FRANCE CULTURE (émission les pieds sur terre, 2025) « Je vous appelle depuis la prison d’Evin »
Détenu par la République islamique d’Iran depuis le 12 octobre 2022, Olivier Grondeau a été libéré jeudi 20 mars 2025. Nous avions commencé un dialogue avec lui, il y a quelques mois, où il nous racontait son arrestation, son procès et ses conditions de détention.
Cela faisait deux ans et cinq mois qu’Olivier Grondeau était détenu en Iran. Depuis la prison d’Evin à Téhéran, il imaginait ses premiers jours de liberté. « Ce dont je rêve, c’est d’entrer dans une petite pièce, de fermer la porte derrière moi, et d’être seul. »
Nous nous entretenions avec lui par téléphone depuis un peu moins de trois mois. Olivier Grondeau avait décidé d’intervenir dans les médias pour exiger sa libération ainsi que celle de Cécile Kohler et Jacques Paris, détenus, eux aussi, en Iran. Ces entretiens ont été aussi l’occasion pour lui de raconter son histoire. « Quand j’ai été arrêté, j’avais 31 ans. J’ai voyagé pendant des années d’Europe en Asie, presque toujours par la route, en traversant la Turquie, le Caucase, l’Iran et le sous-continent indien. […] J’étais parti en Inde à l’été 2014, et le voyage s’est transformé en un mode de vie qui me convenait. »
« Ces messieurs désiraient voir ma chambre, c’étaient des gens des services de renseignement »
C’est en Iran qu’il est arrêté. « C’était le matin du 12 octobre 2022 à Shiraz, grande ville du sud de l’Iran. J’étais sur le pas de ma porte, devant ma chambre, à l’auberge de jeunesse. Ça faisait une dizaine de jours que j’étais installé là-bas. Un matin, j’avais la mousse du dentifrice dans la bouche et il y avait quatre mecs en chemise qui tournaient sur la terrasse sur laquelle donnait ma chambre. Moi, je les ai pris pour des touristes au début. »
Sans beaucoup plus d’explication, Olivier Grondeau est escorté hors de l’auberge de jeunesse. « On est sorti de la chambre, ils m’encadraient, les quatre. On a traversé la terrasse où les touristes, les clients de l’hôtel commençaient à s’installer pour prendre leur petit-déjeuner. Je n’arrivais même pas à parler. Je voulais leur dire ‘mon prénom, c’est ça, je suis français, j’ai une ambassade, appelez-les’, mais j’étais tétanisé, donc j’ai rien dit. On a traversé la rue, il y avait leur voiture qui nous attendait. On est parti des petites ruelles du centre-ville, on a gagné le boulevard. À ce moment-là, ils m’ont tendu un bandeau. »
Dans les locaux des services de renseignement, menotté, il est interrogé. « On m’a demandé une sorte de résumé biographique. Tout ça, c’était en anglais. Après mes études, après mon métier, on en est arrivé à la période des voyages. Les questions se sont fait un petit peu plus précises. Ils m’ont demandé d’écrire une liste exhaustive de tous les pays dans lesquels j’étais allé avec les dates. Vous avez la consigne expresse de surtout ne pas vous retourner si jamais vous n’avez pas les yeux bandés. »
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