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Stanley Cohen : les « Mods et les Rockers »

août 20th, 2025 | Publié par crisostome dans SOCIOLOGIE

« Rockers Vs Mods »

Dans le domaine de la criminologie, les travaux de Stanley Cohen, notamment son ouvrage Folk Devils and Moral Panics (1972), restent une référence incontournable pour comprendre la construction sociale de la déviance.

Dans les années 1960, les Mods et les Rockers étaient deux sous-cultures juvéniles distinctes au Royaume-Uni. Les Mods, amateurs de scooters, de costumes élégants et de musique soul, s’opposaient aux Rockers, adeptes de motos, de cuir et de rock’n’roll. Ces groupes ont attiré l’attention des médias à la suite d’affrontements violents lors de week-ends fériés à des stations balnéaires comme Brighton ou Margate. Ces incidents, bien que relativement mineurs, ont été amplifiés par les médias, déclenchant ce que Cohen a qualifié de « panique morale ».

La théorie de la panique morale

Stanley Cohen

Cohen définit la panique morale comme une réaction sociale disproportionnée face à un groupe ou un comportement perçu comme une menace pour les valeurs ou l’ordre social. Dans le cas des Mods et des Rockers, les médias ont exagéré la gravité des événements, dépeignant ces jeunes comme des « folk devils » (diables populaires), c’est-à-dire des boucs émissaires incarnant les peurs collectives de la société. Selon Cohen, ce processus suit plusieurs étapes :

  1. Identification d’une menace : Les médias désignent un groupe ou un comportement comme dangereux (les affrontements entre Mods et Rockers).
  2. Amplification : Les faits sont exagérés par des récits sensationnalistes, des titres alarmistes et des généralisations (par exemple, tous les jeunes des sous-cultures sont dépeints comme violents).
  3. Réaction sociale : Le public, influencé par les médias, exige des mesures répressives, ce qui conduit à une intervention accrue des autorités (policiers, juges).
  4. Institutionnalisation de la panique : La menace devient un problème social durable, justifiant des politiques de contrôle social.

Ce cadre théorique met en lumière comment les perceptions de la déviance sont construites socialement, souvent indépendamment de la réalité des comportements.

 

La déviance amplifiée

Un concept clé de Cohen est celui de l’amplification de la déviance. Les réactions sociales, notamment médiatiques et institutionnelles, ne se contentent pas de répondre à la déviance ; elles l’intensifient. Dans le cas des Mods et Rockers, l’attention médiatique a encouragé davantage de jeunes à adopter ces identités sous-culturelles, parfois pour défier l’autorité ou gagner en visibilité. Ce phénomène a créé un cercle vicieux : plus les médias rapportaient les incidents, plus les comportements déviants se renforçaient, alimentant ainsi la panique morale.I

Les théories de Cohen offrent plusieurs leçons en criminologie :

  1. Analyse critique des médias : Les criminologues doivent examiner comment les médias façonnent les perceptions de la criminalité. Une couverture médiatique biaisée peut exacerber les tensions sociales et orienter les politiques publiques vers des réponses répressives plutôt que préventives.
  2. Comprendre les sous-cultures : Les Mods et les Rockers illustrent comment les identités juvéniles peuvent être perçues comme déviantes, même lorsque leurs comportements sont relativement inoffensifs. Les professionnels doivent distinguer entre les actes réellement criminels et les comportements qui défient simplement les normes sociales.
  3. Politiques de contrôle social : Les paniques morales peuvent conduire à des politiques disproportionnées, comme une surcriminalisation des jeunes. Cohen invite à réfléchir à des approches équilibrées, privilégiant la compréhension des causes profondes (comme les inégalités sociales ou les tensions générationnelles) plutôt que la répression.
  4. Applications contemporaines : Les concepts de Cohen restent pertinents pour analyser des phénomènes actuels, comme la stigmatisation des jeunes dans les banlieues, les mouvements de protestation ou les paniques liées à des technologies émergentes (par exemple, les réseaux sociaux). 

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