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La violence entre partenaires intimes (VPI) demeure l’un des problèmes de santé publique et de sécurité les plus préoccupants dans les sociétés occidentales. En Australie, près d’une femme sur quatre déclare avoir subi, depuis l’âge de 15 ans, des violences physiques, sexuelles ou psychologiques de la part d’un partenaire actuel ou antérieur (ABS, 2017). À l’extrémité la plus grave, une femme est tuée en moyenne tous les onze jours par son conjoint ou ex‑conjoint (Bricknell, 2020). Face à cette ampleur, les politiques publiques ont massivement investi dans des dispositifs de prise en charge des auteurs – programmes de modification des comportements (Men’s Behaviour Change Programs), arrestations, ordonnances de protection –, mais les évaluations convergent : ces interventions n’apportent qu’une amélioration marginale par rapport à l’absence de traitement (Akoensi et al., 2013 ; Feder et al., 2008), et leur efficacité ne se manifeste que dans des circonstances très spécifiques, notamment lorsque les victimes ont quitté leur agresseur.

Ce constat d’échec relatif contraste pourtant avec une réalité empirique bien établie : de nombreux hommes violents cessent ou réduisent leurs comportements abusifs, souvent sans jamais avoir eu affaire à la justice ou à un programme thérapeutique. Dès lors, comment expliquer que la violence s’arrête, alors que les réponses institutionnelles peinent à produire des effets durables ? C’est à cette question que s’attèle l’ouvrage de Hayley BoxallReimagining Desistance from Male‑Perpetrated Intimate Partner Violence (2023), en proposant un changement de focale : et si les victimes‑survivantes elles‑mêmes jouaient un rôle central, jusqu’ici largement négligé, dans l’initiation et le maintien de la désistance ?

Les angles morts des théories de la désistance

La criminologie du parcours de vie a identifié trois grands cadres pour expliquer la cessation des activités délictuelles. Les modèles ontogénétiques mettent l’accent sur le vieillissement et la maturation physiologique, qui réduiraient la capacité à passer à l’acte. Les modèles sociogénétiques soulignent l’importance des « tournants » biographiques – mariage, emploi, paternité – qui, en créant des liens sociaux conventionnels, rendent la délinquance plus coûteuse. Enfin, les modèles agentiques placent l’individu au cœur du processus : sa capacité à réévaluer son existence, à transformer son identité et à se projeter dans un « soi redouté » le motive à changer (Paternoster & Bushway, 2009).

Ces théories, bien qu’heuristiques, présentent une lacune majeure : elles sont principalement construites à partir d’entretiens menés avec des hommes auteurs de délits contre les biens, et non avec des auteurs de violences conjugales. Or, la VPI possède des caractéristiques singulières qui la distinguent profondément des infractions acquisitives. D’une part, elle est motivée par des logiques de pouvoir, de contrôle et d’expression d’une masculinité hégémonique, bien éloignées du calcul coût‑bénéfice qui prévaut dans les vols ou les cambriolages. D’autre part, et c’est le point le plus décisif, la VPI s’inscrit dans une relation dyadique : elle se déroule dans l’intimité du couple, implique des interactions continues entre la victime et l’auteur, et confère à la première une connaissance fine des déclencheurs et des modes opératoires du second. Comme le souligne Boxall (p. 14), « comprendre la VPI implique nécessairement d’examiner les deux individus, leurs interactions et la signification de la violence dans le contexte de la relation ».

En dépit de ces données, les travaux sur la désistance ont systématiquement négligé le rôle des victimes. Cette cécité théorique n’est pas anodine : elle conduit à sous‑estimer le travail considérable que les victimes‑survivantes accomplissent au quotidien pour tenter d’infléchir le comportement de leur partenaire violent.

Une enquête au plus près des expériences féminines

Pour combler ce vide, Boxall a mené des entretiens semi‑directifs approfondis auprès de 40 femmes résidant dans le Territoire de la capitale australienne et ses environs, âgées de 18 à 72 ans, et ayant toutes subi des violences de la part d’un partenaire masculin. L’échantillon, recruté via les réseaux sociaux et les médias traditionnels, se distingue par sa diversité socioprofessionnelle : la majorité des participantes occupaient un emploi (souvent dans les services publics, la santé ou l’éducation), et près de la moitié étaient diplômées de l’université. Ce profil, inhabituel dans les études sur la VPI qui recrutent généralement en centres d’hébergement ou via la justice, permet de saisir des expériences souvent invisibilisées, celles de femmes qui ne sollicitent pas – ou pas encore – d’aide institutionnelle.

La désistance a été définie comme « la cessation ou la réduction significative des comportements violents pendant une période d’au moins six mois, alors que la relation entre la victime‑survivante et l’auteur était maintenue » (p. 40). Quinze participantes ont connu une telle période de désistance, tandis que vingt‑cinq ont vu la violence persister ou s’aggraver.

Des stratégies variées, souvent déployées seules et dans l’urgence

L’analyse des récits fait apparaître trois grandes catégories de stratégies mises en œuvre par les femmes.

1. Stratégies centrées sur leur propre comportement : la conformité (« être la partenaire parfaite ») et l’évitement des déclencheurs sont les plus fréquemment citées. Il s’agit, par exemple, de ne pas contester le partenaire, de sublimer ses propres besoins, de réguler ses émotions ou de limiter ses relations sociales pour ne pas susciter de jalousie. Ces stratégies, bien que perçues comme passives par les intéressées elles‑mêmes, sont en réalité le fruit d’une adaptation fine et d’une hypervigilance constante.

2. Stratégies visant à modifier le comportement du partenaire : certaines femmes ont tenté de parler de la violence et de son impact, d’autres ont demandé à leur conjoint de consulter un professionnel, ou ont cherché à établir des limites claires (par exemple, refuser d’avoir des relations sexuelles, menacer de quitter la relation).

3. Recours à des tiers : l’entourage familial et amical, mais aussi les services de conseil conjugal, la police ou les services sociaux ont été sollicités, même si ces démarches se sont souvent heurtées à des réponses de déni, de minimisation ou de blame envers les victimes. Boxall souligne que « pour de nombreuses participantes, les membres de la famille du partenaire, et parfois même leurs propres proches, ont minimisé la violence ou ont encouragé la compliance » (p. 96‑98).

Les mécanismes de la désistance : une pluralité de voies

Chez les quinze femmes ayant connu une désistance, plusieurs mécanismes ont été identifiés, souvent combinés.

  • L’augmentation des conséquences : menacer de partir, de porter plainte, ou rendre la violence plus risquée (par exemple, en impliquant un tiers protecteur) a pu dissuader certains auteurs. Imogen, par exemple, attribue l’arrêt des violences à son premier appel à la police, qui a « choqué » son partenaire (p. 111).
  • Le gardien capable : dans certains cas, la présence d’un tiers (fils adolescent, chien de garde) a physiquement dissuadé l’agresseur, en augmentant le coût et le risque de l’agression (p. 112‑113).
  • L’apaisement du besoin de contrôle : en se conformant aux exigences du partenaire, certaines femmes ont temporairement satisfait son désir de domination, ce qui a entraîné une accalmie dans les violences physiques, mais souvent au prix d’une aggravation des violences psychologiques ou coercitives.
  • L’atténuation des facteurs de stress : réduire les sources de tension (financières, professionnelles, liées à la garde des enfants) a également contribué à désamorcer certains épisodes violents.
  • L’évocation d’un « soi redouté » : dans quelques cas, la prise de conscience par l’auteur qu’il risquait de devenir comme son propre père violent a déclenché un processus de changement (p. 121‑122).

Ces mécanismes ne sont pas exclusifs et s’articulent souvent entre eux. Surtout, ils révèlent que la désistance n’est pas un phénomène univoque : la plupart des femmes n’ont connu qu’une cessation partielle de la violence (par exemple, arrêt des violences physiques mais persistance des violences psychologiques ou sexuelles), et huit d’entre elles ont vu la violence reprendre après une période d’accalmie. La désistance se présente donc comme un processus marqué par des allers‑retours, des rémissions et des rechutes, ce qui invite à dépasser les définitions trop rigides de la désistance primaire (p. 155‑156).

La « désistance par défaut » : un concept critique

L’une des contributions les plus stimulantes de l’ouvrage est la notion de désistance par défaut (desistance by default, empruntée à Paternoster & Bushway, 2009). Dans plusieurs cas, la réduction de la violence ne résultait pas d’une transformation identitaire de l’auteur, mais uniquement du travail d’adaptation et de contrôle exercé par la femme. Boxall formule cette interrogation : « la question se pose de savoir si l’on peut véritablement parler de désistance lorsque son maintien repose largement sur l’hypervigilance, la conformité et le travail des victimes‑survivantes » (p. 124‑126). Cette désistance « en trompe‑l’œil » souligne les limites des définitions purement comportementales et plaide pour une prise en compte des dimensions cognitives et relationnelles, tant du côté de l’auteur que de la victime.

Implications théoriques et pratiques

Les résultats de cette étude invitent à une révision en profondeur des modèles explicatifs de la désistance.

Sur le plan théorique, ils confirment que les processus de désistance ne sauraient être compris sans intégrer la dimension dyadique et le rôle actif des victimes. Boxall montre que les stratégies des femmes sont éminemment cohérentes avec les mécanismes identifiés par la théorie de la désistance (augmentation des coûts, évocation du soi redouté, rôle des liens sociaux), mais qu’elles n’opèrent que si elles sont perçues comme légitimes par l’auteur. Or, dans un contexte de violence conjugale, la légitimité de la parole de la femme est structurellement compromise par les rapports de domination masculine. Dès lors, l’efficacité des stratégies dépend moins de leur nature intrinsèque que de la manière dont l’auteur les interprète – et cette interprétation est elle‑même conditionnée par ses propres dispositions, ses croyances et sa motivation à changer (p. 162‑164).

Sur le plan pratique, ces constats dessinent des pistes d’action novatrices :

  • Former les professionnels (policiers, conseillers conjugaux, travailleurs sociaux) à reconnaître et à valoriser le travail de désistance effectué par les femmes, sans pour autant les responsabiliser de la violence.
  • Développer des dispositifs d’accompagnement des couples qui ne se réduisent pas à une injonction à quitter le partenaire, mais qui offrent un espace sécurisé pour négocier les limites et soutenir les changements comportementaux, à condition que ces dispositifs soient encadrés par des professionnels formés à la dynamique des violences conjugales.
  • Intégrer les proches et les réseaux sociaux dans les interventions, car ils peuvent soit renforcer la violence (par le déni ou la minimisation), soit au contraire jouer un rôle de « gardien capable » et de soutien à la désistance.
  • Promouvoir la justice restaurative comme alternative ou complément aux réponses pénales, en offrant aux victimes la possibilité de confronter l’auteur à l’impact de ses actes et de participer à la co‑construction d’un processus de réparation (p. 151‑152).

Limites de l’étude et perspectives

L’auteure reconnaît plusieurs limites : l’absence de femmes autochtones dans l’échantillon, le biais de rappel possible chez certaines participantes ayant quitté leur agresseur depuis plusieurs années, et le fait que les récits ne reflètent que la perception des victimes, sans corroboration par les auteurs eux‑mêmes (p. 48‑49). Ces réserves n’enlèvent rien à la portée heuristique des résultats, mais appellent à des recherches complémentaires associant les deux membres du couple pour saisir pleinement la co‑construction de la désistance.

Conclusion

L’ouvrage de Hayley Boxall constitue une contribution majeure à la criminologie de la désistance. En donnant la parole aux victimes‑survivantes, il déplace le regard et met en lumière un travail invisible, quotidien, souvent épuisant, mais néanmoins crucial pour la réduction des violences. Il rappelle avec force que la désistance n’est pas un chemin solitaire, mais une voie que les auteurs et les victimes empruntent ensemble, dans un jeu d’interactions où le pouvoir et la vulnérabilité se mêlent inextricablement. Comme le souligne Boxall en écho aux propos d’une participante, « le public ne parle pas de la façon dont les femmes gèrent la situation. Ce qu’ils disent, c’est : “Si vous n’aimez pas ça, vous partez”. Partir, et aller où ? » (p. 16). En cessant de réduire les victimes à leur statut de victimes passives, et en reconnaissant leur agentivité, nous pourrons peut‑être enfin concevoir des réponses qui ne se contentent pas de punir, mais qui accompagnent durablement la sortie de la violence.

Référence principale : Boxall, H. (2023). Reimagining Desistance from Male‑Perpetrated Intimate Partner Violence: The Role and Experiences of Female Victim‑Survivors. Springer.

Le mensonge constitue un comportement à la fois universel et paradoxal : socialement réprouvé dans son principe, il est pourtant couramment mobilisé dans les interactions quotidiennes, que ce soit pour préserver les liens sociaux, protéger autrui ou, à l’inverse, servir des intérêts personnels. Si la plupart des individus mentent à des degrés divers au cours de leur développement, une fraction minoritaire – estimée à environ 5 % de la population – adopte des conduites de mensonge « atypiques », caractérisées par un caractère excessif, impulsif, ludique ou dépourvu de motif clairement identifiable. Ce type de malhonnêteté, qui tranche avec les mensonges dits « blancs » ou socialement adaptatifs, soulève des questions fondamentales pour la criminologie développementale : dans quelle mesure le mensonge atypique persiste-t-il au-delà de l’adolescence ? Quels facteurs écologiques – parentaux, peer-based et individuels – favorisent ou, au contraire, entravent cette persistance ?

L’étude de Decrop et collaborateurs (2025), publiée dans le Journal of Research on Adolescence, apporte un éclairage sur ces questions en mobilisant le concept de «désistance écologique». En s’appuyant sur des données longitudinales, les auteurs examinent les trajectoires de mensonge atypique chez des adolescents judiciarisés suivis jusqu’à l’âge de 26 ans, et identifient les facteurs de risque et de protection qui en conditionnent l’évolution.

Cadre méthodologique : le Pathways to Desistance Study

L’étude repose sur un échantillon de 1 354 participants, dont 86,41 % de sexe masculin, âgés en moyenne de 16,04 ans au moment de l’évaluation initiale. La composition ethnique de l’échantillon est la suivante : 41,5 % de participants noirs, 33,5 % hispaniques, 20,2 % blancs et 4,8 % issus d’autres groupes ethniques. Les données proviennent du Pathways to Desistance Study, une enquête longitudinale menée aux États-Unis auprès de jeunes délinquants graves, suivis sur onze points de mesure répartis sur sept années, entre 2000 et 2010. Ce dispositif méthodologique permet d’appréhender les dynamiques évolutives du mensonge atypique sur une période charnière du développement, couvrant l’adolescence tardive et le début de l’âge adulte (14 à 26 ans).

Résultats principaux : facteurs de risque et de protection

Les analyses révèlent que les trajectoires de mensonge atypique ne sont pas uniformes : certains individus présentent des scores élevés et persistants tout au long de la période observée, tandis que d’autres voient ces conduites diminuer avec l’âge. Cette hétérogénéité est significativement associée à un ensemble de facteurs écologiques.

Facteurs de risque. Trois variables sont corrélées à une persistance accrue du mensonge atypique : l’hostilité parentale, l’influence antisociale des pairs et la perception du « frisson du crime » (perceived thrill of crime). Ces résultats convergent avec les travaux antérieurs sur la délinquance juvénile, qui soulignent le rôle des dynamiques familiales conflictuelles et des pairs déviants dans le maintien des conduites antisociales.

Facteurs de protection. À l’inverse, trois variables protectrices sont associées à une diminution du mensonge atypique : la chaleur parentale, la résistance à l’influence des pairs et la maturité psychosociale. Ces facteurs semblent agir comme des leviers de désistance, en favorisant l’internalisation de normes pro-sociales et en renforçant les capacités d’autorégulation.

L’étude met également en évidence que certains facteurs sont plus fortement liés que d’autres à la croissance du mensonge atypique – c’est-à-dire à son augmentation au cours du temps –, ouvrant ainsi des pistes d’intervention ciblées.

Discussion : vers une désistance écologique du mensonge

Le concept de « désistance écologique », central dans l’approche des auteurs, invite à dépasser une lecture purement individuelle du mensonge pour l’inscrire dans un système d’interactions entre l’individu et son environnement social. Les résultats suggèrent que la persistance ou la diminution du mensonge atypique ne relève pas seulement de traits de personnalité stables, mais résulte de la synchronie – ou de l’asynchronie – entre les contextes de développement (familial, peer-based, communautaire) et les ressources psychosociales du sujet.

Cette perspective rejoint les travaux antérieurs menés dans le cadre du Pathways to Desistance Study, qui ont montré que les individus présentant des traits psychopathiques élevés – notamment la manipulation, l’impulsivité et l’irresponsabilité – sont plus susceptibles de maintenir des niveaux élevés de mensonge atypique à l’âge adulte, et d’y associer des conduites délictuelles et des usages de substances. L’originalité de l’étude de Decrop et al. réside toutefois dans l’accent mis sur les facteurs relationnels et contextuels, qui offrent des leviers d’action potentiels pour les politiques de prévention.

Pistes d’intervention

D’un point de vue criminologique, ces résultats invitent à considérer le mensonge atypique non comme un simple symptôme individuel, mais comme un marqueur développemental de vulnérabilité, dont la trajectoire est modulable par l’environnement social. Les programmes visant à promouvoir l’honnêteté devraient ainsi intégrer des composantes multidimensionnelles :

  • Soutien à la parentalité : renforcer la chaleur et la cohérence éducative, tout en réduisant les comportements hostiles.
  • Médiation par les pairs : développer des compétences de résistance à l’influence négative des pairs, notamment par des interventions en milieu scolaire ou communautaire.
  • Renforcement de la maturité psychosociale : favoriser l’acquisition de compétences décisionnelles et émotionnelles, par des programmes d’éducation socio-émotionnelle.

Les auteurs soulignent en outre que ces interventions gagneraient à être déployées précocement, dès l’adolescence, afin d’infléchir les trajectoires avant qu’elles ne se stabilisent à l’âge adulte.

Conclusion

L’étude de Decrop et al. (2025) apporte une contribution significative à la compréhension des trajectoires de mensonge atypique, en mobilisant une approche écologique et longitudinale. Elle démontre que la persistance de ce type de malhonnêteté est étroitement liée à un déséquilibre entre facteurs de risque et de protection dans les sphères familiale, peer-based et individuelle. En mettant en lumière la dimension développementale et contextuelle du mensonge, elle offre aux criminologues et aux praticiens des repères empiriquement fondés pour concevoir des stratégies de prévention et d’intervention adaptées aux périodes critiques de la vie.

Référence

Decrop, R., Rodgers, E. L., Cho, S. J., Briones, A., Beardslee, J., & Cauffman, E. (2025). Pathways to honesty: Exploring the ecological desistance of atypical lying features. Journal of Research on Adolescence, 36(1), e70130. 

La désistance est un champ théorique foisonnant, mais comment se traduit-elle concrètement dans l’accompagnement des personnes sous main de justice ? Le programme britannique « More Than My Past » (Plus que mon passé) offre une illustration saisissante de l’application des principes de la désistance, et plus particulièrement des travaux de Shadd Maruna sur la construction d’une nouvelle identité.

Porté par The Forward Trust, une organisation caritative de justice sociale, ce programme n’est pas un « manuel de bonnes pratiques » descendant. C’est une campagne et un ensemble d’outils qui visent à changer le regard de la société et à outiller les professionnels et les personnes elles-mêmes dans ce processus de rédemption.

Origine et Porteurs du Programme : Une Alliance Contre la Stigmatisation

« More Than My Past » est une campagne nationale lancée par The Forward Trust . Cette organisation caritative aide chaque année plus de 30 000 personnes à sortir de l’addiction et de la délinquance pour retrouver un logement, un emploi et un sentiment d’appartenance. Le programme est notamment soutenu et mis en lumière par des personnalités telles que la Princesse de Galles Catherine et l’ancien footballeur Tony Adams, renforçant ainsi sa visibilité et sa légitimité .

L’objectif fondamental est de lutter contre la stigmatisation qui frappe les anciens détenus et les personnes en rétablissement. Le message est clair : ces individus sont souvent des victimes (de négligence, d’abus, de traumatismes) avant d’être des auteurs, et ils ont une capacité de changement et de résilience que la société doit reconnaître et soutenir .

Ancrage Théorique : Le « Script de Rédemption » de Maruna au Cœur du Dispositif

Si le nom de Shadd Maruna n’est pas explicitement cité dans les supports grand public de la campagne, son influence est indéniable et constitue le socle théorique implicite du programme. Maruna, dans son ouvrage fondateur Making Good (2001), a montré que les personnes qui parviennent à se détourner durablement de la délinquance ne se contentent pas de changer de comportement : elles réécrivent leur histoire de vie.

Elles passent d’un « condemnation script » (un récit de condamnation, où l’individu se perçoit comme fondamentalement mauvais ou victime de forces qui le dépassent) à un « redemption script » (un récit de rédemption). Dans ce nouveau récit, le passé délinquant n’est pas nié mais est réinterprété comme une étape ayant conduit à une prise de conscience et à la volonté de contribuer positivement à la société. « More Than My Past » est l’incarnation même de ce concept : aider les individus à réaliser et à proclamer qu’ils sont « plus que leur passé ».

Objectifs du Programme : Agir sur Trois Niveaux

L’approche de Forward Trust, à travers cette campagne, se déploie sur plusieurs plans  :

  1. Changer les mentalités (Niveau macrosocial) : Convaincre les décideurs politiques, les employeurs, les bailleurs et le grand public que le changement est possible et que les personnes sortant de prison ou d’addiction ont un potentiel énorme.
  2. Lutter contre l’auto-stigmatisation (Niveau individuel) : Aider les personnes accompagnées à intérioriser cette idée qu’elles ne se résument pas à leurs erreurs passées, un prérequis essentiel à la désistance secondaire (le changement d’identité profond).
  3. Fournir des ressources et des modèles (Niveau communautaire) : Donner à voir des parcours de réussite pour inspirer et montrer la voie.

Méthode et Supports : Le Pouvoir du Récit et de la Parole

La grande force de « More Than My Past » réside dans ses supports concrets, conçus pour « donner la parole » aux premiers concernés. Voici les principaux outils déployés.

Le Podcast « More Than My Past » : Une Série Documentaire Thématique

Le cœur du dispositif est un podcast animé par l’acteur Jason Flemyng et Julie Muir, Directrice du Rétablissement au Forward Trust . Loin d’une simple succession de témoignages, le podcast est structuré comme une série documentaire, chaque épisode explorant un thème spécifique crucial pour la compréhension et l’accompagnement du processus de désistance.

Les thèmes abordés lors de la deuxième saison incluent  :

  • « Prison Release » (La sortie de prison) : Les sentiments, les peurs et les aspects pratiques de la préparation à la sortie.
  • « House and Home » (Le logement) : L’importance cruciale d’un hébergement stable comme fondation du changement.
  • « Stigma » (La stigmatisation) : Les obstacles rencontrés au quotidien (emploi, relations, assurance) et comment y faire face.
  • « Education and Work » (Éducation et travail) : Le rôle de la formation et de l’emploi comme facteurs de « tournants » (turning points).
  • « In The Family » (La famille) : L’impact des antécédents familiaux difficiles et le rôle du soutien familial.
  • « Role Models, ‘Road Models’ and Supporters » : L’importance des figures de soutien et de modèles positifs.

Comment ça fonctionne ?
Chaque épisode réunit un panel d’invités ayant tous une expérience vécue de l’incarcération et/ou de l’addiction. Leurs parcours sont divers : ancien gangster devenu producteur de musique (Corey Johnson), ancienne héroïnomane devenue universitaire (Liz Jones), ancien détenu devenu acteur dans la série Top Boy (Michael Balogun), etc. . Ensemble, ils discutent du thème, confrontent leurs expériences, partagent leurs difficultés et, surtout, leurs stratégies pour les surmonter. L’animateur et la co-animatrice apportent un regard professionnel et facilitent les échanges.

Ce format est extrêmement puissant car il :

  • Normalise les difficultés : Les auditeurs (qu’ils soient professionnels ou personnes concernées) réalisent que les obstacles sont partagés et surmontables.
  • Fournit des modèles identificatoires positifs : Voir des pairs réussir est un puissant moteur de changement.
  • Éduque le grand public : Il remplace les clichés par des histoires humaines complexes et nuancées.

La Plateforme Web « morethanmypast.org.uk » : Une Bibliothèque de Récits

Le site web associé au podcast est une ressource tout aussi essentielle. Il promet de fournir des « dizaines d’histoires inspirantes » . Il sert de bibliothèque de récits de rédemption, où les parcours sont accessibles sous différents formats (audio, vidéo, écrit). C’est un outil qui permet à la fois :

  • Aux professionnels : d’illustrer leurs propos, de trouver des exemples concrets pour nourrir leur pratique.
  • Aux personnes accompagnées : de se projeter dans un avenir possible en lisant le témoignage de quelqu’un qui « s’en est sorti ».
  • Au grand public : de confronter ses préjugés à la réalité de parcours de vie exceptionnels.

Une Vision Politique : Le « Quid » du Changement Systémique

Le programme ne se contente pas de raconter des histoires. Il a une ambition politique claire. L’épisode final de la deuxième saison, intitulé « What’s To Be Done? » (Qu’est-ce qu’il faut faire ?), est un exemple frappant de cette démarche . Le directeur général du Forward Trust, Mike Trace, rejoint les animateurs pour synthétiser les thèmes de la saison et réfléchir aux réformes nécessaires.

Les invités, forts de leur expérience, proposent des pistes concrètes telles que :

  • L’interdiction des courtes peines de prison .
  • L’amélioration de l’éducation et de la prévention autour des addictions.
  • Le traitement des délinquants avec empathie plutôt qu’avec une volonté punitive.

Cette dimension est cruciale car elle montre que la désistance n’est pas qu’une affaire individuelle. Pour qu’un « redemption script » puisse s’écrire et être accepté, il faut aussi que la société offre des opportunités et cesse d’ériger des murs (stigmatisation, obstacles à l’emploi, etc.).

Ce que « More Than My Past » nous apprend pour le SPIP

En tant que psychologue SPIP, ce programme résonne avec nos missions de plusieurs manières :

  1. L’importance du travail sur l’identité : Nos entretiens cliniques sont un terrain privilégié pour aider la personne à co-construire ce nouveau récit de vie. Accueillir la parole, valoriser les ressources, et aider à donner un sens différent au passé est un acte de « désistance assistée » fondamental.
  2. La lutte contre l’auto-stigmatisation : Le programme nous rappelle que notre posture professionnelle peut contribuer à défaire l’étiquette de « délinquant ». En voyant et en traitant la personne comme « plus que son passé », nous l’aidons à se percevoir elle-même différemment.
  3. La force de l’exemple : Bien que nous ne puissions pas toujours organiser des rencontres avec des pairs, partager des témoignages (avec discernement) ou utiliser des ressources comme ce podcast peut être un levier puissant pour éveiller l’espoir et la projection.
  4. L’accompagnement multidimensionnel : Le programme ancre la désistance dans le réel (logement, emploi, famille). Il nous rappelle que notre travail clinique doit s’articuler étroitement avec l’action des éducateurs et des partenaires extérieurs pour agir sur tous les fronts.

« More Than My Past » est bien plus qu’un simple podcast. C’est un écosystème conçu pour opérationnaliser la théorie de la désistance. En misant sur le pouvoir transformateur du récit et en donnant une plateforme à ceux qui ont réussi leur sortie de la délinquance, le programme de The Forward Trust offre des outils précieux aux professionnels et, surtout, une lueur d’espoir à ceux qui doutent encore de leur capacité à changer.

Il nous rappelle avec force que notre mission, au SPIP, n’est pas seulement de gérer un risque, mais d’accompagner une renaissance.

L’idée que devenir parent puisse constituer un « tournant positif » dans une trajectoire criminelle est largement répandue dans la criminologie de la trajectoire de vie (life-course criminology). Cependant, qu’en est-il dans des contextes marqués par la pauvreté, l’économie informelle et des opportunités légales limitées ? L’article de Di Marco et al. (2025) Parenthood, gender, and turning points to crime for young people in Latin America , explore précisément cette question en Amérique latine, en étudiant comment la parentalité influence les itinéraires criminels de jeunes détenus.

Principaux résultats

Méthodologie

  • Étude qualitative auprès de 40 jeunes femmes et 40 jeunes hommes incarcérés dans différents pays d’Amérique latine.
  • Entretiens répétés qui permettent de capter les perceptions des participants quant à l’effet de la parentalité sur leur vie criminelle.
  • L’auteure et ses collègues identifient deux grands types d’impact : positif (réduction ou arrêt du comportement criminel) et négatif (augmentation ou maintien du crime) selon les conditions.

Effets « positifs » de la parentalité

  • Pour certains, devenir parent provoque un sentiment de responsabilité accrue, une envie de « ralentir », de « faire autrement ».
  • Chez les jeunes femmes, la parentalité peut parfois stabiliser une relation intime saine, ce qui contribue à sortir d’un environnement défavorable.
  • Le désir de légitimité, d’un revenu stable, de ne plus “être dans la rue” sont identifiés comme moteurs d’un changement.

Effets « négatifs » ou ambivalents

  • Dans des contextes de forte précarité, devenir parent peut aussi exacerber les tensions : besoin d’argent accru, peu d’opportunités légales, réseaux informels dominants. La parentalité peut alors solidifier une trajectoire criminelle plutôt que la rompre.
  • Les mécanismes diffèrent selon le genre :
    • Pour les hommes : frustration liée à l’obligation de passer plus de temps à la maison ou de “prendre soin”, être empêtré dans les attentes sociales de la paternité, tout en ayant peu de moyens.
    • Pour les femmes : la parentalité peut coincer dans une relation abusive, isoler en tant que mère célibataire, réduire le support social disponible, ce qui peut maintenir ou aggraver l’implication criminelle.

Que nous apprend cet article?

  • Il nuance l’hypothèse souvent implicite : « la parentalité = certes tournant positif ». Il montre que cela dépend fortement du contexte structurel (emploi, soutien social, économie informelle).
  • Il donne une dimension de genre essentielle aux trajectoires de criminalité : hommes et femmes ne vivent pas de la même façon la parentalité, et les “tournants” sont genrés.
  • Il déplace le regard vers des contextes d’Amérique latine, souvent sous-représentés dans les études de trajectoire de vie qui privilégient les pays occidentaux. Cela enrichit la compréhension globale de la désistance et du crime.
  • Il pose une alerte pour les politiques : ce n’est pas seulement “devenir parent” qui compte, mais les conditions dans lesquelles cela se produit.

Implications pour les professionnels

  • Les programmes de désistance ou de réinsertion devraient prendre en compte la parentalité comme opportunité, mais aussi comme facteur de risque selon les conditions : soutien social, possibilités de travail, services aux parents.
  • Il faut proposer un accompagnement spécifique pour les jeunes parents en contexte carcéral ou post-libération : soutien psychologique, soutien à la parentalité, accès au travail légal.
  • Pour les femmes en particulier, repérer les risques de basculement dans l’isolement ou l’abus en tant que mère seule et envisager des mesures de soutien renforcé.
  • Les politiques sociales doivent renforcer les contextes structurels : meilleure insertion professionnelle, accès à des revenus légaux, réduction de la précarité économique, afin que la parentalité ne devienne pas un « piège ».

En conclusion, devenir parent peut être un virage vers moins de criminalité… ou au contraire un renforcement de la trajectoire criminelle, selon les circonstances et selon le genre: le tournant n’est pas dans l’événement lui-même, mais dans le contexte dans lequel il s’inscrit.

FRANCE INTER , émission Zoom Zoom Zen  » Désistance, sortir de la délinquance » , (12 novembre 2024) 

La désistance, ce concept américain, développé par le criminologue John Laub et le sociologue Robert J. Sampson, théorise et analyse la sortie de la délinquance des prisonniers et le taux de récidive de ces derniers.

Avec

  • Marwan Mohammed Sociologue, chargé de recherche au CNRS (Centre Maurice Halbwachs).

En 2014, l’Observatoire de la récidive et de la désistance est fondé, afin de rassembler et d’analyser les données sur ces sujets, dans l’objectif de formuler des recommandations. Ce dernier est supprimé en 2020 par la loi d’accélération et de simplification de l’action publique.

Alors que le système carcéral est de plus en plus remis en question, de nombreuses solutions sont développées partout dans le monde pour réduire le taux de récidive. C’est le cas notamment du Danemark, qui a développé des prisons ouvertes pour les peines de moins de 5 ans. Ces prisons sans véritables gardiens ni miradors font de plus en plus leurs preuves, permettant d’abaisser le taux de récidive des vols à 28 %.

Comment évaluer cette désistance ? Quels en sont les facteurs ? Peut-on réellement réduire le taux de récidives en changeant le système carcéral ? C’est ce que Zoom Zoom Zen va décrypter durant cette heure.

Avec Marwan Mohammed, sociologue, chargé de recherche au CNRS. Vos travaux portent essentiellement sur la jeunesse dans les quartiers populaires et les sorties de délinquance.

Échapper à sa condition

Pour Marwan Mohammed, le type d’engagement dans la délinquance peut conférer à une forme d’aliénation, et même d’addiction : « Une partie de la délinquance tient sur les addictions, il y a des personnes qui sont en situation d’addiction et qui volent pour consommer. Leur délinquance tient donc uniquement sur leur addiction. Mais il y a d’autres personnes pour lesquelles la délinquance peut être passagère. Elle peut être ponctuelle, circonstancielle, liée à un contexte bien particulier. Le problème de sortie de délinquance, c’est qu’on est parfois moins addict à sa propre délinquance que pris dans une situation qui confère à la délinquance. Je pense que ce qui est le plus dur, c’est de sortir d’une condition qui amène à la délinquance. »

Les origines du terme désistance

Le terme désistance vient de deux sociologues, John Laub et Robert Sampson. L’un et l’autre étaient chercheurs à Harvard au début des années 90, ces deux hommes se penchent sur le travail 50 ans plus tôt d’un couple, Eleanor et Sheldon Glueck. Ils ont travaillé sur les facteurs qui peuvent engendrer la délinquance juvénile. Le couple Glueck, tous les deux criminologues, avait mené des études sur le comportement de 1000 jeunes âgés entre 10 et 17 ans. Parmi eux, la moitié était déjà répertoriée comme délinquants. Leur travail va se faire sur plusieurs décennies afin de savoir pourquoi certains entrent dans la délinquance et d’autres en sorte.

Les conclusions de ce travail, ce sont Laube et Sampson qui vont les tirer dans deux livres : Début partagé et Vie divergente – Garçons délinquants jusqu’à l’âge de 70 ans, publié en 1995 et La criminalité en devenir, cheminement et points tournant dans la vie, sorti en 2006. De ces deux ouvrages, un enseignement s’impose : il n’existe pas de déterminisme social qui lierait un individu à la délinquance. Il est possible de ne pas récidiver et donc d’être dans la désistance. Autre enseignement important, la prison n’est pas un facteur garantissant la désistance, même lorsque les conditions d’enfermement ont été particulièrement rudes, au contraire.

Si cette notion vient des États-Unis, en France, un des premiers à l’avoir utilisée est l’invité de cette émission, Marwan Mohammed. En 2012, il publiait un essai Les sorties de la délinquance théorie, méthode, enquête où il souligne deux définitions possibles de la désistance : la sortie de la délinquance et la non-récidive.

Sortie de délinquance et récidivisme

Quand on en parle de récidive, on parle en termes judiciaires comme l’explique Marwan Mohammed, alors que quand on s’intéresse aux sorties de délinquance, on évoque le processus sur le long terme : « Les deux ne se croisent pas forcément parce qu’on peut sortir de la délinquance et être récidiviste, comme la sortie de délinquance est un processus sur le long terme. J’ai déjà observé des cas de jeunes qui étaient tombés pour trafic de stupéfiants et qui finalement passent à autre chose, s’inscrivent dans une formation, commencent à travailler, mais croisent dans leur quartier des policiers avec lesquels ils ont eu affaire à plusieurs reprises, le ton monte, les mots fusent, et il y a outrage, et donc comparution immédiate et incarcération alors que c’était une personne qui était dans un processus de sortie de délinquance. À l’inverse, on a des personnes qui ne récidivent pas, mais qui continuent leur carrière de délinquance sans se faire prendre. »

Geert Jan Stams , Daniel Brugman , Maja Dekovic , Lenny van Rosmalen, Peter van der Laan , John C. Gibbs (2006) The Moral Judgment of Juvenile Delinquents: A Meta-Analysis

Une méta-analyse de 50 études a été réalisée pour savoir si les délinquants juvéniles utilisent des niveaux inférieurs de jugement moral que leurs camarades non délinquants et, si c’est le cas, quels sont les facteurs qui peuvent influencer ou modérer le retard de développement. Les résultats montrent un stade inférieur de jugement moral pour les jeunes délinquants (d = .76). Les tailles d’effet sont importantes pour les comparaisons impliquant des délinquants de sexe masculin, des adolescents tardifs, des délinquants peu intelligents et les délinquants incarcérés. Les tailles d’effet les plus importantes ont été trouvées pour la période d’incarcération et les comparaisons impliquant des délinquants juvéniles atteints de troubles psychopathiques.

« Cette méta-analyse complète révèle un niveau de jugement moral significativement plus bas chez les jeunes délinquants que chez les jeunes non-délinquants. A la fin de l’adolescence, la superficialité et l’égocentrisme d’un jugement moral immature peuvent devenir criminogènes. En outre, la présente étude a montré que l’institutionnalisation et la psychopathie avec les résultats d’études que le jugement moral des jeunes délinquants est retardé par rapport à celui des non-délinquants.
Des recherches sur ces deux modérateurs serait un premier pas nécessaire vers une plus grande investigation des processus criminogènes associés au retard du développement du jugement moral chez les délinquants juvéniles.
La psychopathie du délinquant et les effets de l’institutionnalisation peuvent également modérer l’impact des programmes de remédiation du jugement moral (par ex. Potter, Gibbs, & Goldstein, 2001), et devraient donc être pris en compte dans les analyses des résultats du traitement.

 

https://sci-hub.mksa.top/10.1007/s10802-006-9056-5

Host Joseph Arvidson brings criminologist, practitioners, academics and those with lived experiences from around the world together to discuss the age old dilemma of responding to society’s criminal element. Merging established correctional policy with emerging desistance models, this show illustrates how adopting a holistic lens and constantly questioning established approaches can best serves justice involved individuals.

This week, we make another European connection, as we interview Elliot Louan joining us all the way from France! Not only does Elliot share his insights as a probation officer, but also as a trainer of a variety of evidence based practices and core correctional skills.