Dans le domaine des sciences comportementales et de l’analyse des techniques d’entretien visant le changement, la validité des outils d’évaluation est une préoccupation méthodologique centrale. Cet article propose une recension académique de l’étude qualitative menée par Oberink, Boom, van Dijk et Visser (2017), publiée dans BMC Medical Education, évaluant la validité et la faisabilité d’un instrument spécifique : le Motivational Interviewing Target Scheme (MITS).
Le contexte : Évaluer l’entretien motivationnel dans des formats brefs
L’entretien motivationnel (EM) se définit comme un style de communication collaboratif et orienté vers un objectif, qui accorde une attention particulière au langage du changement. Il est conçu pour renforcer la motivation personnelle et l’engagement envers un objectif spécifique en explorant les propres raisons de changer de l’individu, dans une atmosphère d’acceptation et de compassion.
Si l’efficacité de cette méthode est reconnue pour accompagner les modifications de comportement, son application pratique reste complexe. Les praticiens peuvent manifester des comportements incohérents avec l’EM (conseils non sollicités, confrontations), ce qui nuit aux résultats. Une évaluation rigoureuse de la fidélité de mise en œuvre est donc nécessaire.
Cependant, les outils d’évaluation existants présentent des limites opérationnelles :
- Les instruments largement répandus comme le MISC (Motivational Interviewing Skill Code) et le MITI (Motivational Interviewing Treatment Integrity) nécessitent des échantillons de pratique plus longs que les consultations standard.
- Le BECCI (Behaviour Change Counselling Index) a été développé pour évaluer les compétences acquises en formation, mais n’a pas été construit pour mesurer l’EM en conditions réelles.
Le MITS a été spécifiquement développé pour pallier ce manque en mesurant les composantes globales fondamentales de l’EM, y compris lors d’interactions brèves. Il repose sur 10 items globaux (ou cibles), évitant le piège des listes de contrôle atomisées pour privilégier une approche holistique de la compétence.
Cadre méthodologique : Le Modèle Unifié de Validité
L’étude d’Oberink et al. s’appuie sur le Modèle Unifié de Validité, l’actuel standard en matière de validation d’évaluations. Dans ce modèle, la validité n’est pas une propriété intrinsèque de l’outil, mais désigne la mesure dans laquelle les interprétations des scores sont valides pour la population étudiée. Ce paradigme comporte cinq sources de preuves (contenu, processus de réponse, structure interne, relation avec d’autres variables, et conséquences).
La recherche s’est focalisée sur trois aspects au sein d’une faculté de médecine aux Pays-Bas : la validité de contenu, la validité du processus de réponse et la faisabilité. Trois évaluateurs formés ont analysé des enregistrements de consultations brèves (durée moyenne de 14 minutes, dont 7,3 minutes consacrées au changement de comportement, principalement le tabagisme) menées par des médecins généralistes et des internes. La saturation des données a été atteinte après 27 évaluations.
Résultats : Processus de réponse et ajustements de l’échelle
L’examen du processus de réponse – c’est-à-dire l’analyse des actions et des processus de pensée des évaluateurs – a révélé plusieurs biais d’erreur de réponse lors de la première phase de l’étude, ce qui a conduit à des ajustements structurels du système de notation.
1. Ambiguïté des critères d’évaluation
Les options de notation initiales (allant de 0 à 4) utilisaient un mélange d’adverbes quantitatifs et qualitatifs (ex: substantially, more than adequately) qui suscitaient des interprétations divergentes. Les chercheurs ont remplacé ces termes par quatre adverbes purement qualitatifs (poorly, inadequately, moderately, well) associés à des critères de fréquence temporelle clairs.
2. Comportements crucialement omis (Wrongly Unused)
Le manuel original prévoyait que certaines cibles optionnelles soient notées comme « non applicables » si elles n’étaient pas observées. Les évaluateurs ont toutefois mis en évidence une distinction entre une absence justifiée et une omission préjudiciable à la qualité de l’entretien. Une option de score « 0 » a donc été introduite pour sanctionner les comportements cliniquement requis mais omis de manière injustifiée.
3. Opportunités manquées et incohérences
Le système initial ne formalisait pas l’impact des opportunités évidentes mais non saisies par le praticien, ni la manifestation de comportements explicitement contraires à l’EM (comme la persuasion manifeste). L’intégration explicite des concepts d’« opportunités manquées » (missed opportunities) et de « comportement incohérent avec la cible » (target-inconsistent behaviour) a permis d’affiner la sensibilité de l’échelle.
Conclusions sur la faisabilité et la validité de contenu
Au terme de la seconde phase de notation utilisant le système révisé, l’étude valide plusieurs propriétés de l’outil:
- Faisabilité temporelle : L’évaluation de 10 minutes d’entretien requiert environ 30 minutes de travail lorsque l’évaluateur dispose d’une transcription. Sans transcription, le codage s’allonge de 10 à 15 minutes en raison des pauses fréquentes pour prendre des notes.
- Validité de contenu : Le MITS est reconnu comme complet et représentatif du large spectre et de la compréhension contemporaine de l’entretien motivationnel. Les auteurs relèvent toutefois une spécificité contextuelle : pour les interventions brèves, il est recommandé d’ajouter formellement une composante évaluant la planification du suivi des consultations au sein de l’outil.


1. Une réponse adaptée à l’ambivalence adolescente



Au cours d’un essai clinique avec des buveurs à problèmes, nous avons assigné au hasard des clients à neuf thérapeutes différents, en observant leur travail à l’aide de miroirs sans tain. Les clients des thérapeutes les plus empathiques ont beaucoup mieux réussi à réduire leur consommation d’alcool que ceux qui travaillaient avec des thérapeutes peu empathiques. Au bout de six mois, nous pouvions expliquer les deux tiers de la variance de la consommation d’alcool des clients par le niveau de compétence empathique des thérapeutes délivrant (prétendument) la même thérapie comportementale (Miller, Taylor, & West, 1980), un effet qui était toujours présent après deux ans de suivi (Miller & Baca, 1983). L’année suivante, Steve Valle (1981) a publié des résultats similaires : les taux de rechute au cours des deux années de suivi étaient de deux fois supérieurs à ceux de l’année précédente. de rechute au cours des deux années de suivi étaient de deux à quatre fois plus élevés pour les clients qui travaillaient avec des conseillers ayant un faible niveau de compétences centrées sur la personne, par rapport aux clients du même programme qui avaient la chance d’avoir des conseillers ayant un fonctionnement interpersonnel élevé.
Source: Jeffrey Abracen, Ph.D., C.Psych. & Jan Looman, Ph.D., C.Psych. (2016)