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Gerald Patterson (1926-2016)

Dans le champ de la criminologie développementale, la compréhension des trajectoires menant vers des comportements antisociaux durables constitue un enjeu épistémologique et clinique majeur. Alors que de nombreuses théories se sont focalisées sur des facteurs de risque statiques (neurobiologiques, socio-économiques), les travaux menés par Gerald Patterson et ses collaborateurs au sein de l’Oregon Social Learning Center (OSLC) à partir des années 1970 ont introduit un paradigme fondamentalement dynamique et interactionniste.

L’apport central de Patterson réside dans la modélisation du processus par lequel l’agressivité ne se réduit pas à un trait de caractère inné, mais constitue le produit d’une histoire d’apprentissage social située au cœur des interactions familiales précoces avec le modèle de l’escalade coercitive (coercive cycle), pierre angulaire de cette approche.

La perspective de l’apprentissage social : de Bandura à Patterson

L’approche de Patterson s’inscrit dans la filiation de la théorie de l’apprentissage social, tout en s’en distinguant par des apports méthodologiques et conceptuels majeurs. Si Albert Bandura a mis l’accent sur l’acquisition initiale des comportements agressifs par l’imitation, le renforcement et les contingences punitives — processus médiatisés par des mécanismes cognitifs —, Patterson développe une approche que l’on peut qualifier de « seconde génération » (Larzelere & Patterson, 1990).

L’originalité de Patterson est double. D’une part, il centre son analyse non pas sur l’apprentissage initial, mais sur le maintien du comportement agressif dans le temps. D’autre part, il fonde ses conclusions sur des observations menées in situ, en temps réel, dans l’environnement naturel des enfants. Cette méthodologie — les microsocial natural observations — consiste à enregistrer de manière minutieuse, moment par moment, les interactions familiales. Elle permet d’identifier les mécanismes précis par lesquels des facteurs de risque globaux (comme des pratiques éducatives inadaptées) façonnent concrètement les trajectoires développementales.

Le mécanisme central : le cycle de l’escalade coercitive

Le concept de coercition est central dans ce modèle. Il désigne un mode d’interaction sociale dans lequel un individu utilise des comportements aversifs (cris, pleurs, coups, opposition) pour contraindre autrui à modifier son comportement. Patterson décrit ce processus comme un cycle interactif en trois temps, typiquement observé entre l’enfant et ses parents.

  • Étape 1 : L’événement déclencheur. Le parent émet une demande ou une instruction à l’enfant (ex : « Range tes jouets »).
  • Étape 2 : L’escalade. L’enfant répond par un comportement aversif (opposition, pleurs, agressivité verbale). Le parent, confronté à cette résistance, peut dans un premier temps réitérer l’ordre, augmentant ainsi son propre niveau de stress.
  • Étape 3 : Le renforcement négatif. Pour mettre fin à l’interaction aversive, le parent cède et retire sa demande. L’enfant cesse immédiatement son comportement agressif.

Ce schéma produit un double apprentissage. D’une part, l’enfant apprend que l’agressivité est un moyen efficace de se soustraire aux contraintes (renforcement négatif de l’agressivité). D’autre part, le parent apprend que céder lui permet de retrouver un état de calme immédiat, renforçant ainsi négativement sa propre capitulation. Patterson insiste sur le fait que ce ne sont pas des actes isolés, mais une répétition à haute fréquence de ces cycles qui installe un style d’interaction coercitif stabilisé. Parents et enfants en viennent ainsi à « s’entraîner mutuellement » à des comportements qui augmentent le risque de voir l’enfant développer des conduites antisociales et le parent perdre progressivement son contrôle éducatif (Patterson, 1982).

La progression développementale : de la dyade familiale au rejet social

La conséquence majeure de ce mode d’interaction précoce est l’apparition d’un déficit de compétences sociales. Selon Patterson (1982), l’enfant qui a développé un répertoire comportemental centré sur la coercition n’acquiert pas les compétences prosociales nécessaires à une régulation apaisée des conflits.

Lors de l’entrée en milieu scolaire, ce répertoire dysfonctionnel entraîne un double phénomène de cascade développementale :

  1. Le rejet par les pairs : L’enfant perçu comme agressif et peu habile socialement est rapidement rejeté par le groupe des pairs normatifs.
  2. L’échec académique : Les comportements d’opposition perturbent l’apprentissage.
  3. L’affiliation différenciée : Progressivement, l’enfant se tourne vers des pairs présentant des comportements similaires, formant ce que Patterson nomme le peer deviancy training. Dans ce cadre, les comportements déviants sont mutuellement renforcés, consolidant une trajectoire antisociale qui, si elle n’est pas interrompue, peut conduire à des troubles des conduites précoces, précurseurs de la délinquance juvénile.

Implications opérationnelles: l’entraînement aux habiletés parentales

L’un des apports majeurs des travaux de Patterson réside dans leur applicabilité clinique. Contrairement aux modèles psychodynamiques postulant des causes profondes inconscientes, le modèle coercitif identifie des mécanismes comportementaux observables et modifiables. Cette approche a directement conduit au développement de programmes d’entraînement aux habiletés parentales, dont le Parent Management Training (PMT), élaboré dans le cadre de l’Oregon Social Learning Center.

Ces interventions visent à briser le cycle coercitif en agissant sur les contingences de renforcement. Les objectifs sont triples :

  • Augmenter le renforcement positif des comportements prosociaux.
  • Établir des règles claires et des conséquences non-aversives mais fermes pour les comportements agressifs.
  • Former les parents à la surveillance et à la gestion des contextes extra-familiaux.

Ces interventions, dont l’efficacité a été validée par de nombreuses études longitudinales, démontrent qu’une modification des pratiques éducatives précoces peut significativement altérer la trajectoire développementale de l’agressivité.

Le modèle développemental de Patterson, en mettant l’accent sur les processus d’interaction sociale plutôt que sur les seuls facteurs de risque statiques, a profondément renouvelé la criminologie développementale. En s’appuyant sur une méthodologie d’observation fine des interactions familiales, il a pu décrire avec précision le cycle de l’escalade coercitive et offrir une grille de lecture à la fois rigoureuse et opérationnelle de l’émergence des comportements agressifs dans l’enfance.

Cette approche rappelle que l’agressivité précoce n’est pas le signe d’une fatalité biologique ou sociale, mais le résultat d’une adaptation contingente à un environnement interactif dysfonctionnel. Dès lors, la prévention de la délinquance ne saurait faire l’économie d’un soutien intensif et précoce aux compétences parentales, afin de substituer aux cycles coercitifs des cycles de coopération et de renforcement mutuel.

Au-delà de sa portée explicative, le modèle développemental de Patterson offre un cadre particulièrement fertile pour l’élaboration de politiques publiques et d’interventions cliniques destinées aux adolescents et aux jeunes adultes judiciarisés. Il ne s’agit pas de transposer mécaniquement des techniques conçues pour l’enfant, mais de tirer des principes généraux du modèle coercitif pour éclairer des dispositifs adaptés à cette tranche d’âge.

→ Généraliser l’intervention auprès des systèmes familiaux, même à l’adolescence

Une implication centrale du modèle de Patterson est que les comportements violents à l’adolescence sont souvent le produit d’une histoire d’interactions coercitives antérieures, mais ils continuent d’être entretenus par des contingences familiales actuelles. Même lorsque le jeune est judiciarisé, les interactions avec les parents (ou les figures éducatives) restent un levier de changement.

Pistes opérationnelles :

  • Proposer des programmes d’entraînement aux habiletés parentales adaptés aux adolescents – à l’instar du Parent Management Training – Oregon Model (PMTO) qui a fait l’objet de validations pour des familles d’adolescents présentant des troubles du comportement. Ces programmes travaillent non plus seulement sur les demandes de routine (comme chez l’enfant), mais sur la gestion des conflits, la négociation, le renforcement des comportements prosociaux dans un contexte d’autonomie croissante, et la surveillance parentale (un facteur clé de la réduction de la délinquance).

  • Inclure systématiquement la famille dans les mesures éducatives judiciaires, que ce soit sous forme de médiation familiale, de suivi éducatif renforcé en milieu ouvert, ou d’obligation de participation à des groupes de soutien à la parentalité. Le modèle de Patterson montre que, sans modification des interactions familiales, les prises en charge centrées uniquement sur le jeune ont des effets limités.

→ Substituer aux cycles coercitifs institutionnels des réponses contingentes et non-aversives

Les jeunes judiciarisés sont souvent placés dans des institutions (centres éducatifs fermés, milieu ouvert, etc.) où le risque est de reproduire des schémas coercitifs analogues à ceux décrits par Patterson. Un éducateur ou un conseiller qui alterne entre menaces verbales et capitulation face aux comportements oppositionnels renforce, là encore, le répertoire agressif du jeune.

Pistes opérationnelles :

  • Former les professionnels de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) et de l’éducation spécialisée aux principes du renforcement positif et des contingences claires. Il s’agit de remplacer les réactions émotionnelles (cris, punitions incohérentes, abandon de la demande) par des protocoles prévisibles : énoncé de la règle, conséquence proportionnée immédiate, renforcement systématique des comportements coopératifs.
  • Mettre en place des systèmes de feedback en temps réel dans les structures d’hébergement, inspirés des observations microsociales de Patterson. L’observation des interactions éducateurs-jeunes peut permettre d’identifier les séquences coercitives et de co-construire des alternatives.

→ Contrer l’apprentissage par les pairs déviants (peer deviancy training)

Un apport crucial du modèle de Patterson, étendu par Dishion et al. (2006), est que les interventions qui regroupent de manière intensive des adolescents délinquants sans contrôle structuré peuvent avoir un effet iatrogène : les comportements déviants sont renforcés entre pairs.

Pistes opérationnelles :

  • Privilégier les interventions en petit groupe structuré où un adulte formé contrôle les contingences et interrompt les cycles de renforcement mutuel des comportements antisociaux. Les programmes de type Functional Family Therapy (FFT) ou Multidimensional Treatment Foster Care (MTFC) intègrent cette dimension en évitant de placer les jeunes dans des groupes homogènes non supervisés.
  • Utiliser les pairs comme ressources prosociales, en créant des contextes (sport, activité culturelle, mentorat) où l’interaction est encadrée pour renforcer les compétences sociales alternatives.

→ Agir sur les multiples contextes : une approche écosystémique

Patterson a montré que la coercition se généralise : un enfant qui interagit de façon coercitive avec ses parents le fait également à l’école puis dans le groupe de pairs. Pour les adolescents judiciarisés, le schéma se répète avec les enseignants, les éducateurs, les employeurs potentiels.

Pistes opérationnelles :

  • Mettre en œuvre des interventions multi-systèmes, à l’image du Multisystemic Therapy (MST), directement inspiré des travaux de Patterson. Le MST intervient simultanément dans la famille, l’école, le quartier et avec les pairs, en travaillant les contingences dans chaque milieu. Des études contrôlées montrent une réduction durable de la récidive chez les adolescents présentant des troubles graves du comportement.
  • Coordonner les acteurs judiciaires, éducatifs et sociaux autour d’un plan unifié où chaque intervenant applique les mêmes principes de renforcement des comportements prosociaux et de limites prévisibles. La multiplicité d’intervenants aux attentes contradictoires recrée, à plus grande échelle, le contexte de coercition que Patterson avait décrit dans la famille.

→  Recentrer l’évaluation sur les interactions, non sur les seuls diagnostics individuels

Dans les pratiques actuelles, l’évaluation des jeunes judiciarisés se concentre souvent sur les facteurs de risque individuels (traumatismes, troubles mentaux, etc.). Le modèle de Patterson invite à ajouter une évaluation systématique des interactions sociales comme unité d’analyse.

Pistes opérationnelles :

  • Former les équipes pluridisciplinaires à l’observation des séquences d’interaction (qui fait quoi, quelles conséquences suivent un comportement agressif ou prosocial) pour construire des plans d’intervention centrés sur la modification des contingences.
  • Utiliser des outils comme l’Oregon Model of Parent Management Training (PMTO) qui propose des grilles d’évaluation concrètes des pratiques parentales et éducatives, permettant de mesurer l’évolution des interactions.

Les travaux de Patterson nous enseignent que la violence des adolescents judiciarisés n’est ni un simple « passage à l’acte » impulsif, ni le pur reflet d’un trouble de la personnalité, mais souvent la persistance d’un mode d’interaction façonné par l’histoire des renforcements. Dès lors, la prévention et la prise en charge efficaces doivent :

  • Commencer tôt, par un soutien parental dans l’enfance pour interrompre les cycles coercitifs avant leur généralisation ;
  • Persévérer à l’adolescence en maintenant une intervention familiale et en structurant les environnements (institutions, groupes de pairs) pour qu’ils ne renforcent pas involontairement la violence ;
  • Évaluer la qualité des interactions comme indicateur de changement, autant que la réduction des comportements violents.

En transposant ces principes dans l’organisation des services de la justice des mineurs et de la protection judiciaire de la jeunesse, on passe d’une logique de sanction/réparation souvent déconnectée des mécanismes réels du comportement à une logique de modification des contingences sociales, qui est aujourd’hui la mieux validée empiriquement pour réduire durablement la récidive violente.

  • Patterson, G. R. (1982). Coercive family process. Eugene, OR: Castalia Publishing Company.
  • Patterson, G. R., Reid, J. B., & Dishion, T. J. (1992). Antisocial boys. Eugene, OR: Castalia Publishing Company.
  • Larzelere, R. E., & Patterson, G. R. (1990). Parental management : Mediator of the effect of socioeconomic status on early delinquency. Criminology, 28(2), 301–324.
  • Patterson, G. R. (2010). Patterson, Gerald R.: Social learning, the family, and crime. In F. T. Cullen & P. Wilcox (Eds.), Encyclopedia of criminological theory (pp. 686–689). Thousand Oaks, CA: Sage.

Une méta-analyse récente publiée dans l’International Journal of Offender Therapy and Comparative Criminology (Hendriks et al., 2025) a évalué l’efficacité de six interventions judiciaires pour mineurs certifiées par l’Institut Néerlandais pour la Jeunesse (NYI) comme ayant des « indications initiales d’efficacité ». Les résultats sont sans appel : seules les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) responsives (Re-SST, Re-ART) et une intervention sportive (OYD) montrent des effets significatifs sur la délinquance. Cette étude invite à une révision des systèmes de certification et à un renforcement de l’approche fondée sur le modèle Risque-Besoin-Réceptivité (RBR).

Le paradoxe des labels d’efficacité

Dans le champ de la criminologie juvénile, les décideurs publics et les praticiens s’appuient souvent sur des labels de certification pour choisir les interventions à déployer. Aux Pays-Bas, l’Institut Néerlandais pour la Jeunesse (Nederlands Jeugdinstituut, NYI) est l’organisme gouvernemental chargé d’évaluer et de certifier les interventions, selon quatre niveaux de preuve, du plus faible (« théoriquement fondé ») au plus élevé (« indications fortes d’efficacité »).

Une méta-analyse publiée en 2025 par Hendriks, Meulen, Koning, Assink, van Hooren et Heynen a entrepris de vérifier rigoureusement l’efficacité des interventions ayant atteint le deuxième niveau (« indications initiales d’efficacité »). Les résultats, basés sur la synthèse de dix études (quasi-)expérimentales, bousculent les certitudes et appellent à une refonte des pratiques.

Une synthèse au crible de critères stricts

Les auteurs ont appliqué des critères d’inclusion exigeants : les études devaient évaluer une intervention judiciaire comportementale certifiée par le NYI, mesurer directement la délinquance ou la récidive (et non des facteurs de risque), et avoir été menées aux Pays-Bas. Sur les dix interventions certifiées de niveau 2, seules six disposaient d’études répondant à ces critères : TOOLS4U, MDFT, MST, OYD, Re-SST et Re-ART.

L’analyse a porté sur 65 tailles d’effet extraites de ces études, en utilisant un modèle méta-analytique à trois niveaux pour tenir compte de la dépendance des effets. La qualité des études a été évaluée à l’aide d’un indice dérivé des critères de risque de biais de Cochrane.

Résultats : Un classement sans appel de l’efficacité

Un effet global modeste mais trompeur

L’effet global combiné des six interventions est significatif mais faible (g = 0,22 ; IC 95% : 0,02–0,42), ce qui correspond à une réduction de 12,36 % de la délinquance juvénile. Cependant, cette moyenne masque une hétérogénéité considérable : 57 % de la variance totale se situe entre les études, indiquant que les interventions n’ont pas toutes la même efficacité.

Les interventions efficaces

  • Les TCC (Re-SST et Re-ART) : Ces deux interventions, qui combinent des techniques cognitivo-comportementales avec des exercices expérientiels, de la pleine conscience et une adaptation au profil du jeune (principe de réceptivité), affichent l’effet le plus important : g = 0,50, soit une réduction de 27,64 % de la récidive. Leur approche multimodale, intégrant si nécessaire des consultations psychiatriques ou une thérapie traumatique, semble être un facteur clé de succès .
  • L’intervention sportive OYD (Only You Decide who you Are) : Ce programme préventif, structuré autour d’activités sportives en équipe sur une année, montre un effet significatif mais plus modeste (g = 0,22), aligné sur les méta-analyses antérieures concernant les interventions sportives .

Les interventions inefficaces

  • Le programme de compétences sociales TOOLS4U : Avec un effet quasi nul (g = 0,03, non significatif), cette étude confirme l’absence de preuves d’effets à long terme pour les entraînements isolés aux habiletés sociales .
  • Les interventions systémiques familiales (MDFT et MST) : Contre toute attente, ces deux programmes, pourtant considérés comme des gold standards internationaux, n’ont pas montré d’effet significatif sur la délinquance (g = 0,03, non significatif). Ce résultat rejoint les conclusions de revues récentes (Littell et al., 2021) qui avaient déjà mis en doute la robustesse des preuves pour la MST en dehors des États-Unis, notamment lorsque les études sont menées par des chercheurs indépendants.

Analyse des modérateurs : Les clés de l’efficacité

L’étude a exploré les facteurs qui augmentent ou diminuent l’effet des interventions. Quatre résultats sont particulièrement éclairants :

  1. La durée de l’intervention : Les traitements durant plus de 6 mois (g = 0,40) sont significativement plus efficaces que ceux d’une durée inférieure ou égale à 6 mois (g = 0,03). Cela corrobore le principe du risque du modèle RNR : les jeunes à risque moyen ou élevé nécessitent une prise en charge plus intensive et prolongée.
  2. L’intégrité du programme : Les études rapportant une intégrité (« fidélité au modèle ») moyenne à élevée montrent des effets plus importants (g = 0,29) que celles qui n’en font pas mention. La qualité de l’implantation est donc cruciale.
  3. Le type d’infraction : Les effets sont deux fois plus importants pour la délinquance générale (g = 0,28) que pour les infractions spécifiques (violentes ou contre les biens, g = 0,14). Ceci s’explique probablement par le caractère polyvalent de la délinquance juvénile.
  4. Le ciblage du fonctionnement familial : De manière contre-intuitive, les interventions ciblant spécifiquement le fonctionnement parental ou familial se sont révélées inefficaces (g = 0,03), alors que celles qui ne le ciblaient pas affichaient un effet positif (g = 0,40). Les auteurs notent toutefois que cet effet est confondu avec la durée : les interventions familiales de longue durée (plus de 6 mois) pourraient être efficaces.

Pourquoi les programmes « certifiés » peuvent être inefficaces

Ces résultats soulèvent une question fondamentale : comment des programmes certifiés par une instance nationale peuvent-ils se révéler inefficaces une fois soumis à une méta-analyse rigoureuse ?

Les auteurs pointent plusieurs problèmes dans le système de certification néerlandais :

  • Des critères trop faibles: Des interventions sont certifiées sur la base d’études qui ne mesurent pas directement la délinquance, mais des facteurs de risque ou des problèmes de comportement généraux. C’est le cas pour FAST, Parenting with Love and Boundaries, et Re-ART for Youth, qui n’ont pas pu être incluses dans la méta-analyse faute de données sur la récidive.
  • Des certifications injustifiées : L’Aggression Replacement Training (ART) est certifiée au niveau 3 (« bonnes indications d’efficacité ») alors qu’aucune étude néerlandaise de haute qualité ne mesure son impact sur la délinquance. Les auteurs qualifient cette certification d’injustifiée.
  • Des biais de publication : L’analyse de biais révèle que les études publiées dans des revues à faible facteur d’impact et les études les plus récentes rapportent des effets plus importants, suggérant un biais de publication et un possible « effet de déclin » (les effets diminuent avec le temps et la qualité des études).

Cette méta-analyse a des implications majeures, bien au-delà du contexte néerlandais.

Pour les cliniciens et les gestionnaires de programmes :

  • Privilégier les TCC qui tiennent compte de la réceptivité: Les interventions comme Re-SST et Re-ART, qui adaptent les techniques cognitivo-comportementales au profil individuel du jeune, doivent être prioritaires.
  • Veiller à la durée et à l’intégrité : Une intervention efficace doit durer plus de 6 mois pour les jeunes à risque, et être délivrée avec une haute fidélité au modèle.
  • Réévaluer l’usage des thérapies familiales : La MDFT et la MST ne doivent pas être utilisées comme des solutions universelles. Leur indication doit être strictement réservée aux jeunes à risque élevé, et leur délivrance doit garantir une durée suffisante et une intégrité parfaite.

Pour les décideurs et les organismes de certification :

  • Renforcer les critères de preuve : La certification doit impérativement reposer sur des études mesurant la délinquance/récidive comme critère de jugement principal, et non des proxies.
  • Réviser les certifications existantes : Les résultats appellent à une révision des labels attribués à TOOLS4U, MDFT, MST et ART.
  • Adopter une approche plus générique : Plutôt que de multiplier les programmes labellisés, les auteurs suggèrent de s’inspirer de protocoles comme le Standardized Program Evaluation Protocol (SPEP) , qui évalue les composantes actives des interventions plutôt que les programmes dans leur ensemble.

Vers un renforcement de l’approche par les preuves

Cette méta-analyse est un électrochoc salutaire. Elle montre que la certification ne garantit pas l’efficacité, et que seules les interventions adhérant strictement aux principes du modèle RBR – notamment la réceptivité et une durée adaptée au risque – produisent des effets significatifs sur la délinquance. Elle souligne également la nécessité de partenariats solides entre la science et la pratique pour que les décisions des professionnels soient véritablement fondées sur des données probantes. Comme le concluent les auteurs, « seules les interventions scientifiquement prouvées efficaces devraient être certifiées et mises en œuvre ».

Référence :
Hendriks, J., Meulen, P., Koning, N., Assink, M., van Hooren, S., & Heynen, E. (2025). Letting Work What Works—Effectively Preventing Juvenile Delinquency in the Netherlands: A Meta-Analysis of the Evidence. International Journal of Offender Therapy and Comparative Criminology. Advance online publication. https://doi.org/10.1177/0306624X251344620

La prise en charge des mineurs délinquants oscille historiquement entre deux modèles : d’un côté, une logique punitive centrée sur la sanction et la dissuasion ; de l’autre, une approche éducative et thérapeutique visant la réhabilitation . Depuis le tournant du XXIe siècle, le champ de la criminologie a connu une évolution épistémologique majeure avec l’émergence des pratiques fondées sur les preuves ( EBP). Inspirée de la médecine, cette approche préconise l’utilisation systématique des résultats de la recherche scientifique, et plus spécifiquement des méta-analyses, pour guider les décisions cliniques et politiques .

Selon une méta-analyse récente (Granski et al, 2019) portant sur les troubles du comportement perturbateur (disruptive behavior problems), l’effet global des traitements existants est positif et de taille moyenne (*g* = 0,33) .

Cibler les facteurs de risque dynamiques

Les interventions les plus efficaces ne se contentent pas de sanctionner l’acte ; elles s’attaquent aux causes profondes de la délinquance. Ces causes incluent les conflits familiaux, les traumatismes, la consommation de substances ou l’absence de soutien social . Une approche holistique, prenant en compte la santé mentale de l’enfant, est primordiale, tant la prévalence des troubles psychiatriques est élevée chez ces jeunes .

 Adapter le niveau d’intensité au risque

Dans le modèle RBR, Le principe du risque stipule que les programmes les plus intensifs doivent être réservés aux jeunes présentant le risque de récidive le plus élevé. À l’inverse, exposer des jeunes à faible risque à des interventions lourdes peut s’avérer contre-productif.

Les programmes validés par la recherche : que dit la littérature ?

L’Office of Juvenile Justice and Delinquency Prevention (OJJDP) recense via son Model Programs Guide les interventions dont l’efficacité a été rigoureusement démontrée par des évaluations aux méthodologies solides . Parmi les programmes les plus cités dans la littérature académique, on retrouve :

  • Le Multisystemic Therapy (MST) : Ce programme intensif en milieu naturel vise à modifier les systèmes sociaux (famille, école, pairs) qui contribuent aux comportements antisociaux.
  • La Functional Family Therapy (FFT) : La FFT est une intervention familiale courte qui vise à améliorer la communication et les dynamiques familiales. Des données récentes montrent que son adaptation aux services de probation (Functional Family Probation and Parole) produit des résultats encourageants, avec notamment une augmentation de l’employabilité des jeunes suivis et une réduction significative des coûts pour l’État .
  • Les programmes cognitivo-comportementaux : Les interventions axées sur le développement des compétences cognitives (résolution de problèmes, régulation émotionnelle) sont associées à une réduction des troubles du comportement .

La méta-analyse de 2019 (Granski et al, 2019) , incluant près de 30 000 jeunes, souligne toutefois une nuance importante : si les formats de groupe sont les plus répandus et efficaces pour les garçons, ils le sont significativement moins pour les filles. Cela met en lumière la nécessité de développer des réponses adaptées au genre .

L’exemple des programmes de sensibilisation en prison : ce qui ne marche pas

L’approche EBP ne consiste pas seulement à lister ce qui fonctionne, mais aussi à identifier ce qui est inefficace, voire nuisible. Les programmes de sensibilisation des jeunes en prison, dont le célèbre Scared Straight, en sont l’illustration parfaite.

Ces programmes consistent à exposer des jeunes délinquants ou à risque à la réalité carcérale via des visites de prisons et des témoignages-chocs de détenus, dans le but de les dissuader de commettre des crimes . Bien que populaires depuis les années 1970 et malgré un regain d’intérêt médiatique récent, leur efficacité a été formellement infirmée.

Une méta-analyse (Van der Put, 2020), à trois niveaux, actualisant les travaux de Petrosino et ses collègues, a examiné 13 études indépendantes. Les résultats sont sans appel : ces programmes n’ont aucun effet significatif sur la réduction de la délinquance (*d* = 0,10). Pire, certaines évaluations randomisées ont montré que les taux de délinquance étaient plus élevés dans les groupes ayant participé à ces programmes que dans les groupes de contrôle . La théorie de la dissuasion, sur laquelle reposent ces interventions, ne trouve donc pas de validation empirique dans ce contexte.

La contribution de Faye Taxman à la science de l’implémentation des EBP

Si les programmes efficaces existent, leur déploiement sur le terrain reste le défi majeur de la criminologie contemporaine. C’est précisément sur cette question que les travaux de Faye S. Taxman, University Professor à George Mason University et directrice du Center for Advancing Correctional Excellence! (ACE!), apportent une contribution essentielle . Reconnue internationalement pour ses recherches sur les systèmes de soins intégrés, Taxman a consacré sa carrière à comprendre comment les organisations judiciaires et correctionnelles peuvent adopter durablement les pratiques fondées sur les preuves .

L’évaluation comme fondement de l’intervention : le Handbook on Risk and Need Assessment

Taxman a dirigé un ouvrage de référence, le Handbook on Risk and Need Assessment: Theory and Practice (2016), qui propose une synthèse complète des enjeux méthodologiques et pratiques liés à l’évaluation des mineurs et des adultes en contact avec le système de justice . Cet ouvrage collectif aborde des questions cruciales : comment mesurer précisément les facteurs de risque dynamiques ? Comment améliorer la performance des instruments d’évaluation pour les populations spécifiques, notamment les adolescents auteurs d’infractions sexuelles ?  Taxman y souligne le fossé persistant entre la promesse des outils d’évaluation et leur mise en œuvre réelle sur le terrain, un thème récurrent dans ses travaux .

Le modèle des Seamless Systems of Care

L’une des contributions majeures de Taxman réside dans le développement des modèles de « systèmes de soins sans couture » (seamless systems of care) . Ce concept vise à créer une continuité thérapeutique entre le système de justice pénale et les services de santé (mentale, addictions). Pour les mineurs, souvent pris en charge par une multiplicité d’acteurs (juge, officier de probation, éducateur, psychiatre), cette intégration est cruciale. Taxman démontre que la coordination entre ces institutions est un prérequis à l’efficacité des interventions, car elle évite les ruptures de suivi et les contradictions éducatives.

L’implémentation comme objet d’étude : le rôle de la préparation organisationnelle

Avec son ouvrage Implementing Evidence-based Practices in Community Corrections and Addiction Treatment (coécrit avec Steve Belenko), Taxman pose les bases d’une science de l’implémentation appliquée à la justice . Elle y démontre que la diffusion des EBP ne peut se résumer à la formation des professionnels. L’un de ses essais contrôlés randomisés les plus cités, portant sur les services de justice des mineurs, a comparé différentes stratégies de transfert de connaissances après une formation initiale . Les résultats sont éloquents :

  • Le modèle « renforcé » (enhanced model), qui combinait le développement d’une expertise interne et l’accompagnement par un coach, a significativement amélioré l’engagement organisationnel, la cohésion autour des objectifs, la qualité des orientations vers les programmes de traitement et, surtout, réduit le taux de nouvelles arrestations .
  • Ces travaux pionniers ont mis en lumière l’importance de la préparation organisationnelle (organizational readiness) comme facteur clé de succès . Une agence de probation ne peut adopter les EBP sans un travail préalable sur sa culture professionnelle, ses routines et ses incitations.

 

Défis et enjeux de l’implémentation

Malgré la solidité des données probantes, leur application sur le terrain reste un défi majeur. Il est estimé que moins de 10 % des jeunes éligibles ont accès à des services communautaires fondés sur des preuves . L’écart entre la science et la pratique s’explique par des facteurs structurels (coûts, formation des professionnels) et culturels (résistance au changement, attachement idéologique à des modèles répressifs).

L’exemple de la Louisiane est néanmoins encourageant : grâce à une réforme systémique basée sur les données probantes, l’État a doublé la proportion de jeunes bénéficiant de services EBP, tout en observant une baisse de 46 % des arrestations juvéniles entre 2006 et 2010 .

La criminologie contemporaine, par l’usage systématique des méta-analyses, a dépassé le débat idéologique entre punition et réhabilitation pour se concentrer sur une question plus pragmatique : « Qu’est-ce qui fonctionne, pour qui, et dans quelles conditions ? » . Les données sont claires : les interventions multisystémiques et familiales, adaptées au niveau de risque et aux spécificités individuelles (dont le genre), produisent des résultats supérieurs aux approches punitives ou aux programmes de sensibilisation-choc comme Scared Straight. L’enjeu pour les systèmes de justice juvénile n’est donc plus tant de savoir quoi faire, mais de trouver les moyens politiques et financiers de mettre en œuvre ce que la science nous enseigne déjà.

Le cas des programmes « Scared Straight » auprès des jeunes délinquants

Dans le domaine de la prévention de la délinquance juvénile, l’une des approches les plus médiatisées est celle des programmes de « prise de conscience » (« awareness programmes ») qui visent à effrayer ou sensibiliser les jeunes à l’impact de la criminalité et de l’incarcération — notamment les fameux programmes dit « Scared Straight Program». Le rapport COPS  examine l’efficacité de ces programmes pour réduire la délinquance chez les adolescents.

1. En quoi consistent ces programmes ?

  • Ces initiatives font généralement venir des jeunes à risque dans des établissements correctionnels, où ils rencontrent des détenus ou anciens détenus, voient l’environnement carcéral, et entendent des témoignages destinés à les dissuader d’entrer dans la délinquance.
  • L’objectif est d’augmenter la prise de conscience (“awareness”) du risque d’être incarcéré, des conséquences négatives sociales et personnelles de la délinquance.
  • Ces programmes sont souvent présentés comme « à faible coût » et « faciles à mettre en œuvre », ce qui a incité certaines administrations à les promouvoir comme alternative à des dispositifs plus lourds.

2. Que montre le rapport COPS ?

  • Le rapport passe en revue plusieurs études évaluant l’impact des programmes « Awareness » sur la récidive ou la réduction de la délinquance.
  • Il conclut de façon modérée voire négative : ces programmes ne tiennent pas leurs promesses dans de nombreux cas. Le rapport relève que certains jeunes exposés à ces programmes ont, paradoxalement, une augmentation de la récidive par rapport à ceux qui n’y ont pas participé. Portail COPS
  • Le rapport souligne les limites méthodologiques des études existantes (taille de l’échantillon, absence de groupe contrôle, suivi limité dans le temps), ce qui rend prudente toute généralisation.

3. Pourquoi ces programmes peuvent ne pas fonctionner ?

Plusieurs raisons expliquent l’efficacité limitée :

  • Effet de choc limité  : L’expérience de quelques heures ou jours dans un environnement carcéral peut produire une réaction émotionnelle, mais pas forcément un changement durable de comportement ou de structure psychologique.
  • Absence de prise en charge globale  : La prévention de la délinquance ne se limite pas à l’avertissement, mais demande des actions sur les facteurs de risque (famille, éducation, pair-groupe, environnement social, trajectoire de vie).
  • Effet rebond ou défiance : Pour certains jeunes, l’exposition à un contexte de prison peut au contraire renforcer l’identification à un « monde de la délinquance », ou susciter une attitude de défi face à l’autorité.
  • Mauvaise adaptation aux profils individuels : Tout jeune « à risque » n’a pas le même profil : les facteurs de vulnérabilité varient largement (trajectoires, impulsivité, troubles de la personnalité, milieu familial, usage de substances). Un programme « standard » ne peut pas répondre à cette diversité.

4. Conséquences pour la criminologie et les politiques de prévention

  • Il est indispensable de tester rigoureusement les programmes de prévention : des évaluations avec groupe contrôle, suivi longitudinal, et mesure des effets indésirables. Le rapport COPS appelle à plus de rigueur scientifique.
  • Les politiques ne devraient pas se contenter d’actions symboliques ou « médiatisées » mais viser l’ensemble du cycle : dépistage des facteurs de risque, intervention précoce, accompagnement, suivi dans la communauté.
  • Pour les criminologues, cela invite à dépasser l’idée simple « alerter pour dissuader » et à explorer : comment les jeunes font sens de l’« avertissement », comment ils l’intègrent ou le rejettent, quels mécanismes psychologiques et sociaux entrent en jeu.
  • Enfin, en contexte français ou européen, il faut adapter : les réalités pénales, sociales, éducatives diffèrent (structure des prisons, minorités, contexte socioéconomique). Une transposition directe des programmes américains peut s’avérer inefficace ou même contre-productive.

5. Proposition de repères pour un dispositif plus adapté

  • Plutôt que de « faire peur », privilégier une intervention ciblée : identifier les adolescents à risque élevé, avec des facteurs de vulnérabilité multiples, et leur proposer un accompagnement personnalisé (mentorat, éducation, engagement actif).
  • Intégrer la réflexion participative : amener le jeune à réfléchir sur son identité, ses choix, ses conséquences, plutôt que de simplement subir un choc émotionnel.
  • Assurer un suivi à long terme : un simple événement ponctuel ne suffit pas. Le suivi et l’évaluation dans la durée sont essentiels.
  • Considérer les effets secondaires : une intervention mal conçue peut stigmatiser, renforcer les liens avec des pairs à risque, ou susciter un effet « uni des faibles ».
  • Mettre en place des indicateurs d’évaluation et des retours de terrain : quelles composantes fonctionnent véritablement ? Quelles adaptations au contexte local sont nécessaires ?

Un simple contact avec l’univers carcéral suffit à dissuader la délinquance est trop simpliste. La criminologie contemporaine exige d’intégrer les facteurs complexes — psychologiques, sociaux, structurels — dans la prévention. Pour les professionnels, chercheurs ou décideurs, l’enjeu est de construire des dispositifs fondés sur des données probantes, adaptés aux profils individuels et au contexte local.

La prise en charge des jeunes délinquents constitue un enjeu majeur des politiques criminelles européennes, particulièrement face aux taux élevés de récidive associés aux mesures privatives de liberté traditionnelles. L’article de Koenig et Knospe (2021) « Learning walks as a chance of reintegration for young offenders in three countries of Central Europe: Belgium, France, and Germany » présente une analyse comparative d’une approche alternative innovante basée sur la marche de longue distance comme méthode socio-pédagogique.

Cette étude s’appuie sur le projet européen Erasmus+ « Between Ages: Network for Young Offenders and NEET » (2015-2018), qui a permis de comparer trois modèles distincts de marches éducatives mis en œuvre en Belgique, en France et en Allemagne.

La résilience comme facteur protecteur

Les auteurs définissent la résilience comme « la capacité à surmonter le stress ou l’adversité, une capacité qui peut se développer au fil du temps par les interactions entre une personne et son environnement ». Cette approche s’inscrit dans une perspective développementale qui considère la résilience comme un processus dynamique d’adaptation, variable selon les contextes et les situations.

Wustmann (2005) identifie seize ressources constitutives de la résilience, notamment :

  • l’auto-efficacité,
  • le contrôle interne,
  • l’estime de soi,
  • la capacité d’autorégulation,
  • l’optimisme,
  • les comportements d’adaptation flexibles,
  • les ressources de santé physique,
  • les compétences de résolution de problèmes,
  • et l’orientation vers les objectifs.

Application aux jeunes délinquants

L’utilisation du concept de résilience dans le contexte de la délinquance juvénile repose sur le postulat que les comportements déviants constituent souvent une réaction à un environnement surchargé plutôt qu’une décision consciente. Cette perspective permet d’envisager des interventions axées sur le renforcement des ressources personnelles plutôt que sur la seule répression.

Analyse comparative des trois modèles

Caractéristiques structurelles

Les trois modèles présentent des variations significatives dans leur mise en œuvre :

  • Modèle allemand : Intervention de courte durée (5 jours, 80 km) avec des groupes de 6 à 10 jeunes accompagnés par des travailleurs sociaux professionnels. L’approche intègre des unités de formation éthique et des travaux d’utilité publique.
  • Modèles belge et français : Interventions de longue durée (3 mois, 1600-1800 km) avec un accompagnement individuel par des guides bénévoles formés. L’accent est mis sur l’expérience de marche proprement dite et l’accompagnement relationnel.

Différences méthodologiques

La distinction fondamentale réside dans la relation d’accompagnement. Alors que le modèle allemand maintient un cadre professionnel traditionnel, les modèles belge et français privilégient une relation de pair à pair, où le guide volontaire se positionne au même niveau que le jeune, représentant symboliquement la société civile.

Évaluation des effets sur le développement de la résilience

Méthodologie d’analyse

Les auteurs ont procédé à une synthèse qualitative des recherches existantes selon la méthode du « Qualitative Research Synthesis ». Cette approche permet d’analyser les données qualitatives et quantitatives disponibles en relation avec les nouvelles questions de recherche centrées sur la résilience.

Ressources de résilience développées

L’analyse révèle que sept ressources sur seize font l’objet d’une attention particulière dans les trois projets :

  1. Auto-efficacité : Renforcée par l’expérience de maîtrise lors du dépassement des difficultés rencontrées
  2. Contrôle interne : Développé par la responsabilisation face aux résultats obtenus
  3. Estime de soi positive : Construite par des expériences positives contrastant avec la stigmatisation habituelle
  4. Capacité d’autorégulation : Exercée par la gestion des besoins immédiats face aux objectifs à long terme
  5. Attitude optimiste : Cultivée par la nécessité de croire en l’atteinte de l’objectif
  6. Comportements d’adaptation flexibles : Expérimentés dans un environnement protégé
  7. Ressources de santé physique : Développées par l’exercice quotidien

Différences selon les modèles

Les modèles belge et français favorisent davantage le développement des compétences de résolution de problèmes et d’orientation vers les objectifs, du fait de la complexité logistique de la marche de longue distance. Le modèle allemand se concentre plutôt sur les capacités d’autorégulation et la formation morale.

Résultats empiriques et indicateurs de réussite

Taux de completion

Les données montrent des variations significatives dans les taux de completion : 95% pour le modèle allemand (5 jours), 70% pour le modèle belge et 50% pour le modèle français (3 mois). Ces différences s’expliquent principalement par la durée et l’intensité des interventions.

Évolution des situations de vie

En Belgique, une étude longitudinale révèle une transformation notable des conditions de vie : 60% des participants vivaient en institution fermée avant la marche, contre seulement 10% deux mois après. Cette évolution suggère une amélioration de l’autonomie et des capacités d’adaptation sociale.

Évaluation qualitative à long terme

En France, une évaluation réalisée 6 à 12 mois après l’intervention indique une amélioration significative chez plus de 60% des participants ayant terminé la marche complète. Les effets positifs sont d’autant plus marqués que la durée de participation a été longue (60 jours ou plus).

Analyse critique et limites méthodologiques

Faiblesses de l’évaluation

L’étude présente plusieurs limites méthodologiques importantes :

  • Absence de groupe témoin : L’auto-sélection des participants (candidature volontaire) introduit un biais de motivation préexistante
  • Échantillons réduits : La nature individuelle ou en très petits groupes rend difficile la généralisation statistique
  • Évaluation différée : Les difficultés de suivi à long terme limitent l’évaluation des effets durables
  • Variabilité des mesures : L’absence de protocoles d’évaluation standardisés complique les comparaisons

Questions théoriques non résolues

L’article ne clarifie pas suffisamment les mécanismes causaux entre l’expérience de marche et le développement de la résilience. La distinction entre corrélation et causalité reste problématique, d’autant que de multiples facteurs contextuels peuvent influencer l’évolution des participants.

Enjeux de validation empirique

La validation du modèle théorique proposé nécessiterait des études contrôlées avec randomisation, des mesures standardisées de la résilience, et un suivi longitudinal systématique. Ces exigences méthodologiques se heurtent aux contraintes pratiques et éthiques du domaine.

Implications pour les politiques criminelles

Alternative aux mesures privatives de liberté

Les résultats suggèrent que les marches éducatives constituent une alternative viable à l’incarcération, particulièrement considérant que plus de 60% des jeunes incarcérés en Allemagne récidivent après leur libération. Cette approche évite les effets criminogènes de la prison tout en proposant une intervention structurée.

Conditions de réussite

L’analyse identifie plusieurs facteurs critiques pour l’efficacité des interventions :

  1. Motivation initiale : La candidature volontaire apparaît comme un prérequis essentiel
  2. Accompagnement relationnel : La qualité de la relation avec le guide/éducateur conditionne largement les résultats
  3. Durée d’intervention : Les effets semblent proportionnels à la durée de participation
  4. Suivi post-intervention : L’absence d’accompagnement après la marche constitue une faiblesse majeure

Intégration dans le système judiciaire

L’institutionnalisation de ces approches nécessite une évolution des cadres législatifs et réglementaires. Les réformes du droit pénal des mineurs depuis 1990 ont ouvert cette possibilité, mais l’intégration effective reste limitée par la résistance institutionnelle et les contraintes budgétaires.

Perspectives d’amélioration et recommandations

Développements méthodologiques nécessaires

Pour renforcer la crédibilité scientifique de cette approche, plusieurs améliorations sont indispensables :

  • Développement d’outils d’évaluation standardisés de la résilience
  • Mise en place d’études longitudinales avec groupes témoins
  • Harmonisation des protocoles d’intervention et d’évaluation
  • Formation spécialisée des accompagnateurs

Articulation avec d’autres interventions

L’efficacité des marches éducatives pourrait être renforcée par leur articulation avec d’autres interventions : suivi psychologique, formation professionnelle, médiation familiale, ou programmes de développement des compétences sociales.

 

Cette analyse comparative révèle le potentiel des marches éducatives comme outil de réinsertion, tout en soulignant la nécessité d’approfondissements méthodologiques. L’approche par la résilience offre un cadre théorique pertinent pour comprendre les mécanismes d’action, mais sa validation empirique reste incomplète.

Pour les professionnels de la justice, cette étude illustre l’importance d’explorer des alternatives aux réponses punitives traditionnelles, particulièrement pour les jeunes délinquants dont les parcours déviants s’inscrivent souvent dans des dynamiques développementales complexes. Cependant, l’implémentation de telles approches requiert un changement paradigmatique significatif, passant d’une logique répressive à une logique restauratrice et développementale.

Référence : Koenig, K., & Knospe, Y. (2021). Learning walks as a chance of reintegration for young offenders in three countries of Central Europe: Belgium, France, and Germany. International Journal of Educational Development, 80, 102300.

La relation entre victimisation durant l’enfance et délinquance à l’adolescence constitue un champ d’étude majeur en criminologie. De nombreuses recherches ont démontré que les jeunes ayant subi des abus ou des traumatismes précoces sont plus susceptibles de développer des comportements antisociaux ou criminels ultérieurement (Jennings et al., 2012; Widom, 1989). Ce phénomène est connu sous le nom de victim-offender overlap (chevauchement victime-délinquant).

Mais une question plus fine a émergé récemment dans la littérature : cette relation est-elle généralisée ou spécifique ? Autrement dit, un enfant victime d’abus sexuel est-il plus susceptible de devenir un délinquant sexuel plutôt qu’un simple consommateur de drogues ? C’est cette question que se propose d’examiner l’étude de Miley, Fox, Muniz et al. (2020), à travers une analyse rigoureuse menée sur une large population de jeunes délinquants en Floride.

Cadre théorique : Généralité vs. spécificité dans le chevauchement victime-délinquant (VO overlap)

Historiquement, les recherches ont montré que toute forme de victimisation augmente le risque de toute forme de délinquance. Par exemple, Loeber et Farrington (2000) ont établi que les abus pendant l’enfance sont corrélés à un taux élevé de comportements antisociaux à l’adolescence. Cette approche s’inscrit dans des théories comme celle du contrôle de soi (Gottfredson & Hirschi, 1990), selon laquelle une socialisation déficiente (souvent due à des abus) compromet le développement de mécanismes d’autocontrôle, favorisant à la fois la victimisation et l’implication dans la criminalité.

En parallèle, plusieurs travaux récents défendent une spécificité dans ce lien. Selon cette hypothèse, certaines formes précises de victimisation prédisent des formes spécifiques de délinquance. Par exemple, Felson & Lane (2009) et Fox (2017) ont observé que les abus sexuels augmentaient particulièrement le risque de comportements sexuels déviants. De même, witnessing parental substance abuse semble fortement corrélé à l’usage ultérieur de drogues (Chassin et al., 1999; Hussong et al., 2008).

Cette logique rejoint la théorie de l’apprentissage social (Akers, 2011), où les comportements délinquants sont acquis par imitation : les jeunes exposés à certaines formes de violence ou de transgression apprennent ces comportements comme réponses normales à leur environnement.

L’étude de Miley et al. (2020) : Méthodologie

L’étude repose sur un échantillon massif de 64 329 jeunes délinquants en Floride, suivis par le Department of Juvenile Justice. Ces adolescents ont été soumis à un outil d’évaluation des risques nommé PACT (Positive Achievement for Change Tool), croisant auto-déclarations, dossiers judiciaires et enquêtes sociales.

Variables indépendantes (victimisation)

Trois formes précises de victimisation ont été analysées :

  • Abus physique
  • Abus sexuel
  • Exposition à la consommation de drogues ou d’alcool à la maison

Variables dépendantes (délinquance)

Trois catégories de comportements délinquants ont été étudiées :

  • Violence (agression, coups, homicides, etc.)
  • Délits sexuels
  • Usage ou vente de drogues

Des variables de contrôle ont également été intégrées : genre, race, statut socioéconomique, troubles psychologiques, négligence émotionnelle/physique, faible empathie, fréquentation de pairs délinquants, etc.

Résultats : des associations spécifiques claires

Les auteurs ont utilisé des modèles de régression logistique multivariée, ajustés pour les variables de confusion.

1. Abus physique → Violence

Les jeunes ayant subi des abus physiques présentent un risque accru de 55 % de commettre des actes violents (OR = 1,55, p < .001). Cette relation persiste même en contrôlant d’autres facteurs comme l’empathie ou l’exposition à la violence domestique.

2. Abus sexuel → Délits sexuels

L’association la plus forte de l’étude : les victimes d’abus sexuels sont 3,6 fois plus susceptibles de devenir auteurs de délits sexuels (OR = 3,58, p < .001). Ce résultat renforce l’idée d’une transmission comportementale des violences sexuelles, déjà observée dans des travaux antérieurs (Fox, 2017; Soothill et al., 2000).

3. Exposition aux drogues → Usage de drogues

Les jeunes ayant été exposés à des substances illicites à la maison présentent un risque 66 % plus élevé de devenir consommateurs de drogues à leur tour (OR = 1,66, p < .001).

4. Effets croisés (non analogues)

Il existe également une relation générale entre victimisation et délinquance non spécifique, mais elle est moins forte. Par exemple, les victimes d’abus sexuels ont un risque accru de commettre des actes violents, mais ce risque est moins important que celui des délits sexuels.

l’importance de la spécificité

Ces résultats suggèrent une forme de spécialisation criminelle issue de traumatismes spécifiques vécus durant l’enfance. Cette spécificité a des implications théoriques et pratiques majeures :

  • Pour la recherche, cela appelle à affiner les typologies des trajectoires délinquantes, en tenant compte des antécédents victimologiques.
  • Pour la prévention, il devient urgent de concevoir des programmes d’intervention ciblés selon le type de traumatisme subi (ex : abus sexuel vs exposition à la drogue).
  • Pour la justice juvénile, il est nécessaire de mieux dépister les antécédents de victimisation et d’adapter la prise en charge socio-judiciaire.

Limites de l’étude

  • L’échantillon porte sur des jeunes déjà délinquants, ce qui limite la généralisation aux jeunes non judiciarisés.
  • L’étude repose sur des données auto-déclarées de victimisation, même si celles-ci sont croisées avec des données institutionnelles.
  • Le caractère transversal de l’analyse empêche d’établir des causalités absolues.

Conclusion

L’étude de Miley et al. (2020) démontre que ce lien entre victimisation et délinquance n’est pas seulement global ou systémique, mais qu’il peut être spécifique et prévisible.

Dès lors, prévenir la délinquance juvénile ne peut se résumer à des approches universelles. Il est impératif d’identifier les trajectoires individuelles, d’intégrer les adverse childhood experiences (ACEs) dans les politiques publiques, et de proposer des parcours de soin personnalisés.

Pourquoi utiliser l’entretien motivationnel avec les mineurs délinquants ?

1. Une réponse adaptée à l’ambivalence adolescente

Les adolescents en conflit avec la loi présentent fréquemment une ambivalence quant à leurs comportements et à la nécessité de changer. L’EM, en facilitant l’exploration de cette ambivalence, permet au jeune de prendre conscience de ses motivations profondes et de ses valeurs, favorisant ainsi un engagement plus authentique dans un processus de changement. 

2. Renforcement de l’alliance thérapeutique

L’établissement d’une relation de confiance est essentiel dans l’accompagnement des mineurs délinquants. L’EM, par son approche empathique et non jugeante, favorise la création d’une alliance thérapeutique solide, condition sine qua non pour un travail efficace.

3. Efficacité démontrée dans divers contextes

Des études ont montré que l’EM est efficace dans la réduction des comportements à risque chez les adolescents, notamment en matière de consommation de substances, de comportements violents ou de récidive. Son intégration dans les programmes de réhabilitation pour mineurs délinquants a permis d’améliorer l’engagement des jeunes et les résultats des interventions.


Comment mettre en œuvre l’entretien motivationnel auprès des mineurs délinquants ?

1. Adapter l’approche au développement adolescent

Il est crucial de tenir compte des spécificités du développement cognitif et émotionnel des adolescents. Cela implique d’utiliser un langage accessible, de respecter leur besoin d’autonomie et de valoriser leurs compétences et réussites.

2. Intégrer l’EM dans une approche multidisciplinaire

L’EM peut être combiné avec d’autres approches, telles que les thérapies cognitivo-comportementales, pour renforcer son efficacité. Cette intégration permet d’aborder les différentes dimensions des problématiques rencontrées par les mineurs délinquants.

3. Former les professionnels à l’EM

Pour une mise en œuvre efficace, il est essentiel que les intervenants soient formés aux principes et techniques de l’EM. Des formations spécifiques sont disponibles pour les professionnels travaillant avec des adolescents en difficulté

Extrait de « l’EM avec des adolescents et les jeunes adultes » (Naaar-king & Suarez 2011):

« PLUS DE 150 000 ADOLESCENTS SONT INCARCÉRÉS chaque année aux Etats-Unis d’Amérique. Les jeunes sous main de justice ont de multiples problèmes de santé mentale, en particulier l’usage de substances psycho-actives (SPA). Des prévalences élevées d’usage de substances ont été relevées chez les détenus, particulièrement pour l’alcool et le cannabis (McClelland, Elkington, Teplin & Abram, 2004). De même, les troubles psychiatriques sont fréquents chez ces adolescents (Teplin, Abram, McClelland, Dulan & Mericle, 2002), parmi lesquels les troubles anxieux, psycho-affectifs et ceux du comportement (Teplin, 2001). Enfin, ces adolescents sont engagés dans des troubles comportementaux variés qui les mettent, ainsi que leur entourage, en risque de développer divers dommages graves.
Les adolescents confrontés à la justice sont à haut risque pour deux situations, celle de la conduite sous l’emprise de l’alcool ou d’une autre substance (CEA/AS), et celle d’être le passager d’un conducteur sous l’emprise de l’alcool ou d’une autre substance (PCEA/AS) (Stein & al., 2006). Une étude portant sur 130 adolescents incarcérés indiquait que 58 % et 81 % d’entre eux avaient
respectivement connu l’une ou l’autre de ces deux situations dans les 12 derniers mois, les substances envisagées étant l’alcool et/ou le cannabis (Stein, 2004). Une autre étude montrait que 95 % des détenus adolescents avaient eu une expérience de sexe non protégé (vaginal ou anal) (Teplin, Mericle, McClelland & Abram, 2003).
On a montré que les adolescents incarcérés, lorsqu’on les compare avec des adolescents non incarcérés, utilisent les préservatifs de façon insuffisante (Nagamune & Bellis, 2002 ; Rickman, Lodico & DiClemente, 1994), échangent plus des services sexuels contre de la drogue (Wood & Shoroye, 1993), et ont plus souvent une activité sexuelle sous l’influence d’un produit (Otto-Salai, Gore-Felton, McGarvey & Canterbury II, 2002). Quoiqu’on sache le besoin de soin visant l’usage de produits (et les comportements à risque qui s’y rapportent) par les adolescents incarcérés, ceux-ci s’engagent peu dans les services qui leur sont proposés (Melnick, De Leon, Hawke, Jainchill & Kressel, 1997 ; Nissen, 2006 ; Prochaska et al. 1994).
De surcroît, il est fréquent qu’il n’y ait pas de service proposé (Nissen, 2006 ; Thornberry, Tolnay, Flanagan & Glynn, 1991 ; Young, Dembo & Henderson, 2007). De même, aucune offre de soin n’est, la plupart du temps, proposée aux familles d’adolescents sous main de justice (Young et al. 2007), et quand il en existe une, les familles ne montrent guère d’investissement dans ces programmes (Perkins-Dock, 2001). Enfin, au-delà de ces manques d’offre et d’engagement dans les traitements, il faut rappeler le tempo de l’action judiciaire : beaucoup d’adolescents ne sont détenus que pour quelques jours, et les sorties sont quelquefois inattendues.

POURQUOI L’EM ?
L’EM peut être bref, il s’applique à des adolescents à un moment où ils ont intérêt au changement, est cohérent avec la phase du développement des adolescents qui se débattent avec la question de l’autonomie, et fait jouer des mécanismes mentaux considérés comme importants pour le changement (par exemple, le sentiment d’efficacité personnelle).
Etant bref, l’EM est adapté pour les situations de travail où les ressources sont faibles. Il est aussi indiqué pour les gens qui montrent un haut niveau de colère ou d’agressivité, sentiments Le système judiciaire spécialisé que l’on retrouve fréquemment dans le système pénal (Karno & Longabaugh, 2004 ; Waldron, Slesnick, Brody, Turner & Peterson, 2001). Par exemple, pas moins de 40 % des adolescents manifestent un niveau important de colère au moment de leur incarcération (Stein, Slavet, Gingras & Gloembeske, 2004). »