Ressources en psychocriminologie, psychologie forensique et criminologie
Header

Le champ de la criminologie a longtemps invisibilisé les expériences des personnes LGBTQ+ face au système judiciaire, en particulier dans le cadre des violences conjugales et familiales (VCF). L’ouvrage récent d’Ellen Reeves, Queer(y)ing Civil Law Responses to Domestic and Family Violence (2026), vient combler ce vide en proposant une analyse approfondie, ancrée dans une perspective queer, féministe et abolitionniste, des parcours des victimes-surevivantes LGBTQ+ ayant eu recours au système des ordonnances de protection civile (OPC) dans l’État de Victoria, en Australie.

À partir d’une enquête qualitative menée auprès de 47 personnes LGBTQ+, Reeves démontre que le système des OPC, bien qu’en théorie inclusif (la législation victorienne reconnaît explicitement les violences au sein des couples de même sexe), reste profondément structuré par des normes hétéro- et cisgenrées.

L’un des apports de l’ouvrage est de mettre en lumière les effets délétères de la binarité victime/auteur·ice, qui, en imposant des catégories rigides, aboutit souvent à une double victimisation :

  • les personnes LGBTQ+ se voient soit refuser la protection,
  • soit criminalisées comme auteurs présumées des violences.

Ce phénomène d’“erreur d’identification” (misidentification), bien documenté pour les femmes hétérosexuelles, est ici analysé dans ses spécificités pour les personnes queer, notamment à travers l’usage d’ordonnances croisées ou la mobilisation de la loi comme outil de contrôle par le conjoint violent.

L’autrice ne se limite pas à une critique du système existant. Elle mobilise le concept d’homonormativité pour montrer comment l’inclusion formelle des personnes LGBTQ+ dans les dispositifs répressifs peut paradoxalement renforcer les inégalités, en privilégiant les figures les plus “respectables” de la communauté (blanches, cisgenres, de classe moyenne) au détriment des plus marginalisées. Surtout, l’ouvrage s’inscrit dans une perspective abolitionniste, appelant à décentrer la réponse judiciaire. Reeves montre que, pour de nombreuses personnes interrogées, le recours à la loi a généré plus d’insécurité que de protection. En écho aux travaux de Mariame Kaba ou de Leigh Goodmark, elle plaide pour le développement d’alternatives communautaires, non-étatiques et transformatrices, qui permettraient de répondre aux violences sans recourir à un système pénal qui reste historiquement un outil d’oppression pour les personnes LGBTQ+.

Reeves rappelle avec force que la justice ne saurait se réduire à l’accès à la loi, mais doit se construire dans la reconnaissance des pluralités des expériences et dans le soutien aux initiatives communautaires autonomes.

Référence :
Reeves, E. (2026). Queer(y)ing Civil Law Responses to Domestic and Family Violence. Routledge.

Lancé officiellement en octobre 2025,  le Projet ReBond de Hong Kongc une particularité remarquable : il est le fruit d’une collaboration étroite entre l’administration pénitentiaire, une ONG, une fondation privée et l’université, dans une logique de « one-stop rehabilitation » qui couvre la période carcérale ET la sortie .

Origine et porteurs : Un partenariat inédit au service de la réinsertion

Le Jockey Club Project ReBond est né d’une initiative politique inscrite dans le discours sur la politique générale 2025 du Chef de l’exécutif de Hong Kong. Son objectif : fournir des services de réinsertion « guichet unique » aux personnes détenues purgeant des peines de moins d’un an .

Ce qui frappe d’emblée, c’est la gouvernance partenariale du projet :

  • The Hong Kong Jockey Club Charities Trust : Il finance et a créé le programme. La présence d’un acteur aussi puissant montre une volonté sociétale forte d’investir dans la réinsertion comme « capital talent social » .
  • Correctional Services Department (CSD) : L’administration pénitentiaire est co-créatrice et met en œuvre le projet dans quatre établissements (Lo Wu, Pik Uk, Tong Fuk, Tai Lam) .
  • SideBySide : Une ONG spécialisée dans l’accompagnement, qui assure le volet « communauté » et la continuité du lien .
  • University of Hong Kong : Partenaire académique et « knowledge partner », chargé d’évaluer scientifiquement l’efficacité du dispositif .

Cette alliance public-privé-université est en soi une innovation. Elle reconnaît que la désistance ne peut être portée par la seule institution judiciaire, mais nécessite un écosystème.

Ancrage théorique : La désistance comme fil rouge assumé

Le discours officiel du CSD est explicite : « Le projet applique la théorie de la désistance, étendant les services de réinsertion des établissements correctionnels à la communauté » . Cette mention directe dans un communiqué gouvernemental est suffisamment rare pour être soulignée.

Les objectifs poursuivis sont en tout point conformes aux modèles de la désistance secondaire (changement identitaire profond) :

  • Rebuild law-abiding identity : Reconstruire une identité respectueuse des lois
  • Reconnect them with society : Les reconnecter avec la société
  • Support them in giving back to society : Les soutenir pour qu’ils puissent « rendre » à la société à leur tour

On retrouve ici les trois dimensions clés de la désistance assistée : le travail sur l’identité, la restauration des liens sociaux, et la réciprocité (devenir contributeur). Le programme vise à transformer des « personnes sous main de justice » en « capital talent social » .

Public cible : Le « angle mort » des courtes peines

Le projet cible spécifiquement les personnes détenues purgeant des peines de moins d’un an . Ce choix est stratégique. Dans de nombreux systèmes, les courtes peines sont un angle mort de l’accompagnement :

  • La détention est trop brève pour engager un travail approfondi.
  • Le risque de récidive est pourtant élevé, faute de préparation à la sortie.
  • Les personnes concernées cumulent souvent précarité, addictions et ruptures familiales.

ReBond fait le pari inverse : puisque la peine est courte, il faut agir dès l’incarcération et assurer une continuité sans couture jusqu’en milieu ouvert .

Méthode et supports : Le modèle « through-train » en trois étapes

Le terme employé par les porteurs du projet est celui de « one-stop rehabilitation services » ou de services « seamlessly connected » . Concrètement, le parcours du participant se déroule en trois phases.

Phase 1 : Évaluation et groupes de développement personnel (en détention)

Dès l’entrée en détention, les volontaires bénéficient d’un assessment par des travailleurs sociaux professionnels . Cette évaluation initiale permet de :

  • Cerner les besoins et les forces de la personne.
  • Déterminer des objectifs personnalisés.
  • Orienter vers les activités adaptées.

Sont ensuite proposées des activités de groupe de croissance personnelle (« personal growth group activities ») visant à  :

  • Développer les forces personnelles (« personal strengths »)
  • Établir des valeurs positives et des objectifs de vie
  • Renforcer la conscience légale et la détermination à se réinsérer

On perçoit ici l’influence des approches « Good Lives Model » (GLM) et des théories de la désistance : il ne s’agit pas seulement de « réduire les risques » mais de construire un projet de vie positif.

Phase 2 : L’outil central – Le « Plan de Développement de Vie »

L’élément clé du dispositif est le « Life Development Blueprint » (Plan de Développement de Vie). Cet outil permet à la personne de formaliser son projet de réinsertion avec des objectifs à court, moyen et long terme. Il sert de fil rouge tout au long du parcours, en détention puis à l’extérieur. C’est un support concret qui transforme l’intention de changement en feuille de route opérationnelle.

Phase 3 : Suivi post-sortie et accompagnement communautaire (en milieu ouvert)

C’est là que réside la grande originalité du modèle « through-train ». À la sortie, le relais est assuré par SideBySide (l’ONG partenaire) pour garantir la continuité . Les services proposés incluent :

  • Une aide à l’emploi (« employment-related assistance »)
  • Des activités communautaires pour reconstruire un réseau social positif
  • Un suivi de cas qui prolonge l’accompagnement au-delà de la levée d’écrou

L’idée est de lutter contre ce que les chercheurs appellent la « sortie sèche » : le moment où la personne, livrée à elle-même, est la plus vulnérable face aux risques de récidive.

Une innovation méthodologique : L’évaluation par groupe de contrôle randomisé

Le projet intègre une dimension recherche ambitieuse. Pour la première fois à Hong Kong, une méthode scientifique par groupe de contrôle randomisé (« randomised control group ») est adoptée pour évaluer l’efficacité du programme .

Concrètement, cela signifie que :

  • Un groupe de participants bénéficie du programme ReBond.
  • Un autre groupe (aux caractéristiques similaires) suit le parcours classique sans ce dispositif.
  • L’Université de Hong Kong suit les deux groupes pendant trois ans après la sortie pour comparer les trajectoires .

Cette rigueur méthodologique est cruciale. Elle permettra de produire des données probantes (« evidence-based ») sur ce qui fonctionne vraiment, et d’affiner les pratiques futures. C’est une réponse aux critiques adressées aux politiques pénales trop souvent guidées par l’intuition ou l’idéologie.

 Ce que ReBond nous apprend

L’importance du continuum carcéral/milieu ouvert

Le modèle « through-train » répond à une difficulté majeure du système français : la rupture entre la détention (surveillée par l’administration pénitentiaire) et le milieu ouvert (suivi par le SPIP). Le projet ReBond montre qu’il est possible de créer un fil rouge institutionnel qui traverse la porte de la prison. Le même opérateur (SideBySide) suit la personne avant et après, garantissant la continuité relationnelle.

La triple dimension de la désistance

Le programme agit simultanément sur les trois registres identifiés par la recherche :

  • Act Desistance (changement comportemental) : par l’aide à l’emploi et les activités concrètes.
  • Identity Desistance (changement identitaire) : par les groupes de développement personnel et le travail sur les valeurs.
  • Relational Desistance (changement relationnel) : par les activités communautaires et la reconstruction des liens.

Notre travail clinique en SPIP nous place au cœur de cette triple dynamique. Chaque entretien peut être l’occasion de faire le lien entre le comportement, l’identité et la place sociale.

La puissance de l’alliance recherche-terrain

La présence de l’Université de Hong Kong comme « knowledge partner » et l’utilisation d’une méthodologie rigoureuse devraient permettre de documenter scientifiquement l’efficacité du programme. C’est un argument fort pour convaincre les décideurs et le grand public que l’investissement dans la réinsertion est pertinent. En France, des initiatives comme le Centre de Recherches Sociologiques sur le Droit et les Institutions Pénales (CESDIP) ou les conventions avec des laboratoires universitaires pourraient être davantage systématisées.

La question du volontariat

Le projet est proposé à des participants volontaires . Cette dimension est essentielle d’un point de vue clinique : on ne peut imposer un processus de changement identitaire. La désistance est un acte d’auto-détermination. Notre rôle est de créer les conditions pour que cette décision puisse émerger, pas de la contraindre.

Limites

Comme tout programme, ReBond soulève des interrogations :

  • La spécificité culturelle : Ce qui fonctionne à Hong Kong est-il transposable ailleurs ? Les valeurs confucéennes (importance de la famille, du lien social, de la « face ») imprègnent probablement l’accompagnement.
  • Les courtes peines seulement : Le programme est ciblé sur les peines de moins d’un an. Qu’en est-il des détenus aux longues peines, dont la désocialisation est plus profonde ?
  • Le financement : Porté par une fondation privée (Jockey Club), le projet bénéficie de moyens conséquents. La pérennité sans ce financement reste à interroger.

Le Jockey Club Project ReBond est une illustration remarquable de ce que peut être une politique de désistance assumée et opérationnalisée. En reliant la prison et la ville, en associant tous les acteurs concernés (administration, société civile, université), et en évaluant rigoureusement ses effets, il trace une voie possible pour renouveler nos pratiques.

Pour nous, professionnels du SPIP, il rappelle quelques évidences trop souvent mises à mal par le quotidien :

  • La réinsertion se prépare dès le premier jour de détention.
  • La continuité du lien est plus importante que la succession des intervenants.
  • Le changement identitaire est un processus qui nécessite du temps, de la cohérence et de la confiance.

Comme le dit le juge Poon Siu-tung, président de SideBySide, le projet cherche à « accompagner les personnes détenues et sortantes en leur fournissant des services de soutien diversifiés et connectés de manière transparente, des établissements correctionnels à la communauté » . N’est-ce pas là, finalement, la définition même de la désistance assistée ?

Ressources pour aller plus loin : Site officiel du Correctional Services Department de Hong Kong: www.csd.gov.hk

Dans l’imaginaire collectif et politique, la réponse à la criminalité réside souvent dans l’équation simple de la dissuasion : pour réduire le crime, il faut augmenter la sévérité ou la certitude de la sanction. C’est le modèle du « choix rationnel » inspiré par Bentham et Beccaria.

Pourtant, en 1990, le psychologue social Tom Tyler a bouleversé ce paradigme avec son ouvrage fondateur, Why People Obey the Law. Sa thèse est contre-intuitive mais puissante : la peur du gendarme n’est pas le moteur principal de l’obéissance.

Le Modèle Instrumental vs Le Modèle Normatif

Pour comprendre l’apport de Tyler, il faut distinguer deux mécanismes de conformité :

  • Le modèle instrumental (la dissuasion) : L’individu obéit car il calcule le rapport coût/bénéfice. « Si je commets cette infraction, quelles sont mes chances d’être pris et quelle sera la peine ? »
    • La limite de ce modèle : Il exige des ressources colossales. Pour qu’il fonctionne, l’État doit maintenir une surveillance constante. Dès que la menace de sanction s’éloigne, l’obéissance disparaît.
  • Le modèle normatif (la légitimité) : L’individu obéit car il considère que l’autorité a le droit de dicter son comportement et que la loi correspond à ses valeurs morales. L’obéissance devient alors volontaire et auto-régulée.

Les recherches de Tyler (basées sur des études longitudinales à Chicago) montrent que les variations dans la perception de la certitude/sévérité de la peine n’ont qu’un impact marginal sur le respect de la loi. À l’inverse, la légitimité perçue explique la majorité de la variance dans les comportements de conformité.

La Justice Procédurale : La clé de la légitimité

Si la légitimité est le but, comment l’autorité judiciaire (police, juges) l’acquiert-elle ? C’est ici que Tyler introduit le concept central de Justice Procédurale.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les citoyens ne jugent pas le système uniquement sur le résultat (Justice Distributive) — c’est-à-dire s’ils ont gagné ou perdu, ou s’ils ont reçu une amende. Ils jugent le système sur la qualité du processus par lequel la décision a été prise.

Selon Tyler, quatre piliers soutiennent le sentiment de justice procédurale :

  1. La Voix (Voice) : La possibilité pour le justiciable d’exprimer son point de vue et de raconter sa version des faits avant qu’une décision ne soit prise.
  2. La Neutralité : La perception que l’autorité prend des décisions basées sur des faits objectifs, sans biais ni préjugés, et applique les règles de manière cohérente.
  3. Le Respect : Le sentiment d’être traité avec dignité et politesse, et de voir ses droits respectés par les représentants de la loi.
  4. La Confiance (Trustworthiness) : La croyance que l’autorité agit avec bienveillance et a sincèrement à cœur l’intérêt des citoyens.

L’Effet Tyler en pratique

Lorsque les citoyens perçoivent que la police ou les tribunaux agissent selon ces principes de justice procédurale, ils leur accordent une légitimité.

La conséquence directe est « l’Effet Tyler » :

  • Conformité accrue : Les gens respectent la loi même lorsque la police n’est pas présente.
  • Coopération : Les citoyens sont plus enclins à signaler des crimes ou à aider les enquêtes.
  • Acceptation des décisions : Un individu est plus susceptible d’accepter une contravention ou un verdict défavorable s’il estime que le processus a été juste (on parle d’effet tampon de la justice procédurale).

À l’inverse, une approche policière basée uniquement sur la force et le contrôle (le modèle du « guerrier ») peut éroder cette légitimité, entraînant cynisme, résistance et augmentation de la délinquance sur le long terme.

Les travaux de Tom Tyler nous rappellent que l’autorité ne se décrète pas par la force, elle se construit par la relation. Pour la criminologie moderne et les politiques publiques, la leçon est claire : investir dans la formation des forces de l’ordre à la justice procédurale est probablement plus efficace pour la sécurité publique que l’escalade des sanctions pénales.

Comme l’affirme Tyler : « La justice ne doit pas seulement être rendue, elle doit être perçue comme telle. »

Références clés :

Source : Wilson, Gonzalez, Romero (2010) The Effectiveness of Parent Education for Incarcerated Parents: An Evaluation of Parenting from Prison.

Contexte : Évaluation du programme « Parenting from Prison » (PFP) mis en œuvre dans les établissements correctionnels du Colorado auprès de délinquants hommes et femmes.

Pour les agents de probation, il est crucial de comprendre que l’incarcération d’un parent a des répercussions systémiques :

  • Impact sur les enfants : Les enfants de parents incarcérés présentent plus de risques de problèmes comportementaux, d’échec scolaire et de toxicomanie. Ils ont six fois plus de risques d’entrer eux-mêmes dans le système judiciaire.
  • Profil des parents détenus : Beaucoup de parents incarcérés ont eux-mêmes manqué de modèles parentaux positifs et ont subi des traumatismes (abus, foyers d’accueil).
  • Lien avec la récidive : Le maintien des liens familiaux durant l’incarcération est associé à une réduction de la récidive.

Le Programme Évalué : « Parenting from Prison » (PFP)

Le programme vise à renforcer les liens familiaux et à préparer la réunification post-libération.

  • Contenu : 20 séances basées sur les compétences, couvrant la communication, la discipline, la résilience, et la prévention des abus de substances.
  • Approche cognitive : Utilisation du curriculum « BrainWise » pour enseigner la prise de décision réfléchie plutôt que l’impulsivité.
  • Préparation à la sortie : Focus spécifique sur la réunification familiale et la gestion du casier judiciaire lors de la recherche d’emploi.

Résultats Clés de l’Intervention

L’étude a comparé les données avant (pré-test) et après (post-test) le programme sur un échantillon de 81 hommes et 69 femmes.

A. Amélioration de la Communication Famille-Détenu

  • L’utilisation de lettres a augmenté (86.5% des participants au post-test), avec une fréquence accrue.
  • Les visites en personne ont augmenté, passant à 31% des participants.
  • L’usage de journaux intimes pour communiquer avec l’enfant a triplé.
  • Note : Bien que le nombre total d’appels téléphoniques ait diminué, leur fréquence a augmenté chez ceux qui utilisaient ce moyen, suggérant une communication plus ciblée.

B. Changements Psychologiques et Attitude

  • Estime de soi et maîtrise : Augmentation significative de l’estime de soi et du sentiment de maîtrise personnelle (self-mastery) chez les participants.
  • Satisfaction parentale : Les parents ont rapporté une satisfaction accrue concernant leur rôle et leur relation avec l’enfant.
  • Différences hommes/femmes :
    • Les femmes avaient des attitudes parentales plus négatives au départ, mais ont montré une amélioration significative après le programme, rejoignant le niveau des hommes.
    • La confiance parentale s’est améliorée de manière significative pour les deux sexes.

C. Acquisition de Connaissances

  • Les participants ont montré une meilleure connaissance des concepts parentaux après le programme, bien que l’augmentation des scores bruts soit modeste, potentiellement due au faible niveau d’alphabétisation de la population carcérale.

Cette étude fournit des arguments solides pour soutenir l’orientation des justiciables vers ce type de programmes :

  1. Préparation à la Réinsertion : La majorité des parents prévoient de se réunir avec leurs enfants à leur libération. L’éducation parentale est un outil pivot pour faciliter cette transition souvent difficile.
  2. Rupture du Cycle de la Délinquance : En renforçant les liens familiaux, on agit non seulement sur la récidive du parent, mais on prévient potentiellement la délinquance intergénérationnelle chez l’enfant.
  3. Bénéfice Universel : Le programme est efficace tant pour les hommes que pour les femmes, malgré des points de départ différents en termes d’attitudes.
L’intervention « Parenting from Prison » démontre qu’il est possible de modifier positivement les attitudes parentales et les comportements de communication durant l’incarcération. Encourager la participation à ces programmes est une stratégie proactive pour stabiliser l’environnement familial du justiciable, un facteur clé de la prévention de la récidive.

Retranscription du PODCAST sur les programmes de parentalité

EFA et vous écoutez 94.1 KPFA
et 89.3 KPB à Berkeley, 88.1 KFCF à Fresno, 97.5 K24 BR à Santa Cruz et en ligne sur kpfa.org. Il est 15h30. Restez à l’écoute pour la suite avec Making Contact.

Voici Making Contact.

Parfois dans mes rêves, j’ai l’impression de ne pas avoir de père. Alors oui, quand mon père sortira, j’espère que nous commencerons une nouvelle vie. J’aurai 12 ans, j’en ai 9 en ce moment. Il a manqué tellement de choses.

Lorsqu’un parent ou les deux sont incarcérés, la famille, par extension, l’est aussi. Elle est affectée négativement de manières profondes qui exacerbent les inégalités structurelles et les difficultés préexistantes.

Dans cet épisode, nous découvrons des programmes pour les détenus et leurs familles, comme Family Works et le programme de livres d’histoires. Ce sont des programmes qui encouragent la reconstruction et le maintien des relations malgré la séparation imposée par la prison. Je suis votre hôte, RJ Lozada. Restez à l’écoute.

Le programme Family Works de l’Osborne Association est le premier programme complet de parentalité dans une prison d’État pour hommes. Fondé à New York, Family Works agit comme un contrepoids aux nombreux défis pour garder une famille unie.

La productrice Sylvia Ryerson nous présente ce reportage depuis New York City.

Dans le placard, nous avons une grande boîte. Oh, c’est… oui, c’est une carte d’anniversaire. C’est une carte d’anniversaire de cette année. Il a écrit : « Tu es très aimée et tu dois le savoir, mais tout de même, ceci vient te le montrer, avec amour pour ton anniversaire. Je t’aime, Papa. » Et nous en avons plein d’autres. Nous avons juste une grande boîte à souvenirs.

C’est Gia qui lit la carte qu’elle a reçue de son père pour son 9ème anniversaire. Gia n’avait pas encore 2 ans quand son père est allé en prison. Maintenant, c’est une élève de quatrième année extravertie dont les choses préférées sont le dessin et manger de la barbe à papa.

Je suis assise avec Gia et sa mère, Marne, à la table de leur cuisine.

J’ai rencontré mon mari Jim quand j’avais 12 ans, dans le quartier où nous avons tous les deux grandi. Puis nous ne nous sommes pas vus pendant des années et des années, puis nous nous sommes retrouvés quand j’avais environ 34 ans et nous sommes sortis ensemble. Et à partir de ce moment, nous avons été ensemble. 30 jours plus tard, il m’a demandé de l’épouser et m’a offert une bague de fiançailles. C’était comme un conte de fées… jusqu’à ce qu’il soit arrêté.

C’était le 5 novembre 2010. D’après ce qu’on nous a dit, il y avait un informateur confidentiel qui a dit qu’il avait des choses dans la maison qui n’auraient pas dû y être. Et quand ils sont entrés, les choses qu’ils cherchaient n’étaient en fait pas là, mais ils ont trouvé une arme à feu. Il leur a dit quand ils sont entrés qu’elle était là et il leur a dit où elle se trouvait. Et il a dit : « Vous savez, ma femme et mes enfants n’ont rien à voir avec ça. C’est la mienne. » Mais ils nous ont tous arrêtés. Et puis ils ont emmené mes enfants au bureau de l’ACS (Administration for Children’s Services) du centre-ville.

Bien que Marne n’ait jamais été inculpée pour le crime, à cause de cela, elle a perdu son emploi et son conseil de coopérative l’a expulsée de son appartement. Il lui a fallu huit mois pour récupérer la garde complète de ses enfants.

Quand elle s’est présentée au tribunal pour la condamnation de Jim, elle a écouté, sous le choc, le juge le condamner à 12 ans pour possession criminelle d’une arme.

Quand c’est arrivé, j’ai failli m’effondrer parce que je n’arrivais pas à y croire. Je pensais que parce que c’était un récidiviste, ils devaient lui donner un peu plus de temps, mais 12 ans, c’est vraiment long.

À l’époque, la fille de Marne, Kim, avait 3 ans, Gia allait avoir 2 ans, et elle avait un bébé, Frankie, qui n’avait que 3 mois.

J’ai parfois l’impression d’être un parent seul. Mais en même temps, je sais que quand mon mari était à la maison, c’était un père vraiment génial, très attentif. Toujours le week-end, vous savez, il les emmenait partout. Et maintenant, vous savez, ça a été dur pour nous tous parce que, vous savez, quand nous allons en visite, quand ils disent que le temps est écoulé et que tout le monde doit se lever et dire au revoir, c’est difficile.

Ce soir, Marne prépare la famille pour une visite à Jim le lendemain matin.

Alors, combien de pages as-tu de maths ? Euh… deux.

Pendant de nombreuses années, Jim était incarcéré dans le nord lointain de l’État de New York, un trajet en bus de 7 heures dans un sens, ce qui rendait les voyages avec les enfants difficiles et rares. Maintenant, il est à la prison de Sing Sing, à environ 2 heures de train au nord de la ville, et ils essaient de lui rendre visite une fois par mois. Mais demain sera une visite spéciale : ils assisteront à la cérémonie de remise des diplômes de Jim.

Au cours de l’année écoulée, Jim a participé à Family Works, un programme complet de parentalité offert par l’Osborne Association, une organisation à but non lucratif basée à New York. Demain, la famille célébrera ensemble l’accomplissement de Jim. Il a complété plus de 50 heures de cours et de classes, tous axés sur la façon dont il peut être un meilleur parent et partenaire.

Gia me dit qu’elle est excitée par la visite et a déjà ses vêtements préparés pour le départ tôt le matin.

Parfois dans mes rêves, j’ai l’impression de ne pas avoir de père. Alors oui, quand mon père sortira, j’espère que nous commencerons une nouvelle vie. J’aurai 12 ans, j’en ai 9 en ce moment. Il a manqué tellement de choses.

À 8h30 le lendemain matin, à l’intérieur de la salle de visite de la prison de Sing Sing, j’observe Jim envelopper son fils de 7 ans, Frankie, dans un gros câlin, l’appelant par son surnom « Beast », alors qu’il le présente fièrement à ses amis.

Viens ici Beast, viens ici Beast. Dis bonjour.

La salle de visite a un air de fête. Des nappes sont posées sur des tables pliantes, chacune surmontée de peluches que les enfants peuvent emporter chez eux, et le groupe de la prison de Sing Sing joue.

Après les discours d’ouverture du personnel de la prison et d’Osborne, le diplômé de Family Works, Jean Lewis, prend le micro.

Bonjour Mesdames et Messieurs. Je suis totalement nerveux en ce moment. C’est comme ma première fois à faire quelque chose comme ça. Je vous demande de m’excuser parce que je suis vraiment… effrayé en ce moment.

Les mains de Lewis tremblent tandis qu’il déplie un morceau de papier au pupitre. C’est une lettre qu’il a écrite à son fils de 8 ans, Jeremiah, qui est assis dans le public.

C’est la lettre la plus difficile que j’aie jamais eu à écrire. Je veux que tu entendes la vérité de ma part. Je suis en prison parce que j’ai enfreint la loi. Ta mère n’est pas à blâmer pour ma présence ici. Tu n’es pas à blâmer pour ma présence ici. Juste parce que je suis loin de toi ne signifie pas que je ne t’aime pas.

C’est un peu émouvant pour moi parce que j’aime mon fils et je ne veux pas qu’il fasse les erreurs que j’ai faites. C’est dur d’être un homme qui affronte la vérité, mais quand tu fais une erreur, tu es le seul à pouvoir la corriger. Assure-toi de faire tout ce que tu peux pour réparer tout mal ou toute douleur que tu as causés. Jusqu’à ce que je rentre à la maison, je veux que tu saches que je pense à toi jour et nuit. Obéis aux règles de ta mère, respecte-la et aime-la, car elle a besoin de toi maintenant plus que jamais.

Au cœur du programme Family Works se trouve un cours de parentalité exigeant de 16 semaines, qui couvre un large éventail de sujets. Ammani Davis a joué un rôle central dans le développement du curriculum de Family Works, et elle a pris le micro après John Lewis.

Je veux vous reconnaître pour chaque lettre que vous avez écrite qui est restée sans réponse, et que vous avez continué à écrire. Je veux vous reconnaître pour votre volonté de vous prendre en main, de commencer à faire face aux préjudices qui vous ont été causés et au préjudice que vous avez perpétré. Mais surtout, je veux vous reconnaître pour avoir utilisé l’amour comme une forme de résistance contre un système qui a activement et intentionnellement démantelé nos familles depuis l’esclavage. Que vous ayez choisi l’amour comme votre action active.

Le lien de Davis avec Family Works est personnel. Quand elle avait 6 ans, son père a été condamné à 25 ans de prison. La mère de Davis est Elizabeth Gaines, la présidente et directrice générale de l’Osborne Association. Gaines a eu l’idée de démarrer le programme il y a plus de 30 ans, juste après l’arrestation du père de Davis.

Ma fille a partagé avec certains de ses amis que son père était incarcéré, et des parents ont annulé des rendez-vous de jeu. Nous avons donc réalisé que c’était stigmatisant pour les enfants, mais aussi que je ne savais vraiment pas quoi faire de bien. Que devrais-je leur dire ? Et qu’est-ce qui pourrait arriver ? Et il m’est apparu, alors que nous essayions de comprendre comment le père de mes enfants allait s’occuper d’eux, qu’il y avait un grand vide dans la façon dont les prisons considéraient les hommes en prison en tant que pères.

Avec son propre sentiment d’urgence, Gaines a contacté des dizaines d’experts en psychologie, neurosciences et développement humain et adolescent. L’une de ses premières collaboratrices était le Dr Carl Mazza, docteur en travail social, et ensemble, ils ont commencé à élaborer le curriculum.

Au cœur de la philosophie du programme est que les participants doivent comprendre l’impact que leur incarcération a eu sur la vie de leurs enfants afin de commencer à réparer et faire grandir cette relation. Chaque session de cours commence par une courte vidéo, suivie d’une discussion de groupe facilitée.

Voici le Dr Carl Mazza dans la vidéo du premier jour du cours de parentalité.

La cohérence dans la vie des enfants est extrêmement, extrêmement importante. Un enfant a besoin de savoir que la personne qui m’aimait la semaine dernière m’aime aujourd’hui et m’aimera le mois prochain. Donc, une fois que papa est parti, le monde de l’enfant, le fondement du monde de l’enfant, a maintenant disparu. Parce que si papa part aujourd’hui, qu’est-ce qui empêche, si je vais à l’école demain, que maman ne soit plus là, ou grand-maman, ou tante ? L’enfant devient…

Le cours souligne l’importance d’établir ce lien d’amour malgré l’incarcération. Et pour y parvenir avec succès, un point clé du cours est de démanteler l’hypothèse que, simplement parce que quelqu’un est en prison, cela ne signifie pas nécessairement qu’il est un mauvais modèle pour son enfant. À nouveau le Dr Mazza.

Vous devez séparer cela, et [comprendre] qu’il y a des qualités merveilleuses, aimantes, bienveillantes en chacun de vous que vous devez d’abord accepter avant de pouvoir les transmettre à vos enfants.

Pour Gaines, le cours est un exercice d’équilibre délicat, soulignant définitivement l’importance d’être parent tout en étant incarcéré, tout en acceptant les limites de son rôle parental.

Donc, vous devez vraiment aller au fond des choses : qu’est-ce qu’être parent, vraiment ? Et vous savez, si vous ne pouvez pas les emmener à l’entraînement de foot, que pouvez-vous faire ? Comment avoir de vraies discussions ?

C’est pourquoi, dit Gaines, le curriculum met un énorme accent sur les compétences en communication, des compétences à utiliser non seulement avec son enfant, mais tout aussi important, avec la personne qui s’occupe principalement de l’enfant à l’extérieur.

Tout cela, Gaines et d’autres l’affirment, est essentiel à une réinsertion réussie. En se concentrant sur la façon d’être parent depuis la prison, le programme vise à préparer les individus à retourner dans leur famille.

Avec votre libération de prison et votre transition de retour dans la famille, votre travail principal, en termes de ceci, est de comprendre comment fonctionne votre famille maintenant. Vous ne pouvez pas rentrer et dire : « Papa est à la maison, les choses changent. » Votre travail initial avec vos enfants est de comprendre vos enfants d’une perspective différente, celle d’être un père dans un monde plus vaste.

Selon un rapport de 2009 du Sentencing Project, plus de la moitié des personnes dans les prisons d’État et fédérales sont des parents d’enfants mineurs. 1,7 million d’enfants aux États-Unis ont un parent en prison un jour donné. Les enfants noirs sont 7,5 fois plus susceptibles que les enfants blancs d’avoir un parent incarcéré.

Compte tenu de cette réalité stupéfiante, Gaines dit que soutenir la connectivité familiale pour les enfants ayant des parents incarcérés est d’une importance cruciale, à la fois pour le bien-être de l’enfant et pour la réinsertion réussie du parent. Et pourtant, le système fonctionne à l’opposé.

Comme Gaines le cite, toutes les pièces qui devraient être en place, mais qui généralement ne le sont pas : l’éducation à la parentalité en fait partie, des visites récentes en font partie, garder les prisons plus proches des familles pour que les gens puissent visiter, rendre les appels téléphoniques abordables. Toutes les choses qui permettent aux familles de se maintenir en tant que familles et d’être capables de comprendre l’impact et vraiment l’atténuer. Je pense que la différence pour les enfants est extraordinaire.

De retour dans la salle de visite de Sing Sing, je retrouve Jim et Marne après la cérémonie. Jim écoute attentivement tandis que Marne le met au courant des derniers plans pour Halloween.

Il dit qu’il veut être l’infirmière. Et Frank pensait à être un Bisounours aussi. Il allait être un Bisounours bleu, elle allait être un rose.

Je demande à Jim ce que suivre ce cours a signifié pour lui.

J’ai vraiment grandi en prison. Et je ne savais pas ce que c’était d’être un père. Je ne savais pas comment être, comme, doux envers les enfants. Je n’ai jamais été élevé comme ça. J’ai été élevé dans une vie dure. Et c’est tout ce que je connaissais : une vie dure. Vous savez, vous pouvez me jeter dans n’importe quelle prison que vous voulez, et je pourrais vivre, je pourrais survivre. Mais quand vous me mettez auprès des enfants, c’est comme… waouh, c’est vraiment dur, vous savez.

Mais Jim dit que le cours l’a aidé à être plus patient, à écouter plus et à crier moins. Gia est assise à côté de Jim et elle a une mission pour son père.

Tu dois me faire un livre de bébé. Je n’en ai pas.
Je dois te faire un livre de bébé ? Oui, je n’en ai pas.
Tu n’es plus un bébé. Oui, mais quand même, les souvenirs.
Je me souviens très bien. De quoi te souviens-tu ?
Je me souviens que tu étais un petit bébé à un moment. Je me souviens quand tu étais dans le… le panier à linge.

Trop tôt, le temps est écoulé. La salle est fermée. Nous demandons à tous les civils et visiteurs de se rendre à l’avant afin que vous puissiez sortir. La salle de visite est fermée.

Jim et Marne se préparent au moment qu’ils savaient venir depuis le début. Marne regarde Jim donner un dernier baiser à Gia.

Prends soin de toi. Je vous aime tous. Soyez sages. GG, donne-moi des bisous et des câlins.
Je t’aime. Je t’aime aussi. Tu es sûr ? Oui.
Vous devez vous diriger vers l’avant. Il est temps de partir. La salle de visite est fermée.

Reportage de New York, je suis Sylvia Ryerson pour Making Contact.

Après avoir quitté la salle de visite, Marne et les enfants ont pris un train de 2 heures pour retourner à New York City pour Halloween. J’ai entendu que Gia était une Cutie Pop, Frankie était un Minion et Kim était Minnie Mouse. J’ai aussi entendu que le livre de bébé de Gia était en cours.

Si vous venez juste de nous rejoindre, vous écoutez Making Contact. Nous partageons des histoires sur les familles impactées par le système carcéral. Et juste pour vous donner un aperçu : en 2007, sur les 1,7 million d’enfants en Amérique avec un parent en prison, plus de 70% étaient des enfants de couleur. 62% des parents dans les prisons d’État sont à plus de 100 miles (160 km) de chez eux, et plus de la moitié n’avaient eu aucune visite personnelle de leurs enfants pendant leur incarcération.

Le Département des Services Correctionnels du New Hampshire a un programme de livres d’histoires dans lequel les parents détenus doivent mériter des points de mérite pour participer. Et bien que cela ne remplace pas les connexions en face à face, c’est une opportunité pour les parents de se connecter avec leurs enfants.

La productrice Lisa Bartfai rassemble ces voix.

Vous avez des recommandations ou des livres précédents ? Cela dépend pour quel âge vous choisissez en ce moment ?
Je le fais probablement pour ma fille.
Et quel âge a-t-elle ? Elle a trois ans. Trois ans, d’accord.

Mon nom est Giovon Monroe. J’ai 37 ans et nous sommes à la prison d’État du New Hampshire pour hommes à Concord, New Hampshire.

Dans la section du milieu ici, ce sont les plus jeunes enfants. Vous savez ce qui l’intéresse ? Elle aime les Bisounours, les My Little Ponies…

Christina T… Je suis l’administratrice et créatrice du Family Connection Center. Donc, le Family Connection Center est un programme de soutien familial situé dans toutes les prisons du Département des Services Correctionnels du New Hampshire. Donc, je pense que dans les 19 ans que nous existons, c’est à peu près resté le même. Vous devez suivre un cours de parentalité. C’est un cours d’éducation à la parentalité de 18 heures, et il enseigne simplement les styles parentaux démocratiques. Ensuite, vous pouvez profiter de ces autres avantages que nous avons, ce qui inclut les livres sur CD.

Voici le formulaire à remplir pour s’inscrire aux livres sur cassette audio.

Et tous mes enfants adorent lire. Ils aiment les livres. C’est l’une des choses que, même si j’ai eu des problèmes avant, c’est l’une des choses que j’ai pratiquées avec mes enfants. Vous savez, mon fils de 12 ans a lu quelque chose comme 700 livres. Il garde une trace, et j’en suis très fier.

Vous pouvez avoir de petits messages comme, vous savez, « c’est mon livre préféré quand j’étais enfant » ou « j’adorais te lire ça quand tu étais petit » ou « j’ai vu celui-ci et il a… »

Il y a longtemps, sous un pont de château, vivait un troll nommé Trella. Trella, oui. Chaque nuit, elle rêvait d’être belle, mais chaque jour, elle se réveillait avec le même reflet hideux. Je ne pense pas que j’ajoute de l’emphase, mais… Voyons… Le frère du troll, Vict Troll, était fier de sa laideur et l’utilisait à son avantage. Ça fait un moment que je n’ai pas vraiment lu aux enfants, donc c’était un peu… stressant.

…visiteur jusqu’à ce que le visiteur le jette dans un point d’or. Le pont fut bientôt appelé Le Chemin du Troll, et la taxe de Vict Troll fut appelée Le Péage du Troll.

Donc, je travaillais déjà dans le système carcéral, et nous étions… c’était une prison mixte où je travaillais, et moi-même et d’autres avons remarqué que nous avions des mères et des pères dans la même prison. Et nous avons vu des oncles, des grands-pères, des fils, et comme… quelque chose se passe. Nous devons faire une sorte d’intervention et aider ces familles.

J’ai eu une enfance difficile. Donc, tout ce qui a été mal fait dans ma vie en grandissant, je veux faire le contraire pour eux.

Quand nous concevions le programme, j’ai fait des recherches pour trouver des moyens de garder les familles ensemble. Et en fait, j’ai parlé à des gens qui avaient été au Vietnam et les enfants avaient enregistré des histoires à envoyer à leurs pères, et je pense vice-versa. Donc, c’était l’inspiration.

Nous pourrions ne pas être physiquement là ensemble, mais cela leur montre quand même que même si je suis aussi loin, j’essaie toujours d’être plus proche. Donc, cela essaie de garder le lien là où il était, au lieu qu’il s’éloigne et qu’il faille recommencer à zéro.

Pour certains parents, c’est… vous savez, ils n’étaient pas prêts en tant qu’enfant. Donc, ils apprennent d’abord à quel point c’est important. Ensuite, ils obtiennent les outils pour réellement mettre en œuvre cette méthode de contact avec les enfants. Et puis, il y a aussi l’objet tangible : le livre et le CD ou la cassette est maintenant en possession de l’enfant. Donc, cela leur donne un peu de pouvoir, ce que les enfants n’ont généralement pas. Et certainement ces enfants qui ont un parent incarcéré, ils n’ont aucun pouvoir pour voir, entendre ou toucher leur parent qui est parti. Donc maintenant, s’ils ont la possibilité, ils peuvent, vous savez, jouer le CD et écouter maman ou papa dire « Je t’aime ».

Quand Simba regarda les étoiles, il entendit une voix familière. Simba, son père demanda, m’as-tu oublié ? Simba regarda… non, comment pourrais-je ? Tu as oublié qui tu es, et donc tu m’as oublié, continua la voix fantomatique.

Emily, j’adore ce film et ce livre. J’espère que tu aimes le livre. Je t’aime et tu me manques. Amour pour toujours, Papa.

Mon nom est David Johansson. J’ai 30 ans. J’ai fait cela pendant presque 2 ans maintenant. J’envoie des livres à la maison tous les quelques mois. Eh bien, ma fille a un retard de parole expressif, donc elle répond mieux à l’écoute de livres sur CD. Moi, envoyer des livres à la maison, c’est… elle peut maintenant faire des livres sur CD, et c’est ma voix, c’est plus personnel, et elle peut le faire quand elle veut, juste pour lire un livre ou pour l’heure du coucher. Et j’ai l’impression que j’aide vraiment dans son éducation, même si je ne peux pas être à la maison pour aider physiquement aux devoirs.

Prêt ? Oui, à droite. Commencez au début.

Le Lion, le ciel violet…

David Johansson, nous sommes ici dans mon salon. Nous avons mon fils Elijah, qui a trois ans, et Emily, ma fille, qui a cinq ans. Un éléphant, tout un tas d’oiseaux et un zèbre.

J’ai appris l’importance de la famille et des priorités, et ce que la famille signifie beaucoup.

Beaucoup de ce qu’il a appris, c’est de gérer les choses une étape à la fois. Et sa patience avec les choses a énormément grandi, et sa patience avec lui-même, vous savez, juste… je ne peux pas contrôler certaines choses. Le calme qu’il a maintenant, je pense, se poursuivra dans sa vie quotidienne.

Je travaillais beaucoup. J’étais directeur d’une maison de groupe, donc les heures étaient très exigeantes. Et je travaillais en moyenne de 100 à 120 heures par semaine. Donc, je n’étais pas vraiment beaucoup à la maison. La priorité a changé, c’est devenu la famille. Cette situation m’a énormément aidé à être une meilleure personne, à faire de meilleurs choix. Je me suis fixé des limites : je ne vais travailler qu’un emploi de 40 heures, rester à la maison autant que je peux pour être là pour mes enfants, et, vous savez, ne pas essayer de rattraper le temps perdu parce que je ne peux jamais faire ça, mais être là pour tous les moments à venir.

Pourquoi le vieux Rafiki se tenait-il au bord du Rocher de la Fierté et tenait le lionceau pour que tous le voient ? Les éléphants trompetèrent et les zèbres hennirent de joie alors que le futur Roi Lion rejoignait le grand cercle de la vie.

C’est la fin. J’espère que tu aimes ce livre, Emily. J’en ai un autre qui arrive bientôt aussi, alors attends.

Je pense que la plus grande idée fausse que beaucoup de gens dans la société ont, c’est que les hommes et les femmes en prison sont des mauvaises personnes, ont fait de mauvaises choses, donc ils ne méritent pas leurs enfants. Et je pense qu’ils doivent se tourner et regarder cela du point de vue de l’enfant : que l’enfant n’a rien fait de mal et qu’il a perdu sa maman ou son papa. Et généralement, cet enfant aime cette maman et ce papa, peu importe.

Je sais que, quoi que la société puisse avoir à dire ou penser de moi, je n’ai aucun contrôle là-dessus.

Tony Hebert. J’ai trois beaux enfants : deux garçons et une fille. Quand il s’agit de mes enfants, ce dont ils se souviendront de mon temps loin, j’espère que ce que je fais ici laissera une impression positive. À mesure qu’ils vieillissent, et qu’ils n’auront pas peur de le partager, ils n’auront pas peur de dire à leurs amis, ou d’être inquiets si quelqu’un fronce les sourcils parce qu’ils ont eu un père ou un parent en prison.

D’accord, les enfants, c’est encore votre papa. C’est cette période de l’année. Vous savez, j’adore toujours vous lire des livres de Noël. Donc, le même que l’année dernière et l’année d’avant. Je sais que vous l’aimez tous les deux. La Nuit Avant Noël. Vous vous souvenez de cette histoire ? Si vous vous souvenez, suivez avec moi, d’accord ?

C’était la nuit avant Noël, dans toute la maison, pas une créature ne bougeait, pas même une souris. Les chaussettes étaient accrochées à la cheminée avec soin, dans l’espoir que le Père Noël serait bientôt là. Les enfants étaient nichés, tous blottis dans leur lit, tandis que des visions de bonbons dansaient dans leur tête.

Mon plus jeune fils est probablement, je ne dirais pas mon enfant le plus difficile, mais parce qu’il était si jeune quand je suis arrivé ici, vous savez, et devoir le regarder grandir ici… nous avons parfois des difficultés où il ne comprend pas toujours que le rôle de père a son mot à dire aussi. Et ma voix a son mot à dire.

La lune sur la poitrine de la neige nouvellement tombée donnait une lueur de milieu de journée aux objets en dessous. Quand à mon étonnement, je devrais apparaître, mais un petit traîneau et huit minuscules rennes… Je me demande qui ça peut être.

Juste savoir comment être patient avec lui, comprendre et, vous savez, accepter ce qu’est sa réalité, cela m’a aidé en quelque sorte à combler le fossé d’être loin, mais à toujours pouvoir l’aider dans ses moments difficiles alors qu’il lutte aussi avec mon absence.

Plus rapides que des aigles, ses coursiers arrivèrent, et il siffla, cria et les appela par leur nom. Maintenant, vous vous souvenez des noms de ces gars, alors si c’est le cas, suivez avec moi. Allez, Dasher ! Allez, Dancer ! Allez, Prancer et Vixen ! Allez, Comet ! Allez, Cupid ! Allez, Donner et Blitzen !

Je ne sais vraiment pas où je serais dans une relation, en ce qui concerne mes enfants. Oui, ils seraient probablement encore là, mais comment serait notre relation si je n’avais pas cet endroit ici, vous savez ? Et pouvoir avoir cette étape supplémentaire de contact, vous savez, les livres sur CD, et le Skype, et ces petites choses qui font une énorme, énorme différence.

Et Saint-Nicolas… deux… et puis en un clin d’œil, j’entendis sur le toit le piétinement et le galop de chaque petit sabot. Alors que je me penchais dans mon lit et que je me retournais, dans la cheminée, Saint… [inachevé]

Tony Hebert est en prison depuis septembre 2013. Sa date de libération conditionnelle minimale est en 2025. David Johansson est en prison depuis décembre 2015 et devrait être libéré en décembre 2017. Giovon Monroe est en prison depuis février 2017. Sa date de libération conditionnelle minimale est en janvier 2020.

Ce ne sont là que trois des nombreux parents qui font partie du programme Family Connections dans le système carcéral du New Hampshire. Des études ont montré que les personnes incarcérées qui reçoivent des visiteurs et ont des contacts avec leur famille pendant leur temps en prison sont moins susceptibles d’y retourner. L’idée étant que des liens solides avec la famille et les amis pendant l’incarcération faciliteront leur réintégration dans la communauté.

Pour Making Contact, je suis Lisa Bartfai dans le Maine.

Et c’est tout pour Making Contact. Pour plus d’informations sur ces programmes ou l’une de nos autres histoires sur le complexe industriel carcéral, veuillez visiter notre site web radio.org. »

 

 Source : Meek, R. (2007). The parenting possible selves of young fathers in prison. Psychology, Crime & Law.

Pertinence pour la Réinsertion

Cette étude examine comment les jeunes détenus (18-21 ans) perçoivent leur rôle de père, actuel et futur. Pour les agents de probation, ce sujet est crucial car le maintien des liens familiaux est un facteur clé de réduction de la récidive. L’article utilise le concept psychologique des « Sois Possibles » (Possible Selves) : les représentations de ce que l’individu espère devenir, redoute de devenir, ou perçoit être actuellement.

L’étude démontre que travailler sur l’identité paternelle peut servir de levier motivationnel puissant pour la réinsertion et l’arrêt de la délinquance.

Profil Psychologique des Jeunes Pères Incarcérés

L’analyse des réponses de 39 jeunes pères révèle des dynamiques spécifiques qui diffèrent des pères de la population générale.

A. Le « Soi Actuel » : Un sentiment d’échec et d’impuissance

  • Perception négative : La majorité des jeunes se voient actuellement comme de « mauvais pères ».
  • Séparation et impuissance : Ils expriment une forte détresse liée à la séparation physique et un sentiment d’impuissance (incapacité émotionnelle et financière à pourvoir aux besoins de l’enfant).

B. Le « Soi Espéré » : L’aspiration au lien

  • Contrairement aux pères à l’extérieur, les détenus aspirent spécifiquement à rétablir le lien d’attachement et à combler la séparation physique (« être là tous les jours »).
  • Ils partagent cependant avec les autres pères le désir global d’être un « bon papa ».

C. Le « Soi Redouté » : Les leviers d’intervention prioritaires

C’est ici que l’étude révèle les besoins spécifiques de traitement. Les jeunes pères en prison craignent :

  • L’agression et la violence : 19% des craintes concernent le fait de devenir violent ou colérique envers l’enfant, une peur quasi inexistante chez les pères non-délinquants.
  • La reproduction intergénérationnelle : Ils ont peur de « devenir comme leur propre père ». Cela reflète souvent leur propre historique de maltraitance ou de carence éducative.
  • L’abus de substances : La crainte que la drogue ou l’alcool ne détruise leur capacité parentale est prégnante.

Implications Pratiques en Probation

L’article suggère plusieurs pistes d’intervention pour optimiser le travail de suivi et de préparation à la sortie.

Cibler les peurs spécifiques (Violence et Addiction)

Les programmes de parentalité en prison ne doivent pas se limiter aux soins pratiques (changer une couche). Ils doivent impérativement aborder :

  • La gestion de la colère et de l’agressivité.
  • Le lien entre consommation de substances et défaillance parentale.

Travailler sur le trauma intergénérationnel

Les agents doivent être conscients que ces jeunes sont souvent eux-mêmes victimes d’une parentalité perturbée.

  • Action : Aider le jeune père à se différencier de son propre père pour briser le cycle de la négligence ou de la violence.

Utiliser la « Simulation Mentale » pour la planification de peine

Le concept de « Sois Possibles » permet de lier la pensée à l’action.

  • Action : Ne pas se contenter de fixer un objectif vague (« être un bon père »). Il faut encourager le détenu à élaborer des stratégies concrètes et détaillées pour atteindre cet objectif (ex: comment gérer une frustration sans violence une fois dehors ?).
  • L’identité paternelle doit être intégrée dans le plan de sortie (sentence planning) comme un moteur de changement.

Préparer la réalité du contact

Il est essentiel de préparer les pères aux difficultés de rétablir une relation après une longue séparation, car ils nourrissent une grande anxiété à ce sujet.

L’intervention auprès des jeunes pères ne doit pas être vue comme une activité annexe, mais comme un outil central de la prévention de la récidive. En utilisant les « Sois Possibles » (espoirs et peurs), l’agent de probation peut aider le détenu à transformer une aspiration vague en un plan d’action concret, tout en traitant les facteurs de risque sous-jacents (violence, addiction, passé familial).

L’article de Hayes, Butler, Devaney & Percy (2018).  Allowing Imprisoned Fathers to Parent: Maximising the Potential Benefits of Prison based Parenting Programmes (Permettre aux pères détenus d’être parents : Maximiser les bénéfices potentiels des programmes de parentalité en prison), étudie le programme « Families Matter » à la prison de haute sécurité de Maghaberry (Irlande du Nord).

L’importance de la pratique dans les interventions parentales

La Problématique : Les limites des visites classiques

L’article souligne que la simple détention sépare les pères de leurs enfants, ce qui peut entraîner des résultats négatifs pour ces derniers (échec scolaire, problèmes de santé mentale, criminalité future). Cependant, les visites de prison standard (« normal visits ») sont souvent contre-productives pour le maintien du lien en raison de :

  • L’environnement artificiel et stressant : Bruit excessif, manque d’intimité, et sentiment d’être jugé pour les familles.
  • Restrictions sécuritaires : Interdiction de se lever ou de jouer physiquement avec l’enfant, ce qui empêche les interactions naturelles.
  • Conséquence : Ces conditions limitent la capacité du père à jouer son rôle et peuvent traumatiser l’enfant ou le dissuader de revenir.

L’Intervention : Le programme « Families Matter »

Ce programme de 17 semaines combinait des cours de parentalité avec des opportunités concrètes de mise en pratique. Contrairement au régime standard, les participants bénéficiaient temporairement de :

  • Visites familiales spéciales : Durée de 4 heures, permission de se déplacer, de jouer au sol, de manger ensemble, dans une atmosphère plus détendue.
  • Accès téléphonique accru : Possibilité d’appeler à des moments commodes pour la famille (ex: après l’école).

Résultats Clés : Pourquoi le « contact élargi » est crucial

L’étude démontre que l’enseignement théorique de la parentalité ne suffit pas.

  • Nécessité de la répétition (Rehearsal) : L’acquisition de compétences se fait en trois étapes : apprendre, consolider par la pratique, et automatiser. Les pères ont besoin de pratiquer leurs nouvelles compétences (ex : écoute active, discipline positive) en temps réel avec leurs enfants pour les intégrer.
  • Observation et Coaching : Lors des visites spéciales, le personnel pouvait observer les pères et les guider (ex : s’assurer qu’ils se mettent à la hauteur des yeux de l’enfant), ce qui renforce l’apprentissage.
  • Amélioration du bien-être : Les familles ont rapporté des enfants plus heureux, moins de troubles du comportement et un lien père-enfant restauré grâce à la qualité de ces interactions.

Point de Vigilance Majeur pour les Agents de Probation

L’article soulève un problème critique : la continuité après l’intervention.

  • L’effet « Couperet » : Le programme offre une « bulle » de contacts privilégiés. Une fois le programme terminé, si le père retourne au régime de visites standard (restrictif), il perd l’opportunité de pratiquer ses acquis.
  • Risque de régression : Les compétences non pratiquées s’atrophient. De plus, les enfants peuvent mal vivre le retour à des visites strictes (« Papa ne veut plus jouer »), ce qui peut endommager à nouveau la relation.
  • Conclusion pour le suivi : L’efficacité à long terme dépend de la capacité du système carcéral à maintenir un niveau de contact suffisant après le programme pour ne pas annuler les bénéfices.

Implications dans un contexte de Probation

Pour les professionnels de la justice et de la probation, cet article met en évidence trois leviers d’action :

  1. L’importance de la mise en pratique : Une intervention psycho-éducative doit inclure des opportunités de tester les compétences en situation réelle (« Rehearsal »).
  2. L’environnement compte : Il faut encourager des politiques de visite « centrées sur l’enfant » (Child-friendly) pour permettre des interactions significatives.
  3. Planification de la sortie/du suivi : Il est impératif d’avoir une stratégie pour maintenir le lien père-enfant au-delà de la durée du programme éducatif, sans quoi les progrès risquent d’être éphémères.

Kent Berridge

Quand le Cerveau « Veut » sans Aimer

L’apport révolutionnaire du professeur Kent Berridge, de l’Université du Michigan, et de son collègue Terry Robinson a été de démontrer que « vouloir » (wanting) et « aimer » (liking) sont deux processus neurologiquement distincts.

  • Le « Vouloir » (WANTING: Incentive Salience) : Il s’agit d’une motivation puissante, une impulsion à obtenir une récompense. Ce système est largement dépendant de la dopamine et est très robuste.
  • Le « Aimer » (LIKING): C’est la sensation de plaisir réellement éprouvée lors de la consommation. Ce système fait intervenir d’autres neurotransmetteurs (opioïdes endogènes, endocannabinoïdes) dans des zones cérébrales plus restreintes et fragiles.

Chez la personne dépendante, la consommation répétée entraîne une sensitisation ou hypersensibilisation du système du « vouloir ». Le circuit de la dopamine devient hyperréactif, non pas à la substance elle-même, mais à tous les signaux qui y sont associés (lieux, personnes, objets, émotions). Ainsi, même après une longue période d’abstinence, la simple vue d’un objet rappelant la consommation peut déclencher une envie irrépressible (craving), indépendamment du plaisir anticipé ou même en l’absence de tout plaisir.

Mécanisme Conséquence pour la Personne Exemple dans un Contexte Criminologique
Sensitisation du « vouloir » Désir compulsif déclenché par des signaux (cues). Un ancien toxicomane repassant dans son quartier (signal) est submergé par une envie de consommer, menant à une rechute et potentiellement à un délit pour se procurer la substance.
Dissociation «vouloir»/«aimer» Consommation sans plaisir pour apaiser une pulsion intense. Un individu continue un vol à l’étalage pour acheter de l’alcool, non parce qu’il en a envie, mais parce qu’il sent qu’il doit le faire pour calmer une anxiété incontrôlable.
Persistance à long terme Vulnérabilité à la rechute pendant des mois, voire des années. Une personne libérée après une peine pour infraction liée à la drogue rechute rapidement au contact d’un ancien environnement, malgré sa volonté déclarée de rester clean.

Prises en Charge ?

La théorie de Berridge et Robinson invite à repenser la prise en charge des personnes addictes, notamment dans un cadre criminologique.

  1. Comprendre la Compulsion, Non la Célérité : Elle permet de dédramatiser et déstigmatiser la rechute. Il ne s’agit pas d’un simple « manque de volonté » ou d’un calcul, mais d’une réaction neurobiologique exacerbée à des stimuli. Cette compréhension peut influencer le discours des travailleurs sociaux, des psychologues et même des magistrats.
  2. Gérer l’Environnement et les Signaux : Puisque le « vouloir » est déclenché par des signaux, la prévention de la rechute doit passer par une identification et une gestion proactive de ces déclencheurs. Les thérapies comportementales et cognitives (TCC) sont ici d’une aide précieuse.
  3. Cibler le Bon Système Cérébral : Les traitements ne doivent pas seulement viser à rétablir un « plaisir normal » (système du « aimer »), mais surtout à calmer l’hypersensibilité du système du « vouloir ». La recherche de médicaments ou de thérapies capables de désensibiliser ce circuit est un enjeu majeur.