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Violence Risk Scale (VRS) : un instrument dynamique pour l’évaluation du risque de violence et la planification du traitement

mai 19th, 2026 | Publié par crisostome dans VIOLENCE

Dans le champ de la criminologie clinique et de la psychologie légale, l’évaluation du risque de violence a connu une évolution majeure : on est passé d’un jugement clinique non structuré à des outils standardisés, puis à des approches intégrant le changement thérapeutique. Parmi ces instruments, la Violence Risk Scale (VRS ; Wong & Gordon, 1999‑2023) occupe une place singulière. Conçue explicitement pour lier évaluation du risque et intervention, la VRS s’inscrit dans les principes RBR (Risk‑Need‑Responsivity) et permet de mesurer non seulement le niveau de risque statique et dynamique, mais aussi les changements associés à la prise en charge.

Fondements théoriques : les principes RBR

La VRS s’ancre dans les trois principes reconnus pour réduire la récidive :

  • Principe de risque (Risk) : l’intensité des services (supervision, traitement) doit être proportionnée au niveau de risque. Les scores élevés à la VRS justifient des interventions intensives.
  • Principe des besoins (Need) : les prédicteurs dynamiques cotés 2 ou 3 (sur une échelle 0‑3) identifient les cibles thérapeutiques prioritaires – les besoins criminogènes liés à la violence.
  • Principe de réceptivité (Responsivity) : le modèle des stades de changement (SOC – Stages of Change) évalue la motivation et la disposition à s’engager en traitement, permettant d’adapter l’approche.

Cette triple articulation fait de la VRS un outil de gestion du risque plutôt qu’une simple prédiction statique.

Structure de l’outil : prédicteurs statiques et dynamiques

La VRS comporte 26 items, répartis en deux grandes familles.

Prédicteurs statiques (6 items) – inchangés ou peu modifiables dans le temps :

  • Âge actuel, âge à la première condamnation violente, nombre de condamnations pré‑adultes, violence sur l’ensemble de la vie, violations de conditions légalement imposées, stabilité du milieu familial.

Prédicteurs dynamiques (20 items) – susceptibles d’évoluer sous l’effet d’une intervention :

  • Mode de vie violent, personnalité criminelle, attitudes criminelles, éthique du travail, pairs criminels, agression interpersonnelle, contrôle émotionnel, violence en détention, usage d’armes, insight dans les causes de la violence, maladie mentale, abus de substances, stabilité relationnelle, soutien communautaire, mise en situation à haut risque, cycle de la violence, impulsivité, distorsion cognitive, observance de la supervision, niveau de sécurité de la libération.

Chaque item dynamique est coté de 0 (absence de problème / force avérée) à 3 (problème sévère et chronique, cible prioritaire). La cotation s’appuie sur l’entretien et l’analyse du dossier.

Les stades de changement (SOC) : une mesure du progrès thérapeutique

Un des apports originaux de la VRS est l’intégration des stades de changement de Prochaska et DiClemente, adaptés à la délinquance violente. Pour chaque item dynamique, on attribue un SOC :

  • Précontemplation : ne reconnaît aucun problème, pas d’intention de changer.
  • Contemplation : reconnaît un problème et envisage de changer.
  • Préparation : intention active et premiers essais.
  • Action : mise en œuvre de comportements alternatifs non violents.
  • Maintien : stabilité du changement au‑delà de six mois.

Le passage d’un stade à un autre équivaut à une réduction de 0,5 point sur l’item dynamique correspondant. Le score de changement total (change score) est calculé en soustrayant le score total VRS post‑traitement du score total pré‑traitement. Ce change score est un prédicteur significatif de la baisse de récidive violente (Olver et al., 2022).

Niveaux de risque en langage commun (Common Language – CL)

Pour améliorer la communication du risque auprès des décideurs (parole, juges, équipes de suivi), la VRS adopte désormais cinq niveaux de risque, dérivés empiriquement (Olver et al., 2022) :

Niveau Catégorie Plage du score total (observée) Descriptif
I Risque très faible 2,5 – 19,9 Profil non délinquant, besoins quasi nuls.
II Inférieur à la moyenne 20,0 – 34,9 Profil prosocial vulnérable, interventions ciblées légères.
III Moyen 35,0 – 49,9 Profil délinquant moyen, plusieurs besoins – traitement d’intensité modérée.
IV Supérieur à la moyenne 50,0 – 59,9 Profil persistant, besoins multiples sévères – intensité élevée.
V Bien supérieur à la moyenne 60,0 – 78,0 Profil criminel ancré, besoins chroniques – très haute intensité.

Ces niveaux remplacent les anciennes catégories « faible‑moyen‑élevé » et offrent une graduation plus fine, moins stigmatisante et mieux reliée aux taux de récidive observés.

Risque absolu et risque relatif : l’apport du calculateur VRS

La VRS fournit deux métriques complémentaires :

  • Risque absolu : pourcentage estimé de récidive violente (ou générale) à échéances fixes (2, 3 ou 5 ans) pour un individu présentant un score total donné. Exemple : un score total de 64 correspond à un risque violent à 5 ans d’environ 59 % (Olver et al., 2022).
  • Risque relatif : rang percentile du score par rapport à un échantillon de référence (détenus ou patients judiciarisés traités). Un percentile de 90 signifie que la personne a un score supérieur à 90 % de la cohorte.

Un calculateur Excel est mis à disposition gratuitement. Il permet, à partir du score total pré‑traitement et du change score, d’obtenir les probabilités de récidive avec intervalles de confiance. Pour une première évaluation sans changement mesuré, une valeur par défaut de 2,5 (demi‑changement moyen) peut être utilisée.

 Propriétés psychométriques : validité et fiabilité

La VRS bénéficie d’un solide soutien empirique :

  • Validité prédictive : dans l’étude inaugurale (N = 918, suivi moyen 4,4 ans), l’AUC pour la récidive violente est de 0,75 (Wong & Gordon, 2006). Pour la récidive générale, AUC = 0,72.
  • Validité convergente : corrélations élevées avec la PCL‑R (r = 0,83 total), le LSI‑R (r = 0,83) et le GSIR (r = −0,63).
  • Fidélité inter‑juges : coefficients de corrélation intraclasse (ICC) excellents, généralement compris entre 0,82 et 0,98.
  • Validité de construit : les cinq niveaux CL discriminent significativement les scores moyens à la PCL‑R et au SIR Scale, confirmant leur signification clinique.

Utilisation pratique dans le processus criminogénique

La VRS s’inscrit dans une démarche continue :

  1. Évaluation pré‑traitement (T1) – calcul du score total, identification des items dynamiques cotés 2 ou 3 (besoins criminogènes), assignation d’un niveau de risque CL.
  2. Planification – définition des objectifs thérapeutiques par item, évaluation des stades de changement pour adapter les stratégies motivationnelles.
  3. Intervention – réévaluation en cours et en fin de traitement (T2).
  4. Calcul du changement – soustraction T2 – T1 (score total). Un changement positif (réduction du score) est associé à une diminution de la récidive.
  5. Communication – restitution des niveaux CL, des risques absolus (%), et du percentile de changement.

La VRS peut être utilisée en milieu carcéral, en psychiatrie légale, en probation ou dans les services communautaires. Une version brève (VRS‑SV, 5 items statiques) existe pour le criblage rapide.

La Violence Risk Scale constitue une avancée majeure dans l’évaluation du risque de violence. En combinant des items statiques et dynamiques, en intégrant les stades de changement, et en proposant des métriques de risque absolu et relatif ainsi qu’une typologie en cinq niveaux de langage commun, elle répond aux exigences scientifiques et pratiques de la criminologie clinique. Son utilisation ne se limite pas à la prédiction : elle guide l’intervention et mesure ses effets, dans le respect des principes de justice thérapeutique et de réduction de la récidive.

Références essentielles :

  • Olver, M. E., Mundt, J. C., Hogan, N. R., et al. (2022). Assessing dynamic violence risk: Common language risk levels and recidivism rates for the Violence Risk Scale. Psychological Assessment, 34(6), 528‑545.
  • Wong, S. C. P., & Gordon, A. (2006). The validity and reliability of the Violence Risk Scale. Psychology, Public Policy, and Law, 12(3), 279‑309.
  • Wong, S., Gordon, A., & Olver, M. (2023). Violence Risk Scale (VRS) – Second Edition: User’s Workbook. Psynergy Resource Centre.

Pour les professionnels souhaitant se former, le manuel complet et le calculateur sont accessibles sur psynergy.ca.

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Additional VRS information :

We have also developed the Offense Analogue/Offence Replacement (OAB/ORB) Guide , a tool that complements that VRS.  The OAB/ORB Guide is designed to assess offence-related and/or offence-reduction behaviours within controlled environments such as prisons or forensic facilities, where strong sanctions can inhibit the expression of offence-linked behaviours otherwise observable in community settings. The OAB/ORB Guide assists treatment and correctional staff collectively focus attention on relevant characteristics and behaviours idiosyncratically linked to offending, well as to identify behaviours that are risk-reducing in nature.

Also see:  Gordon, A. & Wong, S. (2015) The use of a structured guide to assess proxies of offending behaviours and change in custodial settingsThe Journal of Forensic Practice, Vol. 17 Issue: 2, pp.83-100, https://doi.org/10.1108/JFP-10-2013-0048

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