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PROJET DE RECOMMANDATION CONCERNANT L’ÉVALUATION, LA GESTION ET LA RÉINSERTION DES PERSONNES ACCUSÉES OU RECONNUES COUPABLES D’UNE INFRACTION SEXUELLE ET SON PROJET D’EXPOSÉ DES MOTIFS

La présente Recommandation a été élaborée sur la base des travaux du Conseil de l’Europe et d’autres organisations compétentes, dont l’Union européenne, l’Organisation des Nations Unies, la Confédération européenne de la probation (CEP), EuroPris, l’Association internationale pour le traitement des délinquants sexuels (IATSO), l’Organisation nationale pour le traitement des délinquants sexuels (NOTA), les Centres ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (CRIAVS), l’antenne néerlandaise de l’Association pour le traitement des délinquants sexuels (NL-ATSA) et l’Association pour le traitement des délinquants sexuels (ATSA).

PRINCIPES FONDAMENTAUX

1. Il importe que les services pénitentiaires et de probation gèrent et s’efforcent d’assurer la réinsertion des personnes accusées ou reconnues coupables d’une infraction sexuelle en fonction du risque qu’elles représentent et conformément aux normes et principes qu’ils appliquent aux autres personnes dont ils ont la charge.

2. Des mesures concrètes devraient être prises pour répondre aux besoins particuliers des personnes accusées ou reconnues coupables d’une infraction sexuelle, notamment leur détention séparée pendant leur séjour en prison, si ceci est considéré comme nécessaire, et une gestion spéciale de leur cas pendant leur détention et sous probation.

3. La prévention de la délinquance sexuelle et la réponse qui lui est apportée sont plus efficaces dans un cadre interinstitutionnel, qui passe par des institutions partenaires et facilite le partage des informations, de l’expertise et des ressources, afin d’établir un projet commun de gestion des risques et de réinsertion sociale efficace.

4. Le comportement pénalement répréhensible doit être examiné dans sa globalité, en tenant compte des facteurs comportementaux, sociaux, psychologiques et sanitaires.

5. Les interventions et les traitements doivent être fondés sur des données probantes, être proportionnés et s’inscrire dans une méthode globale qui aide les individus à remédier à leurs comportements délictueux.

6. Le fait de faciliter la coopération des personnes accusées ou reconnues coupables d’une infraction sexuelle est essentiel dans tous les aspects d’une réinsertion efficace, notamment l’évaluation et la gestion des risques, ainsi que les traitements et les interventions.

7. Des projets individualisés d’exécution de la peine doivent être convenus au début de la peine, se poursuivre jusqu’au terme et devraient être régulièrement mis à jour. Lors de la rédaction et de la mise en œuvre du projet d’exécution de la peine, l’opinion et la collaboration de la personne concernée devraient être recherchées, dans la mesure du possible, afin de créer une vision commune de sa réinsertion sociale.

8. Les organismes qui gèrent les personnes accusées ou reconnues coupables d’une infraction sexuelle devraient collaborer, le cas échéant, avec les collectivités locales pour faciliter les méthodes de gestion des risques et la réinsertion sociale des individus.

9. Dans la mesure du possible, des dispositions doivent être prises pour éviter les interruptions de traitement ou d’interventions, particulièrement lors du passage d’une personne entre une prison et un service de probation.

10. La coopération internationale devrait être facilitée, le cas échéant, conformément aux règles de protection des données et aux accords internationaux, dans le but d’assurer la protection des citoyens et en même temps de garantir un niveau de protection approprié des données personnelles.

III. ÉVALUATION DES RISQUES ET DES BESOINS

11. L’évaluation des risques devrait avoir lieu le plus tôt possible dans le processus de justice pénale, en appliquant une procédure officielle définie et en utilisant des outils d’évaluation des risques validés, afin de permettre la définition éclairée des projets d’exécution de la peine, de gestion et ainsi que des rapports pré-sentenciels lorsque les tribunaux l’exigent.

12. Une évaluation des risques approfondie et régulièrement actualisée devrait être la condition préalable de toute prise de décision éclairée au sujet de la gestion, des interventions et du traitement des personnes accusées ou reconnues coupables d’une infraction sexuelle.

13. En cas de craintes de troubles psychiatriques, il convient d’effectuer une évaluation des risques en tenant compte des expertises, diagnostics et traitements psychiatriques éventuels.

14. Les professionnels de l’évaluation des risques doivent être impartiaux et objectifs dans leur évaluation.

IV. GESTION, INTERVENTIONS ET TRAITEMENT EN PRISON

15. L’évaluation des risques devrait être effectuée ou actualisée lors de l’admission en prison. Les détenus accusés ou reconnus coupables d’une infraction sexuelle devraient, si possible et si besoin, être placés dans un quartier d’évaluation et d’orientation distinct afin de faciliter ce processus.

16. Si l’évaluation des risques indique que les sanctions ou mesures appliquées en milieu ouvert peuvent favoriser la réadaptation et la réinsertion, il convient d’envisager, en conformité avec le droit national, la condamnation assortie de sursis ou la libération conditionnelle anticipée du détenu, qui peut s’accompagner d’un suivi et d’une obligation de se soumettre à des interventions ou de suivre un traitement.

17. Il importe que des mesures de protection soient mises à la disposition des personnes détenues accusées ou reconnues coupables d’une infraction sexuelle lorsque leur application s’avère nécessaire pour éviter qu’elles ne deviennent des victimes et pour accélérer leur motivation à changer.

18. Les personnes reconnues coupables d’une infraction sexuelle devraient, dans le cadre de leur projet d’exécution de la peine, avoir accès à des interventions et/ou à un traitement visant à remédier à leur comportement délictueux, dont l’engagement positif et la réussite devrait être prise en compte dans les décisions de libération anticipée. Dans la mesure du possible, les personnes accusées d’une infraction sexuelle peuvent également accepter de bénéficier de traitements et/ou interventions appropriés pendant leur détention.

V. GESTION, INTERVENTIONS ET TRAITEMENT EN PÉRIODE DE PROBATION

19. Tout projet d’exécution de la peine doit être adapté individuellement. Il importe que les projets d’exécution de la peine tiennent systématiquement compte des restrictions qui pourraient être imposées à la personne et des services disponibles localement et qu’ils privilégient la coopération interinstitutionnelle, afin de faciliter autant que possible le respect du projet par l’intéressé.

20. Le personnel de probation qui élabore un projet individualisé d’exécution de la peine est chargé d’assurer la mise en œuvre dans son domaine de compétence et a l’obligation de rendre des comptes. Le personnel de probation devrait rencontrer les personnes sous leur assistance et/ou supervision à intervalles réguliers, conformément à leur risque et à leurs besoins.

21. Les personnes sous suivi probatoire, reconnues coupables d’une infraction sexuelle devraient avoir accès à des interventions et/ou à un traitement visant à remédier à leur comportement délictueux et à répondre à leurs besoins.

22. La personne sous suivi probatoire doit être informée des exigences et obligations qui la concernent pendant sa période de probation, des restrictions auxquelles elle peut être soumise, ainsi que de leur éventuelle modification ultérieure.

23. A l’issue du suivi probatoire, le projet d’exécution de la peine devrait être réexaminé, si nécessaire, concernant toute restriction en cours ou même achevé, et les dossiers conservés ou détruits de manière appropriée, conformément au droit interne.

VI. COLLECTE DES DONNÉES, PARTAGE D’INFORMATIONS ET TRAVAIL EN PARTENARIAT

24. Seules les données pertinentes devraient être traitées au sujet d’une personne accusée ou reconnue coupable d’une infraction sexuelle et tout traitement de données doit être conforme aux règles internationales et nationales pertinentes en matière de protection des données.

25. Une attention particulière devrait être accordée à la réglementation rigoureuse du traitement et du partage des données dans le cadre des enquêtes et des procédures pénales, y compris des règles spécifiques concernant la responsabilité des organisations y participant.

26. Des lignes directrices internes et un système de sanctions efficaces devrait être mis en place pour lutter contre la manipulation négligente ou l’utilisation abusive intentionnelle de ces données.

27. Les procédures de conservation et de destruction des données doivent être rigoureusement réglementées et périodiquement révisées.

28. Dans les pays où il existe des registres ou des systèmes de signalement public des personnes reconnues coupables d’une infraction sexuelle, l’intéressé devrait être informé intégralement de cette politique. Lorsque des informations ont été divulguées à son sujet à autrui, l’intéressé et les institutions concernées doivent en être informés.

29. Il convient de conclure des accords bilatéraux et multilatéraux d’échange d’informations à des fins de protection du public, conformément à la réglementation nationale et internationale en vigueur en matière de protection des données.

VII. VICTIMES ET SOUTIEN DE LA COLLECTIVITÉ

30. Le droit des victimes de recevoir des informations concernant la libération des personnes reconnues coupables d’une infraction sexuelle devrait être établi et clarifié par le droit national.

31. Le cas échéant, les services pénitentiaires et les services de probation devraient se concerter avec d’autres organismes de justice pénale ainsi qu’avec les services d’aide aux victimes et d’autres organismes, selon le cas, pour veiller à ce que les besoins des victimes soient satisfaits et pour éviter que la victimisation ne se poursuive.

32. Les interventions visant le soutien et la mobilisation de la collectivité peuvent être utilisées au besoin, mais elles doivent être approuvées par l’organisme de probation et ne remplacent pas la supervision de la probation elle-même.

33. La participation aux interventions de justice restaurative, si appropriée, devrait être facilitée en fournissant des renseignements sur la nature, la pertinence et l’accès à ces interventions.

VIII. SÉLECTION ET FORMATION DU PERSONNEL

34. Les critères de recrutement et de sélection du personnel travaillant avec des personnes accusées ou reconnues coupables d’une infraction sexuelle devraient tenir compte des capacités personnelles et des qualifications professionnelles des candidats, afin de garantir la compétence de prise en charge de telles personnes.

35. Le personnel pénitentiaire et de probation devraient être formé afin de faciliter la réadaptation et la réinsertion sociale des personnes accusées ou reconnues coupables d’une infraction sexuelle, grâce à un programme d’activités de traitement et/ou d’intervention basé sur des données probantes, des échanges professionnels et une assistance.

36. Les programmes de traitement et d’intervention mis en œuvre par le personnel pénitentiaire et de
probation spécialement formé devraient être étroitement encadrés par des professionnels qualifiés.

37. Le personnel devrait recevoir une formation appropriée et continue pour s’assurer qu’il est à jour et capable de remplir sa mission à un niveau de qualité élevé.

38. Un soutien continu et une assistance permanente devraient être fournis au personnel qui exerce ses activités auprès de personnes accusées ou reconnues coupables d’une infraction sexuelle, car il peut souffrir de traumatismes indirects et de symptômes aggravés par le stress et faire l’objet d’une stigmatisation.

IX. STRATÉGIE DE COMMUNICATION ET DE RELATIONS AVEC LES MÉDIAS

39. Les politiques et pratiques liées à l’évaluation, à la gestion et à la réinsertion des personnes accusées ou reconnues coupables d’une infraction sexuelle devraient être rendues publiques et accessibles.

40. Les services pénitentiaires et les services de probation devraient disposer d’une stratégie de communication claire et désigner un membre du personnel comme porte-parole du service.

41. Aucun membre du personnel ne devrait s’entretenir avec les médias au sujet de l’évaluation, du traitement ou de la gestion d’une personne accusée ou reconnue coupable d’une infraction sexuelle sans autorisation du supérieur hiérarchique.

42. Tous les communiqués de presse à fort impact médiatique doivent faire l’objet d’une stratégie d’information médiatique claire et bien définie, élaborée au préalable et conforme aux règles de protection des données.

X. RECHERCHE, ÉVALUATION ET DÉVELOPPEMENT

43. Il importe que la recherche et l’évaluation relatives à la détermination de la peine et à la gestion des personnes accusées ou reconnues coupables d’une infraction sexuelle, ainsi qu’aux traitements et/ou interventions, soient soutenues et financées en vue d’évaluer régulièrement les bonnes pratiques établies.

44. La collecte de données statistiques et la réalisation d’études et d’évaluations devraient être effectuées par les services pénitentiaires et de probation, mais lorsque cela s’avère possible et approprié, cette démarche devrait se faire en partenariat avec des chercheurs externes, y compris des institutions académiques et d’autres organes qui possèdent une expertise et une expérience dans le domaine de ces recherches.

Projet de recommandation européenne AICS Février 2021

Outil de jugement clinique structuré d’évaluation du risque de récidive de violence conjugale: le Spousal Assault Risk Assessment Guide (SARA)

Généralités
Le Spousal Assault Risk Assessment Guide (SARA) a été créé par Kropp, Hart, Webster et Eaves (1999) au Canada. Bien que conçu avant l’ODARA, le SARA est cependant un outil de jugement clinique structuré. Il est organisé typiquement comme les instruments proposés par cette équipe : il s’agit d’un guide qui présente une série de recommandations pour effectuer l’évaluation de ce type de risque. La partie centrale consiste en une échelle de 20 facteurs de risques 130 sélectionnés sur la base d’une revue de la littérature ainsi que de considérations cliniques et légales. La SARA est habituellement considérée comme outil de jugement clinique structurée. Le résultat brut résultant de la cotation des vingt items peut donc être interprété par l’évaluateur en fonction des particularités du cas qu’il évalue.

Structure et cotation de l’échelle
Les 20 facteurs de la SARA sont répartis en deux parties : la première est constituée de facteurs d’évaluation du risque de récidive violente générale et la deuxième est spécifique du risque de récidive de violences conjugales.

Le codage des items se fait selon une échelle de 0 à 2 :
0 : absence du facteur
1 : présence partielle du facteur.
2 : présence nette du facteur.

Partie 1 : Facteurs de risque généraux de violence.

1. Antécédents de violence à l’égard de membres de la famille.
2. Antécédents de violence à l’égard d’inconnus ou de connaissances.
3. Antécédents de violation des conditions de mise en liberté ou de contrôle social.
4. Problèmes relationnels récents.
5. Problèmes récents d’emploi.
6. Victime et/ou témoin de violence familiale dans l’enfance ou l’adolescence.
7. Dépendance ou abus de substance récente.
8. Récente tentative ou idées suicidaires ou homicidaires.
9. Récents symptômes psychotiques ou maniaques.
10. Trouble de la personnalité, avec colère, impulsivité, ou instabilité comportementale.

Partie 2 : Facteurs de risque de violence conjugale.

11. Antécédents d’agression physique.
12. Antécédents d’agression sexuelle ou de crise de jalousie.
13. Antécédents d’usage d’une arme ou de menace de mort crédible.
14. Récente aggravation dans la fréquence ou la sévérité des agressions.
15. Antécédents de violation d’une interdiction de contact.
16. Minimisation extrême ou déni des antécédents de violence conjugale.
17. Attitude qui soutient ou excuse les violences conjugales.
18. Agression grave ou sexuelle lors de l’agression la plus récente.
19. Usage d’une arme ou de menace de mort crédible lors de l’agression la plus récente.
20. Violation d’une interdiction de contact lors de l’agression la plus récente.

Le guide de la SARA prévoit que l’évaluateur apprécie ces vingt facteurs, puis la présence éventuelle de facteurs supplémentaires spécifiques au cas en question. Finalement le risque de récidive de violences conjugales est estimé selon trois degrés : bas, moyen ou élevé.

Pour en savoir plus: G NIVEAU « Évaluation de la dangerosité et du risque de récidive », L’Harmattan

COTATION SARA

presentation_SARA par un de ses créateurs, Stephen Hart, Université Simon Fraser

Reconnaître la pensée antisociale (AbeFrench)  31 mai 2017

http://thinkingmatters.us/2017/05/31/recognize-anti-social-thinking/

La pensée antisociale présente certaines caractéristiques qui peuvent être identifiées par l’observation.  On se pose souvent la question suivante :  » Pourquoi certaines personnes font-elles toujours les mêmes erreurs ? « .  Bien que les détails soient assez complexes, la réponse est assez simple.  Réponse : C’est notre façon de penser !  Nos choix sont faits à l’aide d’un réseau de pensées, d’émotions , d’attitudes et de croyances que nous utilisons de façon routinière.  Nous acquérons un ensemble d’habitudes qui nous aident à prendre des décisions en fonction de la façon dont nous voyons le monde.  Ces habitudes deviennent confortables mais conduisent à des résultats qui nous mettent en difficulté.

Des difficultés dans les domaines des :

  • relations
  • de l’Emploi
  • des Drogues/alcool
  • de La loi (systèmes de justice pénale)
  • de l’éducation, la scolarité

Consciemment ou non, nous sommes tous soumis à un certain intérêt personnel.  Nous voulons des « choses ».  Nous voulons que les choses se passent comme nous l’entendons afin d’obtenir quelque chose.  Parfois, ce que nous gagnons est matériel (comme de l’argent ou une maison).  Parfois, ce que nous gagnons est un sentiment que nous aimons (ou que nous n’aimons pas autant qu’un autre sentiment).  Parfois, nous sommes un peu trop intéressés par notre propre intérêt.  C’est ce que nous appelons la pensée antisociale.  La pensée antisociale oriente le plus souvent les décisions vers des intérêts égocentriques.  Elle filtre généralement la pensée « in » qui valide le WIFM (what’s in it for me : « qu’est-ce que cela va m’apporter ? »).  Elle a également tendance à filtrer le WIFO (what’s in it for others : « qu’est-ce cela va apporter aux autres ? » ).  Dans ce cas, la pensée antisociale commence à considérer que toute personne qui n’est pas « avec moi » est « contre moi ».   Par conséquent, un état d’esprit « GAGNER/ PERDRE » leur semble approprié.  Les « autres » les ont traités injustement, ont brisé leurs espoirs, ont interféré avec leur succès (mérité).  Cela entraîne des sentiments indésirables.

Des sentiments comme :

  • se sentir insulté
  • ressentir de l’impuissance
  • ressentir du désespoir
  • se sentir sans défense
  • se sentir embarrassé

Nous voulons tous atténuer ou éviter ce type de sentiments !  Certaines personnes les trouvent même totalement intolérables.  Nous préférons nous sentir confiants, importants, pleins d’espoir, etc.  Par conséquent, il semble « normal » pour les penseurs antisociaux de choisir la « solution » la plus rapide. Malheureusement, cela conduit très souvent à une décision qui entraîne des conséquences supplémentaires indésirables.  L’objectif pour eux était de se sentir mieux sur le moment.  La prison, le divorce, la dépendance ou le licenciement ne faisaient pas partie du « calcul » (bien souvent).

Il existe des indices qui peuvent nous aider à identifier quand la pensée antisociale est active.  Nous pouvons observer les comportements habituels d’une personne et « repérer » ces indices.  Il existe des thèmes dans la pensée qui favorisent la prise de décisions égocentriques.  On les appelle souvent les erreurs de pensée, les distorsions de pensée ou les mauvaises pensées.  Si nous nous écoutons les uns les autres, nous pouvons entendre ces thèmes lorsque les gens parlent.  Si nous réfléchissons à ce qu’une autre personne présente comme son principal centre d’intérêt, cela devient plus clair.

Voici quelques exemples :

Je le mérite.        Lorsqu’une personne est considérablement plus concentrée sur ses propres désirs, elle dira souvent des choses indiquant qu’elle mérite réellement quelque chose.  « Elle/il aurait dû… ».  Cela aide la personne à croire qu’elle a été traitée injustement et renforce le sentiment d’être dans son bon droit.  Le sentiment d’avoir droit à quelque chose et d’être dans son bon droit est un pas en avant pour se sentir mieux qu’elle ne l’est actuellement.

C’est stupide          Lorsqu’une personne parle souvent de quelqu’un d’autre en des termes qui l’élèvent et diminuent les autres, il s’agit généralement d’une tentative d’éviter l’embarras ou l’insulte.  Lorsqu’une personne se sent mal parce que les choses ne vont pas comme elle le souhaite, il semble prudent de trouver quelque chose qui « cloche » chez les autres.   C’est aussi souvent le cas lorsqu’une personne essaie d’impressionner les autres par son importance ou sa supériorité.

Tu as tort                Lorsque quelqu’un dit constamment aux autres qu’ils ont « tort », cela implique qu’il sait quelque chose que les autres ne savent pas.  Cela transmet un sentiment de supériorité et de confiance.  Ces sentiments sont de loin préférables à la gêne ou au manque de respect.  Cela se produit souvent lorsque l’autre personne est absente.  Il arrive aussi qu’elle soit utilisée comme une démonstration d’agressivité en présence d’autres personnes.

Je-moi-mon            Quel que soit le sujet, il semble que le « moi » soit toujours au cœur du sujet.  Toute conversation revient à la façon dont elle se rapporte à eux.  Si quelqu’un parle de vacances, le sujet devient MES vacances (généralement, meilleures, plus spectaculaires, plus chères, plus terribles, etc.). Si le sujet est l’argent, il s’agit de MON argent (généralement, combien j’ai, combien je n’ai pas, combien je dépense, combien j’ai économisé, etc.  Même une démonstration de sympathie peut se transformer en une conversation sur le fait qu’ils sont beaucoup plus sympathiques que quelqu’un d’autre.

La pensée de nature antisociale se distingue par ses thèmes égocentriques.  On sent que la personne antisociale veut être considérée comme impressionnante, unique et importante.  Si nous écoutons et observons, nous pouvons généralement en prendre conscience.  La pensée prosociale est plus inclusive, curieuse des points de vue des autres et transmet un sentiment de « solidarité ».  L’utilisation de ce cadre peut nous aider à observer la pensée antisociale dans nos interactions avec les autres.

 

 

Une approche cognitivo-comportementale éducative de base mobilisable en probation: Le programme « Thinking Matters »

Thinking Matters est conçu comme une approche cognitive et comportementale éducative de base. Cette
approche comblera une lacune qui existe parmi les approches cognitivo-comportementales disponibles.

La plupart des programmes visent à produire un changement de comportement durable chez les
participants. Pour cette raison, ils sont complexes et prennent beaucoup de temps. Ces programmes ont souvent une durée de six mois à deux ans, lorsqu’ils sont dispensés comme prévu. La plupart des programmes tentent d’enseigner plusieurs approches différentes, comme la restructuration cognitive et les habiletés sociales. Ces approches supposent que les participants possèdent une compréhension de base des concepts et des idées sous-jacentes. Ils supposent également que les participants entrent dans le programme avec les compétences nécessaires à la réalisation des activités du programme.

Thinking Matters enseigne ces compétences de façon très élémentaire. Comme il s’agit d’un sous-ensemble des compétences nécessaires pour produire un changement à long terme, elles peuvent être enseignées en peu de temps. La plupart des approches enseignent les rapports de pensée comme un élément singulier – dans un ensemble plus vaste.

Thinking Matters enseigne chaque élément des rapports de pensées individuellement. Avant de demander à un participant de créer un « rapport de pensées », on lui apprend à rédiger une description satisfaisante de la situation. On ne leur demande pas de rédiger des rapports de pensée tant qu’ils n’ont pas démontré qu’ils sont capables de rédiger une description satisfaisante de situation. Ils ne sont pas tenus d’adopter une approche axée sur les pensées à risque tant qu’ils n’ont pas démontré avoir acquis les exigences préalables d’un rapport de pensée. Cela rend l’apprentissage des compétences plus facile et plus facile à gérer pour les participants.Deux avantages fondamentaux de Thinking Matters :

  • Les participants sont mieux préparés à réussir des approches de programme plus intensifs.
  • Les animateurs qui utilisent des approches intensives peuvent s’en tenir aux scripts et aux méthodes du programme avec moins d’écarts et de déviations.

L’enseignement individuel des compétences permet d’acquérir les éléments constitutifs des approches cognitivo-comportementales ultérieures. Thinking Matters enseigne ces compétences en relativement peu de temps. Cela le rend très utile dans les situations où le temps est limité par des facteurs tels que la durée de la peine ou le manque de personnel. Les QSL et les prisons sont des exemples d’endroits où il peut y avoir des limites de temps. Thinking Matters peut être utilisé avec des participants qui n’ont pas les compétences de base requises pour exécuter des programmes plus intensifs.
On peut aussi l’élargir pour l’utiliser comme approche plus intensive en y ajoutant des compétences ou en exigeant des participants qu’ils mettent ces compétences en pratique pendant une période prolongée.

Lien comportements/pensées:

Les gens souhaitent souvent pouvoir changer des comportements improductifs en quelque chose de plus gratifiant et de plus satisfaisant.  Malheureusement, beaucoup d’entre nous pensent qu’il faut une volonté et une détermination sans faille pour y parvenir.  Cela peut être vrai.  Mais ce n’est pas la façon la plus productive de créer un changement durable en nous-mêmes. La volonté peut s’affaiblir avec le temps. Le succès semble lointain lorsque cela se produit.  Lorsque nous nous décourageons, il est facile de retomber dans des pensées improductives et des comportements destructeurs.

C’est pourquoi Thinking Matters aborde le changement de soi avec un ensemble de compétences qui peuvent être apprises et pratiquées relativement facilement.  Il est difficile de maintenir les changements de comportement si l’on ne comprend pas la pensée spécifique qui conduit à un comportement particulier.  Thinking Matters aide les gens à s’entraîner à examiner leur propre façon de penser, à déterminer quelle est la partie qui mène au problème et à choisir d’utiliser une autre façon de penser.  Ces compétences aident à développer une saine curiosité envers soi-même, qui devient de plus en plus confortable au fur et à mesure qu’on les pratique.

Souvent, le « problème » de nos comportements n’est pas évident pour nous.  Il s’agit généralement de la façon dont nos comportements se reflètent sur nous, façonnent le point de vue des autres et/ou sont en conflit avec les règles/lois ou créent des inconvénients/problèmes pour les personnes qui nous entourent.  On a souvent l’impression que les gens doivent modifier leur façon de faire parce qu’ils ne sont pas raisonnables.  Le programme « Thinking Matters » aide les gens à devenir plus conscients des thèmes de notre pensée.  Si une personne prend conscience qu’elle blâme régulièrement les autres et considère ses associés comme « mauvais », elle peut commencer à remettre en question sa propre façon de voir le monde qui l’entoure.  Parfois, les autres ont tort.  Mais, est-ce que presque tout le monde a tort si souvent que cela mérite d’être un thème dans nos habitudes de pensée ?

Lien vers le site du programme Thinking Matters: http://thinkingmatters.us/

Extraits:

Exercices_ThinkingMatters

 

Un mot de l’auteur:

 

Bonjour tout le monde,

Je m’appelle Abe French.  J’ai commencé à créer Thinking Matters il y a environ 14 ans.  A l’époque, je développais et dispensais des programmes cognitivo-comportementaux dans une prison du comté et j’apportais une assistance technique au National Institute of Corrections (NIC).  Mon « travail quotidien » était celui d’un gestionnaire de cas au Michigan Department of Corrections (MDOC).  Jusque-là, j’avais été agent pénitentiaire et travaillais (principalement) avec des délinquants violents (1987-2000).

Une partie de mon travail (1993-2000) consistait à animer des groupes de « Stratégies pour penser de manière productive » (STP : Strategies for Thinking Productively).  Nous utilisions un programme intitulé OPTIONS : A Cognitive Self-Change Program (Dr, John M. (Jack) Bush & Brian Billodeau).  Vers 1997, notre établissement (Michigan Reformatory-MR) a également commencé à utiliser Thinking for a Change (T4C).   Pendant quelques années, j’ai animé des groupes de délinquants en utilisant les deux modèles.  J’ai eu la chance d’avoir été formé par les auteurs Dr. Jack Bush, Dr. Juliana Taymans, Dr. Barry Glick et Steve Swisher.  Une formation supplémentaire en communication cognitive et réflexive, en entretien motivationnel et en jeu de rôle a également été dispensée par le MDOC.  Je dois mentionner que Brian Billodeau, Mark Gornik, Deena Cheney et Michael Clark comptaient parmi mes formateurs.  Ce sont tous des formateurs et des individus de premier ordre. (Merci.)

En 2001, je suis devenu coordinateur des subventions pour l’Office of Community Corrections (OCC).  Mon domaine de spécialisation était la programmation cognitivo-comportementale.  À ce titre, il m’incombait d’inventorier, de contrôler et de faire des recommandations sur les diverses approches utilisées dans l’ensemble de l’État dans le cadre du financement du MDOC. Au fil du temps, j’ai commencé à remarquer que de nombreuses bonnes approches étaient utilisées et que certaines d’entre elles ne l’étaient pas correctement.  C’était généralement dû au fait que les ressources de l’agence et la dynamique logistique ne correspondaient pas bien aux paramètres du programme.

Il en résultait un manque de fidélité entre les directives des auteurs et l’exécution du programme.  En réponse à cette situation, j’ai commencé à passer en revue toutes les approches cognitivo-comportementales que je pouvais accumuler.  Mon objectif était d’aider les organismes et les individus à choisir des programmes d’études qui combineraient au mieux les ressources de l’organisme et les exigences du programme.  Il s’agissait souvent d’expliquer les caractéristiques du programme et de déterminer si l’utilisateur final disposait des ressources nécessaires pour en assurer la fidélité.  Nous avons souvent alerté sur des situations où une durée de séjour de 90 jours en prison ne permettait pas d’utiliser une approche calibrée pour 6 ou 12 mois.  Souvent, les utilisateurs ne comprenaient pas initialement qu’un programme linéaire est difficile (voire impossible) à utiliser dans un groupe communautaire en milieu ouvert où l’inscription ouverte est une nécessité.

J’ai pris ma retraite du MDOC en 2013.  Pendant environ un an, j’ai été le directeur d’un programme résidentiel de toxicomanie.  Malheureusement, l’établissement n’a pas pu maintenir le financement des subventions et a fermé.  Cela m’a donné assez de temps libre pour travailler davantage sur Thinking Matters, LLC.  Depuis lors, je fais plus de formation, d’écriture et de consultation.  J’ai appris à concevoir des sites Web et j’ai créé les sites de Thinking Matters pour soutenir notre travail avec les approches cognitivo-comportementales.

http://thinkingmatters.us/about-abe-french/

Stratégies de prevention de la rechute: l’outil « Plan de crise conjoint »

Le plan de crise conjoint (PCC) vise à identifier les signes avant‑coureurs et les facteurs déclencheurs d’une crise.

Il indique les stratégies et les ressources à mobiliser rapidement en cas de crise, ainsi que les soins, les traitements, les stratégies comportementales à privilégier ou à éviter, dès les premiers signes avant-coureurs de la crise, soit en amont d’une éventuelle perte de capacité de discernement.

Le PCC est une forme récente de « déclaration anticipée ».

Ce type de déclaration anticipée, venue de la psychiatrie, qui a pour but de préevenir la rechute, peut être utile également en milieu médicolégal et en contexte de probation pour anticiper toute rechute dans divers comportements criminogènes (avec par exemple des signes précuseurs comme la reprise des consommations, l’isolement, l’envahissement de pensées violentes…) , en mobilisant le réseau de soutien autour de la personne, en conscientisant les signaux précurseurs d’une crise, et en établissant à l’avance des scénarios de sortie de crise.

Contrairement aux directives anticipées, le PCC résulte d’un processus de décision partagée entre l’usager et son réseau de soutien, professionnel et/ou personnel, le rôle de chacun ayant été défini en amont de la crise.

Le plan de crise conjoint (PCC) est le fruit d’une démarche commune entre une personne concernée par un trouble psychique et un professionnel, voire les proches.

La rédaction d’un PCC est une démarche volontaire qui  repose sur un processus de décision partagée. Elle fait appel à la capacité d’autodétermination des personnes souffrant de troubles psychiques.

C’est un document négocié, rédigé et validé par les différentes parties concernées.

Il  peut aider à prévenir et mieux prendre en charge une éventuelle crise.

 

Exemples de PCC pouvant être adaptés pour être mobilisés en milieu correctionnel ou en probation:

Le programme Thinking for a Change (T4C) utilise dans un des exercices de gestion de la colère un Journal cognitif (« thinking Report ») qui se réalise en plusieurs étapes:

Les 3 étapes clefs du changement cognitif sont:

  1.  Prêtez attention à vos pensées ;
  2.  Identifiez les pensées à risque ;
  3. Mobiliser de nouvelles pensées

Étape 1 : Prêtez attention à vos pensées/émotions/sensations

Le journal cognitif est une étape utile pour s’exercer à prêter attention à ses pensées et identifiez le cas échéant ses
pensées à risque.
Procédez de la façon suivante :

  • Partie 1 – Décrivez ce qui s’est passé (collez avec les faits)
  • Partie 2 – Listez toutes les pensées dont vous pouvez vous souvenir (les mots exacts qui vous venaient à l’esprit à ce
    moment)
  • Partie 3 – Listez tous les sentiments, toutes les émotions et ressentis corporels que vous vous souvenez avoir eu
  • Partie 4 – Listez les croyances mobilisées dans cette situation (les croyances sont des règles, principes et opinions que
    vous utilisez dans beaucoup de situations différentes. (Ex : « dans la vie il ne faut pas… »))

1. SITUATION

Décrivez objectivement les faits tels qu’ils se sont passé
Qui a été impliqué? Qu’ont ils dit et fait?

2. PENSÉES

Listez chaque pensée dont vous vous souvenez
Utilisez les mots exacts qui sont venus à votre esprit à ce moment. Ne jugez pas vos pensées mais

3. ÉMOTIONS

Listez tous les sentiments/ressentis que vous vous rappellez avoir eu.
Utilisez les mots qui vous semblent juste.
Les ressentis peuvent être des émotions (colère, peur…) ou des sensations corporelles (chaleur, crispations….), ou les deux.

4. CROYANCES

Listez vos opinions et croyances: Opinions et croyances sont des règles, principes, valeurs ou façons de penser que vous utilisez
dans beaucoup de situations différentes.

Étape 2 : Reconnaître ses pensées/croyances à risque :

  1. Est-ce que mes pensées, sentiments, opinions et croyances m’ont conduit à faire ce que j’ai fait?
  2. Quelles pensées, sentiments, opinions et croyances ont été les plus importantes pour me conduire
    à faire ce que j’ai fait?
  3. Comment ces pensées , sentiments, opinions, croyances m’ont conduit à faire ce que j’ai fait?

Étape 3 : utiliser des pensées alternatives :

  1. Quelles nouvelles façons de penser puis-je utiliser, pour me conduire à des conséquences
    différentes?
  2. Est-ce que je vais me sentir bien si je pense de cette façon?

journal cognitif(T4C)

FRANCE CULTURE (Emission Esprit de justice, Antoine Garapon, 10/03/2021) Prévoir les crimes, décevoir la justice

Le numérique pénètre nos sociétés et modifie nos modes de fonctionnement, le système judiciaire n’y échappe pas, « Esprit de justice » aborde ce soir ces différents enjeux.

Le numérique a développé des programmes promettant de prévoir le crime, un vieux rêve qui a été porté à l’écran par Minority Report. Prévoir non plus le crime mais la récidive a également bouleversé la justice.

Que penser de ces nouveaux instruments qui, sous prétexte de prévoir le crime, pourraient bien décevoir la justice ?

Cela sera le thème du débat en compagnie de Bilel Benbouzid, sociologue au Laboratoire interdisciplinaire Sciences Innovation Sociétés (LISIS), auteur notamment de « Des crimes et des séismes. La police prédictive entre science, technique et divination » (Réseaux, 2017) et Angèle Christin, professeure à l’université de Stanford, auteure de Metrics at work : journalism and the contested meaning of algorithms, Princeton University Press, 2020.