 10 items globaux (ou cibles), évitant le piège des listes de contrôle atomisées pour privilégier une approche holistique de la compétence.

Cadre méthodologique : Le Modèle Unifié de Validité

L’étude d’Oberink et al. s’appuie sur le Modèle Unifié de Validité, l’actuel standard en matière de validation d’évaluations. Dans ce modèle, la validité n’est pas une propriété intrinsèque de l’outil, mais désigne la mesure dans laquelle les interprétations des scores sont valides pour la population étudiée. Ce paradigme comporte cinq sources de preuves (contenu, processus de réponse, structure interne, relation avec d’autres variables, et conséquences).

La recherche s’est focalisée sur trois aspects au sein d’une faculté de médecine aux Pays-Bas : la validité de contenu, la validité du processus de réponse et la faisabilité. Trois évaluateurs formés ont analysé des enregistrements de consultations brèves (durée moyenne de 14 minutes, dont 7,3 minutes consacrées au changement de comportement, principalement le tabagisme) menées par des médecins généralistes et des internes. La saturation des données a été atteinte après 27 évaluations.

Résultats : Processus de réponse et ajustements de l’échelle

L’examen du processus de réponse – c’est-à-dire l’analyse des actions et des processus de pensée des évaluateurs – a révélé plusieurs biais d’erreur de réponse lors de la première phase de l’étude, ce qui a conduit à des ajustements structurels du système de notation.

1. Ambiguïté des critères d’évaluation

Les options de notation initiales (allant de 0 à 4) utilisaient un mélange d’adverbes quantitatifs et qualitatifs (ex: substantially, more than adequately) qui suscitaient des interprétations divergentes. Les chercheurs ont remplacé ces termes par quatre adverbes purement qualitatifs (poorly, inadequately, moderately, well) associés à des critères de fréquence temporelle clairs.

2. Comportements crucialement omis (Wrongly Unused)

Le manuel original prévoyait que certaines cibles optionnelles soient notées comme « non applicables » si elles n’étaient pas observées. Les évaluateurs ont toutefois mis en évidence une distinction entre une absence justifiée et une omission préjudiciable à la qualité de l’entretien. Une option de score « 0 » a donc été introduite pour sanctionner les comportements cliniquement requis mais omis de manière injustifiée.

3. Opportunités manquées et incohérences

Le système initial ne formalisait pas l’impact des opportunités évidentes mais non saisies par le praticien, ni la manifestation de comportements explicitement contraires à l’EM (comme la persuasion manifeste). L’intégration explicite des concepts d’« opportunités manquées » (missed opportunities) et de « comportement incohérent avec la cible » (target-inconsistent behaviour) a permis d’affiner la sensibilité de l’échelle.

Conclusions sur la faisabilité et la validité de contenu

Au terme de la seconde phase de notation utilisant le système révisé, l’étude valide plusieurs propriétés de l’outil:

  • Faisabilité temporelle : L’évaluation de 10 minutes d’entretien requiert environ 30 minutes de travail lorsque l’évaluateur dispose d’une transcription. Sans transcription, le codage s’allonge de 10 à 15 minutes en raison des pauses fréquentes pour prendre des notes.
  • Validité de contenu : Le MITS est reconnu comme complet et représentatif du large spectre et de la compréhension contemporaine de l’entretien motivationnel. Les auteurs relèvent toutefois une spécificité contextuelle : pour les interventions brèves, il est recommandé d’ajouter formellement une composante évaluant la planification du suivi des consultations au sein de l’outil.

MITS_2.1_FR_

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