Extrait:
« Les victimes et les non-victimes sont différentes quant à leur compréhension du facteur de légitimité par la normalisation des petites agressions. Par le fait d’être victime de violence physique en général, elles sont plus tolérantes à l’égard de ces agressions que les non-victimes. Les victimes tentent de minimiser la violence afin d’avoir une raison de le faire et de survivre à leur statut de conjoint (Machado et al., 2003). Dans l’étude de Matos et Gonçalves (2001), le groupe des femmes qui sont restées dans leur mariage révèle plus de difficultés à effectuer des changements significatifs. Les caractéristiques linguistiques de leur discours sont plus axées sur le problème et présentent des croyances de légitimation de la violence domestique (par exemple, « cela fait partie du destin »). En outre, elles partagent l’idée que l’agresseur est poussé par des influences extérieures, telles que l’alcool ou une relation extraconjugale.
À cet égard, étant entendu que les croyances (religieuses ou non) limitent une compréhension claire de la violence, elles interviennent dans le processus de compréhension claire de la violence, interférant ainsi avec ce qui a été mentionné plus haut. En raison de la façon dont nous réagissons à ce phénomène, nous présentons dans le tableau suivant quelques-unes des croyances les plus courantes sur la violence domestique et leur explication respective :
(Tableau 5.1).
Croyances concernant la violence domestique | |
Croyances | Explications |
« Une gifle de temps en temps ne fait de mal à personne. » | Frapper n’est jamais un signe d’amour. C’est un exercice illégitime et abusif de pouvoir/contrôle. En outre, la violence domestique n’est pas un processus « de temps en temps », mais plutôt un schéma continu de divers actes violents commis contre la victime dans le but de la contrôler et de la dominer. |
La violence et l’amour ne se produisent pas en en même temps dans les familles.
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Même dans les cas les plus graves, il y a des phases où les agressions ne se produisent pas, surtout au début de la relation. Le comportement alterne entre l’expression d’émotions positives et des actes de violence. Ces changements peuvent se produire en fonction de la domination et du doute que l’on souhaite imposer à la victime. C’est pourquoi, souvent et généralement, de nombreuses victimes continuent d’éprouver une affection positive pour les agresseurs, même lorsque la violence s’est installée, sans se rendre compte qu’elles se font du mal à elles-mêmes et à leurs enfants. |
La violence ne se produit que dans les milieux socio-économiques inférieurs.
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Les victimes et les auteurs de violences proviennent de toutes les couches socio-économiques, ce qui se traduit par différents modèles culturels, religieux, économiques et professionnels. La différence réside dans la visibilité de la violence. C’est-à-dire qu’elle peut se produire sous l’effet de facteurs culturels et éducatifs plus forts qui légitiment la violence dans les couches socioculturelles inférieures ou simplement un effet de la visibilité accrue des victimes et des auteurs de ces strates. En l’absence d’alternatives économiques et sociales, ils ont tendance à rechercher davantage d’institutions publiques d’aide aux victimes, des instances officielles de contrôle social, et moins de d’évitement d’instances de support social et régulation sur le plan légal. |
La violence domestique ne se produit que à cause de l’alcool et d’autres drogues.
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L’alcool et les autres drogues ne sont pas la cause de la violence. Dire qu’ils ne le sont pas n’est pas un signe d’immaturité, comme un juriste l’a dit un jour (tristement) à l’agresseur d’une adolescente placée en foyer, mais d’un manque de discernement, et d’ignorance scientifique. Une chose est de dire que l’abus d’alcool et d’autres semble associé à des épisodes de violence domestique, une autre est de le considérer comme une cause de la violence. Il est vrai que la consommation d’alcool et de drogues peut parfois faciliter ou déclencher la violence domestique, mais il est erroné de considérer que la violence se produit uniquement à cause de ces circonstances. Il y a des délinquants qui ne boivent pas d’alcool et la plupart d’entre eux n’attaquent pas sous l’influence de l’alcool. La plupart des personnes qui s’enivrent ou consomment des drogues ne font pas de mal à leur partenaire. Les consommations servent d’excuse/de stratégie de rationalisation pour éviter la responsabilité d’un comportement violent. En outre, les agresseurs, même lorsqu’ils sont sous l’influence de la drogue, n’attaquent pas des personnes au hasard. En général, ils s’enivrent loin de chez eux et attendent d’être rentrés chez eux pour attaquer leur femme et/ou les enfants. |
La violence domestique est le résultat de problèmes mentaux.
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Seuls 5 à 10 % des délinquants souffrent d’une psychopathologie ou d’un trouble mental associé. Il est difficile d’admettre l’idée que des actes de violence continus puissent être commis par des individus « normaux » aux yeux de la société. Une telle connaissance signifie que nous devons reconnaître que l’un d’entre nous peut être un délinquant. |
La violence domestique ne se produit pas de façon très fréquente.
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Toutes les statistiques existantes contredisent cette idée. La violence est fréquente et a un coût élevé pour la société. Elle est considérée comme un problème de santé publique qui est la première cause de décès et d’invalidité chez les femmes âgées de 16 à 44 ans, dépassant le cancer, les accidents de la route et même la guerre. |
Source : Mauro Paulino (2016) Forensic Psychology of Spousal Violence, Elsevier
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