La plupart des approches contemporaines en matière de traitement des auteurs d’infractions sexuelles reposent sur des programmes de thérapie cognitivo-comportementale (TCC), fondés sur les principes du Risque-Besoins-Receptivité (RBR). Pourtant, nombre de ces interventions échouent à produire les résultats escomptés si les participants n’y sont ni prêts psychologiquement, ni motivés à changer.
C’est ce postulat que l’étude de Renn et al. (2021) vient interroger, en analysant l’impact d’un programme préparatoire structuré avant l’entrée dans un traitement sexologique intensif en milieu carcéral.
Tanya Renn , Christopher Veeh , Melissa D. Grady , David Edwards , Carrie Pettus-Davis & Katherine Kelton (2021): The Role of Preparatory Programming in
Increasing the Effectiveness of a Sex Offender Treatment Intervention, Victims & Offenders Lien
🔍 Objectif de l’étude
Question de recherche : « Un programme de préparation peut-il améliorer l’engagement, la rétention et l’efficacité globale du traitement chez les auteurs d’infractions sexuelles ? »
Pour y répondre, les auteurs ont comparé deux groupes :
- un groupe ayant suivi une intervention préparatoire structurée (12 semaines),
- un groupe sans préparation, entrant directement dans le programme de traitement standard.
Le programme préparatoire
Le pré-programme analysé dans l’étude dure environ trois mois. Il vise à :
- Développer la motivation au changement
- Introduire les concepts de responsabilité, distorsions cognitives, cycles délictueux
- Favoriser la participation active, l’écoute et la gestion émotionnelle
- Travailler sur la gestion de la honte, du déni et de la minimisation
Il agit donc comme un sas psychologique permettant une meilleure réception des contenus ultérieurs du traitement intensif.
Les auteurs ont observé des différences significatives entre les deux groupes :
| Indicateur | Groupe avec pré-programme | Groupe sans préparation |
|---|---|---|
| Taux de rétention dans le programme principal | +15 % | Référence |
| Engagement actif aux séances | Nettement plus élevé | Moindre implication |
| Progression dans les stades de changement (modèle de Prochaska) | Majoritairement en action ou préparation | Plusieurs en pré-contemplation |
| Réduction des distorsions cognitives | Amélioration observée | Peu d’évolution mesurable |
Les auteurs mobilisent plusieurs cadres théoriques pour expliquer ces effets :
- Théorie de la motivation à changer (Prochaska & DiClemente) :
→ Un traitement imposé à des sujets non motivés est inefficace, voire contre-productif. - Théorie de la réceptivité (Responsivity principle, Andrews & Bonta) :
→ Adapter le traitement au niveau de préparation psychologique du sujet augmente l’impact. - Trauma & shame sensitivity :
→ Certains participants, paralysés par la honte ou le trauma, ont besoin d’une première phase de stabilisation.
Quelles Implications pratiques?
Pour les professionnels en criminologie, psychocriminologie ou administration pénitentiaire, cette étude suggère plusieurs pistes concrètes :
- Ne pas précipiter l’entrée dans les programmes intensifs : le temps de préparation n’est pas une perte, mais un investissement.
- Former les intervenants à la motivation au changement : techniques d’entretien motivationnel, modèle transthéorique, écoute active.
- Créer des groupes de parole “pré-TCC” en prison ou en milieu communautaire pour traiter la honte, le déni, et favoriser l’auto-questionnement.
L’efficacité d’un traitement dépend aussi de la qualité de la préparation: Un programme préparatoire bien structuré augmente la participation, améliore la rétention, et favorise l’adhésion cognitive et émotionnelle des participants.
💬 Comme le concluent les auteurs : “Treatment readiness should not be assumed. It must be fostered.”

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