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ÉCHELLE DES CROYANCES ROMANTIQUES

juillet 17th, 2026 | Publié par crisostome dans OUTILS | VIF - (0 Commentaire)

Romantic Beliefs Scale – RBS

Sprecher & Metts, 1989

PRÉSENTATION DE L’ÉCHELLE

L’Échelle des croyances romantiques (Romantic Beliefs Scale, RBS) a été développée par Susan Sprecher et Sandra Metts en 1989 dans le but de mesurer l’adhésion à un ensemble de croyances constitutives de l’idéologie romantique dans la culture occidentale (ensemble de croyances romantiques culturellement valorisées). Cet instrument s’inscrit dans une tradition de recherche visant à comprendre comment les représentations idéalisées de l’amour influencent les attentes, les comportements et la qualité des relations amoureuses.

Le processus de développement de l’échelle a été mené selon une approche itérative rigoureuse. Partant d’un pool initial de 32 items inspirés des travaux de Lantz et al. (1973), les auteures ont procédé à plusieurs vagues d’administration et de révision auprès d’un total de 1 152 participants, avant de parvenir à une version finale de 15 items. La version définitive a été soumise à des tests de fiabilité et de validité sur un échantillon de 730 étudiants de premier cycle universitaire. Les résultats ont apporté un soutien solide à la validité et à la fiabilité de l’échelle.

Une caractéristique distinctive du RBS réside dans la formulation de ses items à la première personne du singulier (par exemple, « Si j’aime quelqu’un… » plutôt que « Si une personne aime quelqu’un… »). Ce choix méthodologique vise à mesurer les attitudes personnelles plutôt que les attentes normatives concernant le romantisme, évitant ainsi l’écueil d’autres échelles qui reflètent davantage la façon dont l’individu pense que les gens en général se sentent plutôt que ses propres croyances.

L’analyse factorielle de l’échelle a permis d’identifier quatre dimensions distinctes, qui constituent les quatre sous-échelles du RBS :

  1. L’amour triomphe de tout (Love Finds a Way) – croyance selon laquelle l’amour véritable est assez puissant pour surmonter tous les obstacles, qu’ils soient d’ordre matériel, géographique ou social.
  2. L’âme sœur unique (One and Only) – croyance en l’existence d’une seule personne destinée à être l’amour véritable, et en l’impossibilité de retrouver un amour d’une intensité équivalente avec une autre personne.
  3. L’idéalisation (Idealization) – croyance selon laquelle le partenaire aimé possède des qualités quasi parfaites et que la relation amoureuse elle-même sera exempte de défauts majeurs.
  4. Le coup de foudre (Love at First Sight) – croyance en la possibilité de reconnaître instantanément son âme sœur dès la première rencontre.

Les qualités psychométriques du RBS ont été largement étudiées dans différents contextes culturels. Les résultats soutiennent généralement une bonne cohérence interne, mais la structure factorielle varie selon les études et les populations examinées. La version polonaise de l’échelle, par exemple, a démontré une structure factorielle et des propriétés psychométriques comparables à la version originale anglaise. Des recherches ont également établi que le romantisme, tel que mesuré par le RBS, est lié au genre et à l’orientation des rôles de genre, les hommes rapportant généralement des scores totaux plus élevés que les femmes, et la féminité constituant un prédicteur plus fort du romantisme que la masculinité. A noter que si dans l’étude originale, les hommes obtenaient des scores légèrement plus élevés que les femmes, les recherches ultérieures ont toutefois produit des résultats plus variables selon les contextes culturels.Par ailleurs, les jeunes adultes obtiennent des scores plus élevés que les adultes plus âgés, et les Américains présentent des scores plus élevés que les personnes d’autres cultures.

TRADUCTION FRANÇAISE DE L’ÉCHELLE

Consignes

Les énoncés ci-dessous décrivent différentes croyances que l’on peut entretenir à propos de l’amour et des relations amoureuses. Pour chaque énoncé, veuillez indiquer dans quelle mesure vous êtes d’accord ou en désaccord, en utilisant l’échelle suivante :

7 Tout à fait d’accord
6 Assez d’accord
5 Plutôt d’accord
4 Ni d’accord, ni en désaccord
3 Plutôt en désaccord
2 Assez en désaccord
1 Tout à fait en désaccord

Items

  1. J’ai besoin de connaître quelqu’un pendant un certain temps avant de tomber amoureux/amoureuse de cette personne.

  2. Si j’étais amoureux/amoureuse de quelqu’un, je poursuivrais cette relation même si mes parents et mes amis désapprouvaient cette relation.

  3. Une fois que j’aurai connu le « véritable amour », je ne pourrai plus jamais le ressentir à nouveau, avec la même intensité, avec une autre personne.

  4. Je crois que le véritable amour, ça dure toute la vie.

  5. Si j’aime quelqu’un, je sais que je peux faire fonctionner cette relation, quels que soient les obstacles.

  6. Quand je rencontrerai mon « véritable amour », je le saurai probablement très rapidement après notre rencontre..

  7. Je suis certain(e) que tout ce que j’apprendrai sur la personne que je choisirai pour un engagement à long terme me plaira.

  8. La relation que j’aurai avec mon « véritable amour » sera presque parfaite.

  9. Si j’aime quelqu’un, je trouverai un moyen pour que nous soyons ensemble, quelles que soient l’opposition à notre relation, la distance physique entre nous ou tout autre obstacle.

  10. Il n’y aura qu’un seul véritable amour pour moi.

  11. Si une relation que j’ai est faite pour être, tout obstacle (par exemple, manque d’argent, distance physique, conflits de carrière) peut être surmonté.

  12. Il est probable que je tombe amoureux/amoureuse presque immédiatement si je rencontre la bonne personne.

  13. Je m’attends à ce que, dans ma relation, l’amour romantique ne s’éteindra pas avec le temps

  14. La personne que j’aimerai sera un/une partenaire romantique parfait(e) ; par exemple, il/elle m’acceptera totalement, sera aimant(e) et compréhensif/compréhensive.

  15. Je crois que si une autre personne et moi nous aimons, nous pouvons surmonter toutes les différences et tous les problèmes qui pourraient survenir.

COTATION

Attribution aux sous-échelles

Chaque item est associé à l’une des quatre sous-échelles suivantes :

Sous-échelle Items
L’amour triomphe de tout (Love Finds a Way) 2, 5, 9, 11, 15
L’âme sœur unique (One and Only) 3, 4, 10
L’idéalisation (Idealization) 7, 8, 14
Le coup de foudre (Love at First Sight) 1*, 6, 12

L’item 1 est suivi d’un astérisque () car il est inversé.*

Procédure de calcul

  1. Inversion de l’item : L’item 1 (« J’ai besoin de connaître quelqu’un pendant un certain temps avant de tomber amoureux/amoureuse de cette personne ») est inversé. La cotation s’effectue selon la formule suivante : score inversé = 8 - score original (ainsi, un 7 devient 1, un 6 devient 2, un 5 devient 3, un 4 devient 4, un 3 devient 5, un 2 devient 6, un 1 devient 7).

  2. Calcul des scores par sous-échelle : Pour chacune des quatre sous-échelles, faire la somme des scores des items qui la composent (après inversion pour l’item 1). Les scores par sous-échelle varient comme suit :

    • Love Finds a Way (5 items) : de 5 à 35

    • One and Only (3 items) : de 3 à 21

    • Idealization (3 items) : de 3 à 21

    • Love at First Sight (3 items, dont 1 inversé) : de 3 à 21

  3. Score total : La somme des scores des quatre sous-échelles donne un score total compris entre 15 et 105. Un score plus élevé indique une adhésion plus forte aux croyances romantiques.

Remarque : Contrairement à de nombreuses échelles psychométriques, le RBS ne comporte pas d’items inversés supplémentaires dans sa version finale, ce qui peut exposer les répondants à un biais de réponse consistant à acquiescer ou à contester systématiquement les items, indépendamment de leur contenu. Il convient d’en tenir compte lors de l’interprétation des résultats.

INTERPRÉTATION

Principe général

Un score élevé sur une sous-échelle ou sur le score total indique une adhésion plus forte à l’idéologie romantique, caractérisée par une vision idéalisée et parfois irréaliste de l’amour. Un score faible reflète une vision plus pragmatique, réaliste et moins idéalisée des relations amoureuses.

Des scores élevés ne signifient pas nécessairement que la personne entretient une relation dysfonctionnelle. Ils reflètent avant tout des attentes et des représentations idéalisées de l’amour, dont les effets peuvent varier selon le contexte relationnel.

Interprétation par sous-échelle

1. L’amour triomphe de tout (Love Finds a Way) — items 2, 5, 9, 11, 15

Un score élevé témoigne de la conviction que l’amour véritable est suffisamment puissant pour surmonter tous les obstacles, qu’ils soient d’ordre social (désapprobation familiale), matériel (manque d’argent), géographique (distance) ou relationnel (différences et conflits). Cette croyance peut favoriser l’engagement et la persévérance, mais aussi conduire à minimiser des difficultés objectives ou à s’engager dans des relations manifestement inadéquates.

2. L’âme sœur unique (One and Only) — items 3, 4, 10

Un score élevé reflète la croyance en l’existence d’une seule personne destinée à être l’amour véritable, et en l’impossibilité de connaître un amour d’égale intensité avec une autre personne. Cette conception, proche de la notion d’« âme sœur » ou de soulmate, peut renforcer l’idéalisation du partenaire et la crainte de le perdre, mais aussi entraver la capacité à se remettre d’une rupture ou à s’engager dans de nouvelles relations.

3. L’idéalisation (Idealization) — items 7, 8, 14

Un score élevé indique une tendance à attribuer au partenaire et à la relation des qualités quasi parfaites. La personne s’attend à ce que son partenaire soit totalement acceptant, aimant et compréhensif, et que la relation soit exempte de défauts significatifs. Cette croyance, bien que source d’enthousiasme initial, expose à de potentielles déceptions lorsque la réalité du partenaire et de la relation ne correspond plus à l’image idéalisée.

4. Le coup de foudre (Love at First Sight) — items 1*, 6, 12

Un score élevé (après inversion de l’item 1) traduit la croyance en la possibilité de reconnaître immédiatement son âme sœur dès la première rencontre. Cette croyance, largement véhiculée par les récits culturels et les médias, peut conduire à une surévaluation des premières impressions et à une précipitation dans l’engagement, au détriment d’une connaissance approfondie de l’autre.

Score total

Le score total, somme des quatre sous-échelles, offre une indication du niveau global d’adhésion à l’ensemble de croyances romantiques culturellement valorisées. Les études publiées rapportent généralement des moyennes comprises entre environ 65 et 75 selon les échantillons étudiés. Dans les échantillons d’étudiants américains, les scores moyens se situent généralement autour de 70-75 sur 105.

Aucune norme clinique ni seuil d’interprétation officiel n’a été établi pour le RBS. Les résultats sont généralement interprétés de manière comparative (entre individus ou groupes) ou à partir des distributions observées dans les études de recherche.

À titre indicatif, des scores supérieurs à 80 peuvent être considérés comme reflétant un niveau élevé de croyances romantiques, tandis que des scores inférieurs à 60 indiquent une vision plus pragmatique. Ces seuils sont toutefois dépendants du contexte culturel et de l’échantillon.

A noter:

Depuis 1989, plusieurs travaux ont montré que le RBS est fortement corrélé avec les travaux de Raymond Knee sur les destiny beliefs et growth beliefs. Ces recherches sont devenues incontournables lorsqu’on parle des croyances romantiques (Knee, C. R. (1998). Implicit Theories of Relationships).

Remarques cliniques et méthodologiques

  • Le RBS n’est pas un instrument diagnostic ; il vise à évaluer des croyances culturellement partagées concernant l’amour romantique, et non des troubles ou des dysfonctionnements psychologiques.
  • Les croyances romantiques ne sont pas intrinsèquement pathologiques. Un niveau modéré d’idéalisation peut contribuer à la satisfaction et à l’engagement dans les premières phases d’une relation. C’est leur caractère extrême et rigide, en décalage avec la réalité, qui peut engendrer des difficultés.
  • Dans un contexte de recherche ou d’accompagnement, les scores sur les différentes sous-échelles peuvent aider à identifier les attentes spécifiques qu’une personne entretient à l’égard de ses relations amoureuses.
  • Il est recommandé d’interpréter les résultats en tenant compte du contexte culturel, de l’âge, du genre et des expériences relationnelles antérieures du répondant.
  • La version finale du RBS ne comportant pas d’items inversés (à l’exception de l’item 1), il convient d’être attentif aux éventuels biais de réponse (acquiescement ou contestation systématique) lors de l’interprétation des scores individuels.

Référence : Sprecher, S., & Metts, S. (1989). Development of the `Romantic Beliefs Scale’ and examination of the effects of gender and gender-role orientation. Journal of Social and Personal Relationships, 6(4), 387-411

Dans le champ de la criminologie et de la justice pénale, les programmes d’intervention pour auteurs de violence conjugale (batterer intervention programs, BIP) constituent une réponse centrale à l’égard des hommes poursuivis pour violences envers leur partenaire. Une question récurrente, mais peu étudiée depuis les premières années de ces programmes, est celle du mélange, au sein des mêmes groupes, d’hommes contraints par la justice (court‑mandated) et d’hommes qui s’y présentent volontairement (non‑court‑mandated ou self‑referred). L’article de Tutty, Babins‑Wagner et Rothery (2019), publié dans le Journal of Aggression, Maltreatment & Trauma, apporte un éclairage empirique sur cette question à partir d’un programme canadien nommé « Responsible Choices for Men » (RCM).

Méthode et participants

L’étude porte sur 964 hommes ayant débuté le programme RCM entre 2005 et 2015 au Calgary Counselling Centre (Alberta, Canada). Parmi eux, 759 étaient sous mandat judiciaire (provenant d’un tribunal spécialisé en violence conjugale) et 205 n’étaient pas sous contrainte judiciaire (référés par des conseillers, des services sociaux, ou sur initiative personnelle). Les mesures ont été administrées en début et en fin de programme, avec une prise en compte de la désirabilité sociale via l’échelle de Marlowe‑Crowne.

Les instruments utilisés comprennent : l’Outcome Questionnaire (OQ‑45) pour la détresse psychologique générale, l’Index of Clinical Stress (ICS), la Generalized Contentment Scale (dépression), la Rosenberg Self‑Esteem Scale, la Relationship Belief Scale (croyances sur les relations de couple), les échelles d’abus physique et psychologique (Walmyr Publishing), le Personality Assessment Screener (PAS) et l’URICA‑DV pour les stades de changement.

Principaux résultats : différences démographiques et cliniques initiales

En début de programme, les deux groupes présentent certaines différences, mais avec des tailles d’effet faibles à modérées :

  • Les hommes non contraints par la justice sont légèrement plus âgés (37 ans contre 35 ans en moyenne).
  • Ils ont un niveau d’éducation plus élevé (davantage d’études post‑secondaires et universitaires).
  • Une proportion plus importante vit encore avec leur partenaire (50,5 % contre 37,7 %).
  • Ils ont davantage eu recours à des consultations psychologiques préalables (78 % contre 45 %) et rapportent plus souvent une exposition à la violence conjugale dans leur famille d’origine (45 % contre 24 %).
  • Sur le plan des stades de changement, les hommes non mandatés sont plus souvent en « Action‑High Relapse » (apparemment prêts à changer mais à haut risque d’abandon), tandis que les hommes sous mandat sont plus souvent en « Précontemplation ».
  • En termes cliniques, les hommes non mandatés présentent des scores initiaux plus élevés (plus de symptômes) sur l’OQ‑45, la dépression, le stress clinique et plusieurs sous‑échelles du PAS (notamment Affect Négatif, Retrait Social, Idéations suicidaires, Contrôle de la colère). Cependant, ces scores restent souvent en dessous des seuils cliniques pour les mesures disposant de points de coupure.

Évolution en cours de programme

Un point essentiel est que les deux groupes bénéficient d’un entretien individuel préalable (durée moyenne d’environ 15 semaines). Durant cette phase, la détresse psychologique mesurée par l’OQ‑45 diminue significativement dans les deux groupes, avec un passage sous le seuil clinique pour les hommes non mandatés.

Après le programme de groupe RCM (30 heures sur 14 semaines) :

  • Les taux d’abandon sont identiques (76 % de complétion dans les deux groupes).
  • Toutes les mesures cliniques (détresse, dépression, estime de soi, stress, abus rapportés envers la partenaire, abus reçus de la partenaire, et sous‑échelles du PAS) s’améliorent significativement, avec des tailles d’effet petites à moyennes.
  • Les hommes non mandatés s’améliorent davantage que les mandatés sur l’OQ‑45 et la dépression (Generalized Contentment Scale).
  • Une nuance importante : les croyances sur les relations de couple (Relationship Belief Scale) s’améliorent chez les hommes sous mandat, mais se détériorent légèrement chez les non‑mandatés. Ce dernier point est interprété par les auteurs comme un signal d’alerte possible quant à l’effet du mélange des deux populations.

Discussion et implications criminologiques

Les auteurs soulignent plusieurs éléments :

  1. Contrairement à certaines inquiétudes exprimées dans la littérature (notamment par Scott et al., 2017), l’inclusion simultanée d’hommes sous contrainte judiciaire et d’hommes volontaires n’entraîne pas de moins‑bons résultats globaux. Les deux groupes progressent cliniquement.
  2. Les hommes non mandatés présentent initialement davantage de détresse psychologique et sont moins enclins à la désirabilité sociale, ce qui tempère l’idée selon laquelle les volontaires seraient systématiquement « plus motivés » ou « moins pathologiques ».
  3. La détérioration des croyances égalitaires chez les non‑mandatés mérite une vigilance clinique, mais son interprétation reste limitée en l’absence de normes robustes pour cette échelle.
  4. L’étude ne permet pas de conclure à un effet négatif du mélange des deux groupes, mais les auteurs recommandent des recherches supplémentaires et appellent les animateurs de groupes à rester attentifs aux discours minimisant la violence ou blâmant la partenaire.

Limites de l’étude

Les limites clairement identifiées par les chercheurs sont :

  • L’absence d’assignation aléatoire, ce qui limite la généralisation.
  • Le recours exclusif à l’auto‑déclaration des hommes, bien que la désirabilité sociale ait été mesurée.
  • L’impossibilité de collecter des données auprès des partenaires féminines.
  • L’absence de mesure de la récidive officielle dans ce jeu de données (bien qu’une étude antérieure sur le même programme ait montré un faible taux de récidive, 8,5 %, après introduction d’un tribunal spécialisé).

Conclusion pour la criminologie appliquée

Cette étude empirique, réalisée sur un échantillon de grande taille (964 hommes, dont 694 suivis en pré‑post), offre des éléments utiles aux décideurs judiciaires et aux cliniciens. Elle suggère qu’il n’y a pas de raison systématique de séparer les auteurs sous contrainte judiciaire et les volontaires au sein des programmes de groupe, du moins lorsque le programme inclut une phase de préparation individuelle et une approche narrative – féministe. Toutefois, la question des effets différentiels sur les croyances de genre reste ouverte et justifie une surveillance clinique accrue.

Référence
Tutty, L. M., Babins‑Wagner, R., & Rothery, M. A. (2019). The Responsible Choices for Men IPV Offender Program: Outcomes and a comparison of court‑mandated to non‑court‑mandated men. Journal of Aggression, Maltreatment & Trauma, 29(3), 1‑23. https://doi.org/10.1080/10926771.2019.1578316

En criminologie, l’étude des attitudes et des croyances à l’égard de la violence entre partenaires intimes (VPI) occupe une place centrale. Ces croyances ne se réduisent pas à de simples opinions individuelles ; elles constituent des indicateurs essentiels de la tolérance sociale à l’égard des violences faites aux femmes, influençant à la fois les comportements des victimes, les réactions des proches et les pratiques des professionnels intervenant dans le système pénal et social. Pourtant, mesurer ces croyances de manière valide et actualisée reste un défi méthodologique. L’Inventory of Beliefs about Intimate Partner Violence (IBIPV), développé par Garcia-Ael, Recio et Silvan-Ferrero (2018), répond à cette nécessité en proposant une version révisée et psychométriquement robuste d’un instrument classique, l’Inventory of Beliefs about Wife Beating (IBWB) de Saunders et al. (1987).

Des croyances multidimensionnelles

L’IBIPV s’inscrit dans une conception multidimensionnelle des croyances liées à la VPI. L’analyse factorielle confirmatoire menée sur un échantillon de 1169 participants espagnols confirme une structure en trois facteurs distincts, mais théoriquement cohérents :

  1. La justification de la violence (JPV) : ce facteur regroupe les croyances selon lesquelles la violence peut être légitime, que ce soit pour résoudre un conflit, maintenir la relation ou en réponse à un comportement jugé provocateur de la victime. Il reflète une adhésion à des normes patriarcales traditionalistes. (items 1 à 6)

  2. La responsabilisation de la victime (VRV) : ce facteur évalue l’attribution de la responsabilité à la femme victime, en incluant des items modernes qui dépassent les explications comportementales classiques. L’inclusion d’items relatifs aux convictions féministes ou à l’indépendance économique de la victime est particulièrement intéressante. Elle témoigne d’un mécanisme de blâme plus subtil, où la transgression des rôles de genre traditionnels est implicitement considérée comme une provocation justifiant la violence. (items 7 à 15)

  3. La responsabilisation de l’agresseur (ARV) : ce facteur se distingue nettement des deux précédents, tant par sa corrélation négative avec eux que par son contenu. Il mesure l’attribution de la responsabilité à l’auteur, en mettant l’accent sur l’intentionnalité (imposer sa volonté, restreindre la liberté, humilier) et en incluant des solutions basées sur la responsabilisation pénale (arrestation) plutôt que sur la thérapie de couple. (Items 16 à 22)

Validité et invariance : une rigueur méthodologique au service de la comparaison

L’apport majeur de l’étude de validation de l’IBIPV réside dans la démonstration de ses qualités psychométriques. Les indices d’ajustement du modèle à trois facteurs sont excellents (CFI = .952, RMSEA = .062). Surtout, l’étude établit une invariance de mesure à trois niveaux (configural, métrique, scalaire) entre les hommes et les femmes. En termes pratiques, cela signifie que l’IBIPV mesure les mêmes construits de manière équivalente pour les deux sexes, permettant des comparaisons directes des scores moyens sans risque de biais d’instrumentation. Cette propriété est cruciale pour toute recherche comparative.

Cohérence avec la littérature : sexisme et différences de genre

La validité convergente de l’IBIPV est confortée par ses corrélations avec l’Ambivalent Sexism Inventory (ASI). Comme attendu, les sous-échelles JPV et VRV corrèlent positivement avec le sexisme hostile et le sexisme bienveillant, tant envers les femmes qu’envers les hommes. Ces résultats confirrent que les croyances légitimant la violence s’ancrent dans un système idéologique plus large de justification de la domination masculine.

L’étude révèle également des différences significatives selon le genre et l’âge. Les hommes obtiennent des scores plus élevés que les femmes sur les facteurs de justification et de responsabilisation de la victime, tandis que les femmes adhèrent davantage à la responsabilisation de l’agresseur. Ces résultats sont conformes à une littérature abondante. L’interaction avec l’âge est particulièrement éclairante : si les femmes présentent des scores stables sur l’ensemble des tranches d’âge, les hommes de plus de 50 ans adhèrent davantage aux croyances de justification que leurs cadets, suggérant une évolution générationnelle des représentations.

Implications pour la criminologie et les interventions

L’IBIPV constitue un outil précieux pour la recherche et la pratique criminologique à plusieurs titres :

  • Pour la recherche : il permet d’opérationnaliser de manière fiable et actuelle le concept de croyances légitimantes, en intégrant des dimensions contemporaines comme l’autonomie économique ou le féminisme comme facteurs de risque perçus. Sa structure factorielle stable ouvre la voie à des modélisations plus complexes (médiations, modèles multigroupes) dans l’étude des déterminants des attitudes.

  • Pour l’évaluation et l’intervention : en contexte judiciaire, de prise en charge des auteurs ou d’accompagnement des victimes, l’IBIPV peut être utilisé pour identifier les schémas cognitifs favorisant le passage à l’acte ou la minimisation. La distinction entre la responsabilisation de l’agresseur et les deux autres facteurs offre une grille de lecture fine pour évaluer l’évolution des croyances après un programme de sensibilisation ou de traitement.

En révisant un instrument classique et en le dotant de propriétés psychométriques solides, l’IBIPV répond à un besoin méthodologique essentiel dans l’étude de la violence entre partenaires intimes. Il offre une mesure multidimensionnelle, invariante selon le genre et ancrée dans les développements théoriques récents. Pour les criminologues, disposer d’un tel outil, c’est se donner les moyens d’analyser avec plus de précision les soubassements culturels et idéologiques de la violence conjugale, condition nécessaire pour éclairer les politiques de prévention et d’intervention.

Référence :
Garcia-Ael, C., Recio, P., & Silvan-Ferrero, P. (2018). Psychometric properties of the Inventory of Beliefs about Intimate Partner Violence (IBIPV). The European Journal of Psychology Applied to Legal Context, 10(2), 135-144.

IBIPV_FR

Le plan de sécurité proposé par le site Déclic Violence traduit les connaissances sur les comportements violents en mesures concrètes de protection.

Le Plan de Sécurité : Une Réponse Psychocriminologique Structurée

1. La Capacité d’Anticipation : Premier Bouclier Cognitif

Mémoriser les numéros d’urgence et identifier des lieux sûrs ne relève pas d’une simple précaution. Cela active un processus crucial : le passage de la victimisation passive à l’agentivité. Lorsqu’une personne en danger internalise ces informations, elle développe une capacité de réponse conditionnée qui peut faire la différence en situation de crise.

2. Le Réseau de Secours : Contourner l’isolement Facteur de Risque

L’isolement social est un facteur aggravant majeur dans les situations de violence conjugale. Le plan insiste sur l’importance d’identifier des proches et d’établir un code secret. Cette stratégie fait écho aux travaux sur les réseaux de contrôle social : maintenir des liens externes constitue un frein au pouvoir de coercition du conjoint violent.

3. La Protection des Enfants : Prévenir la Violence Générationnelle

En apprenant aux enfants les numéros d’urgence et les lieux de rendez-vous, on ne les protège pas seulement du danger immédiat. On agit sur un mécanisme psychocriminologique fondamental : la transmission intergénérationnelle des comportements violents. Les enfants exposés à la violence ont un risque plus élevé de reproduire ces schémas à l’âge adulte. Les outils de sécurité leur offrent une modélisation alternative.

4. L’Autonomie Économique : Briser les Chaînes Invisibles

La dépendance financière est l’un des principaux facteurs de maintien dans la violence. Le plan préconise d’ouvrir un compte séparé et de vérifier les fonds communs. Cette dimension reconnaît une réalité psychocriminologique : le contrôle économique est un outil de coercition aussi puissant que la violence physique.

5. Les Documents Clés : Anticiper la Fuite et la Preuve

Rassembler papiers d’identité, preuves de violence et documents administratifs relève d’une logique évidente pour une fuite, mais aussi d’une démarche psychocriminologique. La justice pénale repose sur la preuve matérielle. Certificats médicaux, attestations de dépôt de plainte, photos constituent les éléments de preuve essentiels pour briser le cycle d’impunité.

Les Profils de Conjoints Violents : Ce que la Psychocriminologie Nous Apprend

Le plan de sécurité s’inscrit dans une compréhension de profils spécifiques :
  • Le contrôlant-impulsif : Recourt à la violence pour maintenir un pouvoir total. Le code secret avec les voisins est particulièrement efficace contre ce profil.
  • Le persecuteur obsessionnel : Peut poursuivre l’ex-conjointe après la séparation. La documentation et la préparation juridique sont essentielles.
  • Le manipulateur dépendant : Utilise la menace suicidaire ou les enfants comme levier. L’autonomie économique et le réseau de soutien constituent des remparts.

Pourquoi la Prévention Primaire Est Essentielle

D’un point de vue psychocriminologique, la violence conjugale n’est pas une crise ponctuelle mais un processus évolutif. Les statistiques sont éloquentes : le moment de la rupture représente le pic de dangerosité. Le plan de sécurité n’est donc pas une mesure d’urgence, mais une stratégie de désescalade continue.

De la Théorie à la Pratique, Sauver des Vies

Le plan de sécurité de Déclic Violence démontre que la criminologie n’a rien d’abstrait. Elle se traduit par des gestes concrets, répétés, anticipés. Chaque point de ce plan correspond à une faille identifiée dans les mécanismes de contrôle des conjoints violents.
Pour aller plus loin : Si vous vous reconnaissez dans cette situation, n’attendez pas. Contactez le 3919 (Violences Femmes Info) ou le 17 en urgence. La prévention commence par la reconnaissance du danger.

Perceptions of Female Offenders, Vol. 2 (éd. Russell & Torres, 2023) explore comment stéréotypes de genre et normes sociales influencent les représentations et le traitement des femmes dans le système criminel américain . Ce volume synthétise recherches empiriques et analyses critiques sur :

  1. la victimisation cumulée, notamment dans le cas des personnes trans ;
  2. les disparités dans l’information criminelle selon le genre et les communautés racisées  ;
  3. les parcours singuliers en cas de crimes conjugaux, ou d’homicide par partenaire ;
  4. le double stigmate subi par les femmes déviantes (double déviance) dans les processus judiciaires .

Un chapitre est consacré aux homicides conjugaix perpétrés par des femmes, écrit par Lysova (2023) Female Perpetrators of Intimate Partner Homicide

Alexandra Lysova (2023) propose dans ce chapitre un examen rigoureux et critique de la perpétration féminine d’homicide dans le cadre des relations intimes (IP‑Homicide/IPH), un phénomène encore largement ignoré par le champ criminologique. Les femmes représentent environ le tiers des homicide conjugaux au Canada et aux États-Unis (Armstrong et Jaffray, 2021 ; Federal Bureau of Investigation [FBI], 2021), et plus de la moitié des meurtres commis par des femmes entre 2000 et 2015 concernaient justement des partenaires ou membres de la famille

Statistiques & enjeux

  • L’IPH représente 13,5 % des homicides mondiaux, avec 38,6 % de femmes victimes et 6,3 % d’hommes victimes (Stöckl et al., 2013). Aux États‑Unis et au Canada, les données FBI et StatCan placent les femmes meurtrières de conjointes à environ un tiers des cas.
  • Entre 2000 et 2015 aux États‑Unis, plus de 50 % des femmes ayant commis un homicide ont ciblé un partenaire ou un membre familial (vs 30 % pour les hommes) .
  • L’impact sur les enfants survivants peut être majeur (développement, attachement, dysfonctionnement relationnel) .

Modèles explicatifs

Perspectives féministes (activisme critique) :

Les modèles féministes mettent en avant la violence défensive, résultant de violences continues et coercitives subies par celles qui tuent leurs partenaires (dite battered woman syndrome) .

  • Une étude suédoise révèle que seulement 13 % des femmes homicides de partenaires évoquent explicitement la légitime défense, remettant en cause l’explication unique de la violence défensive .
  • La réduction progressive des homicides féminins est corrélée à l’amélioration des services destinés aux femmes victimes de violence conjugale (Caman et al 2017., Cooper & Smith, 2011).

Perspective situationnelle :

Ce point de vue considère les facteurs contextuels immédiats (intoxication, disputes, rupture, accès aux armes) comme déclencheurs potentiels.

  • Exemple : en Finlande, 89 % des femmes ont tué dans un contexte de dispute, contre 78 % des hommes .
  • Des méta-analyses campent les facteurs prédictifs : jalousie, menace de rupture, violences psychologiques et physiques, consommation d’alcool, etc.  

Contrôle coercitif (intimate-terrorism) :

Certaines femmes utilisent des stratégies coercitives similaires à celles décrites chez les agresseurs masculins : jalousie pathologique, isolement, violence instrumentale . Dans ce cas, l’homicide peut être un ultime outil de domination ou de mise au pas. 

Santé mentale et Héritage traumatique

Une proportion significative de ces femmes présentent des troubles de la personnalité (borderline, antisociale) ou des symptômes liés à des traumatismes répétés, au-delà de la simple réaction à une agression conjugale .

Perception publique, justice & médias

  • Les enquêtes sur opinions révèlent que les violences féminines sont souvent minimisées, jugées « moins graves » et interprétées dans un contexte psychologique, tandis que celles des hommes tendent à être vues comme intrinsèquement violentes, avec des sentences plus lourdes demandées (Karlsson et al., 2021)

  • Médias dominants : distorsions fréquentes (64 % des couvertures inclinaient à dénigrer la victime masculine, accentuant les facteurs favorables à la femme), ou pathologisation de l’auteure plutôt que reconnaissance de responsabilité .

  • Dans le système judiciaire, la recommandation d’inculpation est rarissime pour les femmes, et les peines sont souvent plus indulgentes : double probabilité d’éviter la prison, classification de manslaughter plutôt que murder comparée aux accusés masculins .

Apports pour la recherche & la pratique criminologique

Proposition Justification
Diversifier les approches explicatives Combiner perspectives féministe, situationnelle, traumas liés à l’enfance, trouble psychologique pour saisir la diversité des mécanismes en jeu.
Déconstruire les stéréotypes dans la presse & tribunalisation Exiger une communication équilibrée prenant en compte les contextes (violence subie, symptômes, etc.) sans excuser.
Intégrer la perspective homme-victime Trop peu de conseils, refuges ou soutien (surtout pour les hommes victimes d’une femme violente) 
Adapter les programmes d’intervention Cibler les traitements sur trauma, la dépendance émotionnelle au partenaire toxique, et les épisodes autodestructeurs (ex. programmes spécialisés SAS ‘women IPV intervention’).

Source: National Incident-Based Reporting System, 2021

Bien que le nombre de femmes tuées par leur partanaire soit sans commune mesure avec le nombre d’hommes tués par leurs partenaires, Alexandra Lysova nous éloigne de la caricature de la femme assassin en état de légitime défense, il montre une typologie complexe où violence défensive, contexte tragique, contrôle coercitif et troubles psychiques sont souvent imbriqués.

Lysova appelle à une compréhension épistémologique et pratique attentive à la diversité des trajectoires, afin de guérir autant que prévenir — tant pour les femmes que pour les hommes victimes.

Alexandra Lysova étudie depuis plus de 20 ans la violence conjugale, y compris la violence envers les femmes et les enfants, en Russie et actuellement au Canada. Récemment, elle s’est intéressée aux expériences des hommes en matière de violence conjugale, notamment la victimisation, le comportement de recherche d’aide et les questions liées aux enfants.

Elle s’appuie sur les résultats de groupes de discussion internationaux, de l’Enquête sociale générale sur la victimisation au Canada et de l’Enquête sur les homicides. Mme Lysova est également membre des groupes de travail de Statistique Canada, où elle se concentre sur la violence sexiste et les homicides.

1. Origine et objectif du PMWI

  • Le PMWI a été développé par Richard M. Tolman (Université du Michigan) en 1989 et validé à partir de 1995
  • Il s’agit d’un instrument de 58 items destiné à évaluer l’ampleur du maltreatment psychologique subi par des femmes dans des relations intimes avec des partenaires masculins
  • Conçu à l’origine pour des programmes cliniques visant à évaluer le changement de comportements chez les agresseurs, il est aussi utilisé en recherche, malgré sa longueur

2. Structure et composantes

  • Le PMWI comprend deux sous‑échelles principales :
    • Dominance/Isolation
    • Emotionnel/Verbal
  • Les réponses se font sur une échelle de Likert à 5 points (de « jamais » à « très fréquemment »)
  • La notation se fait en calculant la moyenne pour chaque sous‑échelle. Les scores plus élevés reflètent une exposition accrue à des comportements de type contrôle et humilation.

3. Validité et fiabilité (étude de validation)

  • Dans une étude de validation menée auprès de 100 femmes (physiquement abusées, en difficulté relationnelle, ou satisfaites de leur relation), les deux sous‑échelles ont permis de discriminer significativement les groupes : les femmes battues avaient des scores plus élevés que les groupes non abusés ou seulement distants relationnellement
  • Les sous‑échelles correlent fortement avec celles de l’Index of Spouse Abuse (ISA) portant sur les abus non‑physiques, démontrant la validité critérielle du PMWI
  • Une version courte (14  items) a également été validée : elle conserve une capacité discriminante entre femmes battues et non battues, ce qui la rend plus pratique pour la recherche ou les enquêtes à grand échantillon.

4. Propriétés psychométriques modernes

  • Fiabilité interne élevée (α > .90) sur les deux sous‑échelles de la version longue, attestée dans plusieurs études ultérieures, y compris dans des adaptations culturelles et linguistiques .
  • Stabilité test‑retest solide (r > .90) sur six mois, dans les validations portugaises et chinoises notamment, avec une structure factorielle confirmée en deux dimensions (Emotional‑Verbal et Dominance‑Isolation) .
  • La version portugaise courte (PMWI‑SF) montre une excellente capacité à différencier les femmes exposées ou non à l’IPV, avec AUC = 0,948, sensibilité 83.8 %, spécificité 91.7 %, et un seuil de coupe optimal à 32 points.
  • L’adaptation chinoise (C‑PMWI) a également introduit des items modernes, notamment liés à l’utilisation des appareils électroniques pour le contrôle, et obtenu une consistance interne supérieure à .90 et une validité de contenu élevée (CVI = 0.94) .

5. Utilisations pratiques

  • Le PMWI (long ou court) est utilisé :
    • En recherche sur les violences psychologiques dans les relations intimes.
    • En évaluation clinique ou programmes d’intervention ciblant les agresseurs ou les victimes.
    • Dans des adaptations culturelles (portugais, turc, chinois) pour des contextes internationaux et transculturels

6. Modalités de cotation

  1. Identifier les deux sous‑échelles :

    • Dominance‑Isolation (tend à mesurer le contrôle, l’isolement, les restrictions)
    • Emotional‑Verbal (mesure insultes, humiliations verbales, dénigrement émotionnel) 

Calcul du score moyen par sous‑échelle :

    • Additionner les scores (1 à 5) des items appartenant à une sous‑échelle.
    • Diviser par le nombre d’items valides répondus dans cette sous‑échelle.
    • Ainsi, chaque sous‑échelle produit un score moyen variant de 1 à 5, où une valeur plus élevée indique un niveau plus fréquent/intense de maltraitance psychologique 
    • Score global éventuel (bien que souvent non systématique) :
    • Moyenne des deux scores de sous‑échelles ou somme des réponses divisée par le total d’items valides.
    • La version courte permet souvent de produire un score composite global. Dans certaines publications, le score total de la version courte varie entre 14 et 70 points
    • Les réponses marquées NA sont omises du dénominateur pour calcul du score moyen 
    • Le PMWI a été conçu spécifiquement pour capturer les dimensions psychologiques (non physiques) des abus conjugaux.
    • La version courte conserve une bonne capacité discriminante entre groupes expérimentaux (femmes abusées vs non abusées) comme le confirme Tolman (1999)

7. Tableau synthétique

Aspect Détails
Origine Tolman (1989/1995)
Type d’instrument Inventaire psychométrique de 58 items (avec version courte ~14–15 items)
Sous‑échelles Dominance‑Isolation / Emotional‑Verbal
Échelle de réponse Likert 5 points (fréquence)
Validité Discrimination entre groupes, corrélation avec ISA
Fiabilité α > 0.90, test-retest r > 0.90
Usage Clinique, recherche, adaptation culturelle
Adaptations Portugais, Chinois, Turc, etc.
Items typiques Contrôle, humiliation, isolement, menaces psychologiques

8. Conclusion

Le PMWI est un outil robuste psychométriquement et largement utilisé pour mesurer les formes non physiquement visibles de violence conjugale. Il combine une structure validée à deux facteurs, une excellente fiabilité et une version abrégée utile pour les études à grande échelle. Grâce à ses adaptations culturelles, il reste pertinent pour des démarches de recherche ou de prévention autour du maltreatment psychologique des femmes dans diverses populations et contextes.

Inventaire des mauvais traitements psychologiques infligés aux femmes PMWI_FR

Male victims of intimate partner violence: Insights from twenty years of research

Denise Hines, 2025.  Lien vers l’article en anglais

Denise A. Hines, Ph.D., professeure titulaire de la chaire Enochs en travail social à la faculté de santé publique de l’université George Mason, explore la question souvent négligée des hommes victimes de violence conjugale (intimate partner violence: IPV).

« La victimisation des hommes par la violence conjugale (IPV) est documentée depuis la première étude démographique américaine réalisée en 1975. (1) Une analyse de 246 études (2011-2022) a révélé que 11,8 % des hommes sont victimes de violence physique de la part de leur partenaire intime, contre 14,6 % des femmes. (2) Malgré des décennies de preuves, les hommes victimes de violence de la part de leur partenaire intime sont peu reconnus.

Les données mondiales confirment que les hommes représentent une proportion importante des victimes de IPV. Aux États-Unis, 47,3 % des hommes déclarent avoir été victimes deIPV au cours de leur vie, ce qui représente 46,9 % de l’ensemble des victimes de IPV. (3) Au Canada, 2,9 % des hommes et 1,7 % des femmes ont été victimes de IPV dans leur relation actuelle. (4) En Nouvelle-Zélande, des pourcentages presque égaux d’hommes (29,9 %) et de femmes (30,9 %) ont déclaré avoir subi des violences conjugales au cours de leur vie. (5) L’Australie (6) et le Royaume-Uni (7) indiquent qu’environ un tiers des victimes de violences conjugales sont des hommes. La France et le Portugal signalent que 25 à 28 % des cas officiels de violence conjugale concernent des hommes. (8,9) En Afrique, la victimisation masculine est également importante ; par exemple, 43,6 % des victimes de violence conjugale en Ouganda (10) et 31 % des victimes en Sierra Leone (11) sont des hommes. En Asie, les hommes représentent un tiers des victimes de violence conjugale en Corée. (12)

Les expériences des hommes en matière de violence physique conjugale vont d’actes mineurs à des violences mettant leur vie en danger, la plupart des actes étant mineurs. (13-15) Cependant, les hommes sont parfois victimes d’agressions graves et sont nettement plus susceptibles que les femmes d’être attaqués avec des couteaux, des objets lancés et des instruments contondants. (16) Des études basées sur des entretiens décrivent des tactiques extrêmes, telles que des agressions pendant le sommeil, des agressions à coups de marteau, des coups de couteau et le fait d’être enfermé dehors par des températures glaciales. (17-19) Bien que les femmes dans les relations hétérosexuelles aient des taux de blessures plus élevés, les hommes représentent toujours une part importante des blessures liées à la violence conjugale. (20,21) Deux études américaines sur les hommes victimes de violence conjugale ont révélé que plus de 70 % d’entre eux ont déclaré avoir subi des blessures, et qu’environ un tiers des victimes ont eu besoin de soins médicaux. (22,23)

La violence sexuelle subie par les hommes comprend la pénétration forcée et les menaces de violence pour les contraindre à avoir des relations sexuelles, impliquant parfois des coups, des contraintes physiques ou des étranglements. (24,25) Lorsque la violence sexuelle et physique coexistent, le risque augmente considérablement. (25)

Des études documentent également la violence psychologique, notamment les insultes, les menaces et la destruction de biens, ainsi que les comportements contrôlants tels que la surveillance, l’isolement et la surveillance en ligne. (19,26) Le « gaslighting », la coercition à la grossesse (par exemple, le sabotage des moyens de contraception) et l’abus financier (par exemple, le vidage des comptes bancaires) sont également signalés. (17,18,24,27)

La violence conjugale juridique/administrative, telle que les fausses accusations, l’utilisation abusive des ordonnances restrictives et l’atteinte à la réputation, touche de manière disproportionnée les hommes. (26,28)

Beaucoup signalent une aliénation parentale après la séparation. (19,29,30) Ces tactiques sont rendues possibles par les stéréotypes selon lesquels les hommes sont toujours les agresseurs.

Conséquences de la violence conjugale sur la santé

Les hommes victimes de violence conjugale peuvent subir de graves conséquences sur leur santé. Une fréquence plus élevée de violence physique, psychologique et contrôlante – et de blessures – est fortement associée à des symptômes de stress post-traumatique (31), près de 58 % des hommes victimes dépassant le seuil clinique du stress post-traumatique.

Des recherches portant sur la violence conjugale sexuelle et juridique/administrative ont montré que, si tous les types de violence conjugale étaient prédictifs d’une mauvaise santé, les facteurs prédictifs les plus forts étaient les comportements de contrôle, la violence conjugale juridique/administrative, la violence conjugale sexuelle et les blessures (23). D’autres études ont révélé que les hommes victimes signalaient beaucoup plus de problèmes de santé – notamment le SSPT, la dépression et les problèmes cardiovasculaires – que les hommes non victimes (32).

Dans des études qualitatives, les hommes décrivent l’exclusion sociale, le piège juridique et la destruction de leur réputation par de fausses accusations. (33-35) Beaucoup ont enduré la peur, la honte, l’émasculation et des pensées suicidaires. (17,18,26,36) Les conséquences sur la paternité sont les plus douloureuses. Les hommes décrivent avoir été faussement accusés de maltraitance envers leurs enfants ou éloignés de ceux-ci par leurs partenaires qui ont utilisé des mensonges ou des tactiques juridiques pour nuire à leur relation. (18,19,27,30,33)

Obstacles à l’accès à l’aide

La violence conjugale à l’égard des hommes est souvent minimisée ou ignorée, malgré des preuves évidentes de préjudice. Les médias banalisent et humorisent fréquemment la victimisation masculine. (37,38) Les normes traditionnelles de genre assimilent la victimisation à la faiblesse et la masculinité à la force, ce qui rend difficile pour les hommes de reconnaître la violence ou de demander de l’aide. (35,39) Ces croyances contribuent à la confusion, à la honte et au maintien prolongé dans des relations abusives. (40,41) D’autres obstacles internes, tels que la honte et la peur de paraître « peu viril », aggravent le problème. (39,42)

Les obstacles externes découlent des normes sociales et des stéréotypes sur qui est une « véritable » victime de violence conjugale, c’est-à-dire la croyance dominante selon laquelle la violence conjugale est perpétrée par les hommes contre les femmes afin de maintenir le patriarcat. (43) Ce cadre façonne la perception du public et la réponse des professionnels.

Les idées fausses selon lesquelles les hommes seraient moins souvent victimes de violence et que celle-ci serait moins grave, et que les hommes seraient davantage responsables, sont courantes chez les juges (44), les policiers (45) et les professionnels de la santé mentale (46). Par conséquent, les hommes victimes se sentent souvent invisibles et sans soutien (19,36). Les services d’aide aux victimes de violence conjugale, généralement conçus pour les femmes, peuvent leur sembler peu accueillants (42,47).

Expériences de recherche d’aide

Les recherches mettent en évidence les expériences négatives des hommes victimes avec la police. Parmi les hommes victimes de violence conjugale aux États-Unis, 56 % de ceux qui ont appelé la police l’ont jugée « pas du tout utile », et les hommes victimes étaient tout aussi susceptibles d’être arrêtés que leurs partenaires. (48) Dans divers pays, les hommes déclarent avoir été ridiculisés (49,50), avoir été ignorés malgré des blessures visibles (49), ne pas avoir été crus (41) et/ou que la police n’ait pas répondu à leurs appels (34,42,51). Parfois, les victimes ont été menacées d’arrestation ou ont été arrêtées à tort. (27,52)

Les organismes traditionnels de lutte contre la violence domestique (Domestic Violence: DV) n’ont pas non plus réussi à soutenir les victimes masculines. Les hommes sont souvent confrontés à l’incrédulité, accusés d’être les auteurs des violences et se voient refuser des services (48,49). On leur dit de « se comporter en hommes », on les rend responsables des violences qu’ils subissent ou on les qualifie d’agresseurs (50,53). (50,53) Ces expériences négatives conduisent à une culpabilisation intériorisée et à une moindre volonté de demander de l’aide à l’avenir. (40) Près de la moitié des hommes victimes de violence conjugale aux États-Unis qui ont contacté des organismes de lutte contre la violence domestique se sont vu répondre que l’aide était réservée aux femmes, et plus de 40 % ont été accusés d’être des agresseurs. (48) Ces expériences négatives sont liées à une augmentation des taux de stress post-traumatique, de dépression et de suicidalité. (48,54)

Services disponibles

En réponse à ces obstacles, des services de lutte contre la violence domestique axés sur les hommes ont vu le jour (55), mais ils sont limités à l’échelle mondiale. (56) Aux États-Unis, seuls deux refuges sont exclusivement réservés aux hommes. (55) Le Canada a ouvert son premier refuge pour hommes victimes de violence domestique en 2021. (57) Le Royaume-Uni dispose de deux lignes d’assistance téléphonique destinées aux hommes, avec des horaires limités, et seulement 40 places dans des refuges spécialisés réparties entre 37 organisations. (58) En Australie, MensLine apporte un certain soutien. (57) Malgré la rareté et le sous-financement de ces ressources, les recherches sur les services de lutte contre la violence domestique destinés aux hommes sont largement positives (59-61), ce qui souligne l’importance d’étendre les services spécifiques au genre et inclusifs. (60,61) Ces réponses comprennent la prise en compte des normes de masculinité, de la paternité et des styles d’adaptation. (61) Les professionnels doivent être formés à la prise en charge sensible au genre, en utilisant un langage inclusif et en présentant les hommes et les femmes comme des victimes et des auteurs potentiels. Les praticiens doivent également examiner leurs propres préjugés liés au genre. (61,62). »

HINES (2025) Male victims of intimate partner violence: Insights from twenty years of research

Bibliographie

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