Quels sont les effets de l’incarcération sur les familles?
Les proches de détenus, des « victimes secondaires» de l’incarcération…:
Précarisation (coûts des visites, pertes de revenus (enquête du Credoc réalisée en 2000: le taux d’accroissement de la pauvreté des familles de détenus atteignait 20 % en moyenne)
- Stigmatisation: De nombreux enfants sont en butte à l’ostracisme, à la réprobation et au mépris parce qu’ils ont des liens avec un parent emprisonné… (jugement des proches, désapprobation sociale) (LA FAMILLE AU RISQUE DE LA PRISON, Solidarités et coûts sociaux de l’incarcération, Gwénola RICORDEAU); les enfants qui doivent manquer l’école par exemple pour aller voir leur parent peuvent se sentir mal à l’aise lorsqu’ils doivent dire à leur entourage (camarades d’école, enseignants) ce qu’ils vont faire.; On donne à de nombreux visiteurs de prison « l’impression qu’ils sont eux-mêmes délinquants par le simple fait qu’ils font une visite à la prison » (Ann Cunningham (2001) “Forgotten Families – the impacts of imprisonment”
- Les réactions négatives des autres peuvent avoir des effets à long terme sur la confiance en soi et le bien-être de l’enfant (« Il est difficile de se sentir valorisé lorsque tous vous disent que vous ne valez rien ») San Francisco Children of Incarcerated Parents Partnership
- Les enfants peuvent avoir à assumer des rôles nouveaux afin d’apporter un soutien familial, psychologique ou financier aux autres membres de la famille (Ex: Le fils qui devient « l’homme de la maison »)
- Leurs relations avec le parent emprisonné et avec d’autres personnes de leur entourage souffrent fréquemment (Il arrive par ex qu’ils doivent déménager dans un nouveau quartier, un nouveau logement ou aller dans une nouvelle école en raison de cette incarcération)
- Familles qui éclatent: France (source: Relais Enfants Parents): L’incarcération fragilise les liens familiaux : l’absence de conjoint touche 60 % des détenus; Dans la moitié des cas, la séparation a eu lieu dans le mois qui a suivi l’incarcération; 80 % des hommes incarcérés depuis 5 ans n’ont pas de conjointe.
2. Effets de l’incarcération sur les enfants ?
Ceux qui, dans leur enfance, ont été touchés par la détention d’un parent ont plus de chances que d’autres d’afficher des comportements asociaux dans la suite de leur existence. (Joseph Murray and David P. Farrington (2005) “Parental imprisonment: effects on boys’ antisocial behaviour and delinquency through the life-course” dans Journal of Child Psychology and Psychiatry)
- Les enfants de prisonniers sont de 5 à 6 fois plus susceptibles que leurs pairs d’être incarcérés à leur tour (Barnhill, 1991, cité dans Adalist-Estrin A. “Family Support and Criminal Justice” in Kagan, Weissbourg, Putting Families first : America’s family support movement and the challenge of change, San Fransisco, Jossey-Bass inc, 1994)
- Certains enfants deviennent renfermés, souffrent « de problèmes de santé accrus et affichent des comportements régressifs tels que l’énurésie » (Ann Cunningham (2001) “Forgotten Families – the impacts of imprisonment” dans Family Matters , Winter 2001)
- Leurs résultats scolaires ainsi que leur assiduité se détériorent fréquemment ou ils font preuve d’une agressivité accrue et manifestent des tendances asociales ou criminelles (Dervla King (s.d.) Parents, Children & Prison: Effects of Parental Imprisonment on Children (Centre for Social & Educational Research, Dublin Institute of Technology)
- Les enfants sont touchés de différentes manières: la tendance existe, parmi eux, à présenter un taux plus élevé d’échec scolaire et de délinquance que dans l’ensemble de la population. (Charlene Wear Simmons (2000) Children of Incarcerated Parents (California State Library))
- Il existe une « relation proportionnelle entre le nombre de fois où les parents ont été incarcérés et le nombre de fois où leurs enfants commettent des délits une fois devenus adultes » (Joseph Murray et al. (2007) “Crime in adult offspring of prisoners: A Cross-National Comparison of Two Longitudinal Samples” dans Criminal Justice and Behaviour Vol. 34)
- À l’école, ils éprouvent:
- un niveau de bien-être inférieur,
- sont plus souvent placés dans des structures éducatives spécialisées que les autres enfants
- Ils courent un risque plus élevé de ne pas faire d’études supérieures, de planifier ou de tenter de se suicider, et d’être hospitalisés pour des problèmes de santé mentale que le reste des jeunes adultes.
- Dans leur vie de jeunes adultes, les enfants d’un parent en prison, rapportent des contacts moins fréquents et de moins bonnes relations avec leurs parents que ceux qui n’ont pas que ceux qui n’ont pas eu de parent en prison. (“After a Childhood with a Parent in Prison: Relationships and well-being as a child and young adult.” Per-Åke Nylander, Åsa Källström och Karin Hellfeldt (Örebro universitet 2018).
3. Effets du maintien du Maintien des Liens Familliaux sur les ENFANTS?
- De nombreuses études donnent à penser que le fait de permettre aux enfants d’aller voir leurs parents emprisonnés peut être positif pour les uns et les autres. (W.H. Sack and J. Seidler (1978) “Should children visit their parents in prison?” dans Law and Human Behaviour, Vol. 2; ou A. Stanton (1980) When Mothers go to Jail (Lexington Books).
- Certains enfants ont été visiblement moins perturbés après avoir vu leur père en prison, et une étude en provenance du Danemark a constaté que de jeunes enfants trouvaient la première visite particulièrement importante parce qu’elle leur permettait de voir que leur parent était vivant. (Ria Wolleswinkel (2002) “Children of Imprisoned Parents” in Jan Willems ; Developmental and Autonomy Rights of Children: Empowering Children, Caregivers and Communities)
- Pourtant, un grand nombre d’enfants ne vont jamais voir leurs parents en prison : selon une étude menée en France « si un délinquant n’a aucun contact avec un enfant durant les six premiers mois de sa détention, souvent aucun contact n’aura lieu avec l’enfant par la suite » (Relais Enfants-Parents (1999) Maintien des liens en détention)
4. EFFETS du maintien du lien SUR LES Pères Incarcérés?
Les prisonniers dont les liens familiaux sont solides tendent à présenter un taux moins élevé de récidive (Jackie Crawford (2003) “Alternative Sentencing Necessary for Female Inmates With Children” dans Corrections Today June 2003.
- « Les familles exercent une influence importante sur de nombreux aspects de la vie des prisonniers … Le contact avec la famille est lié à des taux moins élevés d’atteinte à soi-même durant le séjour en prison… Les familles sont l’un des facteurs les plus importants pour la réinsertion des prisonniers après leur libération » (Joseph Murray (2005) “The effects of imprisonment on families and children of prisoners” in A. Liebling & S. Maruna The effects of imprisonment)
- Dans une étude sur des prisonniers libérés, on a constaté que la moitié seulement de ceux qui n’avaient eu aucun contact avec des membres de leur famille avaient passé une année complète de liberté conditionnelle avant d’être arrêtés à nouveau, contrairement à 70% qui avaient eu au moins trois visites durant leur emprisonnement (Joseph Murray (2005) “The effects of imprisonment on families and children of prisoners” dans A. Liebling & S. Maruna (rédacteurs) The effects of imprisonment, p.442)
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