Perceptions of Female Offenders, Vol. 2
(éd. Russell & Torres, 2023) explore comment stéréotypes de genre et normes sociales influencent les représentations et le traitement des femmes dans le système criminel américain . Ce volume synthétise recherches empiriques et analyses critiques sur :
- la victimisation cumulée, notamment dans le cas des personnes trans ;
- les disparités dans l’information criminelle selon le genre et les communautés racisées ;
- les parcours singuliers en cas de crimes conjugaux, ou d’homicide par partenaire ;
- le double stigmate subi par les femmes déviantes (double déviance) dans les processus judiciaires .
Un chapitre est consacré aux homicides conjugaix perpétrés par des femmes, écrit par Lysova (2023) Female Perpetrators of Intimate Partner Homicide
Alexandra Lysova (2023) propose dans ce chapitre un examen rigoureux et critique de la perpétration féminine d’homicide dans le cadre des relations intimes (IP‑Homicide/IPH), un phénomène encore largement ignoré par le champ criminologique. Les femmes représentent environ le tiers des homicide conjugaux au Canada et aux États-Unis (Armstrong et Jaffray, 2021 ; Federal Bureau of Investigation [FBI], 2021), et plus de la moitié des meurtres commis par des femmes entre 2000 et 2015 concernaient justement des partenaires ou membres de la famille
Statistiques & enjeux
- L’IPH représente 13,5 % des homicides mondiaux, avec 38,6 % de femmes victimes et 6,3 % d’hommes victimes (Stöckl et al., 2013). Aux États‑Unis et au Canada, les données FBI et StatCan placent les femmes meurtrières de conjointes à environ un tiers des cas.
- Entre 2000 et 2015 aux États‑Unis, plus de 50 % des femmes ayant commis un homicide ont ciblé un partenaire ou un membre familial (vs 30 % pour les hommes) .
- L’impact sur les enfants survivants peut être majeur (développement, attachement, dysfonctionnement relationnel) .
Modèles explicatifs
Perspectives féministes (activisme critique) :Les modèles féministes mettent en avant la violence défensive, résultant de violences continues et coercitives subies par celles qui tuent leurs partenaires (dite battered woman syndrome) .
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Perspective situationnelle :Ce point de vue considère les facteurs contextuels immédiats (intoxication, disputes, rupture, accès aux armes) comme déclencheurs potentiels.
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Contrôle coercitif (intimate-terrorism) :Certaines femmes utilisent des stratégies coercitives similaires à celles décrites chez les agresseurs masculins : jalousie pathologique, isolement, violence instrumentale . Dans ce cas, l’homicide peut être un ultime outil de domination ou de mise au pas. |
Santé mentale et Héritage traumatique
Une proportion significative de ces femmes présentent des troubles de la personnalité (borderline, antisociale) ou des symptômes liés à des traumatismes répétés, au-delà de la simple réaction à une agression conjugale .
Perception publique, justice & médias
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Les enquêtes sur opinions révèlent que les violences féminines sont souvent minimisées, jugées « moins graves » et interprétées dans un contexte psychologique, tandis que celles des hommes tendent à être vues comme intrinsèquement violentes, avec des sentences plus lourdes demandées (Karlsson et al., 2021)
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Médias dominants : distorsions fréquentes (64 % des couvertures inclinaient à dénigrer la victime masculine, accentuant les facteurs favorables à la femme), ou pathologisation de l’auteure plutôt que reconnaissance de responsabilité .
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Dans le système judiciaire, la recommandation d’inculpation est rarissime pour les femmes, et les peines sont souvent plus indulgentes : double probabilité d’éviter la prison, classification de manslaughter plutôt que murder comparée aux accusés masculins .
Apports pour la recherche & la pratique criminologique
| Proposition | Justification |
|---|---|
| Diversifier les approches explicatives | Combiner perspectives féministe, situationnelle, traumas liés à l’enfance, trouble psychologique pour saisir la diversité des mécanismes en jeu. |
| Déconstruire les stéréotypes dans la presse & tribunalisation | Exiger une communication équilibrée prenant en compte les contextes (violence subie, symptômes, etc.) sans excuser. |
| Intégrer la perspective homme-victime | Trop peu de conseils, refuges ou soutien (surtout pour les hommes victimes d’une femme violente) |
| Adapter les programmes d’intervention | Cibler les traitements sur trauma, la dépendance émotionnelle au partenaire toxique, et les épisodes autodestructeurs (ex. programmes spécialisés SAS ‘women IPV intervention’). |
Bien que le nombre de femmes tuées par leur partanaire soit sans commune mesure avec le nombre d’hommes tués par leurs partenaires, Alexandra Lysova nous éloigne de la caricature de la femme assassin en état de légitime défense, il montre une typologie complexe où violence défensive, contexte tragique, contrôle coercitif et troubles psychiques sont souvent imbriqués.
Lysova appelle à une compréhension épistémologique et pratique attentive à la diversité des trajectoires, afin de guérir autant que prévenir — tant pour les femmes que pour les hommes victimes.
Alexandra Lysova étudie depuis plus de 20 ans la violence conjugale, y compris la violence envers les femmes et les enfants, en Russie et actuellement au Canada. Récemment, elle s’est intéressée aux expériences des hommes en matière de violence conjugale, notamment la victimisation, le comportement de recherche d’aide et les questions liées aux enfants.
Elle s’appuie sur les résultats de groupes de discussion internationaux, de l’Enquête sociale générale sur la victimisation au Canada et de l’Enquête sur les homicides. Mme Lysova est également membre des groupes de travail de Statistique Canada, où elle se concentre sur la violence sexiste et les homicides.


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