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Allégement de la charge de travail et suivi des probationnaire à faible risque (Taxman 2018)

septembre 11th, 2025 | Publié par crisostome dans PROBATION

Alléger la charge de travail des SPIP grâce au modèle RBR : l’exemple de la supervision des personnes à faible risque (Taxman 2018))

Faye Taxman, George Mason University

La recherche criminologique s’intéresse de plus en plus à la manière d’optimiser les ressources des services de probation. Un article de Jill Viglione et Faye Taxman (Low Risk Offenders Under Probation Supervision, Criminal Justice and Behavior, 2018) apporte des enseignements précieux pour les services français, notamment les Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation (SPIP).

Que dit l’étude ?

Les auteurs ont étudié le suivi de personnes placées sous probation à faible risque de récidive aux États-Unis.
Leur constat :

  • Beaucoup de probationnaires à faible risque sont sur-supervisés (trop de rendez-vous, trop d’exigences administratives).
  • Cette intensité inutile ne réduit pas la récidive et peut même produire des effets pervers (stress, ruptures d’emploi, surcharge pour les services).
  • La supervision allégée, notamment par téléphone ou à distance, est utilisée dans certains sites et permet de maintenir un suivi sans mobiliser autant de ressources.

Ces résultats s’inscrivent pleinement dans le modèle RBR (Risque-Besoins-Réceptivité) : plus le risque est faible, plus l’intervention doit être légère.

Résumé
« Les services de supervision communautaire utilisent couramment des modèles d’allocation des ressources pour déterminer le niveau de surveillance et de traitement à fournir aux personnes sous supervision. Le modèle risque-besoins-réceptivité guide ces décisions, suggérant que le niveau de supervision devrait correspondre au niveau de risque, avec moins de services fournis aux personnes présentant un faible risque de récidive. Cependant, les agents de probation fonctionnent souvent selon un modèle de gestion des risques où les perceptions du risque guident les décisions. Utilisant des données qualitatives, la présente étude a examiné la mise en œuvre d’un système de surveillance téléphonique pour les délinquants à faible risque. Cette recherche a exploré (a) les perceptions du personnel de probation concernant la surveillance téléphonique, (b) les adaptations de la surveillance téléphonique par le personnel de probation, et (c) les influences individuelles et externes liées à l’utilisation de la supervision téléphonique. Les résultats suggèrent que les perceptions des agents concernant le risque et la responsabilité juridique affectent l’utilisation de la supervision téléphonique pour les probationnaires à faible risque. Les résultats mettent en lumière les défis associés à la mise en œuvre du principe du risque, compte tenu des tendances à surmettre sous supervision comme moyen de protéger la sécurité publique. »

Principaux résultats

1_Usage variable de la supervision téléphonique

  • Le pourcentage de probationnaires à faible risque sous supervision téléphonique varie fortement selon les sites, de 41 % à 98 %. Globalement, dans l’échantillon, environ 74 % des probationnaires à faible risque bénéficient d’un suivi par téléphone.
  • En 2007, l’agence de probation étudiée a commencé à mettre en œuvre la surveillance téléphonique par reconnaissance vocale. L’agence a testé le système de reconnaissance vocale dans deux bureaux de probation (l’agence a commencé une expansion lente de la reconnaissance vocale à travers l’état avec environ 6 500 probationnaires à faible risque inscrits en 2011 et plus de 10 000 en 2014). Le système de surveillance téléphonique permet aux probationnaires d’appeler une fois par semaine un système automatisé et de compléter une série de questions d’entretien courtes une fois par mois lors d’un appel sélectionné au hasard (également automatisé). Le programme avertit automatiquement l’agent de probation lorsque son probationnaire n’appelle pas. L’intention originale de la mise en œuvre de la surveillance téléphonique par reconnaissance vocale était de réallouer les ressources en réduisant l’utilisation des contacts en face à face pour les probationnaires à faible risque tout en améliorant les informations de rapport grâce à des mises à jour fréquentes des informations des probationnaires.

2. Facteurs influant l’utilisation

    • Politiques locales / directives : si le service a mis en place des politiques formelles, les taux d’utilisation sont plus élevés.
    • Perceptions des agents : la perception  des agents sur la supervision allégée est multiple: confort du suivi à distance, crainte de la responsabilité, la confiance dans le probationnaire, etc.
    • Contexte externe : opinions de la justice, attentes du public, contexte institutionnel.

3. Risques d’“oversupervision” des personnes à faible risque

  • Le sur-supervision (trop d’intensité de contact, des exigences de rapports fréquents, etc.) pour les probationnaires à faible risque pose des coûts, sans gains proportionnels en réduction de récidive, voire peut avoir des effets négatifs (stress, coercition, etc.).

3. Alignement avec le modèle RBR

  • L’étude montre que le principe de risque (ne pas donner la même intensité de supervision à tous, mais adapter selon le niveau de risque) justifie que les personnes à faible risque soient supervisées de façon moins intensive. Cependant, dans la pratique, il y a un écart : des agents qui hésitent à réduire/alléger  la supervision, ou qui continuent des pratiques intensives même pour les cas peu risqués.

Comment ces travaux peuvent aider à diminuer les charges de travail des SPIP?

Mesure potentielle Ce qu’elle impliquerait dans le modèle SPIP Effet possible sur la charge de travail / les ressources
Supervision allégée pour les probationaires  à faible risque Identifier clairement les personnes à faible risque via un outil d’évaluation validé; définir des protocoles spécifiques pour elles (peu ou pas de visites fréquentes, allègement des obligations, contacts téléphoniques ou à distance quand possible). Moins de temps passé par les agents en entretiens en personne, moins de déplacements, moins de suivis classiques; cela permet de libérer du temps pour les dossiers plus compliqués ou à risque élevé.
Utilisation de la télé-supervision ou des modalités à distance (ex : téléphone, visioconférence) Développer une politique claire pour ces modalités ; former les agents ; s’assurer que la sécurité / le suivi restent satisfaisants. Réduction des déplacements, réduction du temps de bureau pour les contacts physiques, optimisation du temps des agents.
Pôles selon le niveau de risque Créer des pôles ou des équipes de professsionnels pour les probationnaires à faible risque vs ceux à risque élevé, avec des agents ou modalités distinctes. Cela permet de concentrer les capacités de suivi et les ressources là où le besoin est plus fort, d’éviter la dilution de l’effort, de mieux planifier le travail.
Clarification des politiques et directives claires Mettre en place des directives institutionnelles (au niveau des antennes ou au niveau  de la DAP) qui encouragent la non-surveillance des faible risque, limiter les obligations inutiles. Moins d’arbitraire, moins d’entretiens  inutiles, meilleure efficacité administrative.
Suivi et évaluation des charges Mesurer le temps / ressources consacrés à chaque catégorie (faible, moyen, élevé risque), évaluer les effets sur la récidive, les révocations, etc. Permet d’ajuster les pratiques, de montrer les gains (ou les dangers) et de convaincre les décideurs, ce qui peut conduire à des appuis pour les changements organisationnels.

Un gain double : efficacité et qualité de vie au travail

En appliquant ces principes, les SPIP pourraient :

  • Réduire la charge administrative et relationnelle des conseillers, en leur évitant de gérer de façon intensive des publics qui ne le nécessitent pas.
  • Améliorer la qualité des prises en charge, car le temps libéré permettrait d’approfondir l’accompagnement des publics les plus complexes.
  • Prévenir l’usure professionnelle, enjeu majeur dans un contexte de surpopulation carcérale et de pression institutionnelle.

Bien que le modèle RBR domine le domaine pour guider les pratiques de supervision fondées sur des preuves et les décisions clés concernant les dossiers, la classification et les ressources, peu d’attention s’est concentrée sur les populations à faible risque. C’est un domaine clé à considérer alors que les agences commencent à concevoir et à mettre en œuvre des politiques pour réallouer les ressources des individus à faible risque vers la supervision des probationnaires à risque plus élevé. Bien que les technologies telles que la surveillance téléphonique soient bien intentionnées pour s’aligner sur les preuves scientifiques et déployer les ressources organisationnelles limitées de la manière la plus efficace, une attention doit être portée à la façon dont les technologies comme la surveillance téléphonique sont utilisées par les Agents de Probation. Dans la présente étude, les Agents de Probation tendaient à opérer selon un modèle de gestion des risques avec des perceptions du risque guidant les décisions de supervision. Cela a conduit au développement de stratégies pour contourner la technologie, entraînant des variances dans les politiques et pratiques au sein et à travers les bureaux de probation et une dépendance à des perceptions informelles du risque plutôt qu’à des évaluations actuarielles. La présente étude a cherché à faire le premier pas dans la compréhension des conséquences de la mise en œuvre de politiques et pratiques alignées sur le modèle RBR. Cette ligne de recherche est nécessaire pour comprendre comment les EBP s’alignent dans les environnements correctionnels existants, surtout en considérant les préoccupations prédominantes entourant la responsabilité professionnelle, avec un objectif ultime de mieux informer les agences correctionnelles alors qu’elles déterminent comment mieux gérer les ressources, protéger la communauté et superviser les clients correctionnels. Faye Taxman

Et aprés?

Comment, d’aprés Taxman, agir sur la maitrise des charges de travail?

♦ Prioriser selon le risque : l’application du principe RBR

Taxman insiste sur la nécessité de concentrer les ressources intensives sur les personnes à haut risque de récidive et de limiter l’investissement auprès des personnes à faible risque (Taxman, 2006).

  • En pratique SPIP : réduire les entretiens pour les publics à faible risque (ex. contrôle administratif simplifié, contacts téléphoniques, suivi numérique), afin de libérer du temps pour les publics à fort besoin criminogène.
  • Impact attendu : plus de temps qualitatif consacré aux profils complexes, tout en maintenant un suivi proportionné pour les autres.

♦ Développer des outils standardisés et validés scientifiquement

Taxman promeut l’usage systématique d’instruments d’évaluation validés pour orienter le suivi (p. ex. LSCMI). Ces outils réduisent l’incertitude, limitent les débats subjectifs et accélèrent la prise de décision.

  • En pratique SPIP : utiliser un référentiel unique d’évaluation du risque/du besoin, éviter la redondance d’entretiens exploratoires, et articuler directement les plans d’intervention aux résultats.
  • Impact attendu : moins de temps perdu en réévaluations informelles, plus de cohérence inter-services.

♦ Intégrer des approches de groupe et des programmes structurés

Les recherches de Taxman montrent que les programmes de groupe structurés (cognitivo-comportementaux, motivationnels) permettent d’atteindre davantage de justiciables avec moins de temps par agent (Taxman, 2008).

  • En pratique SPIP : développer les ateliers collectifs (gestion de la colère, prévention de la récidive, addictions), animés par binômes CPIP/partenaires associatifs.
  • Impact attendu : mutualisation du temps, standardisation des contenus, tout en maintenant la qualité de l’intervention.

♦ S’appuyer sur les partenariats et la « justice intégrée »

Plus globalement, Taxman plaide pour une approche de « seamless system of care » : coordonner justice, santé, emploi, logement, associations, pour éviter les doublons (Taxman, 2002).

  • En pratique SPIP : déléguer certaines missions d’accompagnement social (logement, insertion) aux partenaires de terrain, pour concentrer les CPIP sur l’évaluation criminologique et la gestion du risque.
  • Impact attendu : réduction de la dispersion des missions, recentrage sur le cœur de métier pénal.

♦ Utiliser les technologies et solutions numériques

Taxman évoque l’intérêt croissant des outils technologiques dans la supervision à distance (applications, check-in numériques, rappels automatisés).

  • En pratique SPIP : expérimenter des suivis hybrides (présentiel + numérique) pour les personnes à faible risque, outils de rappel automatisé pour réduire les manquements.
  • Impact attendu : diminution du temps consacré aux relances et aux démarches répétitives.

Les travaux de Faye S. Taxman rappellent que la réduction de la charge de travail en probation ne doit pas passer par une simple diminution de l’offre, mais par une allocation stratégique des ressources : cibler l’intensité selon le risque, standardiser les pratiques, mutualiser les interventions, déléguer certaines missions et intégrer les technologies. Pour les SPIP, s’inspirer de ce modèle pourrait permettre d’alléger la pression quotidienne tout en améliorant la qualité et l’efficacité des suivis.

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