L’intelligence artificielle (IA) ne se limite plus aux voitures autonomes ou aux assistants vocaux. Elle investit désormais les commissariats, les tribunaux et les plateformes de vente en ligne. Un article universitaire récent, signé par Rizwana Gul, Shaista Naznin et Mian Muhammad Saleem (Université Abdul Wali Khan, Mardan), propose une analyse approfondie du rôle de l’IA dans la criminologie et la protection de la propriété intellectuelle. Voici une synthèse de leurs travaux, qui mêle promesses technologiques et risques éthiques.
L’IA au service de la prévention et des enquêtes criminelles
Police prédictive
Des algorithmes comme PredPol analysent les données criminelles passées pour anticiper les futurs points chauds de la délinquance. Les résultats sont contrastés :
- Réduction des cambriolages et vols dans certaines zones (jusqu’à 20 % à Los Angeles et Chicago).
- Efficacité plus limitée pour les crimes violents, moins prévisibles.
Reconnaissance faciale et surveillance
Utilisée en temps réel, elle permet d’identifier des suspects dans des foules. Mais les biais raciaux sont préoccupants : des études (Buolamwini & Gebru, 2018) montrent que les erreurs sont plus fréquentes pour les visages non blancs.
Forensique numérique
L’IA analyse des masses de données (mails, réseaux sociaux, transactions cryptées). Exemple : au Royaume-Uni, elle a aidé à démanteler des réseaux de blanchiment d’argent. Toutefois, une supervision humaine reste indispensable pour éviter les faux positifs.
L’IA dans la protection de la propriété intellectuelle (PI)
Détection des contrefaçons
Sur les plateformes e-commerce, des outils d’IA basés sur la reconnaissance d’images atteignent une précision de détection de 94 % (cf. annexe de l’article). Le taux de faux positifs reste un défi (6 à 12 % selon les plateformes).
Lutte contre le piratage numérique
L’IA scrute automatiquement les sites pour identifier des contenus protégés diffusés sans autorisation. Dans l’industrie musicale et cinématographique, la réduction du piratage est estimée à 30 % en cinq ans.
Blockchain + IA
L’association des deux technologies permet de créer un historique infalsifiable des œuvres et de leurs licences, automatisant ainsi la preuve de propriété.
Les défis éthiques majeurs
L’article ne tombe pas dans le techno-solutionnisme. Trois problèmes récurrents sont identifiés :
| Problème | Exemple concret |
|---|---|
| Atteinte à la vie privée | Surveillance de masse sans consentement explicite |
| Biais algorithmiques | Police prédictive ciblant des minorités sur la base de données historiquement discriminantes |
| Opacité (« boîte noire ») | Décisions incompréhensibles, difficulté à attribuer une responsabilité en cas d’erreur |
« Les mêmes technologies qui permettent d’attraper des criminels peuvent aussi piéger des innocents ou renforcer des inégalités. »
🌍 Comparaison internationale
- Chine : utilisation massive (système de crédit social, surveillance faciale omniprésente) – efficacité mais critiques sur les libertés civiles.
- États-Unis : police prédictive généralisée, mais polémiques sur le profilage racial.
- Union européenne : approche plus prudente, avec le RGPD qui limite la collecte de données et exige de la transparence.
Recommandations des chercheurs
Pour un usage responsable de l’IA en criminologie, les auteurs proposent :
- Des lois claires sur la protection des données et des audits réguliers.
- Des comités d’éthique associant policiers, juristes et citoyens.
- Une supervision humaine obligatoire pour toute décision critique (arrestation, condamnation, suppression de contenu).
- Des jeux de données diversifiés pour entraîner les algorithmes et limiter les biais.
📚 Gul, R., Naznin, S., & Saleem, M. M. (2025). Artificial Intelligence and Criminology: Investigating AI’s Role in Crime Prevention, Investigation, and Intellectual Property Protection.

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