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Congrès de criminologie à la Sorbonne du 18.09.1950

A l’heure où la criminologie cherche à se structurer en france, cette courte interview de Jean bernard Herzog nous rappele que ces mêmes enjeux étaient déjà presents dans les années 50 : celles du developpement de la criminologie et des « sciences de l’observation » pour traiter le crime .

Léon ZITRONE interviewe ici le procureur de la République Jacques Bernard HERZOG : les sujets de réflexion du congrès de criminologie en cours, comment l’étude des crimes ne se fait plus seulement en considérant l’acte mais aussi la personnalité du criminel ;
dès lors il faut faire appel aux spécialistes « des sciences d’observation », la recherche d’une méthodologie commune de la criminologie. –
A 2’42  » -La criminologie ne peut pas être une fin en soi mais un moyen mis à la disposition des juges, nécessité d’une spécialisation du magistrat criminel qui doit avoir des connaissances biologiques, psychiatriques, psychologiques, psychanalytiques, –
A 3’55 » – Le problème pénitencier est avant tout un problème humain, les sciences pénitentiaires et criminelles doivent évoluer

JACQUES-BERNARD HERZOG 

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DE LÉGISLATION COMPARÉE (Marc ANCEL 1969)

Jacques-Bernard Herzog était bien connu des familiers de la rue SaintGuillaume, mais il était également très connu de tous les comparatistes actuels, en France et à l’étranger. Ses attaches avec le droit comparé ont été nombreuses. Elles ont tout de suite marqué son orientation scientifique et lui-même a beaucoup donné à la science comparative, pour laquelle sa disparition constitue une lourde perte.
Il était né à Paris le 21 décembre 1914. Après de brillantes études il s’était, en 1936, inscrit comme étudiant à l’Institut de droit comparé créé depuis peu à l’Université de Paris. Il devait en être diplômé en 1937. Mais, tout de suite, il s’était signalé par l’intérêt qu’il portait aux études comparatives, à tel point que, sans plus tarder, on l’avait incorporé comme chercheur dans les premières équipes de travail constituées à cet Institut.

La guerre devait l’éloigner de Paris et, au début de 1944, il traversa les Pyrénées dans des conditions particulièrement difficiles et avec un très grand courage, pour se rendre à Alger où il entra au Commissariat à la Justice avec M. François de Menthon. Il semblait alors que les circonstances dussent l’écarter pour quelque temps des études comparatives. Il faut rappeler cependant qu’en 1942 il avait soutenu à Toulouse, avec le plus grand succès, une excellente thèse sur le Tribunal suprême d’Espagne.
Par la suite, il a collaboré notamment avec M. Champetier de Ribes, et surtout avec M. Coste-Floret, dont il devint chef, puis directeur du cabinet. Il fut surtout appelé, immédiatement après la guerre, à participer comme substitut au Tribunal militaire international de Nuremberg, et cette activité marqua une orientation nouvelle de sa carrière à la fois judiciaire et scientifique.
Jacques-Bernard Herzog a fait, en effet, une carrière judiciaire très brillante et particulièrement rapide. Il y avait débuté comme juge au Tribunal de Montargis en avril 1945. Il fut ensuite délégué au ministère de la Justice, puis au Tribunal de la Seine, avant de devenir substitut à ce Tribunal, puis premier substitut et substitut du Procureur général près la Cour d’appel de Paris. Il devait être nommé procureur général à Besançon en 1965 et conseiller à la Cour de cessation en octobre 1967.
Dans ses fonctions judiciaires, il s’était, en tant que magistrat du Parquet, spécialisé dans les affaires financières et, en cette qualité, il avait eu à connaître et à régler de très importants dossiers. Il fut amené également à donner de nombreuses notes de jurisprudence dans les différents recueils et des articles très appréciés dans Y Encyclopédie Dalloz. Aussi bien son renom de pénaliste s’était-il largement répandu, et c’est à ce titre qu’on le vit dans de nombreux congrès, colloques ou réunions internationales et qu’il devint tour à tour secrétaire général adjoint de l’Association internationale de droit pénal, secrétaire général de la Société internationale de défense sociale secrétaire général du Centre d’études de défense sociale créé à l’Institut de droit comparé de l’Université de Paris.
De 1955 à 1963, il fut secrétaire général de cet Institut de droit comparé, et il participa en même temps de manière active aux travaux de la Société de législation comparée et aux Journées, aux Colloques ou aux Rencontres organisés par elle. Comme secrétaire général de l’Institut de droit comparé, il avait eu l’occasion de diriger ou d’assurer la publication de nombreux ouvrages publiés dans les Collections de cet Institut, et c’est ainsi qu’il s’intéressa tour à tour à des sujets aussi divers que les immunités parlementaires, la promulgation et la publication des textes législatifs, le divorce, les régimes matrimoniaux et l’adoption. Il participa également aux travaux de la Fondation internationale pénale et pénitentiaire, et on lui doit spécialement à ce sujet une synthèse des travaux du Colloque tenu à Strasbourg sur les conceptions modernes de l’action pénitentiaire.
Ses travaux sont trop nombreux pour que l’on songe à les énumérer tous ici. Les distinctions ou les décorations qu’il avait reçues en France ou à l’étranger sont également multiples, et nous nous contenterons de rappeler qu’il avait été nommé membre associé correspondant de l’Institut de biotypologie criminelle de Sao Paulo et membre associé de la Société brésilienne de criminologie, qu’il avait reçu le diplôme d’honneur du Premier Congrès pénal et pénitentiaire de l’Equateur en 1957, qu’il avait été nommé membre d’honneur de l’Institut de criminologie de Buenos Aires en 1950, et qu’en 1953 il était devenu membre associé de la Société de médecine légale de France.
Pénaliste et comparatiste, Jacques-Bernard Herzog a donc réalisé une œuvre considérable, et nous voudrions ici marquer essentiellement les raisons pour lesquelles il nous semble qu’il était tout naturellement destiné à consacrer une large part de son activité au droit comparé.
Il y était poussé d’abord par sa curiosité d’esprit, par son désir constant d’apprendre, de connaître et de comprendre. Il avait un sens naturel de la sympathie, un goût prononcé pour le rapprochement, le contact humain et les échanges intellectuels. Le droit comparé correspondait, chez lui, à cette tendance universaliste qui a profondément marqué son activité et son œuvre et qui était caractéristique de son esprit.
Il était servi, dans cette recherche comparative, par quelques qualités précieuses. D’abord, son esprit critique toujours en éveil, qui lui permettait de n’être dupe ni des apparences illusoires, ni des divergences occasionnelles.
Il avait en outre une remarquable probité scientifique qui le portait à ne rien affirmer qu’il n’eût préalablement vérifié et qu’il ne fût en mesure de démontrer ou de justifier. Il avait enfin une non moins remarquable puissance de travail et une grande ardeur à la recherche juridique. Il ne ménageait ni son temps ni sa peine, au risque même — nous en avons eu malheureusement la démonstration — de compromettre sa santé.
Son activité de comparatiste s’est exercée dans deux directions principales. La première a été le droit pénal comparé, qu’il a envisagé surtout sous l’angle de l’évolution des doctrines et des conceptions modernes. Il s’est alors tout naturellement intéressé aux doctrines de la défense sociale, dont il a compris le caractère à la fois humaniste et universaliste. Si, à certains moments, et pour des raisons contingentes, il a paru s’en éloigner, nous savons qu’il n’a jamais abandonné cet idéal et qu’il n’a pas renié cette orientation généreuse <en tant que critique constructive et protectrice de l’être humain dans ses perspectives internationales.
Jacques-Bernard Herzog, en tant que comparatiste, a également étudié avec un soin particulier les systèmes de l’Amérique latine. Ses connaissances linguistiques l’aidaient à observer le développement de ces législations multiples en pleine évolution, dont il aimait suivre les phases successives. Il manifestait en outre une compréhension particulière, non seulement de ce type
de législation, mais des milieux où elles devaient s’appliquer et de ceux-là même qui travaillaient à leur amélioration. Ses affinités électives avec les juristes ibéro-américains ont joué un grand rôle dans la carrière scientifique de Jacques-Bernard Herzog.
Il était naturel qu’il devînt rapporteur général de la Section ibéro-américaine de notre Société, lorsque après la disparition prématurée de Felippe de Sola Canizares elle fut reconstituée sous la présidence du conseiller d’Etat Puget. Ce dernier devait à son tour disparaître au moment même où, avec J.-B. Herzog, il mettait au point un nouveau programme de travail. Eloigné un moment de Paris, Jacques-Bernard Herzog dut suspendre, ou du moins ralentir, les travaux qu’il projetait en ce domaine ; mais nous savons, par les dernières conversations que nous avons eues avec lui, combien il y était attaché. Revenu dans la capitale, il envisagea aussitôt de reprendre sans tarder l’œuvre entreprise ; mais déjà il se trouvait frappé par les premières atteintes du mal implacable qui l’emporta l’été dernier.
Jusqu’au bout il avait voulu se dévouer à cette science comparative à laquelle il a tant donné. Notre Société, qui comptait en lui un de ses animateurs les plus éclairés et les plus fidèles, salue sa mémoire avec infiniment d’émotion et de gratitude.

Marc Ancel

« La psycho-criminologie »

« Landru et le chemin des dames »

« L’assassin court toujours : L’affaire Turquin »

« Le fait divers comme figure de la crise »

Le meurtre de Christelle Blétry : quand l’ADN conduit aux aveux

La profileuse qui a fait avouer le tueur en série Jacques Rançon »

Francis Heaulme, le routard du crime

« Dans les rouages des faits divers »

« L’affaire Elodie Kulik »

« Le violeur de la forêt de Sénart »

la fascination pour les faits divers et les tueurs est-elle malsaine ?  »

« Qu’est-ce qu’un cold case (ou plutôt une \ »affaire non élucidée\ ») ? »

« American Predator »

« L’affaire Caillaux : quand la femme d’un ministre décide d’assassiner le directeur du Figaro »

« C’est dans ma tête »

« Les sœurs Papin  »

« L’affaire Marguerite Steinheil, un fait divers torride et terrifiant »

« Le mystère de Lécluse »

« La grotte sanglante »

« Serial killer de lapins  »

« L’énigme des soeurs siamoises »

« Deux bonnes dans une maison bourgeoise »

« Carnet de philo »

« Affaire Grégory : 30 ans de mystères »

 

FRANCE CULTURE, émission concordance des temps (9 juillet 2022) XIXe siècle : la propriété et le vol

Quel regard la société française jette-t-elle, depuis deux cents ans, sur les multiples types de larcins, de cambriolages, de fauches et de truanderies ? En compagnie d’Arnaud-Dominique Houte.

Avec

Chacun se souvient de la formule fameuse de Proudhon : « La propriété, c’est le vol ». Des humoristes ont souvent joué à la parodier : « L’énergie, c’est la paresse », « le courage, c’est l’effroi », « la beauté, c’est la laideur », et ainsi de suite. Mais on aurait bien tort de s’en tenir à cette ironie. Non pas tellement parce que Proudhon lui-même s’est employé à apporter bien des nuances à son propos abrupt que parce que celui-ci rappelle une évidence, à savoir que la propriété et le vol sont liés l’une à l’autre comme l’avers et le revers d’une médaille.

Ce vol que le code pénal, au début du XIXe siècle, définissait, en son article 311, comme « la soustraction frauduleuse de la chose d’autrui » – la chose possédée par autrui. Et c’est bien ce qu’explicitent le titre du beau livre sur lequel nous allons fonder cette émission, La propriété défendue, et son sous-titre, La société française à l’épreuve du vol.

 

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/concordance-des-temps/xixe-siecle-la-propriete-et-le-vol-3703450

 

[Les journées d’études des éducateurs pénitentiaires de l’AP de 1958 exposent les problémes de formation, de pratique des éducateurs pénitentiaires . Mais elles ont été également  l’occasion d’un exposé du Dr LAFFON exposant les théories (datées) et les méthodes de prise en charge de l’époque concernant les prisonniers. On y parle observation, méthode d’intervention, distinctions subtiles en les regrets et les remords ou comment aborder les prisonniers aux « abords difficiles »… Mais ce qu’on peut y lire 64 plus tard sur le suicide, l’homosexualité, la masturbation est… parfois ahurissant, parfois choquant…  mais trés éclairant sur l’époque…  ]

Mardi  24  juin  1958: Résumé  de  l’exposé  présenté  par  M.  le  Docteur  LAFON

Médecin-Chef  de  la  Section  Henry  COLLIN  à  l’hôpital  psychiatrique  de  Ville juif

Problèmes  psychopathologiques posés  par  les  détenus

En  cette  matière,  l ’éducateur  est  l ’assistant  du  médecin  psychiatre  de  l ’établissement;  il  doit,  par  une  observation  particulière des  manifestations  psychopathologiques  du  sujet  dont  il  communiquera  les  détails  au  praticien,  permettre  à  celui-ci  de  mieux étayer  son  diagnostic  et,  éventuellement,  d ’établir  un  traitement dont  les  effets  seront  suivis  et  contrôlés.

1— MÉTHODE  D ’OBSERVATION

L’étude  du  dossier,  du  passé  du  sujet,  ses  antécédents,  son milieu.

  • L ’observation  proprement

A )  L ’étude  du  dossier :

En  premier  lieu,  il  est  bon  d ’avoir  une  bonne  connaissance  du dossier.  Certains  crimes  ou  délits  révèlent  parfois  une  anomalie certaine.

Les  antécédents  mentaux,  personnels,  doivent  être  recherchés.

L ’hérédité  ne  se  manifeste  pas  de  façon  frappante,  le  plus  souvent,  mais  explique  une  certaine  fragilité  qui  rend  le  sujet  plus vulnérable  lors  d ’une  attaque  par  la  maladie  (exemple  fièvre typhoïde).

Les  antécédents  sociaux,  la  vie  du  milieu  familial  forment aussi  une  source  intéressante  de  renseignements.

B) L ’observation proprement  dite  :

Elle  est  pratiquée  d ’abord  sur  un  sujet  détenu  en  cellule. Cette  méthode  présente  certains  avantages  :  facilité  des  contacts, confiance,  qui  éliminent  les  réactions  d ’amour-propre  (plus  précisément  de  «fausse  honte»),  l ’interaction  du  groupe. Mais  aussi  des  inconvénients  :  une  vue  factice  du  sujet  en raison  du  comportement  artificiel  qu’impose  ce  régime,  ce  qui  peut fausser  le  jugement. En  particulier :  certains  s’adaptent  trop  bien  à  ce  régime. Trop  passifs,  trop  indifférents,  ils  laissent  présager  des  tendances schizoïdes  qui  peuvent  s’aggraver  et  les  conduire  à  la  démence précoce. Certains  sont  tout  simplement  opportunistes. D ’autres  réagissent,  s’aigrissent,  car  le  régime  est  éprouvant, surtout  pour  ceux  qui  ont  des  tendances  psycho-pathologiques.

Le  régime  cellulaire  est  strict,  disciplinaire;  il  fausse  donc  le comportement. A   Villejuif,  le  malade  isolé  n ’a  ni  vin,  ni  alcool,  ni  possibilité matérielle  d ’action  indisciplinée.  La  « sagesse»  est  ainsi  « obligatoire ».  On  ne  peut  en  tirer  aucune  indication  qui  permette  de présumer  du  comportement  futur.

En  conclusion,  se  méfier  pendant  cette  période  d ’une  vue  subjective  du  sujet  qui  pourra  être  démentie  par  la  suite  dans  la  vie du  groupe.

Le  délit :  Les  motifs  que  donne  le  détenu  de  son  délit  sont  à noter.  Cependant,  personne  n’accepte  une  dévalorisation  totale; le  détenu  utilisera  donc  le  plus  souvent  un  système  d’excuses  pour la  société,  mais  aussi  pour  lui-même,  afin  de  se  revaloriser  à  ses propres  yeux. Il  convient  de  ne  pas  démolir  ce  système  brutalement  mais, plus tard,  lentement  autant que possible, sans qu’il  en ait  conscience.

Les  abords  difficiles  :  Aborder  les  sujets  difficiles  par  la  bande, en  les  laissant  venir  eux-mêmes  au  sujet  brûlant.  Les faire  écrire (correspondance,  autobiographie,  romans  même).  Ils  se  livrent assez  facilement,  inconsciemment.  Les  délirants  surtout.

L ’observation  visuelle,  par  le  judas,  est  à  prohiber.  Elle  est sans  intérêt  et  déplaisante;  elle  n ’apporte  rien  à  l ’observateur.

L ’observation  en  commun :  Cette  nouvelle  période  présente pour  l ’observation  quelques  inconvénients,  contrepartie  des  avantages  de  l ’isolement.

Le  codétenu est un peu  le  confident naturel  du sujet ;  il échappe un  peu  à  l ’observateur. Mais  elle  a  l ’avantage  de  rendre  plus  objective  l ’observation. Les  faits  journaliers;  attitude  au  travail,  goûts,  affinités  pour  certains  groupes,  minutie,  désordre,  etc.,  seront  consignés  et  permettront  de  dégager  les  tendances,  la  personnalité  du  sujet.

2— LES RÉACTIONS QUE  PEUT PRÉSENTER LE  DÉTENU

Il  n ’y  a  pas  discontinuité  dans  les  différentes  manifestations réactionnelles,  mais  une  progressivité  qui  va  des  réactions  subnormales  aux  réactions  pathologiques. Tout  délinquant  est  déjà  un  peu  déséquilibré,  surtout  les multidélinquants.

Il  ne  faut  pas  ainsi  songer  à  obtenir  d ’eux  une  adaptation  trop parfaite.  Les « mous »  sont  anormaux  eux  aussi  ! Les différentes  catégories  de  réactions  que  l ’on  peut  observer sont  :

  • a) Réactions d ’excitation;
  • b) Réactions de  dépression;
  • c) Réactions de  persécution;
  • d) Réactions discordantes;
  • e) Réactions de  caractère  sexuel;
  • f) Réactions de simulation

a) Réactions d’excitation.

Fréquentes  en  cellule,  à  l ’isolement,  chez  ceux  qui  sont  un peu  déséquilibrés,  frustes,  petits  débiles,  à  la  vie  antérieure  semi-sauvage.  Leur  comportement  peut  être  comparé  à  celui  d’une  bête sauvage  que  l ’on  vient  de  mettre  en  cage.  Ces  réactions  s’atténuent  par  la  suite.  Chez  les  hyperémotifs  également,  à  la  suite  de contrariété,  énervement,  dû  à  diverses  causés  souvent  ignorées. Le  praticien  dispose  dans  ces  cas  de  médicaments  inoffensifs  :  les « tranquillisants »,  qui  atténuent  rapidement  ces  manifestations  et les  font  disparaître. La crise  de  nerfs  :  une  réaction  d ’excitation  plus  grave  est  la crise  de nerfs,  décharge  d ’une  tension  nerveuse  qui  s’est  accumulée. Elle  se  présente  sous  la  forme  de  cris,  mouvements  désordonnés d ’une  certaine  ampleur,  elle  ressemble un  peu à la crise épileptique. La  différence  est  parfois  difficile  à  déceler  pour  un  observateur:  non  qualifié.  Notons  que  « la  crise  de  nerfs »  est  consciente, annoncée;  elle  a  une  cause,  elle  est  choisie,. spectaculaire,  bruyante, et  peut  être  assez  longue. La  crise  épileptique  est  brutale,  imprévue,  discrète  dans  ses manifestations,  de  peu  de  durée,  5  minutes  environ,  sauf  dans  le cas  de  crises  en. chaîne,  fait  qui ‘est  très  rare.

La  crise  d’agitation  se  présente  sous  la  forme  de  coups  désordonnés,  bris  de  matériel,  carreaux,  etc. Pour  arrêter  ces  manifestations,  neutraliser  le  sujet  au  moyen d’une  grande  couverture  ou un  grand  drap,  jeté  sur  la tête,  ce  qui permettra  de  le  ligoter,  sans  lui  faire  de  mal. On  dispose  dans  ce  cas  aussi  d ’un  médicament  (le  Largactil) ;  administré  en  injection,  il  donne  de  bons  résultats  et  évite  le  ficelage,  le camisolage.

La  psychose  carcérale,  qui  se  présente  sous  forme  de  confusion mentale.  Il s ’agit d ’un  état pathologique ;  le malade doit être interné.

b) Réactions de  dépression.

La  tristesse  légitime  :  Elle  est  due  à  l ’incarcération,  la  frustration,  la  peine;  le  sujet  raisonne,  ne  manifeste  pas  de  confusion.

Le  remord,  qu’il  faut  différencier  du  regret,  est  extrêmement rare.  Purement  moral,  intérieur,  indépendant  du  châtiment,  il  est presque  anormal,  car  il  donne  une  impression  d’indignité  reconnue,  d ’une  auto-accusation  qui  prélude  le  plus  souvent  au  cafard, à  la  mélancolie,  et  peut  conduire  au  suicide.

Le  suicide  : Distinguer la tentative de  suicide vraie  de la fausse, celle  qui  est  simulée. Celle-ci,  d’ailleurs,  peut  quand  même  aboutir  à  la mort  de  son auteur,  quand  il  «rate»  sa  démonstration;  cela  s’est  souvent  produit. La  tentative  de  suicide  vraie  est  une  manifestation  que  l ’on peut  difficilement,  prévenir. Une  fouille  soignée  permettant  de  soustraire  tout  objet  dangereux,  une  surveillance  étroite  sont  les  moyens  matériels  dont  on dispose.,   On  peut  faire  appel  au  médecin  psychiatre  qui,  lui,  dispose de  l ’excellente  médication  qu’est  le  Largactil.  Ses  effets  sont  anesthésiants;  abattent  les.  nerfs;  permettent  de  faire  passer  au  sujet un  « cap »  difficile.  Cependant  Sénèque;  très  justement-,  déjà  écrivait  :  «En  vain  retient-on celui qui a envie de mourir… ».  Un  cas  récent  démontre jusqu’à quel point  peut  mener  l ’obstination  d ’un  candidat  au  suicide  :  « Un  désespéré  s ’est  suicidé  en  se  perçant  le  cœur  avec  une aiguille,  après plusieurs tâtonnements,  plusieurs essais infructueux ».

L ’automutilation  :  Courante  en  prison,  elle  est  difficile  à  caractériser  du  point  de  vue  psychologique.  Certaines  motivations  peuvent  être  facilement  décelées  :  désir  d ’hospitalisation  pour  tenter une  évasion,  besoin  d ’attirer  l ’attention,  réaction  mélancolique. Dans  ce  dernier  cas,  cela  peut  être  très  grave.

Le  refus  d’aliments  :  Leurs  auteurs  sont  des  opposants,  des déprimés  ou  des  délirants. Les  opposants,  les  « grévistes  de  la  faim »,  se  manifestent  d ’une façon  spectaculaire;  ils  ne  sont  pas,  le  plus  souvent,  passibles  d ’un traitement  médical  et  si  on  associe,  à  leur  grève  de  la  faim,  la  grève de  la  soif  obligatoire,  ils  se  lassent  très  rapidement,  car  le  corps humain  peut  supporter  beaucoup  plus  longtemps  le  manque  d ’alimentation  solide  que  liquide. Les  autres  cas  peuvent  être  soumis  au  médecin  psychiatre qui  dispose  de  :

1°  L ’alimentation  forcée,  par  sonde  (moyen  peu  élégant  bien sûr,  quelquefois  indispensable) ;

2°  Le  Largactil  déjà  cité,  plus  pratique,  plus  efficace  aussi clans  ce  cas.

Le  plus  important  reste  l ’alimentation  liquide.  Dans  les  cas graves,  on  pratique  l ’injection  liquide  sous-cutanée.

c) Réactions de  persécution.

Le  paranoïaque  se  caractérise  par  une  fausseté  de  jugement, une  surestimation  du  moi,  une  impression  de  persécution,  une  certaine  psychorigidité.  C ’est  le  plaideur-né.  Il  s’agit  chez  lui  d’une disposition  d ’esprit.  On  en  rencontre  beaucoup,  atteints  à  des  degrés différents  allant  jusqu ’aux  cas  les  plus  graves,  pathologiques. Chez  les  détenus  cela  peut  se  traduire  par  des  sentiments exprimés  que  l ’on  juge  exagérés.  Cependant,  il  faut  rechercher la  réalité  des  faits.  Ceux  qui  amplifient,  déforment sont :

Les  persécutés,  qui  font  un  délire  de  persécution,  accompagné quelquefois  d ’un  refus  d’aliment, causé  par  la  peur  irraisonnée.

Les  hallucinés,  qui  parlent,  entendent  des  voix, , comme si  une autre  personne  partageait  leur  cellule.; Ne  pas  confondre  avec  certaines  personnes. Parlant  seules,  sans but,  sans  raison.  Normales, celles-ci  n’ont  pas l ’attitude d’écoute.

Il  ne  s’agit  que  d ’un  monologue. L’halluciné  dialogue,  écoute.  Dans  les  réactions  de  persécution  il  ne  s’agit,  pour  lui,  que  de  « reproches »,  de  « différends ».

d) Réactions discordantes

Il  faut  penser  au  cas  des  trop  « bons »  détenus,  trop  calmes, trop  faciles,  trop  mous. Il  s  agit  d ’une  attitude  de  repli.  L ’indifférence  morale,  matérielle  est  totale,  vis-à-vis  de  tout,  famille,  entourage…  Elle  laisse présager  un  processus  dissociatif.

L  apragmatisme  :  Il  ne  faut  pas  le  confondre  avec  la  paresse naturelle,  habituelle. C ’est  un  processus  de  désadaptation,  il  peut  s’y  ajouter  quelques  bizarreries,  tics,  mimiques   discordantes,  rires  immotivés.  Il  peut  amorcer,  soit  lui  aussi  une  espèce  de  schizophrénie,  soit  une psychose  qui  se  manifestera  par  un  refus  d ’aliments,  par  des  réactions  impulsives,  gifles,  coups  irraisonnés.

e) Réactions de caractère sexuel

La  masturbation  banale,  peu  fréquente,  est  normale,  elle  ne pose  pas  de  problème. Trop  renouvelée,  elle  devient  anormale.  On  la  constate  chez les  débiles  mentaux,  chez  les  sujets  aux  réactions  d ’énervement par  une  espèce  de  « compensation ».

L ’homosexualité  :  Les  homosexuels  catalogués  «pédophiles» sont  le  plus  souvent  de  bons  détenus.  Ils  agissent  sur  des  enfants, ne  s’adressent  pas  aux  adultes,  en  général.  Ce  sont  des  timides, inhibés. Les  pratiquants  avec  des  adultes  posent  plus  de  problèmes

Parmi  eux  : Certains  sont  des  habituels, d’autres  acquièrent  ces  habitudes.  Ils  avaient  certainement  des tendances.  L ’incarcération  les  place  en  milieu  plus  propice  à  se laisser  aller  à  celles-ci.  On  ne  croit  guère  à  la  contamination  des adultes,  qui  n ’ont  aucune  tendance  anormale. Dans  les  habituels  distinguons  :  l ’initiative  ou  les  attaquants, la  passivité  ou  les  attaqués,  plutôt  que  les  actifs,  les  passifs. Les  attaquants  sont  les  plus  redoutables,  mais  les  attaqués, les  efféminés  en  particulier  cherchant  l ’initiative  d ’un  partenaire peuvent  être  provocants.

Quelle  attitude  adopter ?

D ’abord  ne  pas  avoir  la  hantise  de  la  possibilité  de  ces  actes en  prison.  Il  ne  faut  pas  faire  une  «psychose»  de  l ’homosexualité.  On  risquerait  de  la  créer  !  Chez  les  hommes,  elle  est  essentiellement  l ’expression  d ’un  besoin  physiologique.  L ’affectivité,  les sentiments,  interviennent  peu. Chez les  femmes,  au  contraire,  elle  est  sentimentale,  à  base d affectivité,  elle  est  le  plus  souvent  très  spectaculaire,  étalée  au grand  jour.

f) Réactions de simulation

Pure,  elle  est  rare.  Elle  survient  :  au  stade  prévention  d ’un crime  ou  d ’un  délit,  uniquement  utilitaire. Après  la  condamnation  elle  est  plus  rare,  elle  a  un  but  utilitaire  aussi,  envoi  dans  un  hôpital  en  vue  d ’une  tentative  d ’évasion  (par  exemple). En  fait,  il  y  a_le  plus  souvent,  fausse  simulation,  troubles  mal relatés,  sursimulation…,  ces  sujets  exagèrent  volontairement  des troubles  réels,  dont  ils  ont  conscience. La  simulation  est  en  réalité  difficile.  Le  simulateur,  profane  et pressé,  choisi  des  manifestations  spectaculaires,  immédiates,  qui  le fatiguent  rapidement.  Une  observation  prolongée,  le  lasse.

Un  « bon  simulateur »  devrait  procéder  lentement,  par  petites  touches, bien connaitre tous  les  symptômes  de  l ’état  pathologique choisi. Elle  est,  de  toute  façon,  pénible  au  sujet,  lui  crée  des  malaises, certains  troubles  même,  qui  le  gênent.

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FRANCE CULTURE (2021) Série documentaire LSD: « Les bandes de jeunes sont éternelles »

Les affaires de rixes récurrentes à Paris ou en banlieue relancent régulièrement la peur des bandes de jeunes que l’on perçoit souvent comme de plus en plus violentes et de plus en plus nombreuses. Or, au-delà du flou qui entoure la notion de bande, quand on regarde ça de plus près, c’est presque le contraire : les bandes de jeunes il y en a toujours eu et si elles ressemblent beaucoup aux bandes de jeunes d’aujourd’hui, leur violence autrefois était sans commune mesure. Mais ce qui est intéressant c’est de mesurer la peur qu’elles suscitent, une peur qui dit beaucoup sur la place que les sociétés laissent à la jeunesse et sur le regard qu’elles portent sur elle.

 

 

 

 

 

 

 

Comment faire naître des idées saines chez le détenu ?

(Leçon pénitentiaire sur la « rééducation des détenus », 1949, dispensée alors à l’école nationale supérieure de l’administration pénitentiaire, précurseur de l’ENAP. On y découvre notamment la philosophie d’intervention et la conception de la fonction de l’éducateur pénitentiaire de l’époque.  )

Pierre Cannat 1903-1998

Pierre Cannat 1903-1998

« La rééducation morale doit se faire par des contacts de sympathie entre le détenu et une personne chargée de lui apporter ce qui lui manque. Il faut énormément parler aux détenus. Jamais on ne consacrera : assez de temps, assez d’efforts assez bonnes volontés diverses à cette tâche qui est au centre même de toute transformation morale.

« Tout contact entre deux personnes a une portée éducative positive ou négative, parfois insignifiante il est vrai, rarement négligeable pour qui sait analyser les mystérieux facteurs d’influence qui, se combinant ou s’opposant, s’entrecroisent dans l’infinie variété des rapports sociaux.  Je le rencontre… Je vais parler… Il va parler… Je vais prendre une attitude… il prendra une attitude… et pas là inévitablement lorsque nous nous séparerons il y aura quelque chose de changé dans l’absolu de nos personnes. Effrayante responsabilité de chacun envers chacun pour qui a le cœur d’y songer. » (HENRY, article 1947 sur la portée éducative de l’action du JE)

Non seulement il faut se garder d’abandonner le détenu à ses pensées, mais il importe de lui suggérer des idées, de lui apporter des sujets de réflexion. Lucas disait encore : « il faut préparer leur esprit à l’ordre d’idées vers lequel on veut appeler et concentrer l’activité de leur réflexion ». Ce qui a manqué à ces délinquants, quand ils étaient dans la vie libre, c’est souvent l’influence éducative, bienfaisante, d’un ami bien choisi, d’une personne de bonne moralité capable de prendre sur eux l’ascendant.    

Dans les maisons centrales, chaque détenu doit être pris en charge au point de vue moral par une sorte de guide dont le rôle consiste à lui rendre fréquemment visite, à le suivre tout le long de sa peine pour orienter ses pensées, à gagner sa confiance, à le soutenir dans ses chutes, à l’exalter dans ses efforts, à lui parler de sa libération et de ses projets au-delà de la prison. Cet éducateur doit devenir son confident et son ami.

Il faut pour cela disposer d’un certain nombre de fonctionnaires spécialisés entre lesquels sont répartis les détenus dès leur arrivée dans l’établissement et leur mise à l’isolement cellulaire. Libéré de tout autre souci, il doit concentrer toute son activité sur les détenus dont il a la responsabilité, préparer soigneusement à l’avance les conversations qu’il aura, dans les cellules, avec chacun d’eux, demeurer longuement avec ses détenus et par un roulement régulier apporter de cellule en cellule l’apaisement de son contact.

Dégagé de tout rôle disciplinaire, uniquement préoccupé de capter par des moyens honorables la sympathie de ses détenus — on ne saurait tolérer de lui ni connivence ni démagogie – il doit être pour les délinquants que leur crime n’a pas encore entièrement noyés, la bouée de sauvetage dans le naufrage. »

 P_CANNAT_L14_reeducation_des_detenus_1949.pdf

FRANCE INTER (Emission « du vent dans les synapses, 16/05/2020) Que doit-t-on à Alphonse Bertillon?

La méthode Bertillon part du calcul qu’en prenant quatorze mensurations – taille, longueur des pieds, main, oreille, avant-bras, arête du nez, écartement des yeux, etc. – sur n’importe quel individu, en se servant d’un pied à coulisse et, pour les relevés crâniens, d’une pince céphalique, il n’existe qu’une chance sur 286 millions pour qu’on retrouve les mêmes mesures chez un autre individu. Seuls alors les « mouches » – c’est-à-dire des détenus espions – et des « physionomistes » pouvaient permettre d’identifier notamment les récidivistes.

Ce système anthropométrique apparaît à une époque où les récidivistes représentent la moitié de la population carcérale en France, ce qui suscite la promulgation de la loi de relégation du 27 mai 1885. La préfecture de police adopte le système avec réticence en 1883 : le préfet Louis Andrieux ne voit en son subordonné qu’un cas d’« aliénation mentale » mais, en décembre 1882, Ernest Camescasse, le nouveau préfet, accorde trois mois au modeste employé pour tester la validité de sa méthode. Le 16 février 1883, le système permet pour la première fois l’identification de ce que l’on appelle alors un « cheval de retour », c’est-à-dire un récidiviste.

Un Bureau d’identité est créé en 1883, et du matériel spécialisé est dès lors utilisé dans tous les établissements pénitentiaires : table, tabouret, toise, compas de proportion, tablette et encreur pour prise d’empreintes digitales. Les fiches de signalement qui s’échangent entre les services sont progressivement compilées dans le Bulletin de Police criminelle mis en place par la Sûreté générale.

Le système Bertillon, avec ses mensurations, l’emploi de la photographie anthropométrique dite aussi « face/profil », le signalement descriptif appelé « portrait parlé », la description des stigmates physiques – cicatrice, tatouage, grain de beauté… –, connaît son heure de gloire avec le « bertillonnage » de Ravachol en 1890, permettant l’arrestation de l’anarchiste deux ans plus tard.

Le Bureau d’identité fusionne par la suite avec le service photographique et celui des sommiers judiciaires pour former, sous l’impulsion du préfet Lépine, le service de l’Identité judiciaire, fondé par un décret présidentiel du 11 août 1893.

Demeurant intimement persuadé de la supériorité de sa méthode anthropométrique et réticent à l’ajout des empreintes digitales sur ses fiches signalétiques, il doit accepter en 1894, sous la pression de ses supérieurs, d’intégrer aux fiches la dactyloscopie : l’empreinte des quatre doigts de la main droite et de l’index gauche à partir de 1900 puis, en 1904, celle des dix doigts (décadactylaire). Cette technique dactyloscopique lui aurait permis, le 24 octobre 1902 de confondre Henri-Léon Scheffer, l’assassin d’un domestique au cours d’un cambriolage. Cette affaire est parfois présentée comme la « première identification au monde » par les « seules empreintes digitales » d’un assassin. Ceci a été remis en question du fait que l’enquête de proximité, effectuée alors, avait mis en lumière que le domestique entretenait une relation homosexuelle avec Scheffer, le meurtrier, lequel aurait déguisé ce crime passionnel, d’un genre peu avouable à l’époque, en cambriolage. Bertillon aurait en fait été orienté vers Scheffer par cette enquête de proximité, et non par les empreintes, lesquelles ont néanmoins pu être utilisées pour s’assurer que Scheffer était bien le coupable. Quoi qu’il en soit, la véritable première « mondiale » en ce domaine, l’affaire Francisca Rojas (en), aurait eu lieu dès 1892, et serait due au fonctionnaire de police argentin Juan Vucetich. (en savoir plus à propos d’Alphonse Bertillon sur  wikipedia)

 

http://psychocriminologie.free.fr/wp-content/files/bertillon.mp3