Ressources en psychocriminologie, psychologie forensique et criminologie
Header
En criminologie, le phénomène connu sous le nom de « cycle victime-auteur » ou « victim-offender cycle » suscite un intérêt particulier, surtout dans le contexte des abus sexuels sur enfants (CSA pour Childhood Sexual Abuse). Ce concept suggère que certaines personnes victimisées sexuellement pendant l’enfance pourraient, plus tard, devenir elles-mêmes auteurs d’infractions sexuelles. Cependant, il est crucial de noter que ce cycle n’est pas inévitable et que la majorité des victimes ne deviennent pas auteurs. Les recherches soulignent l‘importance de facteurs protecteurs et d’interventions précoces pour briser ce lien.

Prévalence de l’Abus Sexuel Infantile chez les Auteurs d’Infractions Sexuelles

Les études rétrospectives basées sur des auto-déclarations montrent que jusqu’à 75 % des auteurs d’infractions sexuelles sur enfants rapportent un historique d’abus sexuel pendant leur enfance. Une revue de 18 études a révélé que 33 % des auteurs rapportaient un tel historique, un taux plus élevé que les 10-20 % observés dans la population générale masculine. Chez les femmes auteurs, une petite étude australienne sur 12 cas indiquait que 75 % avaient subi un CSA.

Cependant, une méta-analyse de Jespersen, Lalumière et Seto (2009) a examiné les historiques d’abus sexuels auto-déclarés et conclu que la plupart des études ne montraient pas de différence significative entre les auteurs sexuels et les non-sexuels en termes d’historique d’abus. Cela suggère que bien que le CSA soit plus fréquent chez les auteurs, il n’est pas un prédicteur unique.

« L’hypothèse de la relation « victime d’abus sexuel – auteur d’abus sexuel » postule qu’il existe un lien spécifique entre les antécédents d’abus sexuel et la délinquance sexuelle, de sorte que les personnes ayant subi des abus sexuels sont significativement plus susceptibles de commettre ultérieurement des infractions sexuelles. Par conséquent, les échantillons de délinquants sexuels adultes devraient contenir un nombre disproportionné de personnes ayant subi des abus sexuels, mais pas nécessairement d’autres types de maltraitance, par rapport aux échantillons d’autres types de délinquants. Nous avons comparé les taux d’abus sexuels et d’autres formes de maltraitance rapportés dans 17 études, portant sur 1 037 délinquants sexuels et 1 762 délinquants non sexuels. Nous avons également examiné la prévalence des différentes formes de maltraitance dans 15 études comparant les délinquants sexuels adultes ayant agressé des adultes (n=962) et des enfants (n=1 334), afin de déterminer si l’association « victime d’abus sexuel – auteur d’abus sexuel » est encore plus spécifique aux individus qui agressent sexuellement des enfants.

Nous avons observé une prévalence plus élevée d’antécédents d’abus sexuels chez les délinquants sexuels adultes que chez les délinquants non sexuels (Rapport de cotes=3,36, intervalles de confiance à 95 % de 2,23-4,82). Les deux groupes ne différaient pas significativement en ce qui concerne les antécédents de violence physique (RC=1,50, IC à 95 %=0,88-2,56). Il y avait une prévalence significativement plus faible d’antécédents d’abus sexuels chez les agresseurs d’adultes comparés aux agresseurs d’enfants (RC=0,51, IC à 95 %=0,35-0,74), tandis que l’inverse était constaté pour la violence physique (RC=1,43, IC à 95 %=1,02-2,02).

Ces résultats étayent l’hypothèse de la relation « victime d’abus sexuel – auteur d’abus sexuel », en montrant que les délinquants sexuels sont plus susceptibles d’avoir été victimes d’abus sexuels que les délinquants non sexuels, mais pas plus susceptibles d’avoir été victimes de violence physique. Nous discutons des mécanismes potentiels expliquant la relation entre les antécédents d’abus sexuel et la délinquance sexuelle, y compris la possibilité qu’un troisième facteur puisse expliquer cette relation.

L’implication la plus évidente de ces résultats est que la prévention des abus sexuels sur les enfants, que ce soit par des programmes de prévention ciblant directement les enfants ou par des programmes de traitement ciblant les individus susceptibles de commettre des agressions sexuelles sur des enfants (par exemple, les délinquants sexuels connus pour avoir agressé des garçons extérieurs à la famille), pourrait finalement réduire le nombre de délinquants sexuels. Cette implication dépend cependant d’un rôle causal des abus sexuels subis dans l’enfance et de l’efficacité des pratiques de prévention et de traitement ». (Jespersen, Lalumière et Seto (2009)

Associations Statistiques et Risques Accrus

Une « revue parapluie » (umbrella review) de Fazel & al.(2020) synthétisant 19 méta-analyses a trouvé que le CSA est associé à un odds ratio (OR) de 3,4 (IC 95 % : 2,3-4,8) pour le risque de commettre une infraction sexuelle par rapport à une infraction non sexuelle, parmi les délinquants. Pour les infractions sexuelles contre des enfants versus des adultes, l’OR est de 2,0 (IC 95 % : 1,4-2,9). Ces effets sont de taille moyenne à petite, avec une hétérogénéité modérée à élevée, indiquant une variabilité.

https://www.ons.gov.uk/peoplepopulationandcommunity/crimeandjustice/articles/peoplewhowereabusedaschildrenaremorelikelytobeabusedasanadult/2017-09-27

« Nous avons identifié 19 méta-analyses incluant 559 études primaires, couvrant 28 issues cliniques chez 4 089 547 participants. Les abus sexuels subis durant l’enfance étaient associés à 26 des 28 issues spécifiques étudiées : plus précisément, six des huit diagnostics psychiatriques à l’âge adulte (les OR allaient de 2,2 [IC à 95% 1,8–2,8] à 3,3 [2,2–4,8]), toutes les issues psychosociales négatives étudiées (les OR allaient de 1,2 [1,1–1,4] à 3,4 [2,3–4,8]) et toutes les conditions de santé physique (les OR allaient de 1,4 [1,3–1,6] à 1,9 [1,4–2,8]). Les associations psychiatriques les plus fortes avec les abus sexuels durant l’enfance ont été rapportées pour le trouble de conversion (OR 3,3 [IC à 95% 2,2–4,8]), le trouble de la personnalité limite (2,9 [2,5–3,3]), l’anxiété (2,7 [2,5–2,8]) et la dépression (2,7 [2,4–3,0]). Les revues systématiques pour deux issues psychiatriques (le trouble de stress post-traumatique et la schizophrénie) et une issue psychosociale (la consommation de substances) répondaient à des normes de qualité élevées. La qualité était faible pour les méta-analyses sur le trouble de la personnalité limite et l’anxiété, et modérée pour le trouble de conversion. En supposant une relation de causalité, les fractions du risque attribuable dans la population pour les issues cliniques allaient de 1,7 % (IC à 95 % 0,7–3,3) pour les rapports sexuels non protégés à 14,4 % (8,8–19,9) pour le trouble de conversion.

Bien que les abus sexuels durant l’enfance soient associés à un large éventail de conséquences psychosociales et sanitaires, les revues systématiques portant sur seulement deux troubles psychiatriques (le trouble de stress post-traumatique et la schizophrénie) et un résultat psychosocial (la consommation de substances) étaient de haute qualité. La question de savoir si les services devraient privilégier les interventions atténuant le développement de certains troubles psychiatriques à la suite d’abus dans l’enfance nécessite un examen plus approfondi. »  Fazel & al.(2020)

Dans une étude prospective sur 908 cas d’abus confirmés, les victimes de CSA avaient un risque accru d’arrestation pour crime sexuel (AOR 2,13 ; IC 95 % : 0,83-5,47), mais ce n’était pas statistiquement significatif, contrairement aux abus physiques et à la négligence qui l’étaient. Seulement 4,6 % des victimes de CSA ont été arrêtées pour des crimes sexuels, soulignant que le risque est élevé mais pas exclusif au CSA.

Une autre étude sur des PPSMJ  fédéraux a montré que le CSA est significativement associé à des charges pour viol ou abus sexuel (IRR 1,56 à 1,91 selon les modèles), même après contrôle pour des facteurs comme l’âge, le genre, et des troubles comme la personnalité antisociale ou la pédophilie. L’âge d’apparition du CSA est inversement corrélé au risque, avec des tailles d’effet de 2-5 z-scores.

Dans une cohorte australienne de 2 759 victimes de CSA, 23,6 % ont eu une infraction enregistrée, contre 5,9 % des contrôles, avec un OR de 4,97 pour toute infraction, et plus élevé pour les infractions sexuelles (OR 7,59) et violentes (OR 8,22). Les garçons abusés après 12 ans avaient un risque plus élevé (9,2 % de convictions pour infractions sexuelles).

Théories Explicatives

Les théories d’apprentissage social posent que l’abus sexuel est un comportement appris : les victimes internalisent l’expérience comme normale ou plaisante, menant à des distorsions cognitives favorables à l’infraction. Des facteurs comme l’âge de victimisation, la violence de l’acte, et la durée augmentent le risque.

La théorie de l’attachement suggère que des expériences négatives précoces mènent à des attachements insécures, favorisant l’isolement et la recherche d’intimité avec des enfants. La théorie intégrée de Marshall et Barbaree lie le CSA à une faible estime de soi et un mauvais contrôle des impulsions.

« Le domaine de la gestion des délinquants sexuels n’a pas encore trouvé d’explication ou de cause claire au comportement délinquant sexuel. Malgré de nombreuses questions sans réponse, la recherche a produit un certain nombre de résultats importants sur l’étiologie de la délinquance sexuelle :

Aucun facteur unique ou cause de la délinquance sexuelle n’a encore été identifié. La recherche suggère qu’une combinaison de facteurs contribue vraisemblablement au comportement délinquant sexuel.
Des conditions négatives ou adverses dans le développement précoce d’un individu conduisent à un attachement pauvre aux autres, particulièrement aux figures parentales, et ces conditions contribuent au développement de comportements délinquants sexuels. Ces conditions négatives ou adverses peuvent inclure des abus sexuels et/ou physiques, ainsi qu’une négligence émotionnelle ou une absence.
Comme d’autres comportements, l’abus sexuel apparaît comme un comportement appris. De plus, l’apprentissage du comportement abusif sexuel est influencé par le renforcement et la punition. Si la punition perçue pour la délinquance sexuelle est suffisante, le comportement est moins susceptible de se produire. Cependant, les punitions spécifiques nécessaires pour atténuer la délinquance sexuelle restent floues, particulièrement au vu des distorsions cognitives entretenues par de nombreux délinquants sexuels.
De nombreux délinquants sexuels ont des distorsions cognitives ou des erreurs de pensée, et ces schémas de pensée déformés semblent impliqués dans le maintien du comportement sexuel déviant. De nombreux enfants victimes d’agression sexuelle qui développent des erreurs de pensée liées à leur propre agression développent des comportements délinquants sexuels à l’âge adulte. Ces erreurs de pensée font souvent écho aux mythes courants sur les agressions sexuelles (par exemple, « il n’y a rien de mal à cela », « aucun mal n’est fait », « la victime le veut et en profite »).
L’exposition répétée à de la pornographie sexuellement violente peut contribuer à l’hostilité envers les femmes, à l’acceptation des mythes sur le viol, à une diminution de l’empathie et de la compassion pour les victimes et à une acceptation accrue de la violence physique envers les femmes. Un renforcement positif du comportement, couplé à des erreurs de pensée, augmente la probabilité que ces croyances mènent à des comportements abusifs sexuels.
Les délinquants sexuels semblent avoir un problème d’autorégulation des émotions et des humeurs ainsi qu’avec le contrôle des impulsions. Les problèmes d’autorégulation et de contrôle des impulsions semblent tous deux liés au comportement délinquant sexuel. Cependant, une relation causale n’a pas été clairement établie.
Les hommes qui utilisent la coercition sexuelle sont plus susceptibles de s’engager dans des relations à court terme et d’entretenir des attitudes négatives envers les femmes. Les hommes ayant des motifs égoïstes sont plus susceptibles de passer à l’acte sur des pensées agressives que ceux ayant plus de compassion ou d’empathie.
Il convient également de noter que d’autres variables étiologiques non abordées dans ce chapitre ont été liées à la délinquance sexuelle. Celles-ci incluent l’alcool et les drogues, la violence domestique et la maladie mentale. Il a été constaté que ces variables sont des facteurs dans la délinquance sexuelle dans certains cas ; cependant, il n’existe aucune preuve scientifique que l’un de ces facteurs soit la cause de la violence sexuelle. De plus, il existe des preuves que certains individus déjà prédisposés au comportement délinquant sexuel deviennent plus susceptibles de s’engager dans ce comportement lorsque certains facteurs ou variables situationnels sont présents. Ces facteurs peuvent inclure des capacités intellectuelles limitées, l’utilisation d’alcool ou de drogues, le stress familial/au foyer ou la perte d’une relation ou d’un emploi. Ces facteurs situationnels, cependant, ne causent pas le comportement délinquant sexuel mais peuvent augmenter la probabilité qu’il se produise chez un individu déjà prédisposé au problème. » (Faupel 2015)

Considérations et Prévention

Bien que les données montrent une association, une méta-analyse n’a trouvé aucun lien entre la victimisation sexuelle et la récidive sexuelle chez les auteurs. Le concept de cycle doit être traité avec prudence pour éviter de stigmatiser les victimes, car la résilience est courante (10-53 % des victimes ne développent pas de troubles).

Les interventions précoces, le soutien social, et l’éducation sont clés pour briser le cycle. Les politiques devraient cibler tous les types d’abus infantiles, particulièrement chez les garçons, sans présumer que les victimes de CSA deviendront inévitablement auteurs.

Sakdalan & Gupta’s (2014) Esprit sage, esprit risqué : une reconceptualisation des concepts de la thérapie comportementale dialectique et son application au traitement des délinquants sexuels.

Sakdalan, J. A., & Gupta, R. (2014). Wise mind—risky mind: A reconceptualisation of dialectical behaviour therapy concepts and its application to sexual offender treatment. Journal of Sexual Aggression, 20(1), 110–120.

Résumé:

« Cet article vise à présenter une nouvelle conceptualisation de la thérapie comportementale dialectique (TCD), intitulée « esprit sage – esprit risqué », et son application au traitement des délinquants sexuels. Cette nouvelle conceptualisation semble prometteuse pour traiter les problèmes liés à la dérégulation générale, affective, cognitive et sexuelle, et pourrait offrir une nouvelle approche du traitement des délinquants sexuels. Le concept dialectique de l’esprit sage et de l’esprit risqué aide les clients et les thérapeutes à utiliser un langage commun qui permet de saisir et de valider les difficultés expérientielles que rencontrent les clients dans la gestion efficace de leur risque de récidive sexuelle. L’intégration des principes de la TCD dans les programmes standard de traitement des délinquants sexuels peut aider les clients à gérer efficacement les problèmes de dérégulation dans divers domaines. Elle peut également offrir un cadre de traitement plus intégré lorsqu’il s’agit de travailler sur la dynamique des infractions sexuelles. Les auteurs discutent de ce nouveau concept et de ses applications possibles dans le domaine plus large de la santé mentale médico-légale. »

Pourquoi s’interesser à la TCD?

La TCD, développée pour les troubles de la personnalité borderline, peut être adaptée pour traiter les délinquants sexuels. Les auteurs avec le concept de « wise mind—risky mind » (esprit sage—esprit risqué), proposent une reformulation dialectique qui aide les clients à naviguer entre des états de régulation émotionnelle et cognitive sains (« wise mind ») et des états dysrégulés menant à des comportements à risque (« risky mind »). Cela s’applique particulièrement aux délinquants sexuels, qui souvent luttent avec des dysrégulations affectives, cognitives, interpersonnelles et sexuelles. Au lieu de voir ces états comme dichotomiques (bon/mauvais), l’approche dialectique valide les expériences des clients, favorisant une meilleure gestion des risques et une réduction de la récidive.

Cela comble une lacune des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) traditionnelles, qui se concentrent sur la correction des distorsions cognitives mais négligent souvent la régulation émotionnelle. Les auteurs soulignent que les délinquants sexuels font face à des défis post-traitement, comme la stigmatisation sociale, qui exacerbent les risques si les compétences d’autorégulation ne sont pas renforcées

Un ouvrage plein de ressources et exercices

Abigail Kolb a developpé l’utilisation de la TCD à l’image de l’article de  Sakdalan et Gupta (2014). L’ouvrage de KOLG est plein de ressources, d’exercices et de supports tout à fait précieux, avec une planification d’étapes à conduire en thérapie ! ABIGAIL KOLB (2024) Dialectical Behavior Therapy for Sex Offenders, A Treatment Guide, Routeledge

La reconceptualisation des objectifs et des besoins thérapeutiques par Sakdalan et Gupta (2014)

Elle y reprend par exemple les domaines cibles du traitement de Sakdalan et Gupta

  • Dysrégulation sexuelle : mettre en œuvre des compétences17 pour traiter les dangers liés à l’obsession sexuelle, à l’utilisation du sexe comme moyen d’adaptation, aux préférences sexuelles et à l’accès aux victimes.
  • Comportements interférant avec la thérapie et la supervision : traiter l’hostilité et le rejet de la supervision.
  • Problèmes d’autorégulation générale : traiter les problèmes liés à la régulation affective et émotionnelle, tels que l’émotivité négative, la consommation de substances, l’impulsivité et les faibles capacités de résolution de problèmes.
  • Compétences en matière de régulation sexuelle et interpersonnelle : traiter la capacité à stabiliser les relations, l’hostilité envers les femmes, l’identification émotionnelle aux enfants et le rejet social général et/ou la solitude.
  • Problèmes d’attachement : traiter les traumatismes historiques et les problèmes d’attachement.
  • Problèmes liés à l’estime de soi et à l’efficacité personnelle en général : aider le client en fixant des objectifs à plus long terme.
  • Vie sage : traiter tout autre objectif ou besoin thérapeutique nécessaire pour vivre efficacement et maintenir une vie qui vaut la peine d’être vécue.

Exemple de l’aspect dialectique dans cette thérapie: « Une approche équilibrée »

« Adopter une approche équilibrée dans la vie nous encourage à examiner les problèmes auxquels nous sommes confrontés et à créer un équilibre. Le « équilibre » fait référence à la capacité de mener une vie stable. En d’autres termes, il vous permet de naviguer dans la vie sans tomber, ou de « rebondir » rapidement après une chute. Mais l’équilibre dans notre vie exige que nous apprenions à équilibrer nos pensées, nos sentiments et nos comportements associés. »

Envie d’échapper au moment présent/à ce sentiment

Acceptation radicale du moment présent

Permettez-vous d’être conscient de votre inconfort dans l’instant présent ET acceptez cet instant tel qu’il est.

 

Réduire les émotions négatives

Faites confiance à vos propres émotions.

Permettez-vous de reconnaître les émotions négatives lorsqu’elles surgissent ET admettez que ces sentiments ne sont pas des faits.

 

Sentiment d’impuissance

Se sentir puissant

Autorisez-vous à être vulnérable ET reconnaissez les aspects de votre vie sur lesquels vous avez le pouvoir.

 

Désir d’intimité

Désir d’autonomie

Permettez-vous d’avoir de l’intimité dans votre vie ET prenez du temps pour vous-même.

 

Points clés

  • Les TCC sont efficaces pour changer les attitudes et prévenir les rechutes chez les délinquants sexuels, mais elles manquent d’outils pour gérer les dysrégulations émotionnelles profondes. Les auteurs identifient des facteurs de risque dynamiques (comme l’instabilité émotionnelle ou la dysrégulation sexuelle) issus d’outils d’évaluation comme le STABLE-2007, et proposent d’intégrer la DBT pour une approche plus holistique.
  • Reconceptualisation de la TCD : Le « wise mind » représente un équilibre entre raison et émotions, tandis que le « risky mind » englobe les états dysrégulés menant à des offenses. Cette dialectique offre un langage commun et non-jugeant pour les clients, y compris ceux avec des déficiences intellectuelles, facilitant la communication de leurs luttes internes.
  • Application Pratique : Les auteurs décrivent un programme pilote en santé mentale médico-légale, adapté pour des clients avec troubles intellectuels. Il inclut des modules TCD modifiés (pleine conscience, tolérance à la détresse, régulation émotionnelle, efficacité interpersonnelle) et une reformulation de la prévention des rechutes en termes TCD.
  • Les clients s’approprient facilement le concept, qui valide leurs expériences sans jugement. Il aide à mapper les états internes et à intégrer la TCD dans les programmes standards de traitement des délinquants.
  •  Comparé à d’autres modèles (comme le « old me/new me » ou le Good Lives Model), le « wise mind—risky mind » est plus dialectique, gérant la tension dynamique entre régulation et dysrégulation plutôt que de les opposer. Cela réduit la résistance au traitement et favorise l’engagement.

La relation entre victimisation durant l’enfance et délinquance à l’adolescence constitue un champ d’étude majeur en criminologie. De nombreuses recherches ont démontré que les jeunes ayant subi des abus ou des traumatismes précoces sont plus susceptibles de développer des comportements antisociaux ou criminels ultérieurement (Jennings et al., 2012; Widom, 1989). Ce phénomène est connu sous le nom de victim-offender overlap (chevauchement victime-délinquant).

Mais une question plus fine a émergé récemment dans la littérature : cette relation est-elle généralisée ou spécifique ? Autrement dit, un enfant victime d’abus sexuel est-il plus susceptible de devenir un délinquant sexuel plutôt qu’un simple consommateur de drogues ? C’est cette question que se propose d’examiner l’étude de Miley, Fox, Muniz et al. (2020), à travers une analyse rigoureuse menée sur une large population de jeunes délinquants en Floride.

Cadre théorique : Généralité vs. spécificité dans le chevauchement victime-délinquant (VO overlap)

Historiquement, les recherches ont montré que toute forme de victimisation augmente le risque de toute forme de délinquance. Par exemple, Loeber et Farrington (2000) ont établi que les abus pendant l’enfance sont corrélés à un taux élevé de comportements antisociaux à l’adolescence. Cette approche s’inscrit dans des théories comme celle du contrôle de soi (Gottfredson & Hirschi, 1990), selon laquelle une socialisation déficiente (souvent due à des abus) compromet le développement de mécanismes d’autocontrôle, favorisant à la fois la victimisation et l’implication dans la criminalité.

En parallèle, plusieurs travaux récents défendent une spécificité dans ce lien. Selon cette hypothèse, certaines formes précises de victimisation prédisent des formes spécifiques de délinquance. Par exemple, Felson & Lane (2009) et Fox (2017) ont observé que les abus sexuels augmentaient particulièrement le risque de comportements sexuels déviants. De même, witnessing parental substance abuse semble fortement corrélé à l’usage ultérieur de drogues (Chassin et al., 1999; Hussong et al., 2008).

Cette logique rejoint la théorie de l’apprentissage social (Akers, 2011), où les comportements délinquants sont acquis par imitation : les jeunes exposés à certaines formes de violence ou de transgression apprennent ces comportements comme réponses normales à leur environnement.

L’étude de Miley et al. (2020) : Méthodologie

L’étude repose sur un échantillon massif de 64 329 jeunes délinquants en Floride, suivis par le Department of Juvenile Justice. Ces adolescents ont été soumis à un outil d’évaluation des risques nommé PACT (Positive Achievement for Change Tool), croisant auto-déclarations, dossiers judiciaires et enquêtes sociales.

Variables indépendantes (victimisation)

Trois formes précises de victimisation ont été analysées :

  • Abus physique
  • Abus sexuel
  • Exposition à la consommation de drogues ou d’alcool à la maison

Variables dépendantes (délinquance)

Trois catégories de comportements délinquants ont été étudiées :

  • Violence (agression, coups, homicides, etc.)
  • Délits sexuels
  • Usage ou vente de drogues

Des variables de contrôle ont également été intégrées : genre, race, statut socioéconomique, troubles psychologiques, négligence émotionnelle/physique, faible empathie, fréquentation de pairs délinquants, etc.

Résultats : des associations spécifiques claires

Les auteurs ont utilisé des modèles de régression logistique multivariée, ajustés pour les variables de confusion.

1. Abus physique → Violence

Les jeunes ayant subi des abus physiques présentent un risque accru de 55 % de commettre des actes violents (OR = 1,55, p < .001). Cette relation persiste même en contrôlant d’autres facteurs comme l’empathie ou l’exposition à la violence domestique.

2. Abus sexuel → Délits sexuels

L’association la plus forte de l’étude : les victimes d’abus sexuels sont 3,6 fois plus susceptibles de devenir auteurs de délits sexuels (OR = 3,58, p < .001). Ce résultat renforce l’idée d’une transmission comportementale des violences sexuelles, déjà observée dans des travaux antérieurs (Fox, 2017; Soothill et al., 2000).

3. Exposition aux drogues → Usage de drogues

Les jeunes ayant été exposés à des substances illicites à la maison présentent un risque 66 % plus élevé de devenir consommateurs de drogues à leur tour (OR = 1,66, p < .001).

4. Effets croisés (non analogues)

Il existe également une relation générale entre victimisation et délinquance non spécifique, mais elle est moins forte. Par exemple, les victimes d’abus sexuels ont un risque accru de commettre des actes violents, mais ce risque est moins important que celui des délits sexuels.

l’importance de la spécificité

Ces résultats suggèrent une forme de spécialisation criminelle issue de traumatismes spécifiques vécus durant l’enfance. Cette spécificité a des implications théoriques et pratiques majeures :

  • Pour la recherche, cela appelle à affiner les typologies des trajectoires délinquantes, en tenant compte des antécédents victimologiques.
  • Pour la prévention, il devient urgent de concevoir des programmes d’intervention ciblés selon le type de traumatisme subi (ex : abus sexuel vs exposition à la drogue).
  • Pour la justice juvénile, il est nécessaire de mieux dépister les antécédents de victimisation et d’adapter la prise en charge socio-judiciaire.

Limites de l’étude

  • L’échantillon porte sur des jeunes déjà délinquants, ce qui limite la généralisation aux jeunes non judiciarisés.
  • L’étude repose sur des données auto-déclarées de victimisation, même si celles-ci sont croisées avec des données institutionnelles.
  • Le caractère transversal de l’analyse empêche d’établir des causalités absolues.

Conclusion

L’étude de Miley et al. (2020) démontre que ce lien entre victimisation et délinquance n’est pas seulement global ou systémique, mais qu’il peut être spécifique et prévisible.

Dès lors, prévenir la délinquance juvénile ne peut se résumer à des approches universelles. Il est impératif d’identifier les trajectoires individuelles, d’intégrer les adverse childhood experiences (ACEs) dans les politiques publiques, et de proposer des parcours de soin personnalisés.

Le BARR-2002R : évaluer le risque de récidive générale et violente des AICS

Kelly M. Babchishin, R. Karl Hanson, & Julie Blais (Janvier 2024)

Le BARR-2002R (Brief Assessment for Recidivism Risk – 2002R) est une échelle actuarielle conçue pour estimer le risque de récidive générale et violente (y compris sexuelle) chez les hommes ayant commis une infraction sexuelle saarna.org . Il s’adresse spécifiquement aux délinquants sexuels adultes (réclusion ou peine majeure) et ne convient pas aux contrevenants non sexuels. Son développement s’appuie sur les mêmes populations que les échelles Static-99R et Static-2002R (hommes condamnés pour des infractions sexuelles commises à l’âge adulte). En pratique, le BARR-2002R aide à cibler le risque de récidive non sexuelle, un besoin souvent sous-estimé, puisque les récidives sexuelles ne sont qu’une partie du risque global.

Composantes de l’échelle

Le BARR-2002R est très concis : 6 éléments au total (score total de –2 à 8). Il comprend :

  • Âge au moment de la libération (barème pondéré) : les plus jeunes reçoivent un score plus élevé (par ex. +2 pour 18–34 ans, –2 pour 60 ans et plus).

  • 6 items de criminalité générale issus du Static-2002R (antécédents judiciaires)rma.scot. Par exemple : l’existence d’antécédents pénaux, le nombre d’occasions antérieures de condamnation, toute violation de surveillance, le laps de temps sans infraction avant l’acte sexuel index, et l’existence de condamnations antérieures pour violences non sexuellessaarna.org.

Chaque critère donne un point ou deux selon la situation. Le total cumulé (age+criminalité) constitue le score BARR, que l’on reporte sur les grilles normatives.

Normes et niveaux de risque

Le score total du BARR-2002R varie de –2 à 8. Plus le score est élevé, plus le risque estimé de récidive est grand. Par exemple, selon les études de Babchishin et coll. (2016), un score de 0 correspond à environ 7% de probabilité de récidive générale sur 5 ans, tandis qu’un score de 4 atteint ~40% et qu’un score de 7 dépasse 75% (ces pourcentages incluent les récidives de toute nature sur cinq ans). En pratique, on peut regrouper les scores en catégories de risque standardisées (ex. faible, modéré, élevé). Par exemple, un système à cinq niveaux de risque (I = très faible à V = très élevé) a été proposé pour harmoniser la communication du risque; dans ce cadre le BARR-2002R couvre essentiellement les niveaux I à IV (aucun cas classé niveau V extrême)pubmed.ncbi.nlm.nih.gov.

  • Score BARR 0 ≈ 6–7% de récidive générale à 5 ans (risque faible).

  • Score 4 ≈ 40% de récidive générale (risque modéré).

  • Score ≥7 ≈ 75%+ de récidive générale (risque élevé).

Ces résultats permettent aux évaluateurs de communiquer clairement le niveau de risque.

Différences avec Static-99R et Static-2002R

  • Static-99R est une échelle actuarielle historique (10 items) visant spécialement la récidive sexuelle chez les hommes condamnés pour abus sexuels. Elle ne donne pas d’information directe sur le risque de récidive violente ou générale.

  • Static-2002R est une version mise à jour du Static-99R (14 items) incorporant également la criminalité générale et l’âge. Sa finalité reste de prédire la récidive sexuelle, bien qu’il évalue aussi certains facteurs criminogènes plus larges.

  • BARR-2002R, en revanche, a été spécialement conçu pour la récidive non sexuelle. Il utilise un sous-ensemble des items généraux du Static-2002R (plus l’âge). En pratique, on recommande d’utiliser le BARR plutôt que les Static classiques pour estimer le risque général/violent. Autrement dit, le Static-99R/static-2002R est privilégié pour le risque sexuel, alors que le BARR-2002R complète l’évaluation en ciblant le risque d’autres infractions. Cette distinction est importante car de nombreuses études montrent que les délinquants sexuels récidivent plus souvent par des crimes non sexuels.

Validité scientifique et fiabilité

Plusieurs études confirment la solidité psychométrique du BARR-2002R. Ses performances prédictives sont élevées : la capacité à distinguer récidivistes et non-récidivistes (mesurée par l’aire sous la courbe ROC, AUC) se situe aux alentours de 0,72–0,77 pour la récidive générale et non sexuelle, ce qui est supérieur à Static-99R/Static-2002R sur ce critère. En revanche, pour la seule récidive sexuelle, le BARR (AUC ≈0,65) est moins performant que Static-2002R/99R (AUC ≈0,68–0,69), ce qui illustre sa focalisation sur le risque global plutôt que sexuel.

Les études de validation (Babchishin et al. 2016 ; Jung, Wielinga & Ennis 2018-19, etc.) ont rapporté des résultats cohérents et « larges effect sizes » pour le risque général et violent. Par ailleurs, le BARR-2002R montre une excellente fiabilité inter-évaluateurs : dans l’étude initiale, chaque critère a obtenu des kappa de .61 à 1.00 et des ICC (coefficient de corrélation intraclasse) de .65 à 1.00 (médiane ≈.91). L’accord global était en moyenne de 99%. En résumé, l’outil est simple à appliquer, bien documenté et soutenu par des études indépendantes, ce qui renforce sa confiance clinique.

Extrait du manuel: 

« Étant donné que les personnes qui ont été jugées pour une infraction sexuelle sont plus susceptibles de récidiver avec un crime non sexuel qu’avec un crime sexuel (Hanson & Bussière, 1998), les évaluations du risque pour cette population (c’est-à-dire les hommes jugés pour une infraction sexuelle) devraient également tenir compte du risque de récidive générale et de récidive violente. La récidive violente comprend les infractions sexuelles, et la récidive générale comprend tous les types de récidive. Même lorsque l’accent est mis exclusivement sur le risque de récidive sexuelle, il est utile de comprendre la source du risque de récidive. Ce document résume le développement et le soutien empirique de la Brève évaluation du risque de récidive-2002R (BARR-2002R) et présente la feuille de codage de la BARR-2002R ainsi que les normes relatives à son utilisation. Nous recommandons aux évaluateurs d’utiliser le BARR-2002R pour évaluer la probabilité de récidive violente et générale chez les hommes qui ont été jugés pour une infraction à caractère sexuel, plutôt que d’utiliser les scores totaux de la Statique-99R ou de la Statique-2002R à cette fin. Le BARR-2002R diffère de ces échelles en ce sens qu’il ne comprend pas d’éléments relatifs aux caractéristiques d’un délit sexuel ; le BARR-2002R n’a pas été conçu pour évaluer la probabilité d’une récidive sexuelle. En revanche, la Static-2002R et la Static-99R comportent des éléments relatifs à la criminalité sexuelle, ce qui dilue l’évaluation de la criminalité générale. Bien que certaines études aient montré que le BARR-2002R prédit la récidive sexuelle aussi bien que d’autres échelles d’évaluation du risque (Jung & Wielinga, 2019 ; Jung, Wielinga et al., 2018), le BARR-2002R n’est pas recommandé pour cette utilisation. Il convient plutôt d’utiliser les scores totaux de Static-2002R ou d’autres échelles de risque de récidive sexuelle validées. Le BARR-2002R est une échelle de risque actuarielle qui permet d’évaluer le risque de récidive générale et violente (y compris sexuelle) chez les hommes jugés pour une infraction à caractère sexuel. Le BARR-2002R se compose d’une mesure de la criminalité générale tirée de Static-2002R (Helmus et al., 2012) et de l’âge au moment de la libération. Les analyses de développement du BARR-2002R ont été menées sur un vaste échantillon de personnes ayant commis des infractions sexuelles (Babchishin et al., 2016), en utilisant des échantillons tirés du projet de renormalisation STATIC (Helmus et al., 2012). Comparé au score total du Static-2002R, le BARR-2002R était plus fortement associé à la récidive violente et générale (Babchishin et al., 2016). Le BARR-2002R a également prédit la récidive générale et violente tout aussi bien que des mesures plus complexes spécifiquement conçues pour ces résultats (Level of Service/Case Management Inventory [LS/CMI ; Andrews et al., 2004] ; Statistical Information on Recidivism [SIR ; Nafekh & Motiuk, 2002) et a prédit la récidive violente non sexuelle significativement mieux que le Static-2002R et le Static-99R (Babchishin et al., 2016).

Les scores totaux de BARR-2002R peuvent être interprétés en fonction du système des cinq niveaux de risque et de besoins – un système normalisé pour communiquer le risque général de récidive (voir ci-dessous pour plus de détails ; Blais et al., 2022 ; Hanson et al., 2017). Étant donné que le BARR-2002R est une mesure de la criminalité générale, le centre de la distribution du risque BARR-2002R a été fixé à la médiane des taux de récidive générale sur deux ans pour l’ensemble de l’échantillon de personnes dans le système de justice pénale, et non au taux pour le sous-ensemble de personnes ayant des antécédents de délinquance sexuelle (Blais et al., 2022). Les personnes ayant des antécédents de délinquance sexuelle ont tendance à obtenir des résultats plus faibles en matière de criminalité générale que celles qui n’ont pas d’antécédents de délinquance sexuelle. Ainsi, le risque moyen de récidive générale est défini en fonction de la population générale des individus dans le système judiciaire, et non pas seulement en fonction des individus ayant des antécédents de délinquance sexuelle. Les scores BARR-2002R peuvent être utilisés pour classer les individus dans 4 des 5 niveaux de risque possibles du système des cinq niveaux de risque et de besoins (risque très faible, risque inférieur à la moyenne, risque moyen et risque supérieur à la moyenne). Le BARR-2002R ne permet pas de classer les individus dans le niveau de risque le plus élevé (niveau V ; « pratiquement certain de récidiver »). Une autre limite à l’application du système à cinq niveaux est que Blais et al. (2022) ont constaté que les individus appartenant au niveau de risque « très faible » présentaient des quantités plus que négligeables de facteurs de risque psychologiquement significatifs, bien qu’ils aient une très faible probabilité de récidive. »

BARR-2002R User Guide Version 2024 01

BARR-2002R_FR

Patrick CARNES (2001)  Out of the Shadows : Understanding Addiction Recovery

« Il existe des parallèles évidents entre la compulsion sexuelle et la dépendance à l’alcool. Certaines personnes sexuellement dépendantes vont plus loin et commencent à utiliser les principes éprouvés des alcooliques anonymes pour changer leur vie. Bien que les Douze Étapes aient été élaborées par et pour les alcooliques, ce n’était qu’une question de temps avant qu’elles ne soient utilisées pour les personnes souffrant d’autres troubles compulsifs, et d’autres groupes en douze étapes se sont formés : Les Joueurs Anonymes, les boulimiques anonymes et les émotifs anonymes. Il n’est pas surprenant qu’il ait fallu autant de temps pour qu’émerge un programme en 12 étapes pour les personnes sexuellement compulsives, étant donné la complexité et l’intensivité des problèmes en jeu – sans parler de la honte. Un certain nombre de groupes utilisent les Douze Étapes comme base de la guérison de la dépendance sexuelle (…)

Enracinées dans l’expérience familiale, quatre croyances fondamentales sont au cœur de la détérioration des relations, tant pour les dépendants (addicts) que pour les co-dépendants. En résumé, ces croyances erronées sont les suivantes :

  1. Je suis fondamentalement une personne mauvaise et indigne.
  2. Personne ne m’aimerait tel que je suis.
  3. Mes besoins ne seront jamais satisfaits si je dois dépendre des autres.
  4. Le sexe est mon besoin le plus important (dépendance), ou le sexe est le signe d’amour le plus important (co-dépendants).

Les croyances culturelles soutiennent ces croyances fondamentales, créant ainsi un système de croyances qui fait partie intégrante de l’addiction.

TRANSFORMER LES CROYANCES GRÂCE AUX DOUZE ÉTAPES

Les Douze Étapes peuvent fondamentalement interrompre et modifier le système de dépendance. Les Étapes peuvent restaurer la capacité de nouer des relations signifiantes en développant chez les dépendants et les co-dépendants de nouvelles croyances pour remplacer les croyances dysfonctionnelles ou erronées.

Les personnes en rétablissement qui utilisent les Douze Étapes peuvent se dire :

  1. Je suis une personne valable qui mérite d’être fière.
  2. Je suis aimé et accepté par les gens qui me connaissent tel que je suis.
  3. Mes besoins peuvent être satisfaits par les autres si je leur fais savoir ce dont j’ai besoin.
  4. Le sexe n’est qu’une expression de mon besoin et de mon attention pour les autres.

Chacune des douze étapes contribue aux nouvelles croyances.

Cependant, certaines étapes sont plus importantes que d’autres pour certaines croyances fondamentales. Sans perdre de vue l’interdépendance de chaque étape dans le programme des Douze Étapes, , le rôle des étapes clés dans le changement de chaque croyance fondamentale peut être démontré. En examinant chaque croyances fondamentales séparément, le processus des Douze Etapes apparaît comme un chemin clair pour les dépendants et les co-dépendants afin d’obtenir des relations saines.

ANCIENNES CROYANCES FONDAMENTALES OBJECTIFS DU PROGRAMME POUR LES DÉPENDANTS ET CODÉPENDANTS
1 Je suis fondamentalement une personne mauvaise et indigne.

 

Le programme permet de comprendre que chaque membre est fondamentalement une bonne personne. Tous apprennent à se séparer en tant qu’individus de leur dépendance qui, en tant que puissante  maladie, détruit leur vie. Lorsque les dépendants et les co-dépendants admettent le pouvoir de la dépendance, l’espoir naît de la connexion avec les autres et avec une puissance supérieure.
2. Personne ne m’aimerait tel que je suis. La fraternité du programme entoure les participants de personnes qui ont souffert de la même manière. Ils ne se sentent plus seuls. Ils confient et on leur confie des secrets personnels. Ils ont la possibilité d’évaluer leurs forces et leurs faiblesses, ainsi que de faire le point sur leurs propres valeurs et comportements. Leur nouvelle vulnérabilité leur permet d’espérer dépendre d’autres personnes en dehors du programme. Ils redécouvrent les processus humains fondamentaux pour rétablir les relations par la réparation et le pardon.
ÉVOLUTION DES CROYANCES
ETAPES CLÉS NOUVELLES CROYANCES MONDE INTÉGRÉ
1, 2,3 Je suis une personne digne d’intérêt qui mérite de la fierté. Les dépendants et les co-dépendants ont un nouveau sentiment de fierté. Le pouvoir du monde secret est brisé. L’identité et l’intégrité reviennent. Ils n’ont plus besoin de se cacher et peuvent s’ouvrir l’un à l’autre et aux autres.
4, 5, 8, 9 Je suis aimé(e) et accepté par les personnes qui me connaissent tel que je suis. Les dépendants et les co-dépendants développent une conscience réaliste de leurs forces et de leurs faiblesses, de leur valeur personnelle et des limites de leur impact sur les autres. Ils assument une nouvelle responsabilité de leur comportement, leur comportement devient de plus en plus congruent avec leurs valeurs. Ils apprennent que les erreurs peuvent être acceptées, que s’amender et recevoir le pardon est possible. Les dépendants et les co-dépendants peuvent devenir des membres réceptifs et responsables de la communauté humaine.

Les chiffres correspondent aux Douze étapes des Alcooliques Anonymes adaptées aux dépendants sexuels.

ANCIENNES CROYANCES FONDAMENTALES OBJECTIFS DU PROGRAMME POUR LES DÉPENDANTS ET CODÉPENDANTS
3. Mes besoins ne seront jamais satisfaits si je dois dépendre des autres. Lorsque les membres du programme admettent leurs besoins, ils ont leur première expérience de la prise en charge par la fraternité. Le programme n’est assorti d’aucune condition ou restrictions. Les membres reçoivent une affirmation en admettant leurs besoins. Les soins qu’ils reçoivent apportent un soutien de base qui permet de faire confiance à une puissance supérieure et à la communauté humaine pour leur fournir les soins dont ils ont besoin et pour se débarrasser de leurs anciens comportements autodestructeurs.
4. Le sexe est mon besoin le plus important (dépendants), ou le sexe est le signe d’amour le plus important (co-dépendants). Les dépenfdants et les co-dépendants apprennent le pouvoir que la dépendance avait dans leur vie. Ils découvrent qu’ils découvrent qu’ils n’ont pas besoin de l’addiction pour survivre, mais qu’ils ont besoin du programme en permanence à cause du pouvoir de l’addiction. En reconnaissant leur impuissance et leur incapacité à gérer leur situation, ils commencent à vivre une nouvelle vie axée sur les relations humaines plutôt que sur le sexe. Les membres du programme continuent d’apprendre ce processus en l’enseignant aux autres.
ÉVOLUTION DES CROYANCES
ETAPES CLÉS NOUVELLES CROYANCES MONDE INTÉGRÉ
6,7 Mes besoins peuvent être satisfaits par les autres si je leur fais savoir ce dont j’ai besoin. En se responsabilisant davantage, les dépendants et les co-dépendants voient le rôle qu’ils ont à jouer dans la satisfaction de leurs besoins. La dépendance ou la co-dépendance est inutile pour faire face à l’anxiété ou la douleur. La dépendance à l’égard d’autrui est acceptable. En cas de déception, la colère appropriée invite à poursuivre à l’inverse de la rage, qui maintient les autres à l’extérieur.
4, 5, 8, 9 Le sexe n’est qu’une expression de mon besoin et de l’attention que je porte à autrui. Les dépendants et les co-dépendants découvrent ce que leur obsession n’a jamais pu découvrir : un sens profond et personnel de la valeur de soi. Ils peuvent être reconnus et aimés, ainsi qu’aimer et reconnaitre les autres.

Ils apprennent qu’une expérience sexuelle enrichissante et variée dans le cadre de relations significatives contribue à l’épanouissement d’une personne. Vivre le programme leur assure que l’obsession sexuelle ne dirige pas leur vie.

Patrick J. Carnes, PhD: P. J. Carnes est le fondateur des thérapie des addictions sexuelles. Il est une autorité et un conférencier de renommée internationale dans le domaine de la toxicomanie et du rétablissement. Il est l’auteur de plus de vingt livres, dont les best-sellers Out of the Shadows : Understanding Addiction; Recovery, Betrayal Bond; Don’t Call It Love; The Gentle Path Through the Twelve Steps et The Gentle Path through the Twelve Principles. Les recherches du Dr Carnes constituent l’architecture du « modèle des tâches » pour le traitement des dépendances, utilisé par des milliers de thérapeutes dans le monde entier et par de nombreux centres de traitement, établissements résidentiels et hôpitaux réputés.

Mobilising the Evidence into Best Practices for Reducing Sexual Reoffending

A retrouver sur la page du CICC: Mobilising the Evidence into Best Practices for Reducing Sexual Reoffending (cicc-iccc.org)

Rencontre d’experts sur le traitement des délinquants sexuels, organisée par Franca Cortoni, professeure titulaire à l’École de criminologie et chercheure au CICC, regroupant des professeurs, chercheurs et praticiens de partout dans le monde. Certaines présentations étaient diffusées en direct sur le web. The presentation will be available on our Youtube channel soon.

La rencontre de travail a rassemblé plus de 20 experts et universitaires autour de thèmes en lien avec traitement des délinquants sexuels (AICS).

Program with full presentations

Si le lien est brisé: Agenda-Detailed-for-Webcasting-Expert-meetingWithPresentation

Evidence for treatment targets (R. Karl Hanson, Ottawa, Canada)

 

Evidence for treatment change (Mark Olver, U of Saskatchewan, Canada) Context of treatment

 

Rehabilitative climate in prisons (Belinda Winder & Nicolas Blagden, Nottingham University, UK)

 

Community management (Todd Hogue, University of Lincoln, UK) Treatment components

 

Cognitive process (Caoilte Ó Ciardha, Kent University, UK)

 

Self-regulation (Jill Stinson, East Tennessee State University, USA)

 

Sexual Regulation / Sexual Deviance (Wineke Smid, Forensic Care Specialists, Netherlands)

 

Relationship issues (Heather Moulden, McMaster University Health Sciences, Canada)

 

Motivational/ readiness for treatment issues (Sarah Brown, USC, Australia)

 

Group atmosphere/ dynamic (Steve Sawyer, Sawyer Solutions, Inc., USA)

 

Effective therapists characteristics (Yolanda Fernandez, Correctional Service Canada)

 

TRAITS DE CARACTÈRE DES INTERVIEWEURS PERFORMANTS DANS LE CADRE D’UN ENQUETE

« Étudiez un intervieweur vraiment talentueux et vous constaterez qu’il ou elle possède un certain nombre de qualités personnelles très spéciales. Le premier trait essentiel d’un enquêteur accompli est que les victimes, les témoins et même les suspects doivent sentir que le policier ressent les mots qu’il prononce. La mesure dans laquelle l’agent détermine le niveau de confiance qu’ils lui accordent et donc de la possibilité de partager leurs secrets. Cette confiance est la base de l’obtention d’informations que la victime, le témoin et certainement le suspect peuvent initialement être réticents à fournir. Il est largement reconnu que l’établissement d’un rapport entre l’enquêteur et la personne interrogée représente un élément crucial du processus d’entretien, en particulier lorsque les détails du crime  peuvent être sensibles ou associés à l’embarras, à la honte et/ou à la stigmatisation (Read, Powell, Kebbell, & Milne, 2009 ; Walsh & Bull, 2012).
Un intervieweur efficace est un vendeur adaptable, qui projette de la sincérité à chaque tournant de l’entretien, tout en étant capable de changer de cap à plusieurs reprises au cours de l’enquête. Il est impératif que les victimes et les témoins voient une personne empathique et professionnelle de l’autre côté de la table. Avec les suspects, l’enquêteur doit véritablement projeter un haut degré de neutralité et d’impartialité avant toute confrontation nécessaire, visant à obtenir des aveux. Certains ont affirmé que la mise en place d’un environnement d’entretien favorable et sans jugement peut augmenter la probabilité d’aveux (Kebbell, Alison, & Hurren, 2008 ; Oxburgh & Ost, 2011). En outre, si les délinquants sexuels présumés peuvent être particulièrement réticents à avouer leur implication dans un crime sexuel, c’est en partie à cause de la durée et de la sévérité perçues de la peine, certains délinquants peuvent éprouver des remords importants  et avoir un fort désir de contextualiser leur comportement délinquant dans leurs propres termes  (Read et al., 2009). Les suspects qui perçoivent l’enquêteur ou l’environnement comme menaçants peuvent être moins enclins à donner un récit véridique de l’acte criminel.
Comme dans le cadre d’un entretien professionnel, le policier peut mettre en doute la crédibilité d’une victime ou d’un témoin. Il peut également avoir des soupçons sur la culpabilité d’un suspect. L’enquêteur doit se prémunir contre toute fuite de préjugés ou de scepticisme jusqu’à ce que des preuves suffisantes soient identifiées pour justifier cette position. Permettre à ses soupçons d’être connus prématurément par la personne interrogée conduira presque à coup sûr à l’antagonisme et à la méfiance. Lorsqu’un agent émet des signaux accusateurs, la personne interrogée est susceptible de se mettre sur la défensive. À son tour, l’agent peut interpréter l’attitude défensive du sujet comme un indicateur de dissimulation d’informations, voire de tromperie pure et simple. A partir de là, la négativité de l’agent et de la personne interrogée peut monter en flèche, entraînant la perte d’occasions de recueillir des données précieuses, des heures de travail perdues et l’absence de progrès dans la résolution de l’affaire.
Une attitude et un comportement médiocres sont tout aussi dévastateurs, car ils stoppent vraisemblablement le flux d’informations qui auraient pu être utilisées à l’avantage de l’enquêteur si la personne interrogée devenait plus tard le centre de l’enquête. Ce problème se pose le plus souvent lors de l’audition de témoins, surtout s’ils sont susceptibles de devenir des suspects en raison de leur lien de parenté avec la victime (les parents d’un enfant disparu, l’autre personne importante d’un adulte disparu).
Un autre trait de caractère très apprécié des enquêteurs est leur capacité à identifier les raisons pour lesquelles un suspect est réticent à assumer la responsabilité de ses actes criminels. Le plus souvent, cela ne peut se faire qu’en abordant avec le suspect une série de sujets non menaçants qui n’ont apparemment aucun lien avec l’acte criminel en question.
L’enquêteur doit être en mesure de garder le contrôle de l’enquête et de la personne interrogée. Il doit pouvoir aller au-delà de l’écoute attentive et être capable d’évaluer la structure des phrases et les mots choisis par l’autre personne, car ils aideront à révéler le sens des informations fournies. Il existe de nombreux autres traits de caractère associés à un bon intervieweur, mais le manque d’espace ne permet pas d’aborder chacun d’entre eux.

FORMULATION DES QUESTIONS
Il n’existe aucune obligation constitutionnelle concernant le type de questions à poser lors de l’interrogatoire d’un suspect sexuellement violent. Les tribunaux ont toutefois tendance à voir d’un mauvais œil les déclarations obtenues par des questions fermées qui contiennent des informations spécifiques au crime, telles que « Dites-m’en plus sur l’homme blanc qui a quitté la scène de crime dans la Ford Thunderbird rouge ». Si ces informations sont ensuite « répétées » à l’intervieweur, elles peuvent sembler corroborer des aveux. Une telle contamination se produit généralement lorsquedes questions fermées sont posées au début de l’entretien.

Une fois l’erreur de contamination commise, il est impossible de la réparer. Les questions ouvertes sont introduites par des phrases telles que « Décrivez-moi… », « Parlez-moi de… » ou « Expliquez-moi comment… »  et évitent de contaminer l’entretien.
L’objectif global d’un entretien est d’obtenir des informations. Il s’ensuit donc logiquement que les questions initiales devraient idéalement être courtes et les réponses longues. L’approche recommandée est de commencer l’entretien criminel par des questions ouvertes, permettant au sujet de répondre sans être interrompu. L’enquêteur compétent s’entraîne à rester silencieux même lorsqu’il reconnaît que des informations incorrectes ou trompeuses sont fournies. Une fois que le sujet s’est engagé dans une version des événements, l’enquêteur doit clarifier les informations incorrectes ou confuses, en utilisant à nouveau des questions ouvertes.
S’il est nécessaire d’utiliser une question directe ou fermée, cette tactique doit être réservée à la fin de la phase d’interrogation. Dans la mesure du possible, la formulation d’une question fermée doit éviter tout détail sur le crime qui n’aurait pas été fourni par la personne interrogée.
L’utilisation habile de questions ouvertes est l’un des principaux outils de l’enquêteur professionnel et l’une des meilleures pratiques pour protéger le resultat de l’entretien.

Source: Hazelwood, R. R., & Burgess, A. W. (Eds.). (2009). Practical aspects of rape investigation: A multidisciplinary approach (5th ed.). Boca Raton, FL: CRC Press.