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REVUE DE SCIENCE CRIMINELLE ET DE DROIT PÉNAL COMPARÉ (1952) , CHRONIQUE DE CRIMINOLOGIE par Jean PINATEL Inspecteur général de l’Administration, Secrétaire Général de la Société Internationale de Criminologie.

Il est aujourd’hui admis que le diagnostic de responsabilité ne présente point de valeur scientifique et que la criminologie doit s’orienter vers d autres horizons. L’un d’entre eux est le diagnostic de personnalité : depuis que la notion de responsabilité décline, celle de personnalité monte. (…) Pourtant ce mouvement enthousiaste et unanime vient d’être sérieusement , sinon arrêté du moins  troublé dans sa marche ascendante par M. E. de Greeff qui, à Bruxelles, s’est déclaré adversaire de l’introduction de cet examen dans la procédure judiciaire. Il a ajouté que si quelqu’un à l’heure actuelle affirme « qu’il peut faire des examens définitifs, on peut le considérer comme incompétent et dangereux », car, « dans ce domaine, les choses importantes changent encore tous les jours ».

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Jean PINATEL (1952) « Les délinquants mentalement anormaux », Traité de science pénitentiaire

LES DELINQUANTS MENTALEMENT ANORMAUX

Chapitre II

PinatelLe problème des délinquants anormaux constitue, sur le terrain de la défense sociale, un centre d’intérêt primordial. C’est qu’en effet, il se relie, d’une part, à la lutte contre la grande criminalité dans la mesure où celle-ci est l’œuvre des délinquants de tempérament et d’autre part, à la lutte contre la délinquance d’habitude, dans la mesure où des individus catalogués aujourd’hui comme délinquants d’habitude sont des anormaux.

Le délinquant mentalement anormal n’est pas un malade, il ne rentre pas dans Je cadre de la définition de l’article 64 du Code pénal, il ne relève pas de l’hôpital psychiatrique.

Dans ces conditions, il ne saurait être acquitté, mais au contraire, une mesure pénale doit être prise contre lui. Mais il est évident que cette mesure pénale doit revêtir un caractère particulier, elle doit être une mesure de sûreté.

Ces données du problème paraissaient devoir s’imposer à tous, lors­qu’elles ont, été remises en question sous l’influence de deux mouvements. Le premier est d’origine judiciaire et a pour objet de faire entrer les malades mentaux dans le cadre du droit pénal, grâce à la notion de mesure de sûreté. Cette solution, si elle était admise, ne  constituerait pas — loin de là — un progrès de la civilisation, et d’ailleurs, en pratique, on serait bien obligé de laisser les malades mentaux dans les hôpitaux psychiatriques.

Le deuxième, lui, est sans aucun doute d’une origine différente. Il se présente avant tout comme voulant sauvegarder la notion de responsabilité dans le domaine de la défense sociale. Aussi bien, deman­de-t-il que l’on inflige à l’anormal une peine, avec cette réserve que le traitement pénitentiaire doit être subi sous un régime spécial.

Cette position qui, sur le terrain de l’opportunité, a F avantage de respecter les assises traditionnelles du droit pénal français, présente, du point de vue théorique, lincontestable défaut de contribuer à mélanger les notions de peine et de mesure de sûreté. Or, cette confusion est des plus dangereuses, car l’expérience prouve que La peine se dénature au contact de la mesure de sûreté. Si l’on veut sauver la peine, et partant, l’idée de responsabilité, il faut au contraire séparer ce qui doit être séparé et prévoir des institutions différentes selon que l’on veut réprimer, c’est-à-dire avoir en vue parfois la prévention individuelle, mais toujours la prévention collective, ou traiter, c’est-à-dire n’avoir en vue que la prévention individuelle.

La méconnaissance de ces notions provoque une décadence de la peine par le jeu de la théorie de la responsabilité atténuée. Celle-ci, sous le couvert d’individualisation de la peine, énerve la répression en faisant aux anormaux un traitement de faveur, sans pour cela leur être d’une utilité quelconque. La prison, dans l’hypothèse la plus favorable, ne peut que ne pas empirer l’état de l’anormal. Le plus souvent, elle l’aggrave. Il suffit de songer à l’exemple du pervers sexuel dans le cadre du problème de la vie sexuelle dans les prisons, pour qu’il soit inutile de s’appesantir davantage là-dessus.

À l’inverse, lorsque le souci de l’exemplarité l’emporte, des peines sévères sont prononcées’ contre des individus pour lesquels le problème de la responsabilité — en admettant qu’il se pose pour eux — se présente sous des aspects très particuliers.

Ainsi apparaît à l’évidence la nécessité absolue du dualisme des institutions pénales. Or, la distinction nécessaire de la peine et de la mesure de défense sociale exige l’organisation de l’observation scien­tifique des délinquants, préalablement à toute décision judiciaire, la mise au point d’un régime pénal et pénitentiaire particulier pour les anormaux. On peut, enfin, considérer qu’au problème des délinquants mentalement anormaux se rattachent ceux de l’eugénisme, de l’alcoolisme et de la prostitution.

(suite…)

FRANCE INTER, Emission « Permis de Penser » (décembre 2015): « Penser la vérité judiciaire »

 » Ce qu’on cherche, on le trouve. ce qu’on néglige nous échappe » dit Créon à Oedipe dans le texte de Sophocle. Et ce que nous recherchons depuis l’Antiquité, n’est-ce pas la vérité? Qui détient la Vérité? Les prêtres et les rois l’ignorent. Les dieux et le devins la cachent. Pour Oedipe, elle gît au fond d’une cabane où vit un esclave qui a vu la naissance d’Oedipe et qui est justement le seul des témoins à avoir survécu au meurtre de Laios. Mais à quoi sert la vérité?

La cité grecque avait besoin de la vérité comme principe de partage. Aujourd’hui encore et peut-être encore plus aujourd’hui nous sommes toujours en quête de discours de vérité. Pourquoi sans vérité, nous sentons-nous menacés? Aurait-elle à voir avec la pureté? Y a-t-il plusieurs types de vérité? Comment se construit-elle?

La démonstration de vérité n’est-elle pas plus que jamais, en ces temps ô combien troublés, une tâche politique? Comment y parvenir?

Au moment de l’adoption par le Parlement et le sénat du projet de réforme de la justice de la Ministre Christiane Taubira, et du colloque organisé par le barreau de Paris intitulé « Toute la vérité », nous avons invité:

Antoine Garapon, Magistrat. Secrétaire général de l’Institut des hautes études sur la justice (IHEJ); Ancien juge des enfants.

A dirigé la rédaction d’un rapport commandé par la garde des sceaux en vue de sa réforme des institutions judiciaires, intitulé : « La prudence et l’autorité : l’office du juge au XXIe siècle. «

Auteur de nombreux ouvrages :

  • La procédure et l’autorité : juges et procureurs du 21 eme siècle. Editions Odile Jacob.
  • Les Nouvelles Sorcières de Salem. Leçons d’Outreau (avec Denis Salas, Seuil, 2006)

Thierry Lévy: Avocat au barreau de paris.

Ecrits de Pierre CANNAT

Pierre CANNAT (1949) La reforme pénitentiaire: les 15 Leçons pénitentiaires (intégrale) (cours enseignés au Centre d’études de Fresnes)

Contient : L1 : définition et avenir de la science pénitentiaire ; L2 : fonctions de la peine privative de liberté ; L3 : histoire de la peine privative de liberté ; L4 : le régime cellulaire ; L5 : le système d’Auburn ; L6 : le système irlandais ou progressif ;L7 : le système du travail à l’Aperto ; L8 : nécessité et choix des méthodes pénitentiaires ; L9 : les bâtiments pénitentiaires ; L10 : le rôle du travail pénal ; L11 : l’individualisation de la peine ; L12 : l’observation du détenu ; L13 : la sélection des détenus dans établissements pénitentiaires ; L14 : la rééducation des détenus ; L15 : le reclassement des libérés dans la société

FRANCE CULTURE, Emission « Concordance des temps » (08/11/2014) La prise d’otage : une arme ancienne

Hans-Martin Schleyer, otage de la Fraction armée rouge à Cologne en 1977

Les supplices répétés qui sont infligés par le soi-disant Etat islamique et ses affiliés à des otages capturés, et dont l’horreur est diffusée par tous les moyens modernes de la communication, s’imposent constamment à l’attention dans la vie internationale, au seuil d’un siècle qui pourrait bien n’être pas moins sanglant que celui qui l’a précédé. L’otage est en passe de devenir de la sorte une figure obsédante. Et pourtant il ne s’agit pas, chacun le sait bien, chacun le sent bien, d’une invention contemporaine. Bien au contraire, il a été présent depuis plus de trois millénaires au moins, depuis l’Antiquité la plus reculée. Et cependant la pratique de la prise d’otage a beaucoup varié, quant à ses finalités et conséquences dans la vie des peuples, en face d’eux-mêmes et en face des autres. Ce qui peut renseigner sur l’évolution, entre permanences et ruptures, des relations internationales et parfois des déchirements intestins, d’époque en époque. Tel est donc le parcours à quoi je vais vous convier ce matin. Ce sera en compagnie de Gilles Ferragu, ancien membre de l’Ecole française de Rome et maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Paris Ouest Nanterre. Gilles Ferragu qui a le goût, comme il l’a montré dans divers ouvrages remarqués, de s’interroger, dans la longue durée, sur un sujet qui est d’une prégnance si forte dans notre actualité. Jean-Noël Jeanneney

Programmation sonore :

– Extrait du film « Du Guesclin » de Bernard LATOUR, avec Fernand GRAVERY, 1949.

– Déclaration de Philippe PETAIN le 22 octobre 1941, suivi de la déclaration du Général DE GAULLE à la BBC le 23 octobre 1941.

– Extrait des Fourberies de Scapin de MOLIERE, avec Louis DE FUNES et François PERIER, 1954.

– Extrait d’un entretien avec Jean-Louis NORMANDIN, au micro de Jacques MUNIER, dans Les chemins de la connaissance sur France Culture, le 4 octobre 2004.

– Extrait d’Inter-Actualités sur le drame des Jeux Olympiques de Munich, présenté par Yves MOUROUSI et Christian BILLMANN, sur France Inter le 5 septembre 1972.

– Extrait d’un discours de Laurent FABIUS devant l’Assemblée Nationale, à propos des otages eu Liban et de la responsabilité de l’Etat, en mars 1986.

Bibliographie :  Gilles FERRAGU, Histoire du terrorisme, Perrin, 2014;  Gérard JAEGER, Prises d’otages. De l’enlèvement des Sabines à Ingrid Betancourt, l’Archipel, 2009.

Marc ANCEL (1956) Préface de l’ouvrage d’Henriette POUPET, « La probation des délinquants adultes en France », Publications du centre de défense sociale de l’institut de droit comparé de l’Université de Paris

proba_delinquants_adultesLes sanctions qui s’exécutent en liberté se présentent sous diverses formes : Ce sont, en premier lieu, des interdictions ou prescriptions qui constituent des mesures non plus privatives, mais restrictives de liberté. D’autres mesures procèdent plus étroitement de l’idée de mise à l’épreuve C’est ainsi qu’une assistance post-pénitentiaire tend h s’organiser. Les pays anglo-saxons connais- sent depuis longtemps l’institution de la « parole », sorte de liberté conditionnelle surveillée qui fonctionne parallèle- ment à la probation et qui est d’ailleurs sur le point de s’implanter en France. Poux en comprendre la signification exacte, il convient d’observer que les principes de la cure libre tendent a, pénétrer la prison elle-même et à en transformer la physionomie. De plus en plus, on lente de rapprocher les conditions de la vie pénitentiaire de celles de la vie normale à laquelle le détenu doit être préparé le jour de sa sortie de prison. Le prisonnier ne subit plus obligatoirement sa peine dans des bâtiments entourés de hautes murailles, derrière barreaux et grilles. La peine d’emprisonnement comporte des modalités d’application variées : chantiers extérieurs, établissements ouverts, semi-liberté, qui « permettent d’organiser plus facilement des contacts souhaitables avec le monde extérieur et de faire prendre ainsi conscience au détenu qu’il n’a pas cessé d’appartenir à la communauté. Ces modalités d’exécution de la peine d’emprisonnement ne laissent subsister «l’écrou» que dans une mesure très amoindrie. il s’agit de régimes de confiance qui font appel au sentiment de la responsabilité du délinquant envers lui-même, principe de base de la cure libre quelle que soit sa forme. ces régimes différenciés s’inscrivent pour les condamnés à de longues peines dans un système progressif dont le stade ultime est représenté par la liberté conditionnelle qui prend figure de libération d’épreuve. Ce bref aperçu permet de mesurer les progrès contemporains du traitement en milieu libre, progrès qui correspond à une recherche toujours plus active de reclassement social des délinquants. Il a été maintes fois souligné que << les mesures de cure libre qu’elles soient préventives, pénales ou post-pénales, constituent les instruments par excellence d’une politique criminelle nouvelle ». Or, la probation est le prototype des mesures de cure libre, elle en est la forme la plus parfaite. Elle combine les trois notions modernes : de la mise a l’épreuve, des prescriptions de conduite imparties au délinquant, de l’assistance éducative, en une formule qui permet une individualisation très poussée du traitement pénal, ainsi que le montrera l’étude plus détaillée de son fonctionnement.

ANCEL (1956) La probation des délinquants adultes en france

Journées d’études des juges de l’application des peines (VAUCRESSON-Janvier 1966)   M. PONS, Chef du bureau de la Probation et de l’assistance aux libérés au ministère de la justice: « la situation actuelle de la probation »

L’état de la probation naissante en 1966… et l’enthousiasme réjouissant des pionniers…

pagegardeVoilà ce qui a été fait ; je sais qu’il y a des échecs, vous le savez comme moi ; il y a des cas qui sont décourageant mais enfin, tout de même, combien sont-ils qui sont sauvés à jamais de la délinquance. qui sont sauvés de lu prison ? Non seulement eux mais leur famille, souvent tirée de la misère, de la déchéance, et leurs enfants préservés d’une délinquance future.
Je vous ai donné trois raisons pour lesquelles cette action a été menée, ces résultats obtenus, à travers tant de difficultés. Je me tarderai d’en oublier une quatrième : c’est la foi, l’enthousiasme incroyable des juges, de leurs agents, des délégués, de tous ceux qui ont participe à cette lâche. Il faut avoir vu de près l’action des comités pour le savoir, et l’action des agents aussi. Ce ne  sont pas des bureaucrates attachés à un service de telle à telle heure, mais ils vont faire des démarches à n’importe quelle heure, ils montent et descendent combien d’escaliers,.., ils vont dans les quartiers suburbains des grandes villes, ils vont dans les taudis, ils n’ont pas d’horaires. mais toute leur vie est engagée dans l’action. Et nous avons aussi tout ces gens qui collaborent à l’action à titre de bénévoles, non seulement les délégués, mais les psychologues, par exemple, les médecins qui viennent à titre de délégués bénévoles exercer leur action dans les comités. Le comité s’est souvent comporté— la probation, si vous voulez, s’est souvent comportée — comme un bernard-l’hermite, n’ayant pas sa maison à elle, n ‘ayant pas sa coquille à elle ; elle l’a trouvée dans ce qu’elle rencontrait ailleurs, et ainsi elle a utilisé le réseau d’hôpitaux psychiatriques, des réseaux sociaux, elle a utilisé quelquefois des établissement» de l’éducation surveillée où elle a placé des jeunes délinquants… Pour terminer, je voudrais évoquer brièvement les problèmes de l’avenir, La tâche est immense. C’est toute une administration qui est à construire, mais les structures existent. Il se peut qu’on soit amené à aménager le comité, par exemple, à constituer -— lorsque nous aurons suffisamment d’agents de probation – de petites équipes d’agents de probation, sous la direction d’un chef de service, qui travailleront localement dans tel quartier de grande ville, dans telle partie du ressort. Il faudra aussi diversifier les méthodes pour les diverses catégories de délinquants. Il faudra harmoniser ces méthodes avec celles du milieu fermé. Il faudra, poux les besoins du futur reclassement, repenser la libération conditionnelle d’abord, et aussi l’assistance aux libérés, et aussi la semi-liberté, et aussi peut-être les prisons-écoles. Voila quelques problèmes d’avenir, mais celui qui commande’ tout, c’est évidemment l’existence d’un corps professionnel. Il tant que ce corps professionnel son nombreux, et qu’il soit aussi au niveau voulu, ce qui suppose une formation, ce qui suppose aussi une hiérarchie parce qu’il faut offrir aux gens que nous recrutons une carrière qui soit intéressante. Nous ne pouvons pas avoir des agents de probation au rabais, qui s’arrêteront à un certain stade de leur carrière.

Journées d’études des juges de l’application des peines (1966)