« Il refait souvent le geste. La main droite sous sa gorge mime celle de l’agresseur. «Sur ma carotide, il pressait un morceau de verre brisé. Il appelait ça sa «griffe». Il m’a dit: avec ça, en une seconde, je vous égorge comme un cochon d’une oreille à l’autre.» Le 1er septembre dernier, Vivien Lhermitte, 54 ans, psychologue à la prison de Fleury-Mérogis, est resté onze heures avec cette «griffe» appuyée sur le cou. Onze heures serré dans les bras de son preneur d’otage: Florent Bianchi, un détenu de 31 ans condamné quelques mois plus tôt à quinze de prison pour viol avec arme. Onze heures à s’imaginer «mort»: «Je savais qu’il était dangereux. Il m’avait décrit en détail deux meurtres qu’il avait déjà commis.»
A deux mètres de Vivien Lhermitte et Florent Bianchi se tenait un troisième homme: Laurent Caillard, 57 ans, psychologue également, qui a joué le rôle de négociateur. Aujourd’hui, les deux collègues ont accepté de livrer à Libération le récit de cette journée.
«Un lundi banal, commence Vivien Lhermitte. Une succession d’entretiens et, à 11 heures, Florent Bianchi.» Spécialiste de l’opéra – il coache des ténors -, Vivien Lhermitte anime à Fleury un atelier de musicothérapie. «Ce jour-là, j’ai eu l’impression que Florent Bianchi n’était pas vraiment présent. Il m’avait habitué à mieux. Malgré sa carapace de «dur», il savait exprimer de très belles émotions avec la musique.» 11 heures 30, l’atelier se termine. Le psy et le détenu sortent du bureau. Brusquement, Bianchi se retourne. «Il m’a dit: je peux pas rentrer en cellule, je vais péter les plombs. Il m’a saisi à la gorge: je vous prends en otage.»
A quelques mètres de là, Laurent Caillard termine lui aussi une consultation. Il sort dans la coursive. «Je vois Florent Bianchi qui avance en tordant Vivien par le cou. Il a une serpette en verre à la main. Il s’arrête.» Caillard fait évacuer le personnel soignant. Les bureaux du SMPR (Service médico-psychiatrique régional) se vident. Seuls restent les détenus, enfermés dans leurs cellules. Et, plantés au milieu de la coursive,les trois protagonistes de la prise d’otage. «
Suite sur le site de libération: https://www.liberation.fr/societe/2009/07/01/dans-les-bras-de-son-preneur-d-otage_567918/
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