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L’inefficacité du « tout-prison» n’est plus à démontrer : en France, 63% des prisonniers libérés en 2016 ont récidivé dans les cinq ans, le taux d’incarcération atteint un record historique de 115 détenus pour 100 000 habitants, et le coût annuel par détenu dépasse les 40 000 euros. Pourtant, la France semble paralysée face à l’urgence d’une véritable déflation carcérale. Et si la solution ne résidait pas dans l’idéologie, mais dans la science ? Du modèle Risque-Besoins-Réceptivité aux leçons de la résilience finlandaise, la criminologie contemporaine dispose d’outils concrets pour sortir de l’impasse.

Le modèle RBR : arrêter de « sur-traiter » le faible risque

Le modèle Risque-Besoins-Réceptivité (RBR), théorisé par Andrews et Bonta dans leur ouvrage de référence The Psychology of Criminal Conduct (2010), constitue la pierre angulaire des pratiques correctionnelles probantes. Les méta-analyses démontrent que l’application rigoureuse des principes RBR peut réduire la récidive de manière significative, avec des tailles d’effet allant de r = 0,10 à 0,30 selon les populations.

Le constat contre-intuitif mais validé par les données : l’intervention intensive auprès de délinquants à faible risque augmente leur récidive. Comme le soulignent Andrews et Bonta (2010), « réserver les interventions intensives aux personnes présentant un risque élevé de récidive, tout en évitant de sur-traiter les profils à faible risque » est essentiel, car « placer ensemble des délinquants à faible risque avec des délinquants à haut risque les expose à des influences criminogènes »

Le levier d’action :
  • Principe de Risque : Réserver la prison et les programmes lourds aux seuls hauts risques
  • Principe de Besoins : Cibler les facteurs criminogènes dynamiques (attitudes antisociales, addictions, pairs délinquants)
  • Principe de Réceptivité : Adapter les interventions aux caractéristiques cognitives et culturelles
L’apport de Faye Taxman : Dans son ouvrage Implementing Evidence-Based Practices in Community Corrections (2012), Taxman démontre que former les agents de probation à l’entretien motivationnel et aux pratiques structurées transforme le contrôle en opportunité de changement, et contribue à réduire la récidive. Ses recherches montrent que « les prisons sont des écoles du crime pour beaucoup, et qu’un système basé sur la communauté est plus efficace, plus humain et plus économique ».

La leçon finlandaise : une décrocissance planifiée et réussie

L’analyse de l’Observatoire international des prisons (OIP) sur la Finlande est édifiante. Passant de 180 détenus pour 100 000 habitants dans les années 1960 à 52-57 aujourd’hui, la Finlande a réalisé l’une des baisses les plus spectaculaires d’Europe sans augmentation de la criminalité.
Les travaux de Tapio Lappi-Seppälä, directeur de l’Institut national de recherche sur la politique juridique d’Helsinki, documentent cette transformation exceptionnelle. Dans son article fondateur Imprisonment and Penal Policy in Finland (2007), il explique que « depuis la fin des années 1960, l’usage de l’emprisonnement a été maîtrisé en restreignant les sanctions indéterminées, en assouplissant les régimes carcéraux et en développant massivement les alternatives » .
Les piliers de ce succès :
  • L’ultima ratio : Un consensus politique transpartisan a acté que la détention ne doit être qu’un dernier recours
  • Le système des jours-amendes : Introduit en 1921, ce système proportionnel aux revenus assure l’équité des peines pécuniaires . La valeur d’un jour-amende est calculée sur le revenu quotidien disponible du contrevenant
  • La dépénalisation du social : Sortir de la sphère pénale les comportements liés à la précarité (ivresse publique, etc.)
  • La normalisation : Des conditions de détention qui préparent à la sortie
Comme le note Lappi-Seppälä, « la Finlande a prouvé qu’une politique pénale fondée sur l’expertise et non sur l’émotion, portée par un consensus transpartisan, peut réduire durablement l’incarcération ».

Alternatives à la prison : efficacité prouvée et vigilance nécessaire

Les données économiques sont sans appel :
  • Aux États-Unis, la probation coûte environ 1 250 dollars par an par personne, contre 29 000 dollars pour l’incarcération
  • Selon l’U.S. Courts (2025), « détenir une personne avant jugement puis l’incarcérer après condamnation coûte environ 10 fois plus cher que de la superviser en communauté » (ie en milieu ouvert).
  • Le Vera Institute of Justice rapporte que le coût moyen par détenu dans 45 États américains était de 33 274 dollars annuels en 2015
L’efficacité sur la récidive : Les recherches internationales indiquent que « les sanctions communautaires, lorsqu’elles sont conçues autour des principes RBR, réduisent davantage la récidive que les courtes peines d’emprisonnement » . Une méta-analyse de 2023 montre que « les programmes de justice en milieu communautaire sont associés à des réductions significatives de la récidive générale ».
⚠️ Attention à « l’extension du filet pénal » : Les recherches européennes montrent que « dans presque tous les pays européens, le nombre de personnes sous sanctions communautaires et le nombre de détenus ont continuellement augmenté ». Comme l’explique Kantorowicz (2013), « le problème du filet élargi (net-widening) fait référence au risque que les nouvelles réformes pénales étendent le contrôle social au lieu de le réduire ».
La règle d’or : Chaque alternative doit se substituer strictement à l’incarcération, non s’y ajouter. La Finlande l’a compris en structurant un système où « l’amende et le sursis probatoire constituent la norme pour la délinquance ordinaire ».

De la sanction à la « désistance » : le paradigme de Shadd Maruna

La criminologie de la désistance s’intéresse à ce qui fait arrêter le crime. Shadd Maruna, professeur à l’Université de Manchester et président de l’American Society of Criminology, a théorisé ce concept dans son ouvrage fondateur Making Good: How Ex-Convicts Reform and Rebuild Their Lives (2001) .
Les enseignements clés :
  • La désistance est un processus de transformation identitaire, non un événement
  • Les « points de tournant » (ou « points de bascule »: emploi stable, relations sociales positives, engagement citoyen) permettent la construction d’une nouvelle identité prosociale
  • « La réhabilitation ne se décrète pas, mais se construit dans la durée à travers des relations de confiance et le développement d’une nouvelle identité citoyenne »
Justice restaurative : Les méta-analyses mettent en évidence une efficacité « prometteuse » de ces pratiques. Une synthèse de 2023 portant sur 35 programmes montre que « la justice restaurative est associée à des réductions significatives de la récidive générale et à une satisfaction nettement supérieure des victimes et des auteurs par rapport aux approches traditionnelles » . Selon Latimer et al. (2001), « les programmes de justice restaurative ont un impact positif significatif sur la satisfaction des victimes et des délinquants, et réduisent la récidive ».
Le rôle de « passeur » : Comme le souligne Taxman, le professionnel de justice doit devenir un boundary spanner, capable de connecter la personne aux ressources du territoire (logement, soin, formation).

La continuité des soins : le « système sans couture »

L’actuelle rupture entre le dedans et le dehors est une fabrique à récidive. Le concept de seamless system (système sans couture) défendu par Taxman vise à abolir la falaise que représente la sortie de prison .
Les données probantes :
  • «Une évaluation continue des risques et des besoins, initiée avant la condamnation ou en prison, poursuivie sans discontinuité après la libération, réduit significativement les réarrestations»
  • La continuité des traitements (addictologie, psychiatrie) et l’accompagnement post-carcéral sont des mesures de sécurité publique qui réduisent drastiquement les réincarcérations liées à la précarité ou à la maladie non soignée
En France, 61% des personnes condamnées récidivent dans les 6 ans (worldpopulationreview.com) , un taux qui pourrait être réduit par une meilleure continuité des parcours.

Construire un consensus politique : l’exigence du long terme

La leçon finlandaise est aussi politique : les réformes carcérales profondes exigent une volonté constante, protégée des soubresauts électoralistes. Comme le documente Lappi-Seppälä, la baisse de l’incarcération en Finlande a requis « des décennies de politique cohérente, fondée sur des données probantes et un consensus transpartisan ».
Les prérequis :
  • Implication des chercheurs dans l’élaboration des politiques
  • Transparence des données sur la récidive
  • Sensibilisation des médias et du grand public
  • Mécanismes contraignants de régulation carcérale (numerus clausus)
En France, où la population carcérale ne cesse d’augmenter pour atteindre des niveaux historiques, l’urgence est criante.

Conclusion : Pour un courage politique éclairé par la science

L’alliance d’une pratique correctionnelle basée sur le modèle RBR (Andrews & Bonta, 2010), d’une diversification ambitieuse des peines en milieu ouvert, d’une approche tournée vers la désistance (Maruna, 2001) et d’un engagement politique de long terme est la voie la plus prometteuse.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
  • Coût : La prison coûte 10 fois plus cher que la probation
  • Efficacité : Les alternatives bien conçues réduisent mieux la récidive que les courtes peines
  • Faisabilité : La Finlande a divisé par 3 son taux d’incarcération sans explosion de la criminalité
Comme le rappellent Taxman et Belenko (2012), « un système basé sur la communauté est plus efficace, plus humain et plus économique ». Le chemin finlandais, documenté par Lappi-Seppälä et l’OIP, prouve qu’une société peut choisir d’enfermer moins tout en restant plus sûre. Et en France?
  • Andrews, D.A. & Bonta, J. (2010). The Psychology of Criminal Conduct (5th ed.). Routledge.
  • Taxman, F.S. & Belenko, S. (2012). Implementing Evidence-Based Practices in Community Corrections and Addiction Treatment. Springer.
  • Maruna, S. (2001). Making Good: How Ex-Convicts Reform and Rebuild Their Lives. American Psychological Association.
  • Lappi-Seppälä, T. (2007). « Imprisonment and Penal Policy in Finland ». In Scandinavian Penal History, Culture and Prison Practice.
  • Latimer, J., Dowden, C. & Muise, D. (2001). « The Effectiveness of Restorative Justice Practices: A Meta-Analysis ». The Prison Journal, 81(2).
  • Kantorowicz, A. (2013). « The ‘Net-Widening’ Problem and its Solutions ».
  • Vera Institute of Justice (2014). The Price of Prisons: What Incarceration Costs Taxpayers

Des formations courtes pour prévenir la récidive alcool au volant ? Une étude de 10ans remet les pendules à l’heure

l’article suisse « Benefits of short educational programmes in preventing drink-driving recidivism: A ten-year follow-up randomised controlled trial » nous invite à interroger les actions proposées sur le terrain: stages, etc…

Conduire sous l’influence de l’alcool reste une cause majeure d’accidents routiers. En Suisse, comme ailleurs, une part importante des accidents mortels est liée à l’alcool. Mais comment prévenir efficacement la récidive chez les conducteurs sanctionnés pour la première fois ? Une équipe de chercheurs suisses a évalué l’impact de programmes éducatifs de durées différentes sur le risque de récidive… pendant 10 ans !

🎯 Objectif de l’étude

L’étude, menée dans le canton de Genève, visait à comparer l’efficacité de trois formats de formations sur les risques de l’alcool au volant destinées à des primo-délinquants (taux d’alcoolémie de 0.8 à 2.5 g/kg) :

  • Une série de 7 heures de cours sur une journée (format standard).

  • Une version de 4 heures, accompagnée d’un proche (ami, parent, conjoint).

  • Une formation brève de 2 heures.

🧪 Méthode

727 conducteurs ont été répartis au hasard dans l’un des trois groupes. Leur taux de récidive (nouvelle condamnation pour conduite en état d’ivresse) a été suivi via le registre national sur une durée de 10 ans. Un groupe témoin de 940 personnes n’ayant suivi aucun cours a aussi été suivi.

🔍 Résultats

Les formations les plus courtes se révèlent plus efficaces à court terme :

  • Le cours de 2 heures réduit de 25 % le risque de récidive dans les 2 premières années après l’infraction (par rapport au format 7 heures).

  • Le cours de 4 heures avec un proche montre même une baisse de 47 % du risque.

Mais ces effets disparaissent après deux ans : au-delà de cette période, aucun des formats ne montre d’impact significatif sur la récidive.

❗️ Pire encore : le format standard de 7 heures ne montre aucun effet clair sur le long terme, voire une tendance à augmenter la récidive par rapport à l’absence d’intervention !

📚 Ce qu’on peut en tirer

  • Plus long n’est pas forcément mieux : des formations trop longues peuvent entraîner de la lassitude, un rejet ou une banalisation du message entre participants.

  • Les messages courts, ciblés et motivants peuvent être plus percutants, notamment s’ils sont suivis rapidement après l’infraction.

  • Associer un proche peut renforcer l’engagement, mais cet effet s’estompe également avec le temps.

  • Un enjeu clé : agir vite et avec pertinence après l’infraction, pendant la fenêtre critique des deux premières années.

🧩 Conclusion

Cette étude démontre que les formations brèves sont plus efficaces à court terme pour prévenir la récidive d’alcool au volant, tandis que les formations longues classiques peuvent être contre-productives. Ces résultats appellent à repenser les politiques de prévention, en s’appuyant sur les données probantes plutôt que sur des intuitions ou traditions. L’éducation, oui — mais brève, bien pensée et dans le bon timing.

A quoi servent les activités en détention?

De nombreuses recherches confirment en effet que ces actions, combinées à un accompagnement global, réduisent significativement la récidive. Elles transforment les trajectoires en offrant des alternatives concrètes à la marginalisation et de ce fait confirment leur pertinence dans les politiques pénales modernes[1].

Ces actions agissent sur de multiples dimensions :

  • Réduction de l’oisiveté : Les activités structurées limitent les comportements destructeurs en détention (Bouffard et al., 2000).
  • Création de capital social : Les relations positives avec encadrants ou pairs renforcent les réseaux de soutien post-incarcération (Sampson & Laub, 1993).
  • Approche holistique : Combattre les inégalités d’accès à l’éducation, à la culture ou au sport permet de s’attaquer aux racines de la délinquance (Théorie des opportunités différentielles, Cloward & Ohlin, 1960).

Activités ludiques en prison ? L’exemple du Yoga en Milieu Pénal, un Outil Puissant pour la Réhabilitation

Et si la clé pour réduire la récidive et favoriser la réinsertion se trouvait aussi dans une pratique millénaire , qui a dès lors toute sa place en détention ?

De plus en plus d’études soulignent l’impact du yoga et de la pleine conscience dans les systèmes pénitentiaires. Voici pourquoi cette approche mérite notre attention

Les preuves scientifiques parlent d’elles-mêmes:

Muirhead, Fortune (2016) Yoga in prisons: A review of the literature
« Il a été démontré que le yoga améliore certaines variables clés liées à la délinquance (par exemple, l’impulsivité, l’agression), ainsi que des variables qui pourraient améliorer la capacité des délinquants à participer à des traitements visant spécifiquement à réduire leur risque de comportement criminel (par exemple, la dépression, l’attention, la régulation émotionnelle). (source: sciencedirect.com)

🇬🇧 Une étude menée par l’Université d’Oxford (2013) sur 100 détenus a montré que la pratique régulière du yoga réduisait significativement le stress, l’anxiété et les comportements agressifs, tout en améliorant la régulation émotionnelle (Source : prisoners-doing-yoga-may-see-psychological-benefits).

🇺🇲 Le Prison Yoga Project, fondé en 2002, a documenté des témoignages de participants soulignant une meilleure gestion des conflits et un regain d’estime de soi, essentiels pour une réinsertion réussie. (source: prisonyoga.org/ )

🇸🇪Une recherche suédoise (Kerekes et al. 2017; Yoga in Correctional Settings: A Randomized Controlled Study) conclue que : « Par rapport au groupe témoin, les participants aux cours de yoga ont fait état d’une amélioration significative de leur bien-être émotionnel et d’une diminution de leur comportement antisocial après 10 semaines de yoga. Ils ont également amélioré leurs performances au test informatisé qui mesure l’attention et le contrôle des impulsions. »

🇦🇺Une recherche Australienne (Bartels et al. 2019) sur le yoga en prison conclue que: « Nos résultats indiquent que les participants ont tiré des avantages statistiquement et cliniquement significatifs du programme, comme en témoignent les améliorations de leurs niveaux de dépression, d’anxiété, d’estime de soi, d’orientation vers un objectif, d’affect négatif et de non-acceptation. Ils ont également fait état d’une amélioration de la flexibilité, du sommeil et de la relaxation, d’une réduction de la douleur et d’une amélioration de leur bien-être mental, déclarant que le programme leur avait permis de se sentir « calmes » et « en paix ».

Dans un système souvent axé sur la punition, intégrer des approches holistiques comme le yoga permet de :

✅ Réduire les tensions et les violences en détention.
✅ Préparer les individus à réintégrer la société avec des outils émotionnels solides.
✅ Aborder la réhabilitation sous un angle préventif.

Et que dit la recherche sur la médiation animale en milieu pénal ?

Sur le plan de la recherche, les programmes sont tellement différents qu’il est difficile de les comparer réellement, et d’en tirer des meta-analyses méthodologiquement solides. Mais les résultats accumulés depuis des années sont prometteurs !

Réduction des Comportements Violents

Une étude menée par Harkrader, Burke et Owen (2004) dans des établissements pénitentiaires américains a démontré que les détenus participant à des programmes de dressage canin présentaient une diminution significative des actes violents et un renforcement de leur sens des responsabilités. Ces activités favoriseraient également l’acquisition de compétences sociales essentielles pour la vie en communauté.

« Grâce à ces programmes de dressage de chiens, les détenus apprennent la responsabilité, la patience, la tolérance et les compétences en tant que dresseurs d’animaux. Les chiens constituent également un lien entre les détenus et les gardiens et réduisent les conflits entre les détenus et le personnel. » (Todd Harkrader; Tod W. Burke; Stephen S. Owen (2004) Pound Puppies: The Rehabilitative Uses of Dogs in Correctional Facilities)

Les chevaux, étant particulièrement sensibles au langage non-verbal, exigent des participants une forme de cohérence émotionnelle. Cette caractéristique permet de travailler sur la régulation émotionnelle, un déficit souvent observé chez les personnes ayant commis des actes délictueux. L’étude de Burgon (2016) a démontré que les participants développaient progressivement une meilleure reconnaissance et gestion de leurs émotions négatives comme la colère ou la frustration.

Développement de l’Empathie

Selon les travaux de Furst (2006), interagir avec des animaux permettrait aux personnes incarcérées de restaurer leur capacité à créer des liens émotionnels sains. Les animaux agissent comme des catalyseurs d’empathie, un élément clé potentiel pour réduire les risques de récidive. (Gennifer Furst (2006) Prison-Based Animal Programs: A National Survey)

Par ailleurs, le travail en groupe autour des chevaux favorise la coopération et l’apprentissage du travail d’équipe. L’étude longitudinale de Hemingway et al. (2015) a mis en évidence comment des détenus initialement isolés développaient progressivement des capacités de collaboration à travers des tâches collectives liées aux soins des équidés.

Impact sur la récidive

La revue des études (19) sur le sujet menée par Bachi (2013) montre clairement des résultats encourageants qui nécessitent d’être consolidés :

  • Trois études ont mis en évidence une réduction des taux de récidive. Un examen des dossiers du service de probation (Chianese, 2010) a révélé que les filles qui ont participé à un programme de médiation animal  récidivaient deux fois moins que les filles qui n’avaient pas été exposées à un chiot. Celles qui ont récidivé n’ont été accusées que de violations de la probation et n’ont pas commis de nouveaux délits.
  • le programme carcéral équin « Wild Mustang Program (WMP) » au Nouveau Mexique, a également fait état d’une réduction des taux de récidive parmi les 56 hommes participant au programme (Cushing & Williams, 1995). Seulement 25 % des participants ont récidivé contre un taux de récidive moyen de 38,12 % dans l’État. Il s’agissait d’une à méthodes mixtes, composée d’entretiens qualitatifs et de méthodes quantitatives
  • Ann Hemingway & Kezia Sullivan ont mis en évidence (Grande Bretagne) une diminution des violences domestqiues post intervention avec médiation équine. (Reducing the incidence of domestic violence: An observational study of an equine-assisted intervention) (“Des réductions significatives de la violence domestique et du statut d’enfant dans le besoin ont été constatées pour les familles dont un ou plusieurs membres ont suivi et achevé l’intervention assistée par la médiation équine”)

Les chercheurs attribuent ces effets positifs à plusieurs facteurs: l’acquisition de compétences transférables (patience, constance, responsabilité), le développement d’une relation significative, et l’expérience valorisante d’être en position de « soignant » plutôt que de personne à problèmes.

[1] Voir par exemple Meek & Lewis (2014) ; UNOCOC (2020), Andrews et Bonta (2010)).

Unité de prise en charge des auteurs d’infractions sexuelles à Fresnes (FRANCE CULTURE, Emission SUR LES DOCKS, 9/12/2010)

Fresnes dans un lieu entre hôpital et prison des détenus condamnés pour infractions à caractère sexuel ont la possibilité d’intégrer au sein de l’UPH (unité psychiatrique d’hospitalisation) un programme de soins pour six mois. Ces infracteurs sexuels peuvent avoir été arrêtés pour des actes sur majeurs ou sur mineurs. En ce qui concerne les mineurs il existe en France depuis le 8 juillet 2005 un fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infraction sexuelle ou violente créé par la loi Perben II (article 48) de 2004. Sont qualifiées d’infractions : meurtre ou assassinat d’un mineur avec viol, torture ou actes de barbarie, mais encore viol, agression, atteinte sexuelle, proxénétisme à l’égard d’un mineur, recours à la prostitution d’un mineur, récidive de ces mêmes actions. L’infraction doit faire encourir une peine d’emprisonnement d’au moins 5 ans. Au 30 octobre 2008 ce fichier répertoriait selon la CNIL 43.408 personnes.Fresnes est le seul service de psychiatrie en détention à proposer des soins spécialisés de type hospitalier pour infracteurs sexuels, ce qui est réalisé depuis 1994.La session thérapeutique que Sur les Docks accompagne est la cinquième du genre, inspirée d’un modèle canadien elle a été élaborée dans le service du Docteur Bodon Bruzel. Le premier volet concerne sous le titre « connais toi, toi même » les trois premiers mois de cette session.

Avec : Magali Bodon-Bruzel , psychiatre ;Florent Gatherias , psychologue ;Isabelle , Gwenaëlle , Brigitte , Nadia , infirmières ;Brigitte Guédon , psychiatre, psychanalyste ;Bruno Hauron , Directeur du centre pénitentiaire de Fresnes;Ronan Melcus , surveillant, gradé responsable de l’UPH,et les patients. En lien avec l’administration pénitentiaire et l’hôpital Paul Guiraud

production : Irène Omélianenko réalisation : François Teste

Unité de prise en charge des auteurs d’infractions sexuelles à Fresnes, EPISODE 2 (FRANCE CULTURE, Emission SUR LES DOCKS 12/08/11)

« Je souhaiterais avoir votre accord pour subir une ablation des testicules par chirurgie. Je sais que cela se fait au Canada et c’est sans appel. De toute façon, à mon âge actuel (63 ans) je n’en souffrirai pas et cela empêchera mes tendances envers les enfants ».En 2009 cette lettre à Nicolas Sarkozy était signé Francis Evrard, condamné à 18 ans pour le viol de deux petits garçons puis récidiviste. Au Canada à l’institut Philippe Pinel dans la région de Montréal existe depuis 1979 une autre façon de concevoir la prévention de la récidive et c’est sur ce modèle que travaille depuis trois ans à la maison d’arrêt de Fresnes l’équipe du Docteur Magali Bodon-Bruzel. Durant six mois un soin est proposé à ceux qu’on appelle les infracteurs sexuels qu’ils soient agresseurs d’adultes ou de mineurs. Nous avons suivi cette expérience et après une phase de travail sur soi les détenus s’engagent trois mois plus tard sur la prévention de la récidive proprement dite.

Avec : Magali Bodon-Bruzel , psychiatre ;Florent Gatherias , psychiatre ;Isabelle , Gwenaëlle , Brigitte , infirmières ;Brigitte Guédon , psychiatre, psychanalyste ;Bruno Hauron , directeur du centre pénitentiaire de Fresnes ;Ronan Melcus , surveillant, gradé responsable de l’UPH,et les patients.En lien avec les autorisations de l’administration pénitentiaire et l’hôpital Paul Guiraud

production : Irène Omélianenko réalisation : François Teste

Film sur la Formation dans l’exécution des peines: Un film en trois épisodes, prenant le point de vue de trois enseignant·e·s, montre comment des cours sont donnés aux personnes incarcérées dans les établissements de détention. Le projet du film a été mis en œuvre par la Communication. Le tournage s’est déroulé dans la prison de Pfäffikon (Zurich), l’établissement pénitentiaire de Soleure et l’Établissement de détention fribourgeois (site de Bellechasse)

Comment faire naître des idées saines chez le détenu ?

(Leçon pénitentiaire sur la « rééducation des détenus », 1949, dispensée alors à l’école nationale supérieure de l’administration pénitentiaire, précurseur de l’ENAP. On y découvre notamment la philosophie d’intervention et la conception de la fonction de l’éducateur pénitentiaire de l’époque.  )

Pierre Cannat 1903-1998

Pierre Cannat 1903-1998

« La rééducation morale doit se faire par des contacts de sympathie entre le détenu et une personne chargée de lui apporter ce qui lui manque. Il faut énormément parler aux détenus. Jamais on ne consacrera : assez de temps, assez d’efforts assez bonnes volontés diverses à cette tâche qui est au centre même de toute transformation morale.

« Tout contact entre deux personnes a une portée éducative positive ou négative, parfois insignifiante il est vrai, rarement négligeable pour qui sait analyser les mystérieux facteurs d’influence qui, se combinant ou s’opposant, s’entrecroisent dans l’infinie variété des rapports sociaux.  Je le rencontre… Je vais parler… Il va parler… Je vais prendre une attitude… il prendra une attitude… et pas là inévitablement lorsque nous nous séparerons il y aura quelque chose de changé dans l’absolu de nos personnes. Effrayante responsabilité de chacun envers chacun pour qui a le cœur d’y songer. » (HENRY, article 1947 sur la portée éducative de l’action du JE)

Non seulement il faut se garder d’abandonner le détenu à ses pensées, mais il importe de lui suggérer des idées, de lui apporter des sujets de réflexion. Lucas disait encore : « il faut préparer leur esprit à l’ordre d’idées vers lequel on veut appeler et concentrer l’activité de leur réflexion ». Ce qui a manqué à ces délinquants, quand ils étaient dans la vie libre, c’est souvent l’influence éducative, bienfaisante, d’un ami bien choisi, d’une personne de bonne moralité capable de prendre sur eux l’ascendant.    

Dans les maisons centrales, chaque détenu doit être pris en charge au point de vue moral par une sorte de guide dont le rôle consiste à lui rendre fréquemment visite, à le suivre tout le long de sa peine pour orienter ses pensées, à gagner sa confiance, à le soutenir dans ses chutes, à l’exalter dans ses efforts, à lui parler de sa libération et de ses projets au-delà de la prison. Cet éducateur doit devenir son confident et son ami.

Il faut pour cela disposer d’un certain nombre de fonctionnaires spécialisés entre lesquels sont répartis les détenus dès leur arrivée dans l’établissement et leur mise à l’isolement cellulaire. Libéré de tout autre souci, il doit concentrer toute son activité sur les détenus dont il a la responsabilité, préparer soigneusement à l’avance les conversations qu’il aura, dans les cellules, avec chacun d’eux, demeurer longuement avec ses détenus et par un roulement régulier apporter de cellule en cellule l’apaisement de son contact.

Dégagé de tout rôle disciplinaire, uniquement préoccupé de capter par des moyens honorables la sympathie de ses détenus — on ne saurait tolérer de lui ni connivence ni démagogie – il doit être pour les délinquants que leur crime n’a pas encore entièrement noyés, la bouée de sauvetage dans le naufrage. »

 P_CANNAT_L14_reeducation_des_detenus_1949.pdf

The mission of the REFORM Alliance is to dramatically reduce the number of people who are unjustly under the control of the criminal justice system – starting with probation and parole.

To win, we will leverage our considerable resources to change laws, policies, hearts and minds.

 

https://reformalliance.com

https://youtu.be/xeaEtmFWMnI