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3 % contre 13 % : la récidive sexuelle chez les femmes

avril 13th, 2026 | Publié par crisostome dans AICS

La question de la récidive sexuelle occupe une place centrale dans les politiques pénales contemporaines, mais elle demeure presque exclusivement pensée à partir du paradigme masculin. Une méta-analyse d’envergure, publiée en octobre 2025 dans la revue Criminal Behaviour and Mental Health, vient rappeler avec force la nécessité de dépasser ce prisme androcentré. Menée par R. Karl Hanson, Franca Cortoni et Jeffrey Sandler, cette recherche actualise les données antérieures et confirme un constat désormais solidement établi : les femmes condamnées pour une infraction à caractère sexuel présentent un taux de récidive sexuelle extrêmement faible, se situant à 3,1 % (131 cas de récidive documentés sur un échantillon total de 4 208 femmes), contre environ 13 % à 14 % chez les hommes.

Une robuste confirmation empirique

Cette méta-analyse, qui intègre 14 études publiées ou présentées entre 1998 et 2023, constitue la mise à jour la plus exhaustive depuis celle de 2010. L’analyse temporelle révèle en outre une décroissance du risque : le taux de récidive s’établit à 2,4 % durant les cinq premières années suivant la remise en liberté, puis chute à 1,1 % entre la cinquième et la dixième année. À titre comparatif, si le taux moyen chez les hommes avoisine les 13-14 %, certaines sous-catégories masculines présentent des taux pouvant atteindre 30 %, tandis que d’autres — notamment certains auteurs d’inceste — affichent des taux aussi bas que 3 %, comparables à ceux des femmes. La variabilité inter-études demeure toutefois importante, les intervalles de prédiction allant de moins de 0,001 % à 11 %.

Fait notable, les taux de récidive violente (7,8 %) et de récidive générale (30,1 %) sont substantiellement plus élevés que le taux de récidive sexuelle chez ces mêmes femmes. Ce décalage suggère que le risque de récidive sexuelle est marginal, tandis que les enjeux de réinsertion sociale globale demeurent prégnants.

Des trajectoires criminelles fondamentalement distinctes

Ces écarts considérables ne sauraient être attribués au hasard ni à des biais méthodologiques résiduels. Ils traduisent des différences structurelles dans les trajectoires criminelles et les facteurs de risque. Comme le souligne Franca Cortoni, professeure émérite à l’École de criminologie de l’Université de Montréal, « la criminalité n’est pas neutre du point de vue du genre ».

Les recherches sur les femmes judiciarisées mettent en évidence des facteurs de risque sexospécifiques qui se distinguent nettement de ceux identifiés chez les hommes. Une étude menée par Ethan A. Marshall et Holly A. Miller auprès de 225 femmes ayant commis une infraction sexuelle démontre que des facteurs tels que les symptômes de maladie mentale et les antécédents de victimisation sont prédicteurs du risque de récidive chez cette population.

Plus largement, les travaux convergent pour identifier des trajectoires distinctes : la majorité des femmes incarcérées ont subi des violences physiques ou sexuelles significatives avant leur passage à l’acte. Cortoni observe également une divergence dans les mécanismes psychologiques : alors que les hommes tendent à extérioriser leurs traumatismes par l’agressivité et la colère, les femmes les intériorisent, ce qui les prédispose davantage à l’abus de substances, aux comportements autodestructeurs et à l’impulsivité. Ces dynamiques influencent directement le cheminement vers la délinquance : chez les femmes, la consommation de drogues ou d’alcool précède souvent le comportement criminel, tandis que chez les hommes, elle l’accompagne généralement dans le cadre d’un mode de vie délinquant déjà installé.

Des implications directes pour les politiques pénales

Les auteurs de la méta-analyse tirent des conclusions sans équivoque : le risque de récidive sexuelle chez les femmes est si faible qu’il est peu probable qu’il puisse être réduit par des traitements spécifiques aux crimes sexuels ou par des mesures de protection publique telles que l’enregistrement et la notification des délinquants. Ils préconisent plutôt des interventions sexospécifiques (gender-responsive) axées sur le risque de récidive générale et la promotion d’une réinsertion réussie.

Cette recommandation s’inscrit dans un mouvement plus large de reconnaissance de la nécessité d’adapter les pratiques correctionnelles aux réalités des femmes. Depuis les années 1990, des réformes ont progressivement rendu les services correctionnels plus attentifs aux besoins spécifiques des femmes : moindre emphase sur la sécurité, soutien psychologique accru, prise en compte des traumatismes antérieurs et attention portée à la parentalité. Ces approches, qui ont fait l’objet de validations empiriques rigoureuses, se sont avérées efficaces pour réduire la récidive chez les femmes judiciarisées.

Vers une justice véritablement sexospécifique

Les résultats de cette méta-analyse actualisée rappellent avec acuité que l’application indifférenciée des outils d’évaluation et des programmes correctionnels — conçus à partir de cohortes masculines — conduit inévitablement à surestimer le risque que représentent les femmes délinquantes sexuelles. Comme le résume Cortoni, « tant que nous continuerons à traiter les femmes de la même manière que les hommes dans le système judiciaire, nous passerons à côté de ce qui les y a conduites ».

L’enjeu n’est pas d’octroyer un traitement de faveur, mais de reconnaître que les mécanismes du passage à l’acte, les facteurs de risque et les besoins en matière de réinsertion diffèrent substantiellement entre les hommes et les femmes. Une justice éclairée par les données probantes se doit d’intégrer cette dimension sexospécifique, tant dans l’évaluation du risque que dans l’élaboration des interventions. C’est à cette condition que le système pénal pourra prétendre à une véritable équité, fondée non sur l’uniformité illusoire des traitements, mais sur la reconnaissance rigoureuse des différences.

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