Ressources en psychocriminologie et criminologie
Header
L’Union européenne vient de publier le manuel « Engage » à destination des professionnels de première ligne pour repérer et inciter les hommes auteurs de violences conjugales à se faire aider. 

En Europe, plus d’une femme sur cinq a subi des violences physiques ou sexuelles de la part de leur compagnon ou ex-compagnon et 43% ont subi des violences psychologiques. En réaction, l’Union européenne vient de publier un manuel à destination des “professionnels de première ligne” pour repérer, prendre en charge et inciter ces auteurs à se faire aider. D’après les chiffres de la HAS, les médecins généralistes sont les premiers concernés puisque 3 à 4 femmes sur 10 présentes dans les salles d’attente seraient victimes de violences conjugales et 1 victime sur 5  a consulté en premier lieu un médecin suite à un incident

S’il ne s’agit en aucun cas de prendre en charge les auteurs de violences et d’identifier le processus qui a conduit aux violences, le manuel insiste toutefois sur plusieurs impératifs : repérer des signes indiquant des violences conjugales dans un discours, aborder le problème de manière directe, encourager et motiver l’auteur à suivre un programme spécialisé mais aussi ; fournir les informations et coordonnées de programmes disponibles.

Engage: un manuel à destination des “professionnels de première ligne”

Le manuel a également pour vocation de casser les idées préconçues. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la violence “ne s’explique pas par le fait que l’agresseur cesse de se maîtriser. La plupart du temps, il s’agit au contraire d’un choix qu’il fait dans le but de contrôler sa compagne ou ex”, précise le guide. Six “tactiques” sont généralement employées pour cela : domination, humiliation, isolement, menaces, intimidation, déni et culpabilisation.

Repérer chez un homme les signes de violences conjugales

Le manuel propose trois manières de fonctionner pour repérer un homme auteur de violences conjugales : un questionnement systématique appliqué à tous, un repérage basé sur des indices ou à partir d’informations d’un tiers. Dans le cas du questionnaire, il est préconisé d’insister sur la notion “systématique” afin d’éviter les suspicions qui pourraient mettre les victimes en danger. A charge ensuite au médecin d’établir si l’information doit rester confidentielle dans un souci de protection des victimes ou si elle peut être rendue publique, dans le cas par exemple où l’auteur sait que les faits sont connus.

Le manuel fournit également une liste d’indices permettant de mieux les repérer. D’abord par rapport au discours de l’homme :

  • si sa vision des relations de couple traduit en réalité des violences (physique, sexuelle, affective, économique, sociale)
  • la jalousie ou une envie de “contrôler” sa compagne
  • des opinions sexistes ou misogynes envers les femmes en général
  • des déclarations d’énervement, des insultes

Mais aussi et surtout, il liste une série d’indices dans le comportement qui peuvent être repérés lors de la consultation :

Aborder avec l’homme la question des violences conjugales 

Pour aborder avec l’auteur, les violences et la situation, le manuel préconise…

de passer de questions générales ouvertes à des questions plus spécifiques et plus concrètes quant au recours possible à la violence. En voici une illustration :

Comment agir concrètement ? Le médecin ou professionnel peut par exemple…

accepter les minimisations le temps de l’échange, ou examiner le point de vue d’un proche pour faire prendre conscience à l’auteur les conséquences de leur violence sur autrui. Le manuel conseille également de conserver des notes détaillées des échanges qui pourront être utiles pour des échanges avec d’autres services ou en cas de procédure juridique.

Motiver les auteurs de violence à se faire aider 

Les professionnels de santé peuvent se retrouver confrontés à un refus ou une opposition nette de la part des auteurs de violences conjugales à se faire aider.  Le manuel conseille de ne pas les mettre “face à la leur mauvais comportement”, mais d’essayer de “renforcer leurs propres valeurs et leurs propres raisons de changer”. L’objectif est donc de responsabiliser l’homme et ne pas hésiter à lui expliquer que beaucoup d’autres hommes ont déjà été aidés par des centres spécialisés.

Guider vers un programme pour les auteurs de violences 

Le médecin peut guider l’homme auteur de violences syndicales vers un programme spécialisé. S’il n’existe pas de programme à proximité, une prise en charge individuelle peut être envisagée. Le manuel invite les professionnels à établir un protocole destiné aux auteurs afin de pouvoir les contacter et leur donner le plus de détails possibles. Les professionnels doivent aussi informer l’homme de la raison pour laquelle il est adressé à ce programme.

Dilemmes professionnels et légaux 

Quand faut-il signaler aux autorités une situation à risque pour la sécurité ou le bien de la femme et/ou des enfants ? En quoi le rôle du professionnel peut-il être impacté par les obligations légales ? Et comment faire, dans ce cas, pour maintenir le lien avec l’homme ?

Le manuel insiste sur…

la nécessité de prendre en compte trois critères : l’aspect professionnel (les règles qui encadrent le comportement professionnel afin de protéger le bien-être et les droits de l’usager), l’aspect personnel (faisceau de principes et de jugements devant une situation donnée) et l’aspect légal (les violences étant des délits, elles doivent dans certains cas être signalées aux autorités compétentes). Les médecins doivent aussi se préserver de ces situations qui peuvent les atteindre personnellement, en essayant de travailler le plus possible en équipe, conserver des activités extérieures et faire des pauses.

Conséquences médicales

Les femmes victimes de violences conjugales sont deux fois plus sujettes à la dépression, deux fois plus susceptibles d’être dépendantes à l’alcool, ont 1,5 fois plus de risque d’être contaminées par le HIV, la syphilis, les chlamydias ou les gonorrhées.

Chez les enfants, assister à des scènes peut entraîner de la crainte et de l’anxiété, de la honte, des troubles du sommeil et même une dépression. Physiquement, ces enfants peuvent présenter des maux de ventre ou des maux de tête ainsi qu’une perte de concentration.

Source : le contenu de ce manuel se fonde sur une recension d’articles et d’ouvrages spécialisés, ainsi que la collaboration de professionnel.les de première ligne, d’auteurs de violences et d’expert.es travaillant avec des auteurs, ayant accepté de participer à des discussions de groupe, ou à des entretiens. Ces derniers ont été conduits dans trois pays européens (Espagne, France, Italie).

 

Voir sur: https://www.egora.fr

Parution du nouveau numéro des Cahiers de la sécurité et de la justice (14 septembre 2020) Prison hors les murs. A quoi sert la probation ?

Institut national des hautes Études de la Sécurité et de la Justice

La peine est souvent limitée à la prison dans l’esprit du grand public, négligeant ainsi les opportunités de travailler efficacement avec des personnes délinquantes en milieu ouvert. La probation est une démarche qui vise à mettre en œuvre des alternatives à l’incarcération en lui substituant un régime de contraintes et de conditions à respecter pendant la durée de la peine prononcée. Les recherches sur le sujet évoquent 10 à 35% d’infractions en moins selon les conditions de mise en œuvre. La question de l’efficacité de ces peines alternatives, en milieu ouvert ou au sein de la prison, au regard de la réduction de la récidive, n’est plus un débat. Elles sont efficaces pour réduire le nombre d’infractions commises, à condition de respecter un certain nombre de règles. C’est un état exhaustif des connaissances issues de la recherche sur les peines de probation et la prévention de la récidive que présente ce numéro des Cahiers de la sécurité et de la justice.

 

https://www.vie-publique.fr/catalogue/272473-prison-hors-les-murs-quoi-sert-la-probation

 

Sommaire

Éditorial.

Dossier coordonné par Guillaume Arandel et Paul M’Banzoulou.

Avant-propos

I. Les pratiques fondées sur les données acquises de la science
Introduction. Guillaume Arandel.

II. L’évolution des méthodes de prise en charge dans la lutte contre la récidive.
Introduction. Philippe Pottier

III. La probation en Europe
Introduction. Guillaume Arandel

IV. Probation et formation
Introduction. Christophe Millescamps

Focus.

L’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel : une expertise unique. Melissa McDonald, Karima Kahlaoui, Marie Limoges-Mongeau, Tiziana Costi, Hannah Warren.

Actes du colloque du 13 mai 2019, « L’équilibre des peines. De la prison à la probation ». Ouverture par Madame Nicole Belloubet, Garde des Sceaux, ministre de la Justice.

REASONS FOR LIVING INVENTORY (RFL)

INVENTAIRE DES RAISONS DE VIVRE

Linehan, M. M., Goldstein, J . L., Nielsen, S. L., and Chiles, J. A. (1983)

AUTEUR : Marsha M. Linehan

OBJECTIF : mesurer les caractéristiques d’adaptation au suicide.

DESCRIPTION : Cet inventaire en 48 items évalue une série de croyances qui différencient les personnes suicidaires des personnes non suicidaires et peut être considéré comme une mesure de l’engagement d’une personne à l’égard de diverses raisons de ne pas se suicider.
Le RLF est l’un des rares instruments qui abordent le sujet sous l’angle des capacités d’adaptation qui sont absentes chez la personne suicidaire. Il est basé sur une théorie cognitivo-comportementale qui suppose que les modèles cognitifs sont les médiateurs du comportement suicidaire. Bien que légèrement plus long que d’autres instruments, le RLF comporte six sous-échelles courtes qui sont potentiellement très utiles pour travailler avec des clients suicidaires : la croyance suicidaire et la capacité d’adaptation (SCB, «  suicidal and coping belief »), la responsabilité envers la famille (RF, « responsibility to family »), les dissimulations liées à l’enfant (CRC ; « child-related concems » ), la peur du suicide (FS, «  fear of suicide »), la peur de la désapprobation sociale (FSD, «  fear of social disapproval ») et les objections morales (MO, «  moral objections »). Les scores totaux peuvent être utilisés, bien qu’ils soient plus utiles pour orienter l’intervention en utilisant les sous-échelles.

NORMES : L’échelle a été développée sur un échantillon de 193 adultes non cliniques et un échantillon de 244 patients psychiatriques hospitalisés. L’échantillon non-clinique avait un âge moyen de 36 ans. Les scores moyens sur l’échelle SCB, RF, CRC, FS, FSD et MO étaient respectivement de 4,55, 3,86, 3,66, 2,38, 2,34 et 3,02. L’échantillon clinique a été classé en trois sous-échantillons en fonction des comportements suicidaires passés : non suicidaires (n = 78), idées suicidaires (n = 89), et parasuicides (n = 77).

Les scores moyens pour les SCB, RF, CC, FS, FSD et MO étaient les suivants pour chacun des trois sous-échantillons : sujets non suicidaires : 4,82, 4,49, 3,89, 3,07, 3,13 et 3,54 ; idées suicidaires : 4,82, 4,49, 3,89, 3,07, 3,13 et 3,54 ; idées suicidaires : 4,82, 4,49, 3,89, 3,07, 3,13 et 3,54 ; parasuicides : 3,56, 3,55, 2,69, 2,94, 2,82 et 2,73. Les scores moyens sur l’échelle totale des RLF étaient de 4,25, 3,28 et 3,28 pour les sous-échantillons non suicidaires, suicidaires et parasuicidaires. Les scores ne sont pas significativement différents pour les hommes et les femmes.

SCORE : Le score de chaque sous-échelle est calculé en faisant la moyenne des notes individuelles des éléments de cette sous-échelle ; par exemple, sur la BCS, le total des éléments est divisé par 24. Le score total est obtenu en additionnant les scores de chaque élément et en les divisant par 48. En utilisant les notes moyennes pour chaque sous-échelle, il est possible de comparer les différentes sous-échelles. Les éléments de la sous-échelle sont : SCB : 2, 3, 4, 8, 10, 12, 13, 14, 17, 19, 20, 22, 24, 25, 29, 32, 35, 36, 37, 39,40, 42,44, 45 ; RF : 1, 7, 9, 16, 30,
47,48 ; CC : 11,21,28 ; FS:6, 15,18, 26, 33, 38, 46 ; FSD : 31, 41, 43 ; MO : 5, 24, 27, 34. Des scores plus élevés indiquent davantage de raisons de vivre.

FIABILITÉ : La fiabilité a été basée sur une variété d’échantillons, et estimée en utilisant l’alpha de Cronbach. Les corrélations allaient de 0,72 à 0,89, ce qui indique une cohérence interne assez élevée. Aucune donnée sur la stabilité n’a été rapportée.

VALIDITÉ : La plus grande limite de cet inventaire est probablement le manque de validité prédictive. La sous-échelle ayant la plus forte validité concomitante est la SCB qui est corrélée avec les idées suicidaires et la probabilité de suicide dans l’échantillon « normal ». Dans l’échantillon clinique, la BCS est corrélée avec les idées suicidaires, la probabilité de suicide, les menaces de suicide et les solutions suicidaires. Le FR était également en corrélation avec ces comportements suicidaires dans l’échantillon clinique, mais montrait moins de preuves de validité avec l’échantillon non clinique. Le CC a été corrélé avec trois des quatre critères de l’échantillon clinique. La preuve de la validité des groupes connus vient également appuyer l’instrument.

RÉFÉRENCE PRIMAIRE : Linehan, M. M., Goldstein, J . L., Nielsen, S. L., et Chiles, J. A. (1983). Raisons de rester en vie quand on pense à se suicider : The Reasons for Living Inventory, Journal of Consulting and Clinical Psychology,, 5 1, 276-286. Instrument reproduit avec autorisation sion de Marsha M. Linehan et de l’American Psychological Association.

DISPONIBILITÉ : Dr Marsha M. Linehan, Département de psychologie NI-25, Université de Washington, Seattle, WA 98195.

(suite…)

New York Time Magazine (2013) Le pardon peut-il jouer un rôle dans la justice pénale ?

By Paul Tullis Jan. 4, 2013

https://www.nytimes.com

Conor McBride, who was convicted of shooting his girlfriend of three years when they were both 19

Le 28 mars 2010 à 14h15, Conor McBride, un homme de grande taille de 19 ans aux cheveux blonds, portant un jean, un T-shirt et des baskets New Balance, est entré dans le service de police de Tallahassee et s’est approché du bureau situé dans le hall principal. Gina Maddox, l’officier de service, a remarqué qu’il avait l’air bouleversé et lui a demandé comment elle pouvait l’aider. « Vous devez m’arrêter », répondit McBride. « Je viens de tirer dans la tête de ma fiancée. » Maddox, abasourdie, ne répondit pas tout de suite. McBride ajouta : « Ce n’est pas une blague. »

Maddox appela le lieutenant Jim Montgomery, le commandant de la garde, à son bureau et lui raconta ce qu’elle venait d’entendre. Il a demandé à McBride de s’asseoir dans son bureau, où le jeune homme s’est mis à pleurer.

Environ une heure plus tôt, chez ses parents, McBride avait tiré sur Ann Margaret Grosmaire, sa petite amie depuis trois ans. Ann était une grande jeune fille de 19 ans aux longs cheveux blonds et, comme McBride, étudiante au Tallahassee Community College. Le couple s’était disputé pendant les 38 dernières heures en personne, par SMS et au téléphone. Ils se disputaient à propos de choses banales qui peuvent être le sujet de disputes dans de nombreux couples, mais au lieu de résoudre leurs différends ou de s’en débarrasser, ils ont continué pendant deux nuits et deux matinées, jusqu’au moment où McBride a tiré sur Grosmaire, qui était à genoux, au visage. Ses derniers mots ont été : « Non, ne faits pas ça ! »

Ses amis ne pouvaient pas croire la nouvelle. Grosmaire était connue pour être l’auditrice empathique de son groupe, celle à qui les autres confiaient leurs problèmes, même si elle ne révélait pas souvent les siens. McBride avait été sélectionné pour un programme de leadership des jeunes par la chambre de commerce de Tallahassee et était une excellente élève au lycée Leon, où il a rencontré Grosmaire. Il n’avait jamais eu de problèmes sérieux. Rod Durham, qui a enseigné à Conor et Ann dans des cours de théâtre et qui était proche des deux, m’a dit que lorsqu’il a vu « Conor a tiré sur Ann » dans un SMS, « j’étais comme : « Quoi ? Y a-t-il un autre Conor et une autre Ann ? ”

Au poste de police, Conor a donné à Montgomery la clé de la maison de ses parents. Il avait quitté Ann, certain de l’avoir tuée, mais elle était toujours en vie, bien que sans réaction, lorsque les adjoints du shérif du comté et la police sont arrivés.

Cette nuit-là, Andy Grosmaire, le père d’Ann, se tenait à côté du lit de sa fille dans l’unité de soins intensifs du Tallahassee Memorial Hospital. La pièce était silencieuse, à l’exception du bruit rythmique du ventilateur qui la maintenait en vie. Selon les médecins, Ann avait un certain fonctionnement du tronc cérébral, et bien que ses parents, qui sont des catholiques pratiquants, aient gardé espoir, il était clair pour Andy qu’à moins que Dieu ne fasse des « choses merveilleuses », Ann ne survivrait pas à ses blessures. La mère d’Ann, Kate, était rentrée chez elle pour essayer de dormir un peu, alors Andy était seul dans la pièce, priant avec ferveur pour sa fille, « écoutant simplement », dit-il, « pour entendre le premier mot qui pourrait sortir ».

Le visage d’Ann était couvert de bandages, et elle était intubée et inconsciente, mais Andy l’a sentie dire « Pardonnez-lui ». Sa réponse a été immédiate. « Non », dit-il à voix haute. « Pas question. C’est impossible. » Mais Andy continuait d’entendre la voix de sa fille : « Pardonnez-lui. Pardonnez-lui. »

Ann, la dernière des trois enfants des Grosmaire, vivait encore à la maison, et Conor était devenu presque un membre de leur famille. Il a vécu chez eux pendant plusieurs mois alors qu’il ne s’entendait pas avec ses propres parents, et Andy, un régulateur financier de l’État de Floride, a fait appel à un ami pour obtenir un emploi pour Conor. Lorsque la police a annoncé à Kate que sa fille avait été tuée par balle et emmenée à l’hôpital, sa réaction immédiate a été de demander si Conor était avec elle, espérant qu’il pourrait réconforter sa fille. Les Grosmaires s’attendaient à ce qu’il soit le père de leurs petits-enfants. Pourtant, quand Andy a entendu les instructions de sa fille, il lui a dit : « Tu en demandes trop ».

Les parents de Conor étaient à Panama City, à une centaine de kilomètres, en vacances avec leur fille de 16 ans, quand ils ont reçu l’appel de la police de Tallahassee. Michael McBride, administrateur de base de données pour le ministère des transports de Floride, et Julie, sa femme, qui enseigne l’art à l’école primaire, savaient que l’un d’eux devrait rester avec la sœur de Conor, Katy, qui souffre d’un handicap de développement. Il a été décidé que Michael se rendrait seul à Tallahassee en voiture.

« J’ai fait une marche arrière avec la voiture » pour sortir de l’allée, m’a dit Michael, « et la dernière chose que Julie m’a dite, c’est : « Va à l’hôpital. Va à l’hôpital. » À la bretelle d’accès à l’autoroute, il a dit qu’il devait d’abord s’arrêter pour vomir. Il a dû s’arrêter et vomir cinq fois de plus avant d’arriver au Tallahassee Memorial.

Le couloir devant la chambre d’Ann était « absolument plein de monde », et Michael était comme submergé, se sentant « comme un personnage de dessin animé, en train de rétrécir ». Pendant le trajet, il n’avait pas pensé à ce qu’il allait faire une fois à l’hôpital, et il a dû prendre de grandes respirations pour éviter les nausées et s’appuyer contre le mur pour se soutenir. Andy s’est approché de Michael et, à la surprise des deux hommes, l’a serré dans ses bras. « Je ne peux pas vous dire à quoi je pensais », dit Andy. « Mais ce que je lui ai dit, c’est ce que je ressentais à ce moment-là. »

« Merci d’être là », dit Andy à Michael, « mais je pourrais te détester d’ici la fin de la semaine. »

« Je savais que nous étions en quelque sorte ensemble dans ce voyage », dit Andy maintenant. « Quelque chose était arrivé à nos familles, et je savais qu’être ensemble plutôt que d’être séparés allait être davantage que ce dont j’avais besoin. »

Quatre jours plus tard, l’état d’Ann ne s’était pas amélioré, et ses parents ont décidé de la débrancher. Andy dit qu’il était dans la chambre d’hôpital en train de prier lorsqu’il a senti un lien entre sa fille et le Christ ; comme Jésus sur la croix, elle avait des blessures à la tête et à la main. Les parents d’Ann s’efforcent de modeler leur vie sur celle de Jésus et de Saint Augustin, et le pardon est profondément ancré dans leur croyance. « J’ai réalisé que ce n’était pas seulement Ann qui me demandait de pardonner à Conor, mais aussi Jésus-Christ », se souvient Andy. « Et je ne lui avais pas dit non avant, et je n’allais pas commencer à ce moment-là. Ce n’était qu’une vague de joie, et j’ai dit à Ann : ‘Je le ferai’. Je le ferai ». « Jésus ou pas Jésus, dit-il, quel père peut dire non à sa fille ? »

Quand Conor a été arrêté, on lui a dit de donner les noms de cinq personnes qui seraient autorisées à lui rendre visite en prison, et il a mis la mère d’Ann, Kate, sur la liste. Conor dit qu’il ne sait pas pourquoi il a fait cela – « j’étais en état de choc » – mais savoir qu’elle pouvait lui rendre visite a mis un fardeau sur les épaules de Kate. Au début, elle ne voulait pas le voir du tout, mais ce sentiment s’est transformé en volonté, puis en besoin. « Avant que cela n’arrive, j’aimais Conor », dit-elle. « Je savais que si je définissais Conor à ce moment précis – comme un meurtrier – je définissais ma fille comme une victime de meurtre. Et je ne pouvais pas permettre que cela se produise. »

Elle a demandé à son mari s’il avait un message pour Conor. « Dites-lui que je l’aime et que je lui pardonne », lui a-t-il répondu. Kate me l’a dit : « Je voulais être capable de lui donner le même message. Conor nous devait une dette qu’il ne pourrait jamais rembourser. Et le libérer de cette dette nous libérerait de l’attente que tout dans ce monde puisse nous satisfaire. »

Les visiteurs de la prison du comté de Leon sont assis en rangée devant une cloison de verre renforcée, face aux détenus de l’autre côté – comme dans les films. Kate a pris le siège en face de Conor, et il lui a immédiatement dit combien il était désolé. Ils ont tous deux sangloté et Kate lui a dit ce qu’elle était venue lui dire. Tout au long de ce quart d’heure d’émotion, une autre femme dans la zone de visite avait bruyamment réprimandé un détenu, sa compagne, à travers la vitre. Après que Conor et Kate « aient eu leur moment », comme le dit Kate, ils ont tous les deux trouvé impossible d’ignorer les cris de la femme. C’était peut-être une catharsis après les larmes ou le besoin de relâcher une tension insupportable, mais le flot incessant d’invectives leur a paru commique à ce moment. Kate et Conor se sont tous deux mis à rire. Puis Kate est retournée à l’hôpital pour faire débrancher sa fille du système qui la maintenait en vie.

« Malheureusement, j’ai beaucoup d’expérience pour parler aux parents de personnes décédées », dit Jack Campbell, l’assistant du procureur du comté de Leon qui s’occupe de nombreuses affaires de meurtre très médiatisées en Floride du Nord. Les adjoints du shérif qui enquêtaient sur l’affaire ont dit à Campbell que les sentiments des Grosmaires envers les accusés étaient inhabituels, mais Campbell n’était pas préparé à la façon dont leur première rencontre, deux mois après la mort d’Ann, allait changer le cours des poursuites contre Conor.

Campbell avait accusé Conor de meurtre au premier degré, ce qui, comme la plupart des gens en Floride le comprennent, entraîne une peine obligatoire de prison à vie ou, potentiellement, la peine de mort. Il a dit aux Grosmaires qu’il ne demanderait pas la peine capitale, parce que, comme il me l’a dit plus tard, « je n’avais pas de circonstances aggravantes comme une condamnation antérieure, ou bien la victime qui serait un enfant ou un crime qui serait particulièrement odieux et ainsi de suite ».

Comme il le fait toujours avec les familles des victimes, il a expliqué aux Grosmaires les détails du processus de justice pénale, y compris le fait, peu connu, que le procureur dispose d’un large pouvoir discrétionnaire pour s’écarter des peines obligatoires de l’État. En tant que représentant de l’État et personne chargée de trouver la justice pour Ann, il pourrait réduire les charges et demander des peines alternatives. Techniquement, il a dit aux Grosmaires : « si je voulais faire cinq ans pour homicide involontaire, je peux le faire ».

Kate s’est assise droite et a regardé Campbell. « Quoi ? » demanda-t-elle. Campbell, pensant qu’elle avait mal compris et qu’il suggérait que Conor purge une peine de prison de cinq ans seulement, a essayé de la rassurer. « Non, non », dit-il. « Je ne ferais jamais ça. » C’était juste un exemple de la latitude dont disposent les procureurs de Floride dans une affaire de meurtre.

Ce que Campbell n’a pas réalisé, c’est que les Grosmaires ne voulaient pas que Conor passe sa vie en prison. L’échange dans le bureau de Campbell a bouleversé leur compréhension de la situation de Conor et leur a donné un défi inattendu à relever. « C’était facile de penser, pauvre Conor, que je ne voudrais pas qu’il passe sa vie en prison, mais il va devoir le faire », dit Kate. « Maintenant, Jack Campbell me dit qu’il n’a pas à le faire. Alors qu’est-ce que tu vas faire ? »

From left, Conor’s parents, Julie and Michael McBride, and Ann’s parents, Kate and Andy Grosmaire, at the Grosmaires’ home in Tallahassee, Fla

« Il est tellement désolé d’avoir dit ça », dit Kate maintenant, de Campbell. « Je veux dire, il nous a ouvert la porte. »

La plupart des systèmes de justice modernes se concentrent sur un crime, un infracteur et une punition. Mais un concept appelé « justice restaurative » ou « justice réparatrice » considère le préjudice causé et s’efforce d’obtenir l’accord de toutes les parties concernées – les victimes, le délinquant et la communauté – pour faire amende honorable. Elle permet aux victimes, qui se sentent souvent exclues du processus de poursuite, d’être entendues et de participer. Dans ce pays, la justice restaurative prend plusieurs formes, mais la plus importante est peut-être la déjudiciarisation. Il n’existe pas beaucoup de ces programmes – quelques-uns existent en marge du système judiciaire dans des communautés comme Baltimore, Minneapolis et Oakland, en Californie – mais, selon une étude de l’Université de Pennsylvanie réalisée en 2007, ils ont été efficaces pour réduire la récidive. En règle générale, un facilitateur rencontre séparément l’accusé et la victime, et si les deux sont disposés à se rencontrer en personne sans animosité et que le délinquant est jugé disposé et capable de participer à cette rencontre, alors l’affaire passe du système juridique accusatoire à un processus parallèle de justice restaurative. Toutes les parties – le délinquant, la victime, le facilitateur et les services répressifs – se réunissent dans le cadre d’un forum parfois appelé conférence communautaire de réparation. Chaque personne parle, une à la fois et sans interruption, du crime et de ses effets, et les participants parviennent à un consensus sur la manière de réparer le préjudice causé.

Les méthodes sont surtout appliquées dans le cas de délits moins graves, comme les infractions contre les biens, pour lesquelles le tort peut être clairement réparé – restitution de biens volés, remplacement de matériel vandalisé. Les processus sont conçus pour être suffisamment souples pour traiter les crimes violents comme les agressions, mais ils sont rarement utilisés dans ces situations. Et personne à qui j’ai parlé n’avait jamais entendu parler de la justice restaurative appliquée pour un crime aussi grave qu’un meurtre.

Les Grosmaire avaient appris l’existence de la justice restaurative par Allison DeFoor, un prêtre épiscopalien qui travaille comme aumônier dans le système pénitentiaire de Floride (et avant cela, il a travaillé comme shérif, défenseur public, procureur et juge). Andy, qui étudie pour devenir diacre, a entendu parler de DeFoor par un ami de l’église et s’est tourné vers lui pour obtenir des conseils. Lorsqu’Andy a dit à DeFoor qu’il voulait aider l’accusé, DeFoor lui a suggéré de se pencher sur la justice restaurative. « Le problème », dit DeFoor, « c’est que tout le système n’a pas été conçu pour faire ce que les Grosmaires voulaient ». Il considérait que la justice restaurative – de toute sorte, et encore moins pour les meurtres – était impossible dans un État de droit. « Nous sommes loin d’être prêts pour cela en Floride en ce moment », m’a dit DeFoor. La plupart des gens diraient : « Hein ? » Et la plupart des conservateurs diraient : « Oh ». « Mais en tant qu’homme d’église, il a dit qu’il croyait qu’il y avait toujours de l’espoir. Il a suggéré aux familles « de trouver l’expert national en justice restaurative et de l’engager. »

Au milieu de l’été, Andy Grosmaire rencontrait régulièrement Michael McBride pour le déjeuner. Il savait que, d’une certaine manière, les McBride avaient aussi perdu un enfant. Lors d’un de ces déjeuners, il a parlé à Michael de la justice restaurative. Cela pourrait peut-être être un moyen d’aider Conor. Julie McBride, qui ne dormait pas beaucoup de toute façon, a commencé à passer de longues nuits en ligne à chercher la personne qui pourrait les aider à changer le destin de leur fils. Ses recherches l’ont menée à Sujatha Baliga, une ancienne avocate de la défense publique qui est maintenant directrice du projet de justice restaurative au Conseil national sur le crime et la délinquance à Oakland.

Baliga est né et a grandi à Shippensburg, en Pennsylvanie, le plus jeune enfant d’immigrants indiens. D’aussi loin que Baliga se souvienne, elle a été sexuellement abusée par son père. Au début de son adolescence, Baliga a commencé à se teindre les cheveux en bleu et à se couper. Elle pensait se détester en raison de son statut de paria dans sa communauté, où elle était l’un des rares enfants non blancs de son école. Mais à 14 ans, deux ans avant que son père ne meure d’une crise cardiaque, elle a pleinement réalisé la cause de sa misère : ce que son père avait fait était terriblement mal.

Malgré les tourments de son enfance, Baliga a excellé à l’école. En tant qu’étudiante de premier cycle à Harvard-Radcliffe, elle était assez certaine de vouloir devenir procureur et d’enfermer les pédophiles. Après l’université, elle s’est installée à New York et a travaillé avec des femmes battues. Lorsque son petit ami a obtenu une bourse pour ouvrir une école à Mumbai, elle a décidé de le suivre en attendant de savoir si elle avait été acceptée à la faculté de droit.

Baliga avait suivi une thérapie à New York, mais pendant son séjour en Inde, elle a connu ce qu’elle appelle « un éffondrement total ». Elle se souvient avoir pensé : « Oh, mon Dieu, je dois me réparer avant de commencer l’école de droit ». Elle a décidé de prendre un train pour Dharamsala, la ville himalayenne qui abrite une importante communauté d’exilés tibétains. Là, elle a entendu des Tibétains raconter « des histoires horribles de perte de leurs proches alors qu’ils essayaient d’échapper à l’armée chinoise envahissante », m’a-t-elle dit. « Des femmes se font violer, des enfants sont obligés de tuer leurs parents – des choses incroyablement horribles. Et je leur demandais : « Comment faites-vous pour rester debout, sans parler de sourire ? Et tout le monde me répondait : « Pardon. Et ils me demandaient : « Pourquoi êtes-vous si en colère ? Et je leur disais, et ils disaient, « C’est en fait assez fou. « La famille qui dirigeait la pension de famille où séjournait Baliga lui a dit que les gens écrivaient souvent au Dalaï Lama pour lui demander conseil et lui suggérer d’essayer. Baliga a écrit quelque chose du genre : « La colère me tue, mais elle motive mon travail. Comment travaillez-vous au nom des personnes opprimées et abusées sans que la colère ne soit la force motivante ?

Elle a déposé la lettre à un stand près de la porte d’entrée de l’enceinte du Dalaï Lama et on lui a dit de revenir dans une semaine environ. Au lieu de recevoir une lettre, Baliga a été invitée à rencontrer le Dalaï Lama, le prix Nobel de la paix 1989, en privé, pendant une heure.

Il lui a donné deux conseils. Le premier était de méditer. Elle lui a dit qu’elle pouvait le faire. Le second, dit-elle, était « de m’aligner avec mon ennemi ; d’envisager de leur ouvrir mon cœur. Je me suis mise à rire. Je suis comme : « Je vais à l’école de droit pour enfermer ces types ! Je ne m’aligne avec personne ». Il m’a tapé sur le genou et m’a dit : « OK, méditez. ”

Baliga est retourné aux États-Unis et s’est inscrit à un cours intensif de méditation de dix jours. Le dernier jour, elle a fait l’expérience spontanée, un peu comme Andy Grosmaire au lit de mort de sa fille, du pardon total de son père. Assise les jambes croisées sur un fauteuil dans sa maison de Berkeley, en Californie, l’hiver dernier, elle a décrit cette expérience comme « un abandon complet de la colère, de la haine et du désir de vengeance et de châtiment ».

Après des études de droit à l’université de Pennsylvanie, Baliga a été stagiaire auprès d’un juge fédéral dans le Vermont. « C’est alors que j’ai vu pour la première fois la justice restaurative en action », dit-elle. La deuxième partie de la prescription du Dalaï Lama serait finalement remplie.

Début 2011, Julie McBride a appelé Baliga, qui lui a patiemment expliqué pourquoi la justice restaurative n’allait pas s’appliquer à son fils. « C’est une affaire d’homicide », a dit Baliga à Julie, « c’est la côte de Floride, nous ne connaissons personne qui pratique ce niveau de dialogue entre la victime et le délinquant, et je ne pense pas qu’il y ait même un dialogue entre la victime et le délinquant en Floride, point. Laissez tomber. Cela n’arrivera jamais ».

« Nous voulons vous engager », a insisté Julie.

« Nous faisons des cambriolages, des vols », a protesté Baliga. « Pas d’accusations d’armes, pas d’homicides. Pas de viol. Il n’y a pas moyen. Il n’y a jamais eu d’affaire de meurtre qui soit passée par la justice restaurative. »

Mais Julie ne voulait pas laisser tomber. « Je pense que tu vas tomber amoureuse des Grosmaires », a-t-elle dit à Baliga. « Tu as juste besoin de leur parler. »

« Je ne vais pas les appeler à froid », a répondu Baliga.

« Oh, non, non », a dit Julie. « Ils m’ont parlé de la justice restaurative. Ils veulent que tout cela arrive. Je fais juste le travail parce qu’ils ont perdu leur fille. »

« O.K. Alors attends, quoi ? Tu leur parles ? »

Baliga dit qu’elle pensait que Julie McBride était peut-être un peu trompée, traumatisée, comme elle a dû l’être, par ce que son fils avait fait. Elle a accepté de parler avec les Grosmaires seulement s’ils l’appelaient, et quelques minutes après avoir raccroché avec Julie, son téléphone a sonné. Kate était à l’autre bout du fil.

Kate lui a raconté comment Conor s’était presque immédiatement rendu, et que Michael était venu à l’hôpital avant d’aller voir son fils en prison. Au début, Baliga dit : « Je doutais du potentiel des gens à être aussi étonnants ». Mais après quelques minutes de discussion avec eux, elle dit : « Je ne pouvais pas continuer à dire non. »

Une conférence téléphonique a rapidement été organisée avec les McBride, les Grosmaire, Baliga, DeFoor et l’avocat de Conor, un spécialiste des crimes capitaux nommé Greg Cummings. Baliga posait des questions, essayant de comprendre comment son processus de déjudiciarisation pourrait fonctionner en Floride, où rien de tel n’existe.

Puis DeFoor a eu une idée : « Et la conférence préparatoire ? Les avocats ont tout de suite su que cela pouvait marcher. Une conférence préparatoire est une réunion entre le procureur et l’avocat de l’accusé au cours de laquelle un accord est élaboré pour être présenté au juge. Tout le monde peut y assister, c’est confidentiel et rien de ce qui est dit ne peut être utilisé au tribunal. Toutes ces conditions rempliraient également les exigences d’une conférence communautaire de justice restaurative.

Le seul obstacle qui subsistait – et tout le monde savait que c’était un obstacle de taille – était le procureur, Jack Campbell.

La demande des Grosmaires n’était pas sans risque pour Campbell. Il est ambitieux et approuver une procédure de justice alternative introduite par une femme de Californie, qui pourrait permettre à un meurtrier de recevoir une peine plus légère, le ferait très probablement paraître indulgent envers le crime. D’un autre côté, « s’opposer à ce qu’un diacre de l’église demande grâce pour le meurtrier de sa fille a ses propres problèmes », déclare M. DeFoor. Mais la solution la plus sûre était que Jack Campbell dise « non ». Les circonstances ne lui permettaient pas d’être audacieux. »

Campbell a fait ses propres recherches, et une fois convaincu que la conférence ne violerait pas son serment ou, dit-il, « le devoir que j’avais envers tous les autres parents et tous les autres enfants de cette ville », il a appelé Cummings, l’avocat de Conor, qu’il connaissait et respectait, pour régler les détails. Campbell a dit à Cummings qu’il ne respecterait pas nécessairement les souhaits des autres parties concernant la sentence. « Ce n’est pas parce que je participe », a-t-il dit à Cummings, « que je vais approuver le résultat de cette réunion ».

Conor McBride and Ann Grosmaire in 2010

Le jour de la conférence, le 22 juin 2011, était chaud et humide. Baliga et les Grosmaires sont d’abord arrivés dans la petite salle de la prison du comté de Leon où la réunion devait avoir lieu. Baliga a estimé qu’il était important qu’Ann soit représentée à la conférence, alors pendant qu’elle disposait les chaises en plastique moulé en cercle, les Grosmaires ont placé un certain nombre d’affaires d’Ann au centre de la pièce : une couverture que la meilleure amie d’Ann avait crochetée pour elle ; le trophée de la comédienne de l’année qu’elle a gagné pendant sa dernière année de lycée ; un moulage en plâtre de la main indemne d’Ann. Après l’arrivée des McBride, des avocats, d’un défenseur des victimes et du prêtre des Grosmaires, le révérend Mike Foley, de l’église catholique du Bon Pasteur, Baliga demanda aux geôliers de faire entrer Conor.

Kate et Julie se sont levées de leur chaise. Conor se tenait maladroitement, ne sachant ni où aller ni quoi faire. « Conor », dit Baliga, « va embrasser ta mère ». La politique de la prison est qu’il n’y ait pas de contact physique entre les détenus et les visiteurs, mais Baliga avait persuadé le shérif de faire une exception. Il n’avait pas touché à ses parents depuis 15 mois. Il les a serrés dans ses bras puis s’est tourné vers les Grosmaires. Kate et Andy avaient continué à rendre visite à Conor périodiquement – Kate voulait particulièrement être avec lui le jour de l’anniversaire d’Ann. Maintenant, il les a aussi serrés dans ses bras.

Baliga a établi les règles de base : Campbell lirait les accusations et résumerait les rapports de la police et du shérif ; ensuite, les Grosmaires prendraient la parole ; puis Conor ; ensuite les McBride ; et enfin Foley, représentant la communauté. Personne ne devait l’interrompre. Baliga montre une photo d’Ann, qui tire la langue en regardant l’appareil photo. Si ses parents entendaient quelque chose qui ne plaisait pas à Ann, ils brandissaient la photo pour faire taire la partie adverse. Tout le monde semblait ressentir le poids de ce qui se passait. « On pouvait la sentir là », m’a dit Conor.

Les Grosmaires ont parlé d’Ann, de sa vie et de la façon dont sa mort les a affectés. « Nous sommes allés de sa naissance jusqu’à sa mort », dit Andy. Il a parlé de ce qu’Ann aimait faire, « comme jouer la comédie, et des choses qui étaient importantes dans sa vie. Elle aimait les enfants ; elle était notre seule fille qui voulait nous donner des petits-enfants ». Elle avait parlé d’ouvrir un refuge pour la faune après l’université. « Pour moi, elle avait vraiment grandi, et c’était une femme », dit Andy. « Elle était prête à sortir et à trouver sa place dans le monde. C’est la partie qui me rend le plus triste ».

Kate a décrit l’infirmière Ann. Elle a raconté qu’Ann avait un « œil paresseux » et qu’elle portait un patch quand elle était petite. « Nous avons travaillé pour qu’elle ait une bonne vision afin qu’elle puisse conduire et faire toutes ces choses quand elle sera grande. C’est une autre chose qui a été perdue avec sa mort : Vous avez travaillé si dur pour l’envoyer dans le monde – quel était le but de tout cela maintenant ? »

« Elle n’a pas épargné à Conor le coût de ce qu’il a fait », se souvient Baliga. « Elle n’a pas pris de gants, à aucun moment. C’était vraiment, vraiment dur. Bien plus dur que tout ce qu’un juge pourrait dire. »

« C’était atroce de les écouter parler », dit Campbell. « De regarder la photo là. Je la vois encore. C’était aussi traumatisant que tout ce que j’ai écouté dans ma vie. »

Conor n’a pas été moins affecté. « Entendre la douleur dans leurs voix et ce que mes actions avaient fait m’a vraiment ouvert les yeux sur ce que j’ai causé », m’a dit Conor plus tard. Puis ils m’ont dit: « D’accord, Conor, c’est ta faute ». Et j’ai dû rendre compte de ce que j’avais fait. » Il s’est penché en avant, a mis ses coudes sur ses genoux et a regardé directement les Grosmaires, qui étaient assis en face de lui. C’était difficile de commencer, mais une fois qu’il l’a fait, l’histoire est sortie de lui en un long flot.

Ann et Conor se sont battus dans la nuit de vendredi à dimanche. Conor était fatigué et avait des devoirs et des choses à faire le lendemain, il voulait donc rentrer chez lui en voiture et se coucher tôt. C’était un point de discorde fréquent : Ann étant « plutôt un oiseau de nuit », m’a-t-il dit plus tard, « c’était une sorte de problème permanent ». Il a promis de retourner chez Ann pour préparer le petit déjeuner, mais lorsqu’il s’est endormi trop tard le lendemain, la dispute a continué. Ils se sont battus par téléphone et par SMS et ont essayé de se réconcilier avec un pique-nique ce soir-là. Ann était excitée par la bonne note qu’elle avait obtenue dans un cours et a apporté des coupes de champagne et du San Pellegrino Limonata pour fêter cela. Mais Conor a oublié la note, et il s’est rappelé à la conférence combien Ann était déçue. « Tout s’est écroulé à partir de là », m’a-t-il dit.

Après le coucher du soleil, ils sont rentrés chez ses parents, mais Conor s’est endormi au milieu d’une conversation. « Le dimanche matin, je me réveille, elle est déjà réveillée et m’en veut », se souvient-il. « La dispute a repris là où elle s’était arrêtée. Au même point » – cela devait être des heures plus tard – « elle a dégénéré au point où elle a pris toutes ses affaires, est sortie par la porte et elle était comme ça : « Regardes, c’est fini. Je m’en vais ». ”

Conor et Ann se sont rencontrés en classe de chimie pendant leur deuxième année de lycée, et d’une certaine manière, leur relation était encore adolescente. Ils étaient amoureux et dévoués l’un à l’autre, mais il y avait aussi une dépendance qui frisait l’obsession. Ils passaient tellement de temps ensemble en dernière année que Conor a été renvoyé de son travail parce qu’il ne se présentait pas souvent, et son père m’a parlé de « sautes d’humeur » dans leur relation. Il y avait aussi des disputes constantes. « Ils étaient tous deux de bons enfants », dit Julie McBride, « mais ils n’étaient pas bons ensemble. » Kate Grosmaire l’a dit d’une autre manière : « C’est comme si la dispute était devenue la relation. »

Conor était enclin à des accès de rage irrationnelle. Ann n’a jamais dit à ses parents qu’il l’avait frappée plusieurs fois. Michael a maintenant le sentiment, avec un regret brûlant, qu’il a présenté un mauvais exemple de comportement de mauvaise humeur. « Conor a appris à être en colère », c’est ainsi qu’il me l’a dit.

« On n’en a jamais parlé, tu sais ? » Conor me l’a dit. Nous n’avons jamais essayé de nous dire : « Pourquoi faites-vous ceci et pourquoi faites-vous cela ? Ou, « C’est comme ça que je me sens vraiment. Ce genre de communication n’existait tout simplement pas. »

Quand Ann s’est levée pour partir ce dimanche matin, Conor dit qu’il ne savait pas très bien si elle le quittait ou si elle partait tout simplement, mais en tout cas il a remarqué qu’Ann avait laissé sa bouteille d’eau, et il l’a suivie jusqu’à l’allée pour la lui donner. Il a trouvé Ann dans sa voiture, en train de pleurer. Comme Conor me l’a raconté, ainsi qu’aux parents d’Ann ce jour-là, Ann lui a dit « Tu ne m’aimes pas. Tu t’en fous. »

Conor s’est penché la tête par la fenêtre de la voiture, exaspéré. « Qu’est-ce que tu veux de tout ça ? » lui demanda-t-il. « Qu’est-ce que tu veux qu’il arrive ? »

« Je veux juste que tu meures », dit-elle.

Conor est retourné dans la maison, a fermé la porte, est allé dans le placard de son père, a sorti son fusil de chasse d’une étagère, l’a déverrouillé, est allé dans une autre pièce où étaient conservées les munitions et a chargé le fusil. Il s’est assis dans le salon, a mis l’arme sous son menton et son doigt sur la gâchette.

« Je me suis senti si frustré, impuissant et en colère », dit Conor. « J’étais tellement malade et fatigué de me battre. Je voulais qu’on s’entende, juste parce que j’aimais cette fille. Je l’aime toujours. J’étais si déchiré – c’est la fille qui vient de dire qu’elle veut que je meure. J’en ai marre de me battre. Je veux juste mourir, et pourtant je l’aime, et si je me tue, elle pourrait se faire quelque chose. »

Toutes ces pensées lui trottaient dans la tête quand Ann a commencé à frapper à la porte. Conor s’est levé, a placé l’arme sur une table et l’a laissée entrer. Ils sont allés dans sa chambre, et quelques minutes plus tard, Conor est allé lui chercher quelque chose à boire. À son retour, il l’a trouvée allongée sur le canapé, respirant d’une manière qui semblait indiquer la détresse. Son comportement mystérieux l’a rendu si furieux qu’il s’est mis à crier : « Laisse-moi t’aider ! Dis-moi ce qui ne va pas ! » Conor dit qu’il tombait souvent dans cette « colère furieuse », et ce jour-là « il y avait tellement de colère, et je n’arrêtais pas de craquer ». Ann s’est mise à sangloter, disant que Conor s’en fichait et qu’elle voulait mourir. « À ce moment-là, j’ai perdu la tête », dit Conor. Il a quitté la pièce et a pris l’arme. Ann a commencé à le suivre, mais elle a pu trébucher ou déraper, car quand Conor est revenu avec l’arme, elle était à genoux à mi-chemin entre le canapé et la porte. Conor était frustré, épuisé et en colère et « n’avait pas du tout les idées claires ».

Il a pointé l’arme sur elle, pensant, dit-il, qu’il pouvait « lui faire peur » pour « qu’elle s’en sorte ».

« C’est ce que tu veux ? » a-t-il crié. « Tu veux mourir ? »

« Non, ne le faits pas ! » Ann lui a tendu la main. Conor a tiré.

Alors que Conor racontait l’histoire, tout le corps d’Andy a commencé à trembler. « Laisse-moi faire ça bien », dit-il, et demanda à Conor si Ann était à genoux. Baliga se souvient du comportement d’Andy à ce moment-là : « Andy est une personne très douce, mais il y avait une façon à ce moment là d’être extrêmement fort. Il y avait juste cette incroyable force du père fort, protecteur et puissant qui le traversait. » Conor répondit, précisant à quel point Ann était sans défense au moment où il lui a ôté la vie.

Les Grosmaires se souviennent qu’à ce moment, Campbell a suggéré une pause. Campbell m’a dit qu’il comprenait que « le processus allait être horrible » et qu’il était le seul présent avec le pouvoir de l’arrêter. Pendant la pause, il s’est approché des Grosmaires dans le couloir.

« Vous en avez tous eu assez ? » a-t-il demandé. « Je suis là pour vous tous, et ça ne me dérange pas d’être le plus pesant ». Kate l’a remercié mais a décliné son offre de terminer la conférence plus tôt. Alors que Campbell reculait, Baliga approcha les Grosmaires. « Je pensais que ça allait avoir un sens », lui dit Andy. Plus tard, Andy m’a dit qu’il avait fantasmé ou espéré que peut-être c’était un accident, peut-être que le doigt de Conor avait glissé – qu’il entendrait quelque chose d’inattendu pour l’aider à donner un sens à la mort de sa fille. Mais le récit de Conor n’a pas apporté ce genre de réconfort.

Lorsque le groupe revint au cercle, Conor continua. Il n’a pas essayé de se soustraire à ses responsabilités lors de la conférence ou lors des longues conversations avec moi sur le meurtre. « Ce que j’ai fait est inexcusable », m’a-t-il dit. « c’est la raison pour laquelle il n’y a pas d’excuses, il n’y a pas de raison. » Il a dit aux parents d’Ann qu’il n’avait pas l’intention de tirer sur leur fille. Il a quand même dit : « À un certain niveau incconscient, je suppose que je voulais que tout ça se termine. Je ne sais pas ce qui s’est passé. J’ai juste… les émotions étaient accablantes. » Il a dit qu’il ne se souvenait pas avoir décidé d’appuyer sur la gâchette, mais il reconnaît que ce n’était pas non plus un accident.

Conor a dit qu’il se tenait là, les oreilles bourdonnantes, avec l’odeur de la poudre à canon dans l’air. La pensée lui est venue qu’il devait se suicider, mais il n’a pas pu en rassembler la volonté. Au lieu de cela, il a quitté la maison et a roulé dans l’étourdissement jusqu’à ce qu’il décide de se rendre.

Julie McBride était dévastée. « J’étais assise juste à côté de lui. C’était horrible à entendre et à apprendre: C’est mon fils qui raconte ça. C’est mon fils qui a fait ça. »

Quand ce fut le tour de Michael McBride de parler, la tristesse l’a envahi et il a dit au groupe que s’il avait pensé que son fusil aurait pu blesser une autre personne, il ne l’aurait jamais gardé. Kate Grosmaire n’en a pas parlé lors de la conférence, mais elle dit avoir beaucoup réfléchi à ce fusil. « Si ce fusil n’avait pas été dans la maison, notre fille serait en vie », m’a-t-elle dit.

Lorsque tout le monde a parlé, Baliga s’est tournée vers les Grosmaire, et reconnaissant leur perte immédiate, elle leur a demandé ce qu’ils aimeraient voir se produire pour tenter de les dédommager. Kate a regardé Conor et lui a dit avec beaucoup d’émotion qu’il aurait besoin « de faire le bon travail de deux personnes parce qu’Ann n’est pas là pour faire le sien ».

L’élément punitif est arrivé en dernier. Avant la conférence, Kate, qui n’accorde pas beaucoup d’importance aux possibilités de réhabilitation qu’offre la prison, a dit à Baliga qu’elle proposerait une peine de cinq ans. Mais en écoutant Conor, elle a commencé à se sentir différente, et quand elle a été appelée à prendre la parole, elle a dit qu’il ne devrait pas recevoir moins de 5 ans, pas plus de 15.

Andy Grosmaire, assis à côté de sa femme, est passé à la suite. Il était si profondément affecté par ce qu’il avait entendu, qu’il ne pouvait que dire « 10 à 15 ans ». Les McBride étaient d’accord. Conor a dit qu’il ne pensait pas qu’il devait avoir son mot à dire.

Tous les yeux se sont tournés vers Campbell. Un cercle de justice restaurative est censé se conclure par une décision consensuelle, mais Campbell a refusé de suggérer une punition. Il a seulement dit qu’il avait entendu ce qui avait été discuté et qu’il le prendrait en considération. « Je pense que la décision finale sur la punition devrait être prise sur la base d’une réflexion froide sur les faits et les preuves dans l’affaire », m’a dit Campbell plus tard. « Je ne pense pas que ces conférences soient le meilleur prisme pour cela. »

Les Grosmaires ont été profondément déçus. Andy, en particulier, imaginait que la fin du cercle de conférences serait le début de la rédemption du jeune homme. Ils s’attendaient à ce qu’un accord de plaidoyer soit conclu, et ils pouvaient continuer. Au lieu de cela, ils n’avaient aucune idée de la position de Campbell. « Le cercle avait-il vraiment fonctionné ? » demanda Kate.

Campbell allait consulter les leaders de la communauté, le chef d’un refuge local contre la violence domestique et d’autres personnes avant d’arriver à la sentence qu’il allait offrir à McBride. Il m’a dit que son patron, Willie Meggs, le procureur de l’État, dont Campbell pensait qu’il n’approuverait jamais une peine de moins de 40 ans pour Conor, était « extrêmement favorable » une fois qu’il avait compris le point de vue des Grosmaire. « Il voulait être sûr que j’avais fait une analyse correcte », dit Campbell, « et que c’était pour les bonnes motivations. Parce qu’il savait qu’il y aurait un retour de bâton ».

Trois semaines après la conférence, citant l' »acte insensé de violence domestique » de Conor, Campbell a écrit aux Grosmaires pour les informer qu’il offrirait à Conor un choix : une peine de 20 ans de prison plus 10 ans de probation, ou 25 ans de prison. Conor a pris les 20 ans, plus une période de probation.

Campbell m’a dit qu’en arrivant à ces chiffres, il devait être certain qu' »un an ou 20 ans plus tard, je pourrais dire à quelqu’un pourquoi j’ai fait cela ». Parce que si Conor sort dans 20 ans et va tuer sa prochaine petite amie, j’ai terriblement foiré. Alors j’espère que j’ai raison ».

En mars, les Grosmaires m’ont invité chez eux, à la périphérie nord de Tallahassee. Nous nous sommes assis dans leur salon, près d’un modeste sanctuaire pour Ann : les objets qui la représentaient à la conférence sont là, ainsi que son téléphone portable et une petite statue d’un ange que Kate a fait éclater peu de temps après la mort d’Ann et qui lui rappelle Ann.

Les Grosmaires ont dit qu’ils n’avaient pas pardonné à Conor pour son bien, mais pour le leur. « Tout ce que je ressens, je peux le ressentir parce que nous avons pardonné à Conor », a déclaré Kate. « Parce que nous avons pu pardonner, les gens peuvent dire son nom. Les gens peuvent penser à ma fille, et ils n’ont pas à penser « Oh, la fille assassinée ». Je pense que quand les gens ne peuvent pas pardonner, ils sont coincés. Tout ce qu’ils peuvent ressentir, c’est l’émotion qui entoure ce moment. Je peux être triste, mais je n’ai pas à rester coincé dans ce moment où cette horrible chose est arrivée. Parce que si je le fais, je risque de ne jamais m’en sortir. Pour moi, le pardon était de l’auto-préservation ».

Pourtant, leur pardon a également affecté Conor, et pas seulement dans la manière évidente de réduire sa peine. « Avec le pardon des Grosmaires », m’a-t-il dit, « je pourrais accepter la responsabilité et ne pas être condamné ». Le pardon ne le rend pas moins coupable, et ne l’absout pas de ce qu’il a fait, mais en refusant de devenir l’ennemi de Conor, les Grosmaires l’ont privé d’une certaine forme de refuge – du sentiment d’abandon et de haine – et lui ont remis la responsabilité du crime entre ses mains. J’ai parlé à Conor pendant six heures sur trois jours, dans le bureau d’un administrateur de prison à la Liberty Correctional Institution, près de Tallahassee. À un moment donné, il s’est assis avec les mains et les doigts ouverts devant lui, comme s’il tenait quelque chose. Les yeux baissés, il a dit : « Il y a des moments où vous réalisez : Je suis en prison. Je suis en prison parce que j’ai tué quelqu’un. Je suis en prison parce que j’ai tué la fille que j’aimais ».

Conor a trouvé un emploi à la bibliothèque juridique de la prison. Il passe beaucoup de son temps à lire des romans de George R. R. Martin, l’auteur de la série « Game of Thrones ». Il s’est inscrit volontairement au cours de gestion de la colère proposé à la prison et continue de rencontrer ses camarades du groupe depuis qu’il l’a terminé. Il m’a dit que lorsqu’il sortira, il prévoit de faire du bénévolat dans des refuges pour animaux, car Ann aimait les animaux. Comme condition de sa probation, Conor devra parler à des groupes locaux sur la violence auprés des adolescents. Ses parents lui rendent visite régulièrement et ils se parlent au téléphone presque tous les jours. Ils lui parlent de sa sœur Katy, de base-ball et de nourriture, dit Michael, ainsi que des problèmes sur lesquels il doit se concentrer pour en sortir meilleur qu’il ne l’était lorsqu’il est entré. « Tant que je suis suffisamment motivé », dit Conor, « je peux vraiment m’améliorer ». Les Grosmaires viennent aussi, environ une fois par mois.

« Je n’ai pas du tout peur qu’il sorte dans 20 ans », m’a dit Baliga. « Nous devons examiner plus en profondeur l’origine de ce comportement que nous ne l’aurions fait sans tout ceci – les problèmes de colère dans la famille, l’exploration du drame dans leur relation, tout le conglomérat de facteurs qui ont conduit à ce moment. Il n’y a pas d’explication à ce qui s’est passé, mais il y a eu une conversation beaucoup plus nuancée à ce sujet, ce qui peut donner à chacun plus de confiance dans le fait que Conor ne recommencera jamais. Et les Grosmaires ont obtenu des réponses à des questions qu’il aurait été difficile, voire impossible, d’obtenir dans un procès ».

Tout le monde ne se sentait pas à l’aise avec le cercle de justice restaurative ni avec la façon dont il a été résolu : des lettres de colère ont été envoyées sur des sites d’information locaux, dénonçant la peine comme trop légère. Les sœurs d’Ann ont soutenu la décision de leurs parents de pardonner à Conor et de demander une justice restaurative, mais ont refusé de participer au processus (elles ont également refusé de me parler). Rétrospectivement, Kate voit le processus de justice restaurative comme une sorte de fin en soi. « Le simple fait de pouvoir avoir le cercle en a fait un succès », a déclaré Kate.

Andy a ressenti les choses un peu différemment. « En entendant Conor », a-t-il dit, « j’ai fait des sons que je n’avais jamais entendus moi-même. Entendre que sa fille était par terre en train de dire « non » et qu’elle tenait les mains en l’air tout en se faisant tirer dessus, c’est juste – ce n’est pas juste. . . .” Il a essayé d’expliquer l’horreur d’une telle information, mais ce n’est pas facile. Même la mort d’autres membres de sa famille, a-t-il dit, ne lui a pas permis de comprendre ce qui est arrivé à Ann. Andy n’attribue pas la mort d’Ann au « plan de Dieu » et roule les yeux sur la sentimentalité « Dieu voulait juste un autre ange ». Mais le fait de ne pas être « coincé » dans la colère semble donner aux Grosmaires la distance émotionnelle nécessaire pour aborder de telles questions sans que la gravité de leur chagrin ne les entraîne dans un trou noir. J’ai beaucoup parlé à Kate et Andy pendant plusieurs mois. Ils n’intellectualisent pas ce qui s’est passé et ne refoulent pas leurs émotions – je les ai vus pleurer et je les ai entendus rire – mais ils ont toujours été capables de parler de manière réfléchie de la mort d’Ann et de ses conséquences.

Autant les Grosmaires disent que le pardon les a aidés, autant l’histoire de leur pardon l’a fait. Ils en ont parlé à des groupes d’église et à des petits-déjeuners de prière dans les environs de Tallahassee et prévoient d’en faire d’autres. L’histoire est un panneau dans le désert, quelque chose de solide et de décent auquel ils peuvent retourner en errant dans cet univers parallèle sans leur plus jeune fille.

Kate Grosmaire ne cesse de se demander si elle a vraiment pardonné à Conor. « J’y pense tout le temps », dit-elle. « Ce pardon est-il toujours là ? Ai-je libéré cette dette ? » Même si la réponse est oui, dit-elle, cela ne peut pas effacer sa conscience de ce qu’elle n’a plus. « Pardonner à Conor ne change rien au fait qu’Ann n’est pas avec nous. Ma fille a été abattue, et elle est morte. Je passe devant sa chambre vide au moins deux fois par jour. »

Correction : 20 janvier 2013

Un article du 6 janvier sur une forme de justice pénale qui met l’accent sur la réparation par le délinquant à la victime ou à ses proches a fait référence à tort à Andy Grosmaire, dont la fille Ann a été abattue par son petit ami, Conor McBride. Grosmaire fait des études pour devenir diacre ; il n’en est pas encore un. L’article a également déformé le nom d’une école de Tallahassee, en Floride, fréquentée par Conor McBride. Il s’agit du Leon High School, et non du Leon County High School.

https://www.nytimes.com/2013/01/06/magazine/can-forgiveness-play-a-role-in-criminal-justice.html?pagewanted=all&_r=0

« Temps présent »(émission de la RTS du 02/04/2015)  Mineurs et victimes face à face

Cléo, Jessica, Maxime ont commis une infraction pénale, mais ils ont échappé à la justice. Leur différend, ils l’ont réglé autrement : grâce à un médiateur. En Suisse, la médiation permet de renouer autour d’une table le dialogue entre jeunes agresseurs et leurs victimes et de redonner une place à la victime. A Fribourg, le juge Michel Lachat est un pionnier de la médiation pour mineurs, qui n’a pas que des partisans.

 

Questionnaire sur les styles de colère

Handbook of Anger Management and Domestic Violence Offender treatment

Ronald T. Potter-Efron (2015)

Une unité d’analyse primaire dans l’évaluation comportementale de la colère est l’épisode discret de colère, une période de temps qui s’étend du moment où quelque chose se produit qui déclenche la colère d’une personne, jusqu’au moment où le problème est résolu ou abandonné. Des épisodes comme celui-ci peuvent se produire en quelques secondes, en particulier pour les personnes qui décrivent leur colère comme impulsive et rapide, ou qui s’étalent sur des années pour celles qui ne peuvent pas se défaire de blessures perçues.

Mon nom pour l’événement déclencheur, qu’il provienne d’une source externe ou qu’il soit généré en interne, est une « invitation à la colère ». La plupart des gens reçoivent chaque jour de nombreuses invitations à la colère. Les personnes qui développent des problèmes de colère sont généralement ceux qui acceptent un plus grand nombre de ces invitations que les autres. Mais la simple quantité n’est qu’un aspect intéressant lié à la prise en compte des épisodes de colère. La question la plus importante est de savoir exactement comment les gens réagissent aux invitations de colère qu’ils reçoivent. Ma co-auteure, Patricia Potter-Efron, et moi-même avons publié , grâce à l’observation clinique, au moins onze modèles de réponse cohérents. Ces schémas sont appelés « styles de colère ». Les styles de colère sont des façons répétées et prévisibles dont les gens gèrent les situations dans lesquelles ils pourraient se mettre en colère ou le font.

Chaque style peut être utilisé de manière appropriée dans certaines situations. Cependant, les gens ont des problèmes lorsqu’ils abusent ou détournent un ou plusieurs styles, par exemple lorsqu’une personne développe une habitude de colère morale excessive et s’indigne pour des transgressions éthiques mineures.

Le questionnaire sur les styles de colère (adapté et modifié de Potter-Efron et Potter-Efron, 2006) est conçu pour aider les conseillers à identifier les styles de colère qu’une personne en particulier utilise fréquemment.

Questionnaire sur les styles de colère

Consignes : Veuillez répondre aux 33 questions suivantes par oui ou par non en encerclant la réponse la plus correcte en fonction de la façon dont vous gérez habituellement votre colère.

Il n’y a pas de réponses correctes. Si vous pensez que la meilleure réponse serait « Parfois », essayez quand même de choisir la meilleure réponse « oui » ou « non », mais ajoutez la lettre « P » à votre réponse.

1. J’essaie de ne jamais me mettre en colère.

Oui/Non

2. Je suis très nerveux quand les autres se mettent en colère.

Oui/Non

3. J’ai l’impression de faire quelque chose de mal quand je suis en colère.

Oui/Non

4. Je dis souvent aux gens que je ferai ce qu’ils veulent, mais j’oublie souvent.

Oui/Non

5. Je dis souvent des choses comme « Oui, mais… » et « Je le ferai plus tard ».

Oui/Non

6. Les gens me disent que je dois être en colère, mais je ne sais pas pourquoi ils disent cela.

Oui/Non

7. Je m’en veux beaucoup.

Oui/Non

8. Je « garde » ma colère et j’ai ensuite des maux de tête, des maux d’estomac, etc.

Oui/Non

9. Je me donne souvent des noms affreux comme « nul », « égoïste », etc.

Oui/Non

10. Ma colère monte très vite.

Oui/Non

11. J’agis avant de réfléchir quand je suis en colère.

Oui/Non

12. Ma colère disparaît assez rapidement.

Oui/Non

13. Je me mets vraiment en colère quand les gens me critiquent.

Oui/Non

14. Les gens disent que je suis facilement blessé et que je suis trop sensible.

Oui/Non

15. Je me fâche facilement quand je me sens mal dans ma peau.

Oui/Non

16. Je me mets en colère pour obtenir ce que je veux.

Oui/Non

17. J’essaie d’effrayer les autres avec ma colère.

Oui/Non

18. Je fais parfois semblant d’être très en colère alors que je ne le suis pas vraiment.

Oui/Non

19. Parfois, je me fâche juste pour avoir de l’excitation ou de l’action.

Oui/Non

20. J’aime les émotions fortes qui accompagnent ma colère.

Oui/Non

21. Parfois, quand je m’ennuie, je commence à me disputer ou je me bagarre.

Oui/Non

22. J’ai l’impression d’être tout le temps en colère.

Oui/Non

23. Ma colère me semble être une mauvaise habitude dont je ne peux me défaire.

Oui/Non

24. Je m’énerve sans réfléchir – ça arrive, c’est tout.

Oui/Non

25. Je suis souvent jaloux, même quand il n’y a pas de raison.

Oui/Non

26. Je ne fais pas beaucoup confiance aux gens.

Oui/Non

27. Parfois, j’ai l’impression que les gens me cherchent.

Oui/Non

28. Je me mets très en colère lorsque je défends mes croyances et mes opinions.

Oui/Non

29. Je me sens souvent indigné par ce que d’autres personnes disent et font.

Oui/Non

30. Je sais toujours que j’ai raison dans une dispute.

Oui/Non

Chaque série de trois questions décrit un style de colère distinct. Plus précisément,

Questions 1-3 : Évitement de la colère
Questions 4-6 : Colère sournoise (passif-agressif)
Questions 7-9 : La colère tournée vers l’intérieur
Questions 10-12 : Colère soudaine
Questions 13-15 : Colère basée sur la honte
Questions 16-18 : Colère délibérée
Questions 19-21 : Colère excitatrice
Questions 22-24 : Hostilité habituelle
Questions 25-27 : Colère fondée sur la peur (paranoïa)
Questions 28-30 : Colère morale
Questions 31-33 : ressentiment/haine

J’ai trouvé ce questionnaire très utile pour planifier les priorités de traitement. (Toutefois, veuillez noter que la fiabilité et la validité de ce questionnaire n’ont pas fait l’objet de recherches). Fondamentalement, personne qui répond « oui » aux trois éléments d’un ensemble utilise certainement et probablement trop ce style de colère dans la vie quotidienne. Même une ou deux réponses positives méritent qu’on s’interroge soigneusement sur le moment, le lieu et la personne avec laquelle le client utilise ce style de colère particulier.
Les paragraphes suivants décrivent brièvement chaque style de colère.

Trois styles de colère, les styles cachés, ont une caractéristique commune : les personnes qui les utilisent ne sont pas ou peu conscientes de leur colère et/ou sont incapables de l’accepter.

Le premier de ces styles est appelé « évitement de la colère », un style de colère pratiqué par les personnes qui croient que la colère est mauvaise, effrayante ou inutile. Ces personnes ne peuvent pas utiliser la colère de manière appropriée dans leur vie quotidienne. Au lieu de cela,
ils ont tendance à nier, à ignorer et à minimiser leur colère. Incapables d’écouter les messages de leur colère, ces personnes se retrouvent souvent empêtrées dans des situations qu’elles n’aiment pas mais auxquelles elles ne peuvent échapper. L’objectif thérapeutique des personnes qui évitent systématiquement la colère est de les aider à apprendre comment accepter et utiliser leur colère.

Le deuxième style de colère cachée est l’agression passive, que nous appelons « colère sournoise » dans notre livre. Les personnes passives agressives se sentent souvent impuissantes et dominées par les autres. Ils ont tendance à ne pas s’affirmer et ruminent de l’amertume, méprisant les personnes qui, dans leur vie, essaient de les contrôler. Cependant, les passifs agressifs ont découvert une tactique qui permet de vaincre ces puissants adversaires. Ils frustrent complètement les autres par leur inaction, faisant de l’inaction une sorte d’art qu’ils maîtrisent. Malheureusement, l’agressivité passive, lorsqu’elle est utilisée à outrance, piège les utilisateur dans un état d’inertie perpétuelle. Maîtrisant l’inaction, leur vie stagne et devient sans but. Par conséquent, le traitement des personnes passives agressives doit mettre l’accent sur l’aide à leur apporter pour qu’elles développent des buts et des objectifs positifs dans la vie, en plus de les aider à s’affirmer et à exprimer leur colère.

La « colère tournée vers l’intérieur«  est le troisième style caché. Les personnes présentant ce type de comportement évitent le conflit en redirigeant leur colère contre les autres vers une cible plus sûre, elles-mêmes. Elles développent souvent des comportements d’auto-négligence, d’auto-sabotage, d’autoaccusation, d’auto-attaque et même d’autodestruction. L’intervention avec ces personnes peut consister à les aider à se donner la permission de reconnaître et d’utiliser leur colère maîtrisée. Malheureusement, l’agression passive, lorsqu’elle est trop utilisée, piège les utilisateurs dans un état d’inertie perpétuelle. Maîtrisant l’inaction, leur vie stagne et devient sans but. Par conséquent, le traitement des personnes passives et agressives doit mettre l’accent sur l’aide à leur apporter pour qu’elles développent des buts et des objectifs positifs dans la vie, en plus de les aider à s’affirmer et à exprimer leur colère.

Quatre styles de colère peuvent être regroupés sous le terme de « styles explosifs ».

Les personnes ayant ces styles démontrent périodiquement leur colère par des explosions dramatiques. La « colère soudaine » est le plus facilement reconnaissable de ces styles, dans lequel la colère se manifeste par des éclats rapides, généralement intenses et de courte durée. Les personnes qui ont de fortes tendances à la colère soudaine réagissent souvent bien aux stratégies classiques de gestion de la colère, comme la prise de temps d’arrêt, qui visent à retarder l’expression de la colère suffisamment longtemps pour que la personne reprenne le contrôle.

La « colère basée sur la honte » est un autre style explosif. Ici, les individus convertissent rapidement les sentiments de honte en colère et en rage. Ils s’attaquent ensuite à leurs agresseurs, les personnes qu’ils croient honteuses ou qui pourraient avoir l’intention de le faire. La présence d’une quantité invalidante de colère basée sur la honte peut être associée à la violence domestique (Dutton, 1998), car les partenaires intimes déclenchent le plus souvent (à la fois accidentellement et parfois intentionnellement) la honte de leur partenaire. Les personnes ayant ce type de colère sont souvent instables et physiquement dangereux. Ils ont souvent besoin d’une thérapie à long terme qui s’attaque à la honte qui sous-tend leur colère et leur agressivité.

La colère « excitatrice«  représente le troisième style de colère explosive. Les personnes ayant des tendances à la colère excitatrice recherchent en fait leur colère parce que le fait de s’énerver et de se disputer déclenche des sentiments d’excitation et d’intensité. Elles auront besoin d’aide pour s’engager sur la voie de la modération et de l’apaisement, ainsi que pour trouver des moyens pro-sociaux pour exprimer leur besoin d’excitation.

Le dernier style explosif peut être appelé « colère délibérée ». La colère délibérée est affichée délibérément afin d’intimider les autres. Les personnes qui utilisent régulièrement la colère délibérée ont découvert une réalité simple en deux mots : « la colère fonctionne ». Parce qu’elles obtiennent ce qu’elles veulent lorsqu’elles se mettent en colère, elles continuent à le faire, apparaissant parfois extrêmement furieuses alors qu’elles ne sont pas du tout en colère. Les personnes qui présentent ce schéma devront être confrontés à la nécessité de simuler leur colère pour en tirer un profit instrumental. Ils doivent aussi souvent apprendre d’autres façons de demander aux autres ce qu’ils veulent et ce dont ils ont besoin, car ils ont tendance à avoir de mauvaises aptitudes sociales et de communication.

Les quatre derniers styles de colère courants sont appelés les styles chroniques. Les personnes qui utilisent fréquemment ces styles ont développé des schémas de colère à long terme qui les maintiennent en colère, amers et pleins de ressentiment.

La « colère habituelle » est le nom que je donne au style chronique initial. Les personnes en colère habituelle pensent et agissent généralement de manière à perpétuer leur colère. La colère devient leur émotion par défaut, apparaissant automatiquement dans des situations où les autres ressentiraient d’autres émotions ou n’auraient aucune réaction affective. Par exemple, une personne habituellement en colère pourrait réagir au fait qu’on lui dise qu’on l’aime avec agacement (« Pourquoi dire cela tout le temps ? Cela me dérange ») ou répondre aux éloges au travail avec une attitude défensive (« Oh bien sûr, ils disent qu’ils aiment mon travail, mais ils essaient juste de me faire travailler plus dur »). Le traitement cognitif de la colère habituelle est très approprié, car il met l’accent sur les processus de pensée automatiques et irrationnels.

La « paranoïa« , ou plus généralement la « peur » ou la « colère de méfiance » est le deuxième style de colère chronique. Ici, la colère est projetée sur les autres et ensuite défendue avec une colère et une agression « défensive ». Il en résulte que les individus paranoïaques deviennent hyper-vigilants et vivent dans un monde où l’on ne peut faire confiance qu’à peu de personnes, voire aucune, et où le danger d’attaque est imminent. Le traitement des personnes ayant de fortes tendances paranoïaques doit d’abord viser à les aider à reconnaître l’étendue de leur projections et ensuite de les aider à se sentir plus en sécurité et plus confiants.

La « colère morale » est un autre style chronique. Les personnes qui se mettent en colère moralement perçoivent continuellement leur colère comme justifiée, juste, pour une cause plus grande que leur propre intérêt. Comme tous ces styles, la colère morale peut être bien ou mal utilisée. Utilisée au mieux, la personne moralement en colère devient un défenseur d’une cause socialement significative. Utilisée à mauvais escient, les gens enroulent le manteau de la justice autour d’eux et refusent de l’enlever, traitant même les plus petits conflits comme des batailles morales et transformant les opposants en diables et en monstres. Les conseillers qui travaillent avec ce type de personnes doivent s’efforcer d’aider ces personnes à devenir plus empathiques et à accepter le point de vue des autres.

Le dernier style de colère est appelé « ressentiment/haine ». Les personnes qui nourrissent du ressentiment ont tendance stocker des incidents dans lesquels elles se sentent maltraitées au lieu d’essayer de gérer chacun d’entre eux en temps voulu. Avec le temps, leur colère devient rigide et inflexible et se transforme en un sentiment de haine solidifié. Ceux qui leur ont fait du mal sont méprisés et traités comme des gens détestables et impardonnables. Cette colère peut durer de quelques semaines à des décennies et est très résistante à l’intervention. Le traitement de la haine est généralement axé sur le concept de lâcher prise des vieilles blessures et de reprendre le cours de la vie. Le terme clé est le « pardon ».

AGRESSION QUESTIONNAIRE (AQ)

Buss & Perry (1992)

AUTEURS : Arnold H. Buss et Mark Perry

OBJECTIF : mesurer quatre aspects de l’agression.

DESCRIPTION : Cet instrument en 29 questions mesure quatre aspects de l’agression : l’agression physique (AP : points 1, 5, 9, 13, 17, 21, 24, 26, 28), l’agression verbale (VA : points 2, 6, 10, 14, 18), la colère (A : points 3, 7, 11, 15, 19, 22, 29) et l’hostilité (H : points 4, 8, 12, 16, 20, 23, 25, 27). L’AQ est une amélioration de l’inventaire de l’hostilité, un instrument largement utilisé, développé par le premier auteur il y a plus de trente ans. L’AQ a été développé à partir d’un ensemble de 52 articles, dont beaucoup proviennent de l’inventaire original de l’hostilité, au moyen d’une analyse factorielle en composantes principales et d’une analyse factorielle de confirmation. L’instrument permet d’évaluer non seulement le degré d’agressivité d’une personne en utilisant les scores totaux, mais aussi la manière dont cette agressivité se manifeste, ce qui est déterminé par les scores des sous-échelles.

NORMES : Pour un échantillon de 612 hommes en licence, la sous-échelle AQ avait les moyennes (et les écarts types) suivants : PA = 24,3 (7,7), VA = 15,2 (3,9), A = 17,0 (5,6), H = 21,2 (5,5) ; la moyenne du score total pour cet échantillon était de 77,8 avec un écart-type de 16,5. Sur un échantillon de 641 femmes étudiantes, les moyennes (et les écarts types) pour les sous-échelles étaient PA = 17,9 (6,6), VA = 13,5 (3,9), A = 16,7 (5,8), et H = 20,2 (6,3) ; les scores totaux ont une moyenne de 68,2 et un écart-type de 17,0.

COTATION : Les items 24 et 29 sont d’abord notés en sens inverse. Les scores des sous-échelles sont la somme des scores des éléments de la sous-échelle. Le score total est la somme des scores de tous les éléments et va de 29 à 145. Des scores plus élevés signifient une agressivité plus élevée.

FIABILITÉ : La cohérence interne de l’échelle AQ est très bonne. Les coefficients alpha sont de 0,85, 0,72, 0,83 et 0,77 pour les sous-échelles PA, VA, A et H. Les scores totaux avaient un alpha de 0,89. L’AQ est un instrument stable avec une bonne fiabilité test-retest ; sur une période de neuf semaines, les corrélations test-retest étaient de 0,80, 0,76, .72, et .72 pour les sous-échelles PA, VA, A et H et .80 pour le score total.

VALIDITÉ : Les scores de l’AQ étaient modérément corrélés entre eux. Cependant, lorsque la variance des corrélations due au score de la colère a été partiellement éliminée, les corrélations n’étaient pas significatives ; cela confirme la validité théorique de l’AQ dans la mesure où les associations entre l’agression physique, l’agression verbale et l’hostilité sont dues à leur lien avec la colère. Les scores ont également une bonne validité concomitante, sans association significative entre le PA et le VA et l’émotivité, mais de fortes corrélations entre l’émotivité et les sous-échelles A et H. Les scores sur les quatre sous-échelles sont corrélés avec l’impulsivité, la concurrence et l’affirmation de soi, bien que des corrélations sensiblement plus faibles aient été constatées entre l’affirmation de soi et les sous-échelles PA et H. La validité de la construction a été démontrée par les corrélations entre la QA et les observations des pairs sur l’agressivité, la sociabilité et la timidité.

RÉFÉRENCE PRIMAIRE : Buss, A. H. et Perry, M. (1992). « The Aggression Questionnaire, Journal of Personality and Social Psychology », 63, 452-459.

DISPONIBILITÉ : Article de journal.

QUESTIONNAIRE d’AGRESSION

(Buss & Perry 1992)

Pour les questions suivantes, veuillez à quel point cela vous caractérise. En fonction de l’échelle de notation suivante, inscrivez votre réponse dans l’espace à gauche de chaque élément.

= Extrêmement peu caractéristique de moi

= Quelque peu inhabituel pour moi

= Peu caractéristique de moi

= Quelque peu caractéristique de moi

= Extrêmement caractéristique de moi

1

De temps en temps, je ne peux pas contrôler l’envie de frapper une autre personne.

2

Je le dis ouvertement à mes amis quand je ne suis pas d’accord avec eux.

3

Je m’enflamme rapidement, mais je redescends vite.

4

Je suis parfois rongé par la jalousie.

5

Si on me provoque suffisamment, il se peut que je frappe une autre personne.

6

Je me retrouve souvent en désaccord avec les gens.

7

Quand je suis frustré, je laisse voir mon irritation.

8

Parfois, j’ai l’impression que la vie m’a fait perdre la tête.

9

Si quelqu’un me frappe, je lui rends la pareille.

10

Quand les gens m’ennuient, je leur dis parfois ce que je pense d’eux.

11

J’ai parfois l’impression d’être un baril de poudre prêt à exploser.

12

D’autres personnes semblent toujours avoir des avantages par rapport à moi.

13

Je me retrouve dans des bagarres un peu plus que la moyenne des gens.

14

Je ne peux pas m’empêcher de me disputer quand les gens ne sont pas d’accord avec moi

15

Certains de mes amis pensent que je suis une tête brûlée.

16

Je me demande pourquoi je me sens parfois si amère à propos de certaines choses.

17

Si je dois recourir à la violence pour protéger mes droits, je le ferai.

18

Mes amis disent que je suis quelque peu querelleur.

19

Parfois, je m’emballe sans raison valable.

20

Je sais que les « amis » parlent de moi dans mon dos.

21

Il y a des gens qui m’ont poussé si loin que nous en sommes venus aux mains.

22

J’ai du mal à contrôler mon tempérament.

23

Je me méfie des étrangers trop amicaux.

24

Je ne vois aucune raison valable de frapper une personne.

25

J’ai parfois l’impression que les gens se moquent de moi dans mon dos.

26

J’ai menacé des personnes que je connais.

27

Quand les gens sont particulièrement gentils, je me demande ce qu’ils veulent.

28

Je suis déjà devenu tellement furieux que j’ai cassé des choses.

29

Je suis une personne d’humeur égale.