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État des lieux des recherches en criminologie sur les jumeaux

août 20th, 2025 | Publié par crisostome dans CRIMINOLOGIE
Les recherches sur les jumeaux, en particulier les jumeaux monozygotes (MZ) et dizygotes (DZ), occupent une place centrale en criminologie biosociale pour évaluer l’influence des facteurs génétiques et environnementaux sur les comportements criminels.
Voir en particulier sur ce sujet l’article synthétique du journal férédral sur la probation (2000) genetic factors and criminal behavior,  qui souligne l’importance d’une approche biosociale intégrée, combinant biologie et contexte social, tout en restant vigilants face aux risques de déterminisme biologique et aux limites méthodologiques des études sur les jumeaux.
Ces études s’appuient sur la méthode des jumeaux, attribuée à Francis Galton, qui compare les Monozigotes (MZ: génétiquement identiques) aux Dizigotes (DZ: partageant environ 50 % de leurs gènes) pour estimer l’héritabilité des traits délinquants. 
En comparant les taux de concordance (similarité dans les comportements criminels) entre ces deux groupes, les chercheurs estiment l’héritabilité, c’est-à-dire la proportion de la variance d’un trait attribuable aux gènes.

Semblables à 100%?  Vraiment?

L’étude des jumeaux repose sur l’idée d’unesimilarité parfaite, une étude islandaise de 2021  sur 387 paires de jumeaux a identifié des mutations précoces qui permettent de différencier les MZ, ouvrant par exemple la voie à des applications en criminologie judiciaire pour identifier un suspect parmi des jumeaux (Par exemple, dans l’affaire des frères Gomis (2013, Marseille), l’impossibilité de différencier l’ADN des jumeaux MZ a compliqué l’enquête jusqu’à ce qu’un aveu clarifie la situation. Ces avancées pourraient réduire les risques de « crime parfait » en identifiant le jumeau coupable), mais aussi vient nuancer ce principe de similarité à 100%. 

Par ailleurs les études de jumeaux supposent que les MZ et les DZ partagent des environnements équivalents, ce qui permet d’attribuer les différences de concordance aux gènes. Cependant, des recherches montrent que les MZ sont souvent traités plus similairement (mêmes amis, même éducation) que les DZ, ce qui peut fausser les estimations de l’héritabilité. Callie Burt et Ronald Simons (2014) ont critiqué ce postulat, arguant qu’il surestime l’influence génétique au détriment des facteurs sociaux.

Les études

L’étude de Christiansen (1977) sur les jumeaux danois a trouvé des taux de concordance plus élevés pour les comportements criminels chez les MZ (35-50 %) que chez les DZ (12-15 %), suggérant une composante génétique dans la délinquance. De même, l’étude de Mednick et al. (1984) sur les adoptions a montré que les enfants adoptés dont les parents biologiques avaient des antécédents criminels étaient plus susceptibles de développer des comportements délinquants, renforçant l’hypothèse génétique. Mais difficile de faire la part entre génétique et par exemples les traumas précoces  liées à ces adoptions… 

Les cas rares de MZ séparés à la naissance, étudiés notamment par l’Université du Minnesota, montrent que les similitudes dans les comportements criminels persistent même en l’absence d’un environnement commun, renforçant l’idée d’une prédisposition génétique.

« Depuis 1979, une étude continue sur des jumeaux monozygotes et dizygotes, séparés dès leur plus jeune âge et élevés séparément, a soumis plus de 100 paires de jumeaux ou triplés élevés séparément à une semaine d’évaluation psychologique et physiologique intensive. Comme dans les études précédentes, plus modestes, sur des jumeaux monozygotes élevés séparément, environ 70 % de la variance du QI s’est avérée être associée à la variation génétique. Sur plusieurs mesures de la personnalité et du tempérament, des intérêts professionnels et de loisirs, et des attitudes sociales, les jumeaux monozygotes élevés séparément sont à peu près aussi similaires que les jumeaux monozygotes élevés ensemble. Ces résultats prolongent et corroborent ceux de nombreuses autres études sur les jumeaux, les familles et l’adoption. Il est plausible de supposer que les différences génétiques influencent les différences psychologiques de manière largement indirecte, en influençant l’environnement effectif de l’enfant en développement. Cette preuve de la forte héritabilité de la plupart des traits psychologiques, interprétée de manière raisonnable, ne diminue en rien la valeur ou l’importance de l’éducation parentale, de l’éducation scolaire et d’autres interventions propédeutiques ».
Grove et al. (1990) ont étudié la concordance des comportements antisociaux chez un échantillon de 32 paires de jumeaux monozygotes élevés séparément (MZA) qui ont été adoptés par des personnes sans lien de parenté peu après leur naissance. Grove a constaté un chevauchement important entre les influences génétiques pour les troubles du comportement chez l’enfant (corrélation de 0,41) et les comportements antisociaux chez l’adulte (corrélation de 0,28). Bien que ces résultats soient basés sur un petit nombre de sujets, les conclusions de Grove concordent avec celles d’autres études sur les jumeaux et enrichissent la littérature sur les jumeaux en évaluant des jumeaux MZ élevés dans des environnements séparés.

Les résultats semblent donc confirmer que des traits comme l’impulsivité ou la recherche de sensations fortes, partiellement héréditaires, peuvent prédisposer aux comportements délinquants, en particulier lorsque ces traits interagissent avec des environnements défavorables. Par exemple, un jumeau MZ élevé dans un milieu socio-économique difficile pourrait exprimer ces traits par des actes de vol, tandis que son jumeau dans un environnement stable pourrait canaliser ces mêmes traits dans des activités non criminelles (comme le sport extrême).

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