Environ 95 % des personnes incarcérées dans les prisons d’État finiront par réintégrer la société, mais les tendances en matière de récidive montrent qu’une grande partie d’entre elles retourneront en prison dans les années qui suivent. Face à ce constat et aux obstacles posés par la stigmatisation, la recherche se tourne vers des méthodes de réhabilitation plus globales. Une étude publiée en 2020 dans le Journal of Offender Rehabilitation propose une analyse novatrice des Programmes Équestres Carcéraux en s’appuyant sur une approche méthodologique mixte et un cadre théorique écologique.
Amy A. Morgan, Joyce A. Arditti, Sara Spiers, Virginia Buechner-Maxwell & Victoria Shivy (2020) “Cameforthehorses,stayedforthemen”: A mixed methods analysis of staff, community, and reentrant perceptions of a prison-equine program (PEP), Journal of Offender Rehabilitation
Le contexte de l’étude et son cadre théorique
Les programmes équestres carcéraux visent à réhabiliter les personnes incarcérées en leur enseignant des compétences en soins équins et en maréchalerie, tout en favorisant les effets thérapeutiques liés au lien humain-animal.
L’étude s’est concentrée sur un programme spécifique, nommé sous le pseudonyme « Blue Hills », situé dans une zone rurale de la côte est des États-Unis. Plutôt que de se limiter à l’évaluation individuelle des détenus, les chercheurs ont utilisé la théorie écologique du développement humain de Bronfenbrenner pour comprendre comment les différents systèmes (microsystème, mésosystème, exosystème) interagissent et influencent le succès du programme.
Méthodologie
Pour trianguler les données et obtenir une description riche du phénomène, les chercheurs ont recueilli des informations auprès de trois groupes de parties prenantes:
- La communauté : 46 membres ayant participé à une journée portes ouvertes (« Open Barn Day ») ont répondu à une enquête évaluant leurs attitudes et la stigmatisation.
- Le personnel : Un groupe de discussion (focus group) a été organisé avec 8 membres du personnel, bénévoles et représentants de l’administration pénitentiaire.
- Les anciens détenus (réentrants) : 4 diplômés du programme ayant réintégré la communauté ont participé à des entretiens approfondis.
Résultats et thèmes principaux
L’analyse thématique a mis en évidence quatre thèmes majeurs illustrant comment les interactions entre la personne et l’environnement transforment les individus à tous les niveaux du système.
Expérimenter le changement (Transformation personnelle)
Le contact direct avec le programme a provoqué une transformation chez les parties prenantes. Le personnel a rapporté s’être d’abord engagé pour le travail avec les chevaux, avant de ressentir une véritable vocation à aider les détenus, résumée par la phrase : « Vous venez pour les chevaux, mais vous restez pour les hommes ».
Du côté de la communauté (l’exosystème), les résultats quantitatifs ont montré que les participants à la journée portes ouvertes présentaient un niveau de stigmatisation significativement plus faible envers les détenus du programme Blue Hills qu’envers les personnes incarcérées en général. Les répondants étaient beaucoup plus enclins à confier des responsabilités (comme s’occuper de leurs propres animaux ou effectuer une tâche à domicile) à un participant du PEP (prison-equine program).
Être témoin du changement
Le personnel a observé des changements à la fois physiques et psychologiques chez les détenus, incluant une meilleure hygiène, une plus grande confiance en soi et un désir de changer de vie. Les membres de la communauté ont également perçu les participants au programme comme des individus faisant preuve d’empathie, de patience et de responsabilité, des attributs rarement associés aux personnes incarcérées dans le discours public.
Les mécanismes du changement
Les anciens détenus et le personnel ont identifié trois mécanismes principaux favorisant la réhabilitation:
- Les relations : Les interactions dénuées de jugement avec le personnel et le développement d’un sentiment de valeur personnelle grâce aux soins prodigués aux chevaux.
- L’environnement de la grange : Cet espace se distingue nettement du reste de la prison. Il offre une certaine liberté, adoucit la structure carcérale et reproduit un cadre de travail normalisé qui prépare mieux à l’emploi post-incarcération.
- Les points critiques (Turning points) : Le programme a permis aux détenus de se forger une nouvelle identité, orientée vers la rédemption et le maintien de changements positifs lors de leur réinsertion.
L’avenir du programme (Défis institutionnels)
Malgré ses succès, le programme reste vulnérable aux changements politiques et administratifs au sein de la prison. La rotation de l’administration et les malentendus sur les besoins réels du programme soulignent l’importance cruciale d’obtenir le soutien continu des institutions à l’échelle de l’exosystème.
Cette étude exploratoire suggère que les programmes tels que les PEP (prison-equine program) ne se contentent pas de fournir des compétences professionnelles ; ils humanisent les interactions entre les personnes incarcérées et la société. En tissant des liens solides entre les différents systèmes écologiques (mésosystème), ces programmes parviennent à réduire la stigmatisation communautaire, à motiver le personnel et à faciliter des scénarios de réinsertion positifs pour les anciens détenus.

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