Les études en criminologie biologique indiquent que les comportements délinquants et criminels ne sont pas uniquement le produit de l’environnement social, mais impliquent aussi une composante génétique. Les recherches sur les jumeaux, en particulier les jumeaux monozygotes (MZ) et dizygotes (DZ), occupent une place centrale en criminologie biosociale pour évaluer l’influence des facteurs génétiques et environnementaux sur les comportements criminels. Voir en particulier sur ce sujet l’article synthétique du journal férédral sur la probation (2000) genetic factors and criminal behavior, qui souligne l’importance d’une approche biosociale intégrée, combinant biologie et contexte social, tout en restant vigilants face aux risques de déterminisme biologique et aux limites méthodologiques des études sur les jumeaux: « Les résultats semblent confirmer que des traits comme l’impulsivité ou la recherche de sensations fortes, partiellement héréditaires, peuvent prédisposer aux comportements délinquants, en particulier lorsque ces traits interagissent avec des environnements défavorables. Par exemple, un jumeau MZ élevé dans un milieu socio-économique difficile pourrait exprimer ces traits par des actes de vol, tandis que son jumeau dans un environnement stable pourrait canaliser ces mêmes traits dans des activités non criminelles (comme le sport extrême). »

Des méta-analyses réalisées depuis montrent une héritabilité modérée, soulignant que les gènes influencent la susceptibilité sans causer directement les actes. Cela encourage une perspective biosociale, intégrant nature et nurture pour mieux comprendre et prévenir la criminalité.
- Les recherches suggèrent que les facteurs génétiques contribuent à environ 40-60 % de la variance dans les comportements antisociaux, qui incluent la délinquance et la criminalité, selon des méta-analyses d’études sur des jumeaux et des adoptions. Cependant, cela n’implique pas un déterminisme génétique absolu, car les environnements jouent un rôle tout aussi crucial.
- Des gènes spécifiques, comme la variante à faible activité du gène MAOA (souvent appelé « gène du guerrier »), sont associés à un risque accru de comportements violents, particulièrement en interaction avec des expériences négatives comme la maltraitance infantile.
- Les interactions gène-environnement (GxE) sont essentielles : les prédispositions génétiques amplifient souvent les risques en présence de facteurs environnementaux adverses, tels que des pairs délinquants ou un milieu familial dysfonctionnel.
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Pour autant les recherches avancent de servères limitations à ces prédispositions génétiques: « La recherche génétique commence à identifier des variants génétiques qui pourraient avoir une influence sur la prédisposition d’un individu à développer des caractéristiques comportementales antisociales. Conformément au modèle polygénique d’héritage proposé pour les comportements antisociaux, la contribution de chaque gène individuel à la prédisposition globale d’un individu est probablement faible. Ceci est évident dans le Tableau 1 qui résume les risques relatifs (RR) et les odds ratios (OR) pour les gènes candidats examinés ci-dessus. Ces mesures de risque indiquent qu’un individu porteur d’une variante de susceptibilité dans l’un de ces gènes n’aura qu’un risque environ 1,5 fois plus élevé de comportement antisocial par rapport à un individu de la population générale. Ainsi, un individu n’aura un risque significativement accru de s’engager dans un comportement antisocial que s’il porte un grand nombre de gènes variants. Ce risque relatif moyen est cohérent avec les résultats des méta-analyses des associations entre des gènes individuels et le risque de développer une série de troubles et de maladies (Ioannidis 2003) ». (Morley & Hall, 2003)
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- Bien que ces découvertes offrent des pistes pour la prévention, elles soulèvent des controverses, notamment sur le risque de stigmatisation et d’interprétations déterministes qui pourraient minimiser les facteurs sociaux. Les effets génétiques sont faibles individuellement et polyogéniques, impliquant de multiples gènes.
La Composante Génétique dans les Comportements Délinquants
Dans le domaine de la criminologie, l’exploration de la part génétique dans les comportements délinquants et criminels a suscité un intérêt croissant au cours des dernières décennies. Bien que les théories traditionnelles se soient concentrées sur les facteurs sociaux et environnementaux – tels que la pauvreté, l’éducation ou les influences familiales – les avancées en génétique comportementale ont révélé que les prédispositions biologiques jouent un rôle non négligeable.
Contexte Historique et Méthodologique
Les premières tentatives pour lier la génétique à la criminalité remontent au XIXe siècle avec des théories comme celle de Cesare Lombroso sur les « criminels nés », souvent critiquées pour leur réductionnisme et leurs implications eugénistes. Aujourd’hui, les approches modernes reposent sur des méthodes rigoureuses, telles que les études sur des jumeaux (comparant les jumeaux monozygotes et dizygotes) et les adoptions (évaluant les similitudes avec les parents biologiques vs. adoptifs). Ces designs permettent de décomposer la variance phénotypique en composantes génétiques (héritabilité, h²), environnementales partagées (c²) et non partagées (e²).
Des méta-analyses anciennes cestiment l’héritabilité oscille entre 40 et 60 %, avec des variations selon le type de comportement (agressif vs. non agressif) et l’âge.
« Dans cet article, nous décrivons une synthèse quantitative de 12 études sur des jumeaux (n=3795 paires de jumeaux) et de 3 études sur l’adoption (n=338 adoptés) publiées depuis 1975, qui ont fourni 21 estimations de l’héritabilité du comportement antisocial. Des tailles d’effet moyennes à importantes ont été constatées pour les influences génétiques à travers les études, avec environ 50 % de la variance dans les mesures du comportement antisocial attribuable à des effets génétiques. Bien que les tailles d’effet n’aient pas varié selon les différentes définitions du comportement antisocial (criminalité, agressivité ou personnalité antisociale), des estimations significativement plus grandes de l’effet génétique ont été trouvées pour les manifestations sévères de comportement antisocial. L’importance de la sévérité a été en outre soulignée par les effets significativement plus grands obtenus dans les études utilisant des échantillons cliniques par rapport aux effets obtenus dans les études utilisant des échantillons de volontaires. Les caractéristiques démographiques des échantillons n’ont pas influencé les tailles d’effet, bien que les études utilisant une méthodologie plus rigoureuse aient tendance à trouver des effets plus importants. Ces résultats doivent être interprétés à la lumière du nombre limité d’études convenant à la méta-analyse en raison des nombreuses limitations méthodologiques des études existantes. » (Mason & Frick 1994)
Une méta-analyse plus récente de Rhee et Waldman (2002), couvrant 51 études sur des jumeaux et adoptions, a estimé que les facteurs génétiques expliquent environ 41 % de la variance dans les comportements antisociaux, les environnements partagés 16 %, et les non partagés 43 %. Ces comportements antisociaux englobent la délinquance juvénile, les troubles de la conduite et la criminalité adulte, souvent mesurés par des auto-rapports, des dossiers officiels ou des diagnostics psychiatriques.
« Dans la présente méta-analyse, nous avons constaté l’existence d’influences génétiques additives modérées (a² = 0,32), de facteurs génétiques non additifs (d² = 0,09), d’effets environnementaux partagés (c² = 0,16) et d’influences environnementales non partagées (e² = 0,43) sur les comportements antisociaux. Lorsque les études sur les jumeaux et les études d’adoption ont été comparées, une différence significative a été observée entre les études sur les jumeaux et les études d’adoption parent-enfant, mais pas entre les études sur les jumeaux et les études d’adoption entre frères et sœurs. Une magnitude plus faible des influences familiales (c’est-à-dire à la fois a² et c²) a été constatée dans les études d’adoption parent-enfant par rapport aux études sur les jumeaux ou aux études d’adoption entre frères et sœurs. Tous les modérateurs potentiels examinés, à l’exception du sexe (c’est-à-dire l’opérationnalisation, la méthode d’évaluation, la méthode de détermination de la zygosité et l’âge), se sont avérés expliquer des différences significatives dans les influences génétiques et environnementales sur le comportement antisocial. Bien qu’une différence significative ait été observée entre les études examinant les deux sexes simultanément et les études examinant les deux sexes séparément, aucune différence statistiquement significative n’a été trouvée entre les résultats pour les hommes et les femmes dans les études incluant les deux sexes. » (Rhee & Waldman 2002)
Estimation de l’héritabilité (part de la variance expliquée par les facteurs génétiques)
Les méta-analyses convergent vers une héritabilité moyenne d’environ 40 à 56 % selon la définition du comportement et l’âge :
| Méta-analyse / Étude | Année | Échantillon | Héritabilité estimée | Remarques |
|---|---|---|---|---|
| Mason & Frick | 1994 | 15 études (jumeaux + adoption) | ~50 % | Effet plus fort pour les formes graves |
| Rhee & Waldman | 2002 | 51 études (jumeaux + adoption) | 41 % (32 % additif + 9 % non-additif) | Partage environnemental ~16 %, non-partagé ~43 % |
| Burt | 2009 | >100 études | Plus élevée pour l’agressivité (~60-70 %) que pour les infractions non-agressives (~40-50 %) | |
| Ferguson | 2010 | Méta-analyse large | 56 % | |
| Revues récentes (2018-2024) | – | – | Toujours autour de 50 % en moyenne | Pas de changement majeur |
En résumé : environ la moitié de la variance observée dans la population pour ces comportements est attribuable à des différences génétiques.
Gènes Candidats et Mécanismes Moléculaires
Les recherches moléculaires se concentrent sur des gènes impliqués dans les systèmes neurotransmetteurs, tels que la sérotonine (inhibitrice, liée à l’impulsivité) et la dopamine (excitatrice, liée à la récompense et l’agressivité). Le gène MAOA, codant pour l’enzyme monoamine oxydase A, est l’un des plus étudiés. Sa variante à faible activité (allèles courts comme 2R/3R) est associée à des niveaux élevés de neurotransmetteurs, augmentant le risque d’agressivité et de violence, particulièrement chez les hommes (gène lié à l’X). Une étude familiale néerlandaise (Brunner et al., 1993) a identifié une mutation MAOA causant des comportements impulsifs et violents, bien que rare.
« Des études génétiques et métaboliques ont été réalisées sur une large famille dans laquelle plusieurs hommes sont atteints d’un syndrome associant un retard mental limite et des troubles du comportement. Les types de comportements observés incluent l’agressivité impulsive, les incendies volontaires, les tentatives de viol et l’exhibitionnisme. L’analyse d’échantillons d’urine sur 24 heures a révélé un métabolisme des monoamines gravement perturbé. Ce syndrome était associé à une déficience complète et sélective de l’activité enzymatique de la monoamine oxydase A (MAOA). Chez chacun des cinq hommes affectés, une mutation ponctuelle a été identifiée dans le huitième exon du gène structural de la MAOA, transformant une glutamine en codon stop. Ainsi, une déficience complète et isolée en MAOA dans cette famille est associée à un phénotype comportemental reconnaissable incluant une régulation perturbée de l’agression impulsive ». (Brunner et al., 1993)
D’autres gènes incluent :
- Système dopaminergique : DAT1 (transporteur de dopamine, risque avec allèle 9R pour l’ADHD et la délinquance), DRD2 (récepteur D2, allèle A1 lié à la dépendance et l’ASPD), DRD4 (récepteur D4, allèle 7R associé à la recherche de nouveauté et la délinquance).
- Système sérotoninergique : 5HTT (transporteur de sérotonine, allèle court « s » lié à l’alcoolisme).
Ces associations sont modestes (risque relatif moyen ~1,5), et les effets directs des gènes isolés sont faibles (moins de 6 % de variance). Les comportements criminels suivent un modèle polyogénique, impliquant des centaines de variantes génétiques cumulatives.
| Gène | Système Neurotransmetteur | Variante de Risque | Associations Principales | Taux de Risque Relatif (RR) ou Odds Ratio (OR) |
|---|---|---|---|---|
| MAOA | Sérotoninergique/Dopaminergique | Allèles courts (2R/3R) | Agressivité, CD, conviction criminelle | OR ~2,8 pour impulsivité/agressivité |
| DAT1 | Dopaminergique | 9R | ADHD, délinquance, consommation de substances | OR ~1,2-1,5 pour externalisation |
| DRD2 | Dopaminergique | A1 | Alcoolisme, ASPD, délinquance | OR ~1,5-2,0 pour ASPD |
| DRD4 | Dopaminergique | 7R | ADHD, recherche de nouveauté, délinquance | OR ~1,2-1,8 pour ADHD |
| 5HTT | Sérotoninergique | Allèle court (s) | Dépendance alcoolique, arrestations | OR ~1,18 pour alcoolisme |
Interactions Gène-Environnement (GxE)
Un consensus émerge sur le fait que les gènes n’agissent pas seuls : les interactions GxE amplifient les risques. Par exemple, la variante faible de MAOA interagit avec la maltraitance infantile pour augmenter les comportements antisociaux (OR jusqu’à 2,0), comme démontré dans l’étude Dunedin (Caspi et al., 2002). Dans l’Add Health, les gènes dopaminergiques comme DRD2 montrent des effets de corrélation positive sur la délinquance en présence de pairs délinquants ou de risques familiaux élevés (β ~0,07-0,24). Les corrélations gène-environnement (rGE) ajoutent de la complexité, où les gènes influencent les environnements choisis (e.g., pairs antisociaux). Des études épigénétiques montrent que des stress comme l’abus modifient l’expression génétique, perpétuant un « cycle de violence ».
« Nous avons étudié un large échantillon de garçons suivis de la naissance à l’âge adulte pour déterminer pourquoi certains enfants maltraités développent un comportement antisocial en grandissant, tandis que d’autres non. Un polymorphisme fonctionnel dans le gène codant pour l’enzyme de métabolisation des neurotransmetteurs, la monoamine oxydase A (MAOA), s’est avéré modérer l’effet de la maltraitance. Les enfants maltraités portant un génotype conférant des niveaux élevés d’expression de la MAOA étaient moins susceptibles de développer des problèmes antisociaux. Ces résultats peuvent expliquer en partie pourquoi toutes les victimes de maltraitance ne grandissent pas pour victimiser les autres à leur tour, et ils fournissent des preuves épidémiologiques que les génotypes peuvent modérer la sensibilité des enfants aux agressions environnementales ». (Caspi et al., 2002)
Facteurs Psychophysiologiques et Cérébraux Complémentaires
Bien que centrée sur la génétique, cette revue intègre d’autres aspects biologiques. Les individus antisociaux montrent souvent une arousal autonomique réduite (e.g., faible rythme cardiaque), liée à la recherche de sensations ou à un déficit de peur. Au niveau cérébral, des déficits dans le cortex préfrontal (contrôle impulsif), l’amygdale (régulation émotionnelle) et le striatum (récompense) sont courants, avec des volumes réduits ou une hyperactivité selon les sous-types (e.g., psychopathes « réussis » vs. « ratés »). Ces facteurs interagissent avec la génétique, renforçant les explications biosociales.
Limites
Malgré ces avancées, les méta-analyses génétiques montrent des résultats nuls pour des variants isolés, soulignant le besoin d’interactions complexes. Éthiquement, l’utilisation en justice – comme dans des cas où MAOA atténue les peines – risque la stigmatisation, la discrimination et un retour à l’eugénisme. Les critiques soulignent le déterminisme génétique, qui ignore les contextes sociaux et pourrait justifier des interventions coercitives (e.g., screening génétique). De plus, les études risquent de médicaliser la criminalité, réduisant la responsabilité personnelle.

Au final, les recherches indiquent une part génétique significative mais nuancée dans les comportements délinquants, favorisant une approche intégrative. Pour la criminologie, cela ouvre des voies pour des préventions ciblées, tout en appelant à la vigilance éthique.


La criminologie, en tant que discipline, cherche à articuler les logiques micro (comportement individuel, interactions locales) et macro (structures sociales, politiques criminelles) dans l’explication du crime. Les méthodes traditionnelles — statistiques, analyse de données empiriques ou études de cas — atteignent parfois leurs limites lorsqu’il s’agit de comprendre les phénomènes émergents à l’échelle agrégée (effets non linéaires, interdépendances, rétroactions).
La psychocriminologie, qui étudie les processus psychologiques sous-jacents aux comportements criminels, a également bénéficié de nombreuses innovations récentes. Voici quelques-unes des plus notables :
En 1944, le psychiatre anglais John Bowlby découvre un lien entre des séparations affectives dans l’enfance et le risque de basculer dans la délinquance.

