Denise Hines, PhD, est professeur associé au département de travail social du College of Public Health de l’université George Mason. Son expertise porte sur les causes, les conséquences et la prévention de la violence familiale et des agressions sexuelles, avec une attention particulière pour les victimes de violence sous-reconnues. En tant qu’ancienne directrice du Massachusetts Family Impact Seminars, elle s’est également spécialisée dans l’application de la recherche universitaire aux décideurs politiques.
Les travaux du Dr Hines sur les victimes de violence familiale sous-reconnues ont été soutenus par des subventions du National Institute of Mental Health et du National Institute of Child Health and Human Development, tandis que ses travaux sur la prévention de la violence interpersonnelle ont été soutenus par des subventions du U.S. Department of Justice et du U.S. Department of Education. Le programme CAVE qu’elle a cofondé en 2009 alors qu’elle était membre du corps enseignant de l’université Clark a rapidement été reconnu comme un programme modèle de prévention des agressions sexuelles sur les campus. C’est l’un des sept programmes au niveau national à avoir été reconnu comme modèle par le ministère américain de l’éducation, et il a été mis en avant dans son cours en ligne intitulé « Preventing Violence and Promoting Safety in Higher Education Settings : Creating Comprehensive and Effective Programs » (Prévention de la violence et promotion de la sécurité dans les établissements d’enseignement supérieur : création de programmes complets et efficaces).
Hines a publié de nombreux articles et livres sur les violences familiales. Parmi ses contributions notables :
- « A Closer Look at Men Who Sustain Intimate Terrorism by Women » (2010) : Cette étude examine en profondeur 302 hommes ayant subi des formes sévères de violence de la part de leurs partenaires féminines au cours de l’année précédente et ayant cherché de l’aide. Elle remet en question les hypothèses selon lesquelles les abus subis par les hommes seraient triviaux ou sans conséquences, montrant que les hommes peuvent être victimes de formes graves de violence, comme le terrorisme intime.
- « Understanding the Use of Violence Among Men Who Sustain Intimate Terrorism » (2011) : Cette recherche explore pourquoi certains hommes victimes de violence grave peuvent eux-mêmes recourir à la violence, mettant en lumière les dynamiques complexes des relations abusives. Elle souligne que la violence peut être bidirectionnelle, bien que les comportements ne soient pas nécessairement équivalents.
- Étude sur les minorités raciales et ethniques (2024) : Financée par une subvention de 1 million de dollars, cette recherche en quatre phases vise à comprendre les expériences des hommes afro-américains et latino-américains victimes de violences conjugales. Elle inclut une étude par sondage de 300 hommes blancs, 300 hommes noirs et 600 hommes latino, mesurant leurs expériences d’abus, les barrières à l’aide, et les interactions avec les systèmes juridiques, tout en tenant compte du racisme et des micro-agressions.
Son livre, « Family Violence in the United States: Defining, Understanding, and Combating Abuse« (3e édition, 2020), co-écrit avec Kathleen Malley-Morrison et Leila B. Dutton, adopte une approche écologique pour examiner la violence familiale, couvrant des sujets controversés comme la victimisation des hommes, la violence dans les relations entre personnes de même sexe, et sur les campus universitaires.
Cependant, son focus sur les hommes peut soulever des critiques, notamment l’idée qu’il pourrait détourner l’attention des femmes, qui subissent statistiquement des formes plus graves de violence. Sa méthodologie, souvent basée sur des auto-déclarations, peut aussi être remise en question pour des biais potentiels, en particulier l’tilisation du CTS 2 (Control Tactics Scale) de Strauss. Lnombreuses en effet sont les mises en garde contre l’utilisation du CTS2 pour la recherche sur l’IPV, car il ne capture pas ces aspects essentiels, qui sont centraux dans de nombreux cadres théoriques sur la violence domestique . Les principales critiques adréessées au CTS 2 sont les suivantes:
- le questionnaire CTS 2 ne prend pas en compte les homicides et distingue mal les violences très graves des violences moins graves ; il ne s’adresse qu’aux personnes en couple, alors que les couples séparés et divorcés connaissent plus de violences, et plus souvent masculine ; et il laisse de côté la question des motivations de la violence (Saunders, 2002 ; Kimmel, 2002 ; Eisikovits et al., 2004) Pour en savoir plus, lire l’article de François Bonnet « Violences conjugales, genre et criminalisation : synthèse des débats américains«
- Manque de contexte du CTS 2 : Il ne prend pas en compte qui a initié la violence, les intentions ou les schémas récurrents, ce qui peut fausser la compréhension des dynamiques d’IPV (Intimate Partner Violence).
- Les études utilisant le CTS2 concluent souvent à une « symétrie de genre », alors que les enquêtes incluant le contexte révèlent une victimisation majoritairement féminine
- Non-mesure du contrôle et de la coercition : L’IPV implique souvent des schémas de contrôle, que le CTS2 ne mesure pas, ce qui est un point de critique majeur.
- Cadre temporel limité : Il se concentre sur les 12 derniers mois, manquant ainsi les abus à long terme ou post-séparation.
- Exclusion d’autres formes d’abus : Il ne couvre pas les abus économiques, la manipulation impliquant des enfants, l’isolement ou l’intimidation.
- Fiabilité interobservateurs faible : Les partenaires ont souvent des désaccords sur l’occurrence de la violence, ce qui remet en question la précision des données.
Le travail de Hines sur la violence bidirectionnelle est important, mais certains pourraient arguer qu’il minimise les déséquilibres de pouvoir dans les relations abusives, où un partenaire peut être plus contrôlant. Hines, cependant, adopte une approche nuancée, reconnaissant ces complexités sans excuser la violence.
Dr Denise Hines a bouleversé les paradigmes traditionnels des violences conjugales par ses travaux empiriques sur les victimes masculines, les programmes d’intervention pour auteurs et les modèles de prévention. Ses recherches remettent en cause les idées reçues et proposent des solutions concrètes pour une prise en charge inclusive.
Les violences conjugales envers les hommes : un phénomène sous-estimé
Prévalence et gravité
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Chiffres-clés : Une analyse de 246 études (2011-2022) a révélé que 11,8 % des hommes sont victimes de violence physique de la part de leur partenaire intime, contre 14,6 % des femmes.
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« Le débat sur la question de savoir si la violence entre partenaires intimes (IPV) est principalement unidirectionnelle (violence exercée par les hommes à l’encontre des femmes) ou bidirectionnelle (les deux partenaires commettant des actes de violence) reste d’actualité. Une revue systématique réalisée en 2012 a déterminé la prévalence de la IPV bidirectionnelle et unidirectionnelle dans divers échantillons de population (Langhinrichsen-Rohling et al., 2012). La présente revue exhaustive actualise la revue de 2012 en analysant 64 études empiriques directement liées à la bidirectionnalité de la violence physique entre 2012 et 2022. Tout d’abord, nous avons examiné la violence bidirectionnelle et unidirectionnelle en fonction de la nature de l’échantillon (c’est-à-dire population importante, communauté, étudiants universitaires ou collégiaux, adolescents ou élèves du secondaire, et patients cliniques ou en traitement) et d’autres caractéristiques de l’étude, notamment le type de mesures (par exemple, les échelles de tactiques de conflit par rapport à d’autres mesures). Notre examen indique que la violence bidirectionnelle reste prévalente dans tous les types d’échantillons. La proportion moyenne de violence conjugale bidirectionnelle signalée était de 52,8 % (allant de 44,8 % chez les collégiens et lycéens à près de 60 % chez les échantillons cliniques et les étudiants universitaires). Nos résultats sont en grande partie cohérents avec ceux de l’étude de 2012, qui avait révélé un taux de 57,5 % (allant de 49,2 % parmi les échantillons de femmes non militaires en quête de traitement à 69,7 % parmi les échantillons d’hommes militaires dans le domaine juridique/judiciaire). Cela confirme l’importance de considérer la violence conjugale comme un phénomène complexe et nuancé susceptible de se produire lorsque les deux partenaires se livrent à des actes de violence, de manière proactive ou réactive, au cours de leur relation. Une deuxième conclusion était que le ratio entre la violence conjugale unidirectionnelle des femmes envers les hommes et celle des hommes envers les femmes différait considérablement entre les cinq échantillons. Dans tous les échantillons, les taux de violence unidirectionnelle perpétrée par les femmes étaient plus élevés que ceux perpétrée par les hommes (31,4 % et 16,9 %, respectivement). Cette conclusion est conforme aux résultats de l’étude de 2012. Troisièmement, nous avons examiné la concordance entre les déclarations de violence bidirectionnelle et unidirectionnelle par les partenaires masculins et féminins. Nos conclusions indiquent un niveau remarquable de concordance entre les schémas de déclaration de violence bidirectionnelle et unidirectionnelle par les hommes et les femmes, ce qui suggère que les résultats sont probablement valides et fiables. De plus, la cohérence des déclarations entre les hommes et les femmes ne différait pas de manière significative en fonction des caractéristiques de l’étude, notamment le type d’échantillon, la période de mesure, l’instrument de mesure et le lieu de l’étude. Dans l’ensemble, il est essentiel de mener davantage de recherches sur la nature et les types de violence bidirectionnelle, y compris les rôles des deux partenaires impliqués. Les résultats de ces études pourraient avoir des implications importantes pour les chercheurs, les cliniciens et les praticiens en termes de dépistage, de traitement et de prévention de diverses formes de dynamiques violentes ». Lysova, A, Hanson, K and Mackay, J , 2025. Bidirectional and unidirectional intimate partner violence: a comprehensive review. Partner Abuse, 16 (1), pp. 30-58. ISSN 1946-6560
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Les enquêtes nationales (NISVS) révèlent que 40 à 50% des victimes de violences physiques conjugales annuelles sont des hommes .
« Plus de 40 % (44,2 % ou 52,1 millions) des hommes américains ont déclaré avoir subi des violences sexuelles avec contact, des violences physiques et/ou du harcèlement de la part d’un partenaire intime au cours de leur vie. Au cours des 12 mois précédant l’enquête, 6,8 % des hommes (8,0 millions) ont déclaré avoir subi des violences sexuelles avec contact, des violences physiques et/ou du harcèlement de la part d’un partenaire intime .
Un homme américain sur quatre (26,3 % ou 31 millions) a subi des violences sexuelles avec contact, des violences physiques et/ou du harcèlement de la part d’un partenaire intime à un moment donné de sa vie et a également déclaré avoir subi des conséquences liées à la violence de la part d’un partenaire intime ; 2,8 % (3,3 millions) ont subi des violences sexuelles avec contact, des violences physiques et/ou du harcèlement de la part d’un partenaire intime ayant eu un impact lié à la violence ». Rapport NISVS
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Sévérité : Dans une étude portant sur 302 hommes victimes ayant cherché de l’aide :
- 90,4% ont subi des violences physiques graves (coups, strangulation)
- 54% des agressions potentiellement mortelles
- 77,5% ont été blessés, avec en moyenne 11,7 blessures par an.
Impacts psychotraumatiques
L’analyse de 611 hommes victimes démontre des conséquences sévères :
- Troubles de stress post-traumatique (TSPT) : 57,9% atteignent le seuil clinique, un taux comparable à celui des femmes victimes .
- Dépression : Prévalence 3 fois plus élevée que dans la population masculine générale .
- Santé physique : Risque accru de maladies cardiovasculaires, d’asthme et d’infections .
« Les violences contrôlantes et administratives (ex : manipulations juridiques) sont les formes prédominantes chez les hommes, contribuant le plus à leur détresse psychique » .
Prise en charge des auteurs : vers des approches différenciées
Critique des modèles traditionnels
Hines souligne les limites du modèle Duluth (centré sur le patriarcat) :
- Inadéquation : Non adapté aux violences bidirectionnelles ou aux femmes auteures .
- Risques : Approche genrée exacerbant la méfiance des hommes envers les services d’aide .
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« Les recherches mettent en évidence les expériences négatives des hommes victimes avec la police. Parmi les hommes victimes de violence conjugale aux États-Unis, 56 % de ceux qui ont appelé la police l’ont jugée « pas du tout utile », et les hommes victimes étaient tout aussi susceptibles d’être arrêtés que leurs partenaires. Dans divers pays, les hommes déclarent avoir été ridiculisés , avoir été ignorés malgré des blessures visibles , ne pas avoir été crus et/ou que la police n’ait pas répondu à leurs appels . Parfois, les victimes ont été menacées d’arrestation ou ont été arrêtées à tort. » Hines 2025
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Principes pour des interventions efficaces
Ses travaux préconisent :
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Évaluation individualisée :
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- Détection des troubles de personnalité (borderline, antisocial) sous-jacents
- Prise en compte des traumatismes développementaux .
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Approches intégratives :
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- Programmes combinant TCC et entretien motivationnel
- Modules spécifiques sur la régulation émotionnelle et la résolution de conflits .
*Les interventions efficaces réduisent la récidive de 30% quand elles respectent les principes Risque-Besoin-Réceptivité (RBR).
Modèles de prévention : inclusion et formation
Services adaptés aux victimes masculines
Hines identifie des barrières structurelles :
- Minimisation sociale : 78% des hommes victimes rapportent ne pas être crus .
- Pénurie de ressources : < 5% des refuges aux États-Unis acceptent les hommes .
Ses recommandations :
- Lignes téléphoniques inclusives
- Formation des policiers au dépistage sans biais de genre
- Thérapies trauma-informées adaptées aux spécificités masculines .
Prévention primaire
- En milieu scolaire : Programmes de régulation émotionnelle dès l’adolescence
- En santé publique : Dépistage systématique en médecine générale via des outils validés (ex : CTS2) .
Implications politiques et cliniques
Reconnaissance institutionnelle
- Définition élargie des violences conjugales :
- Inclure les violences administratives (saisies abusives, manipulations judiciaires)
- Reconnaître les violences psychologiques coercitives comme facteur majeur de TSPT .
- Financements équitables : Allocation de 30% des budgets aux services inclusifs .
Formation des professionnels
- Modules obligatoires en travail social et psychologie sur :
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- Dynamiques des violences bidirectionnelles
- Impacts différenciés des violences selon le genre .
« Nier la victimisation masculine revient à perpétuer un système qui abandonne des milliers de personnes » – Denise Hines, Psychology of Men & Masculinity (2020).
Critiques?
Conclusion : Vers une criminologie inclusive
Les travaux de Denise Hines fondent une approche dégenrée des violences conjugales :
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Approche scientifique de la victimisation masculine
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Modèles d’intervention adaptés à la complexité des dynamiques conjugales
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Prévention systémique intégrant tous les acteurs (santé, justice, éducation).
« L’efficacité de nos interventions se mesure à notre capacité à voir les victimes là où on ne nous a pas appris à les regarder » – Denise Hines.
Ces recherches rappellent qu’en criminologie, l’inclusion n’est pas une concession idéologique, mais une nécessité empirique.



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