Ressources en psychocriminologie, psychologie forensique et criminologie
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Exemples d’outils de classement de personnes détenues par niveau de sécurité (ECNS)

Les systèmes de classification des prisonnier·e·s sont des méthodes utilisées pour catégoriser les détenu·e·s en fonction de leur niveau de risque, de leurs besoins et d’autres facteurs, afin de déterminer leur placement dans différents niveaux de sécurité ou programmes au sein du système carcéral. Ces systèmes sont essentiels pour assurer la sécurité des détenu·e·s, du personnel et du public, tout en offrant des services de réhabilitation adaptés. La classification vise à équilibrer les intérêts des détenu·e·s, du département correctionnel et de la société, en préparant les détenu·e·s à leur retour dans la communauté.
Importance et Objectifs
La classification est cruciale pour plusieurs raisons :
  • Sécurité : En plaçant les détenu·e·s dans des environnements adaptés à leur niveau de risque, on réduit les risques d’évasion, de violence ou de conflits.
  • Supervision appropriée : Elle ajuste le niveau de surveillance (minimum, moyen, maximum) pour correspondre aux besoins individuels.
  • Programmes de réhabilitation : Elle identifie les besoins spécifiques, comme la santé mentale, la consommation de substances ou l’éducation, pour offrir des interventions ciblées.
  • Gestion des ressources : Elle optimise l’utilisation des infrastructures et du personnel en plaçant les détenu·e·s dans le moins restrictif possible tout en maintenant la sécurité.
Fonctionnement Pratique

Le processus de classification comprend plusieurs étapes :
  1. Évaluation initiale : Réalisée à l’entrée dans le système carcéral, souvent dans les 24 heures, pour évaluer les besoins immédiats comme la sécurité et la santé.
  2. Collecte d’informations : Inclut l’historique criminel, les détails de l’infraction, les interviews et tout besoin spécial, comme la santé mentale ou la consommation de substances.
  3. Utilisation d’outils d’évaluation : Les outils actuariels ou de jugement professionnel structuré sont utilisés pour scorer le détenu·e et déterminer les risques et les besoins.
  4. Assignation : Le détenu·e est assigné à un niveau de sécurité et à des programmes basés sur l’évaluation, suivant des principes SMART (spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes, temporels).
  5. Reclassification régulière : Des revues régulières sont effectuées, par exemple tous les 6 mois ou annuellement, pour ajuster le statut basé sur le comportement, les progrès et les changements de risque, visant à réduire les restrictions si possible.
Exemples Notables et Meilleures Pratiques
  • Bureau fédéral des prisons des États-Unis (BOP) : Utilise un système détaillé avec des niveaux de sécurité (minimum, faible, moyen, élevé, administratif) et 11 facteurs de sécurité publique, comme l’appartenance à un groupe perturbateur ou l’historique de violence, pour ajuster le niveau de sécurité (Federal Bureau of Prisons). Une information inattendue est que ces facteurs incluent des éléments comme le statut d’étranger déportable, affectant le placement.
  • Service correctionnel du Canada : Dispose d’un système robuste avec des outils comme l’Échelle de classement par niveau de sécurité
  • Approches sensibles au genre et culturelles : Des pays comme le Canada et les Pays-Bas utilisent des outils spécifiques pour les femmes, tandis que des approches culturellement adaptées sont mises en œuvre pour les populations autochtones ou ethniquement diverses, améliorant les résultats.

pour découvrir les échelles utilisées das 10 états américains:  prison classification systems

Comment (et pourquoi) développer des approches mobilisant la VR en détention ?

Ce manuel (projet VISION), financé par l’Europe, a été conçu pour fournir aux praticiens des connaissances essentielles sur la mise en œuvre du projet VISION, en particulier sur l’application de la réalité virtuelle pour l’éducation, la formation et la réinsertion dans des établissements pénitentiaires.

Support pour l’acquisition de compétences

VISION cherche à améliorer les compétences des personnes détenues par la formation professionnelle avec l’aide de la réalité virtuelle.
Les objectifs principaux du projet sont les suivants :
1️⃣ Augmenter l’adhésion des personnes détenues aux programmes d’enseignement
et de formation professionnels par le développement de scénarios virtuels liés à l’inscription aux cours et à la motivation
2️⃣ Accroître l’engagement des personnes détenues dans l’enseignement et la formation professionnels.
3️⃣ Accroître leur réussite (préparation des personnes détenues à intégrer le marché
du travail après leur libération, à la réinsertion et à la prévention de la récidive).
4️⃣ Améliorer les compétences des formateurs et des éducateurs intervenant auprès des personnes détenues.

Pour travailler des besoins criminogènes

Exemple : Un programme, lancé en 2022 par le Service correctionnel norvégien (Kriminalomsorgen), utilise des casques VR pour aider les détenus à développer de l’empathie, à se préparer à des situations de la vie réelle (comme des entretiens d’embauche) et à comprendre l’impact de leurs crimes sur les victimes.

Fonctionnement :

1️⃣ Les détenus participent à des scénarios virtuels simulés, comme des conflits familiaux ou des interactions sociales complexes.
2️⃣ Un module spécifique les expose à des expériences immersives du point de vue des victimes, afin de favoriser la prise de conscience.

Objectif : Réduire la récidive en travaillant sur les compétences psychosociales et l’intelligence émotionnelle.

 Quels sont les effets de l’incarcération sur les familles?

Les proches de détenus, des « victimes secondaires» de l’incarcération…:

  • Précarisation (coûts des visites, pertes de revenus (enquête du Credoc réalisée en 2000: le taux d’accroissement de la pauvreté des familles de détenus atteignait 20 % en moyenne)
  • Stigmatisation: De nombreux enfants sont en butte à l’ostracisme, à la réprobation et au mépris parce qu’ils ont des liens avec un parent emprisonné… (jugement des proches,  désapprobation  sociale) (LA FAMILLE AU RISQUE DE LA PRISON, Solidarités et coûts sociaux de l’incarcération, Gwénola RICORDEAU); les enfants qui doivent manquer l’école  par  exemple  pour  aller  voir  leur  parent peuvent  se  sentir  mal  à  l’aise  lorsqu’ils  doivent  dire  à  leur  entourage  (camarades d’école,  enseignants)  ce  qu’ils  vont  faire.; On donne à de  nombreux  visiteurs  de  prison  « l’impression  qu’ils  sont  eux-mêmes délinquants par le simple fait qu’ils font une visite à la prison » (Ann Cunningham (2001) “Forgotten Families – the impacts of imprisonment”
  • Les réactions négatives  des  autres  peuvent avoir des effets à long terme sur la confiance en soi et le bien-être de l’enfant (« Il est difficile de se sentir valorisé lorsque tous vous disent que vous ne valez rien »)  San  Francisco  Children  of  Incarcerated  Parents Partnership
  • Les enfants peuvent avoir à assumer des rôles nouveaux afin d’apporter un soutien familial, psychologique ou financier aux autres membres de la  famille (Ex: Le fils qui devient « l’homme de la maison »)
  • Leurs relations avec  le  parent  emprisonné  et  avec  d’autres personnes de leur entourage souffrent fréquemment (Il arrive par ex qu’ils doivent déménager dans un nouveau  quartier,  un  nouveau  logement  ou  aller  dans  une  nouvelle  école  en raison  de  cette  incarcération)
  • Familles qui éclatent: France (source: Relais Enfants Parents): L’incarcération fragilise les liens familiaux : l’absence de conjoint touche 60 % des détenus; Dans la moitié des cas, la séparation a eu lieu dans le mois qui a suivi l’incarcération; 80 % des hommes incarcérés depuis 5 ans n’ont pas de conjointe.

2. Effets de l’incarcération sur les enfants ?

  • Ceux qui, dans leur enfance, ont été touchés par la détention   d’un   parent   ont   plus   de   chances   que   d’autres   d’afficher   des comportements asociaux dans la suite de leur existence. (Joseph Murray and David P. Farrington (2005) “Parental imprisonment: effects on boys’ antisocial behaviour and delinquency through the life-course” dans Journal of Child Psychology and Psychiatry)
  • Les enfants de prisonniers sont de 5 à 6 fois plus susceptibles que leurs pairs d’être incarcérés à leur tour (Barnhill, 1991, cité dans  Adalist-Estrin A. Family Support and Criminal Justice” in Kagan, Weissbourg, Putting Families first : America’s family support movement and the challenge of change, San Fransisco, Jossey-Bass inc, 1994)
  • Certains enfants deviennent  renfermés,  souffrent  « de  problèmes  de santé  accrus  et  affichent  des  comportements  régressifs  tels  que  l’énurésie » (Ann Cunningham (2001) “Forgotten Families – the impacts of imprisonment” dans Family Matters , Winter 2001)
  • Leurs résultats scolaires ainsi  que  leur  assiduité  se  détériorent  fréquemment ou  ils  font  preuve  d’une agressivité accrue et manifestent des tendances asociales ou criminelles (Dervla King (s.d.) Parents, Children & Prison: Effects of Parental Imprisonment on Children (Centre for Social & Educational Research, Dublin Institute of Technology)
  • Les enfants sont touchés de différentes manières: la tendance existe, parmi  eux,  à  présenter  un  taux  plus  élevé  d’échec  scolaire  et  de délinquance que dans l’ensemble de la population. (Charlene Wear Simmons (2000) Children of Incarcerated Parents (California State Library))
  • Il existe une « relation proportionnelle entre le nombre de fois où les parents ont été incarcérés et le nombre de fois où leurs enfants commettent des délits une fois devenus adultes » (Joseph Murray et al. (2007) “Crime in adult offspring of prisoners: A Cross-National Comparison of Two Longitudinal Samples” dans Criminal Justice and Behaviour Vol. 34)
  •  À l’école, ils éprouvent:
    • un niveau de bien-être inférieur,
    • sont plus souvent placés dans des structures éducatives spécialisées que les autres enfants
    • Ils courent un risque plus élevé de ne pas faire d’études supérieures, de planifier ou de tenter de se suicider, et d’être hospitalisés pour des problèmes de santé mentale que le reste des jeunes adultes.
    • Dans leur vie de jeunes adultes, les enfants d’un parent en prison, rapportent des contacts moins fréquents et de moins bonnes relations avec leurs parents que ceux qui n’ont pas que ceux qui n’ont pas eu de parent en prison. (“After a Childhood with a Parent in Prison: Relationships and well-being as a child and young adult.” Per-Åke Nylander, Åsa Källström och Karin Hellfeldt (Örebro universitet 2018).

3. Effets du maintien du Maintien des Liens Familliaux sur les ENFANTS?

  • De nombreuses études donnent à penser que le fait de permettre aux enfants d’aller voir leurs parents emprisonnés peut être positif pour les uns et les autres. (W.H.  Sack  and  J.  Seidler  (1978)  “Should  children  visit  their  parents  in  prison?” dans  Law  and  Human  Behaviour,  Vol.  2; ou  A.  Stanton  (1980)  When  Mothers  go  to  Jail  (Lexington Books).
  • Certains enfants ont été visiblement moins perturbés après avoir vu leur père en prison, et une étude en provenance du Danemark a constaté que de jeunes enfants trouvaient la première visite particulièrement importante parce qu’elle leur permettait de voir que leur parent était vivant. (Ria   Wolleswinkel   (2002)   “Children   of   Imprisoned   Parents” in   Jan   Willems ; Developmental and Autonomy Rights of Children: Empowering Children, Caregivers and Communities)
  • Pourtant, un grand nombre d’enfants ne vont jamais voir leurs parents en prison : selon une étude menée en France « si un délinquant n’a  aucun  contact  avec  un  enfant  durant  les  six  premiers  mois  de  sa détention, souvent aucun contact n’aura lieu avec l’enfant par la suite » (Relais Enfants-Parents (1999) Maintien des liens en détention)

4. EFFETS du maintien du lien SUR LES Pères Incarcérés?

  • Les prisonniers dont les liens familiaux sont solides tendent à présenter un taux moins élevé de récidive (Jackie Crawford (2003) “Alternative Sentencing Necessary for Female Inmates With Children” dans Corrections Today June 2003.
  • « Les familles exercent une influence importante sur de nombreux aspects de la vie des  prisonniers …  Le  contact  avec  la  famille  est  lié  à  des  taux  moins  élevés d’atteinte à soi-même durant le séjour en prison… Les familles sont l’un des facteurs les plus importants pour la réinsertion des prisonniers après leur libération » (Joseph Murray (2005) “The effects of imprisonment on families and children of prisoners” in A. Liebling & S. Maruna The effects of imprisonment)
  • Dans une étude sur des prisonniers libérés, on a constaté que la moitié seulement de ceux qui n’avaient eu aucun contact avec des membres de leur famille avaient passé une année complète de liberté conditionnelle avant d’être arrêtés à nouveau, contrairement à 70% qui avaient eu  au  moins  trois  visites  durant  leur  emprisonnement (Joseph Murray (2005) “The effects of imprisonment on families and children of prisoners” dans A. Liebling & S. Maruna (rédacteurs) The effects of imprisonment, p.442)

Unité de prise en charge des auteurs d’infractions sexuelles à Fresnes (FRANCE CULTURE, Emission SUR LES DOCKS, 9/12/2010)

Fresnes dans un lieu entre hôpital et prison des détenus condamnés pour infractions à caractère sexuel ont la possibilité d’intégrer au sein de l’UPH (unité psychiatrique d’hospitalisation) un programme de soins pour six mois. Ces infracteurs sexuels peuvent avoir été arrêtés pour des actes sur majeurs ou sur mineurs. En ce qui concerne les mineurs il existe en France depuis le 8 juillet 2005 un fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infraction sexuelle ou violente créé par la loi Perben II (article 48) de 2004. Sont qualifiées d’infractions : meurtre ou assassinat d’un mineur avec viol, torture ou actes de barbarie, mais encore viol, agression, atteinte sexuelle, proxénétisme à l’égard d’un mineur, recours à la prostitution d’un mineur, récidive de ces mêmes actions. L’infraction doit faire encourir une peine d’emprisonnement d’au moins 5 ans. Au 30 octobre 2008 ce fichier répertoriait selon la CNIL 43.408 personnes.Fresnes est le seul service de psychiatrie en détention à proposer des soins spécialisés de type hospitalier pour infracteurs sexuels, ce qui est réalisé depuis 1994.La session thérapeutique que Sur les Docks accompagne est la cinquième du genre, inspirée d’un modèle canadien elle a été élaborée dans le service du Docteur Bodon Bruzel. Le premier volet concerne sous le titre « connais toi, toi même » les trois premiers mois de cette session.

Avec : Magali Bodon-Bruzel , psychiatre ;Florent Gatherias , psychologue ;Isabelle , Gwenaëlle , Brigitte , Nadia , infirmières ;Brigitte Guédon , psychiatre, psychanalyste ;Bruno Hauron , Directeur du centre pénitentiaire de Fresnes;Ronan Melcus , surveillant, gradé responsable de l’UPH,et les patients. En lien avec l’administration pénitentiaire et l’hôpital Paul Guiraud

production : Irène Omélianenko réalisation : François Teste

Unité de prise en charge des auteurs d’infractions sexuelles à Fresnes, EPISODE 2 (FRANCE CULTURE, Emission SUR LES DOCKS 12/08/11)

« Je souhaiterais avoir votre accord pour subir une ablation des testicules par chirurgie. Je sais que cela se fait au Canada et c’est sans appel. De toute façon, à mon âge actuel (63 ans) je n’en souffrirai pas et cela empêchera mes tendances envers les enfants ».En 2009 cette lettre à Nicolas Sarkozy était signé Francis Evrard, condamné à 18 ans pour le viol de deux petits garçons puis récidiviste. Au Canada à l’institut Philippe Pinel dans la région de Montréal existe depuis 1979 une autre façon de concevoir la prévention de la récidive et c’est sur ce modèle que travaille depuis trois ans à la maison d’arrêt de Fresnes l’équipe du Docteur Magali Bodon-Bruzel. Durant six mois un soin est proposé à ceux qu’on appelle les infracteurs sexuels qu’ils soient agresseurs d’adultes ou de mineurs. Nous avons suivi cette expérience et après une phase de travail sur soi les détenus s’engagent trois mois plus tard sur la prévention de la récidive proprement dite.

Avec : Magali Bodon-Bruzel , psychiatre ;Florent Gatherias , psychiatre ;Isabelle , Gwenaëlle , Brigitte , infirmières ;Brigitte Guédon , psychiatre, psychanalyste ;Bruno Hauron , directeur du centre pénitentiaire de Fresnes ;Ronan Melcus , surveillant, gradé responsable de l’UPH,et les patients.En lien avec les autorisations de l’administration pénitentiaire et l’hôpital Paul Guiraud

production : Irène Omélianenko réalisation : François Teste

Trés interéssante  Série « LA PRISON » , Emission La FABRIQUE DE L’HISTOIRE, sur FRANCE CULTURE (2012)

LA PRISON 1/4

Avec
Gilbert Azibert Premier Avocat général à la Cour de cassation
Premier temps d’une nouvelle semaine de la Fabrique de l’histoire, au lendemain des Rendez-Vous de l’histoire de Blois où nous avons eu le plaisir de rencontrer de très nombreux auditeurs et de discuter avec eux des formes et thèmes de nos émission. Merci donc à tous .
Demain , le documentaire d’Anaïs Kien et Françoise Camard nous racontera la mémoire des prisons St Paul et St Joseph de Lyon, et les souvenirs d’anciens détenus à l’heure où ces lieux pénitentiaires se transforment en locaux universitaires. Mercredi nous nous demanderons quel rapport il y a entre un camp de prisonniers de guerre et la prison.
Jeudi nous débattrons de l’éternelle question de la réinsertion des anciens détenus.
Nous recevons ce matin Gilbert Azibert. Gilbert Azibert a occupé différents postes de magistrats du siège et du parquet, a été secrétaire général du ministère de la justice avant d’être nommé premier avocat général à la cour de Cassation.
Mais ce n’est pas en raison de ces postes-là de magistrats que nous l’avons convié à nous parler ce matin. Gilbert Azibert a en effet trois ans directeur de l’administration pénitentiare de 1996 à 1999 et a dû, à ce titre, réfléchir à diverses évolutions dans les prisons françaises.
Il nous en parlera et sera rejoint, comme chaque lundi à 9 h 30, par son invité, Emmanuel Rebeillé-Borgela , adjoint au directeur de l’administration pénitentiaire de 1993 à 2000 qui complétera son témoignage et son analyse.
Gilbert Azibert , premier Avocat général à la Cour de cassation. En 2005, il a été procureur général près la cour d’appel de Bordeaux. Il fut Secrétaire général du ministère de la justice et des libertés (2008-2010), directeur de l’administration pénitentiaire de janvier 1996 à janvier 1999, président de la Chambre d’accusation à la cour d’appel de Paris (1999-2002), et directeur de l’École nationale de la magistrature (2002-2005), qui nous présentera, à 9 heures 30, son invité à lui avec lequel nous poursuivrons la discussion sur cette histoire de l’administration pénale.

LA PRISON 2/4

« Au revoir les yoyos »
un documentaire d’Anaïs Kien, réalisé par Françoise Camar
Djamel Touhami et Dédé Boiron s’égarent dans les couloirs de la prison St Paul-St Joseph. Les deux anciens détenus comptant respectivement 35 et 17 ans cumulées de diverses peines d’enfermement visitent une dernière fois les couloirs et les cellules qu’ils ont fréquentées durant toutes ces années. Les cellules sont grandes ouvertes, les murs lépreux, dans les sous-sols on patauge dans les flaques d’eau laissées par le ruissellement pluviale en quête de ce qui a été mais que l’on ne regrette pas. Lors des Journées du Patrimoine 2012 les visiteurs, voisins, curieux, familles d’anciens prisonniers se pressent devant l’enceinte du bâtiment désaffecté où l’on peut enfin l’endroit où vivaient ceux que l’on entendait des quais de la gare de Lyon-Perrache, en passant dans la rue ou de sa fenêtre, se livrer au fameux « parloir sauvage ». L’établissement pénitentiaire fermé depuis trois ans est désormais destiné à devenir le nouveau campus de l’Université catholique et l’on ouvre ses portes une dernière fois, en l’état, avant de transformer ce lieu d’enfermement en un lieu de connaissance et d’émancipation. Visite particulière aux côtés des anciens prisonniers.
Avec Djamel Touhami, André Boiron, Bernard Bolze, Christian Carlier, Eugène Lampion et les visiteurs.

LA PRISON 3/4

les prisonniers de guerre sur le sol Français

LA PRISON 4/4

Histoire de la réinsertion

Jean-Jacques Yvorel , docteur en histoire et enseigne à l’École nationale de protection judiciaire de la jeunesse (ENPJJ), chercheur associé au Centre de recherche en histoire du XIXe siècle (Universités de Paris 1 et Paris 4) et au Centre de recherches sociologiques sur les droits et institutions pénales (CESDIP), spécialiste de l’histoire des déviances juvéniles et de leurs traitements sociaux ou judiciaires.

Jean-Marie Gueullette , directeur du Centre Interdisciplinaire d’Ethique à l’Université catholique de Lyon, docteur en médecine et en théologie.

Denis Salas , magistrat, chargé de formation et de recherche à l’École nationale de la magistrature et secrétaire général de l’Association pour l’histoire de la justice.

Alexis Saurin , président de la Fédération des Associations Réflexion-Action prison Et Justice – FARAPEJ

FRANCE CULTURE (20 avril 2009) Emission « La fabrique de l’histoire », Michel Vaujour, série « Une semaine à fleury-Mérogis »

Michel VAUJOUR, ancien braqueur, aujourd’hui scénariste, dans le documentaire « Ne me libérez pas je m’en charge », de Fabienne Godet, revient sur son parcours.

FRANCE CULTURE (21/04/2009) Michel Foucault et les historiens dans l’impensable de la prison, Emission LA FABRIQUE DE L’HISTOIRE

FRANCE CULTURE (21 avril 2009) Emission « La fabrique de l’histoire », les prisons pour enfants, série « Une semaine à fleury-Mérogis »

FRANCE CULTURE (22 avril 2009) Emission « La fabrique de l’histoire », Episode « Ras les murs », série « Une semaine à fleury-Mérogis »

Extraits et dialogue avec Jacques et Nicole Lesage de La Haye autour de « Ras les murs », émission emblématique de Radio Libertaire sur le monde carcéral, créée il y a très exactement 20 ans.

FRANCE CULTURE (22&23 avril 2009) Emission « Sur les docks », Une semaine à fleury-Mérogis

 » Nous avons pu exceptionnellement procéder, dans une volonté affichée de transparence, à une série d’enregistrements pendant une semaine. Ces reportages relaieront la parole des détenus et des membres de l’Administration pénitentiaire (surveillants et travailleurs sociaux), sur les trois sites bien distincts que comprend sur un terrain de cent quatre-vingt hectares à douze kilomètres d’Evry (Essonne) cette prison, mastodonte pénitentiaire. Nous les commenterons en direct du local de l’atelier radio situé dans l’aile rénovée de Fleury-Merogis (la tripale D2 inaugurée par Rachida Dati le 27 octobre 2008) avec pour chacune des émissions un invité en direct associé à la vie de cet établissement. Puis, nous passerons le relais à « Du grain à moudre » ».

FRANCE CULTURE (25 avril 2009) Emission « Le magazine de la rédaction », Récit de la prise d’otage du psychologue de Fleury-mérogis (en 2008)

«Un lundi banal, commence Vivien Lhermitte. Une succession d’entretiens et, à 11 heures, Florent Bianchi.» Spécialiste de l’opéra – il coache des ténors -, Vivien Lhermitte anime à Fleury un atelier de musicothérapie. «Ce jour-là, j’ai eu l’impression que Florent Bianchi n’était pas vraiment présent. Il m’avait habitué à mieux. Malgré sa carapace de «dur», il savait exprimer de très belles émotions avec la musique.» 11 heures 30, l’atelier se termine. Le psy et le détenu sortent du bureau. Brusquement, Bianchi se retourne. «Il m’a dit: je peux pas rentrer en cellule, je vais péter les plombs. Il m’a saisi à la gorge: je vous prends en otage.»

Petit focus, dans l’excellent ouvrage de P Van Voorhis et E Salisbury (2022), sur certaines limites auxquelles les professionnels peuvent être confrontés.

EXIGENCES CONTEXTUELLES
« L’environnement correctionnel lui-même est à l’origine d’une foule de questions et d’exigences. Le conseiller y est confronté régulièrement et son travail en est d’autant plus difficile et stressant. La capacité du conseiller à négocier efficacement ces exigences déterminera, dans une large mesure, sa susceptibilité à l’épuisement professionnel qui affecte si souvent les professionnels de l’aide. Plusieurs des exigences contextuelles les plus importantes sont examinées dans cette section.

Travailler dans un environnement bureaucratique
Une prison est l’exemple même de la bureaucratie. C’est une organisation dominée par les règles et la paperasserie, qui ignore souvent les individus au profit des procédures  (Pollock, 1998). En outre, les établissements pénitentiaires adhèrent à un style de gestion paramilitaire avec une chaîne de commandement verticale (Elliott & Verdeyen, 2002). De toute évidence, certaines personnes se sentent plus à l’aise que d’autres dans une telle structure et s’y adaptent plus facilement. Les professionnels du traitement correctionnel peuvent notamment avoir du mal à faire face à la régimentation et à la rigidité si endémiques au fonctionnement des prisons. Les conseillers qui tentent de « contourner le système » se heurtent au proverbial mur de briques et finissent par être frustrés, désillusionnés et peu ou pas utiles aux délinquants. Les conseillers qui, en revanche, consacrent leur temps et leur énergie à se faire une place au sein de la bureaucratie deviendront des membres précieux de l' »équipe » correctionnelle.

Gérer l’excès de paperasserie
Le dossier écrit est l’élément le plus important du système de justice pénale. Quelle que soit l’importance de l’événement, tout ce qui est fait pour, par ou à un délinquant trouve son origine ou son aboutissement dans un rapport ou un dossier correctionnel (Schrink, 1976). La nature et la fonction exactes des rapports et des dossiers, ainsi que le type de personne chargée de les élaborer et de les tenir à jour, varient quelque peu en fonction de l’étape du système de justice pénale concernée. Au niveau correctionnel, c’est le conseiller qui est le plus responsable de la collecte des informations et de la rédaction des rapports. Plusieurs types de dossiers et de rapports différents doivent être élaborés périodiquement pour chaque délinquant. En raison du grand nombre de détenus dans un cas typique, la paperasserie qui en résulte peut souvent être énorme. Le temps consacré à la paperasserie réduit les possibilités pour le conseiller d’interagir avec le client. Malheureusement, certains conseillers inefficaces ont appris à se cacher derrière cette paperasse. Une évolution positive qui peut aider le conseiller correctionnel à mieux gérer la paperasserie est la disponibilité croissante d’ordinateurs personnels et de logiciels relativement bon marché.

Gestion d’un grand nombre de dossiers
Les conseillers doivent souvent s’occuper d’une centaine de détenus. L’ampleur de la charge de travail est encore aggravée par le fait qu’il y a généralement une rotation assez rapide des détenus qui en font partie. Si le séjour moyen d’un détenu dans un établissement est de deux ans et qu’un conseiller a une charge de travail de 125 détenus, il se peut qu’il ne connaisse jamais vraiment l’un d’entre eux avant sa sortie.
Non seulement la charge de travail est importante, mais elle est également très variée. Le conseiller doit accepter tous les détenus qui lui sont assignés, et il existe peu de possibilités de développer une clientèle spécialisée. Souvent, les détenus ont peu de choses en commun, si ce n’est qu’ils ont été reconnus coupables d’un crime et condamnés à un établissement ou à un programme correctionnel. Il n’est pas rare qu’un conseiller d’un établissement hébergeant des délinquants adultes ait à sa charge des détenus qui ont été condamnés pour meurtre, vol, viol, pédophilie, conduite en état d’ivresse, ivresse publique, et bien d’autres délits encore.
Sous une telle pression, le conseiller correctionnel peut être tenté de se concentrer sur les détenus avec lesquels il aime interagir plutôt que sur ceux qui ont le plus besoin d’aide. Les délinquants doivent être vus parce qu’ils ont besoin d’être vus, et non parce qu’ils veulent organiser leur temps libre en fonction du conseiller. De même, ils ne doivent pas être vus uniquement parce que le conseiller aime interagir avec eux et qu’il est capable de rationaliser le fait qu’il ne peut de toute façon pas aider tous les détenus dont il s’occupe.

Répondre à l’asymétrie raciale et ethnique
Aujourd’hui, plus de 60 % des détenus sont noirs ou hispaniques, et rien n’indique que cette asymétrie raciale et ethnique va diminuer de sitôt. Les conseillers correctionnels, comme la plupart des gens, ont tendance à recourir à l’ethnocentrisme lorsqu’ils ont affaire à des personnes différentes d’eux. L’ethnocentrisme consiste à juger les autres sur la base de ses propres croyances plutôt que sur celles des autres. L’ethnocentrisme est étroitement lié à la tendance humaine trop courante à stéréotyper les autres, c’est-à-dire à juger les gens sur la base de caractéristiques de groupe supposées plutôt que de les voir et de réagir à leur égard en tant qu’individus. De toute évidence, l’ethnocentrisme et les stéréotypes sont synonymes d’échec dans un établissement pénitentiaire.
Le conseiller correctionnel peut éviter bon nombre des problèmes liés à l’ethnocentrisme et aux stéréotypes s’il adopte une approche plus sensible à la race et à l’ethnie. Une telle approche est souvent qualifiée de counseling  » interculturel  » ou multiculturel (Dillard, 1987). Plus précisément, les conseillers correctionnels doivent essayer d’élargir et d’approfondir leurs connaissances et leur compréhension des groupes raciaux et ethniques diversifiés afin de pouvoir comprendre d’où viennent ces personnes et de commencer à les voir comme des individus plutôt que comme un groupe plus large. L’ACA a également choisi de s’attaquer à l’ethnocentrisme en modifiant les sections existantes du code de déontologie afin de mieux comprendre les problèmes particuliers associés au conseil multiculturel (ACA, 2005).

Travailler avec des délinquants ayant des besoins particuliers
Les conseillers correctionnels novices sont souvent surpris de constater que leur charge de travail se compose de délinquants souffrant de maladies mentales graves, de troubles du développement et de problèmes de toxicomanie. De plus en plus, ces « délinquants à besoins spéciaux » se retrouvent dans les populations carcérales et présentent des besoins de traitement et des défis uniques pour les conseillers. Les conseillers qui travaillent avec des femmes délinquantes seront confrontés à des exigences supplémentaires, car ces délinquantes présentent souvent une variété de problèmes familiaux et sociaux, y compris leurs relations avec leurs enfants et des antécédents d’abus physiques ou sexuels. L’une des sous-populations qui a connu la croissance la plus rapide depuis les années 1960 est celle des délinquants souffrant de maladies mentales. En 1998, on estimait à près de 300 000 le nombre de détenus souffrant de maladies mentales.
mentaux étaient hébergés dans les prisons et les centres pénitentiaires, ce qui représentait 15 % de la population carcérale (Schwartz, 2003). Les institutions correctionnelles ont souvent eu du mal à répondre aux besoins de ce groupe. En 1991, on estimait que seulement 50 % des personnes souffrant d’une maladie mentale grave et 25 % de celles souffrant d’une maladie mentale modérée dans les prisons américaines recevaient un niveau de soins approprié (Schwartz, 2003).
Un autre groupe important de détenus particulièrement vulnérables aux abus dans les prisons est celui des personnes souffrant de troubles du développement. Les détenus souffrant d’un retard mental ou d’autres déficiences cognitives peuvent être des cibles tentantes pour les abus physiques ou sexuels. En outre, le premier auteur a observé que ces personnes sont souvent enrôlées par d’autres détenus pour aider à commettre des crimes au sein de l’institution. Elles peuvent également avouer des infractions dont elles ne sont pas coupables.
Sur les 1,3 million de prisonniers incarcérés dans les établissements pénitentiaires américains, 21 % des prisonniers d’État, 57 % des détenus fédéraux et 21 % des détenus de prison sont incarcérés pour des délits liés à la drogue (Bureau of Justice Statistics, 2006a).
En outre, de nombreux liens ont été établis entre l’abus de substances et le comportement criminel (Walters, 1998). Les toxicomanes font état d’une activité criminelle beaucoup plus importante et ont des casiers judiciaires plus chargés que les non-consommateurs, tandis que les personnes ayant des antécédents criminels plus importants sont plus susceptibles de faire état d’un abus de substances antérieur (Peters & Matthews, 2003). Compte tenu de l’ampleur des problèmes d’abus de substances chez les détenus, les conseillers correctionnels devraient considérer le traitement de l’abus de substances comme un élément essentiel des services de counseling offerts à la population carcérale.
population carcérale. Walters (1998) propose des lignes directrices complètes et spécifiques pour la construction et la mise en œuvre d’un traitement efficace de l’abus de substances.

L’une des conclusions les plus largement acceptées dans la recherche criminologique est que les hommes sont arrêtés à un taux plus élevé que les femmes (Holtfreter, Reisig, & Morash, 2004). Bien que l’écart entre les sexes reste important, il s’est réduit au cours des trois dernières décennies (Pollock, 1998). Les délinquantes sont beaucoup plus susceptibles de demander des services de conseil, bien qu’elles ne soient pas plus motivées par un changement sincère que leurs homologues masculins (Elliott & Verdeyen, 2002). En outre, les délinquantes recherchent activement des services de conseil pour aborder les questions d’abus sexuels/physiques antérieurs et de séparation d’avec leurs enfants (Hislop, 2001). Par conséquent, le conseiller correctionnel qui travaille dans une prison pour femmes devra fournir une variété de services de conseil à une partie importante de la population.

Fournir des services d’intervention en cas de crise
Conseiller des délinquants incarcérés ayant des tendances criminelles profondément ancrées est une tâche ardue, et un véritable changement cognitif et comportemental peut s’avérer impossible dans de nombreux cas (Harris, 1995). En effet, la pathologie du délinquant typique est considérée par certains comme non modifiable (McMackin, Tansi, & LaFratta, 2004). Par conséquent, le travail avec ces délinquants, en particulier dans les institutions, se résume souvent à une intervention en cas de crise, c’est-à-dire à aider les détenus à gérer les crises naissantes.
Les établissements correctionnels sont incontestablement des environnements stressants et les délinquants doivent faire face à toute une série de problèmes résultant de l’incarcération. Il s’agit notamment, mais pas exclusivement, de la séparation d’avec les membres de la famille, de l’imposition d’une structure dans la vie d’une personne, de la perte des stratégies d’adaptation antérieures (par exemple, la consommation d’alcool et de drogues) et de la peur de l’environnement carcéral lui-même (par exemple, la violence physique ou sexuelle) (Morgan, 2003). Certains délinquants s’épanouissent dans la structure environnementale et le « code du détenu » (c’est-à-dire les règles de conduite non écrites) (Elliott & Verdeyen, 2002). Beaucoup s’adaptent simplement et se fondent dans l’environnement, tandis que d’autres éprouvent d’importantes difficultés d’adaptation et une détresse intérieure. En conséquence, des services d’intervention en cas de crise et des services de conseil de soutien de courte durée sont nécessaires pour aider ce dernier groupe à s’adapter à sa nouvelle vie de détenu.
Les difficultés d’adaptation ne se limitent évidemment pas aux détenus nouvellement incarcérés ; au contraire, l’anxiété et le stress chroniques sont des sous-produits inévitables de l’incarcération (Morgan, 2003). Les délinquants condamnés à des peines de courte ou de longue durée sont confrontés à divers facteurs de stress et à des problèmes de vie qu’ils doivent gérer.
Par exemple, il n’est pas rare que les membres de la famille ou les proches cessent de communiquer avec les délinquants, privant ainsi ces derniers d’une précieuse source de soutien social (Lynch & Sabol, 2001). Même les délinquants proches de leur libération éprouvent de l’appréhension et de l’anxiété, ce que l’on appelle « se mettre à l’abri ». Des questions telles que la reprise de contact avec les membres de la famille, la recherche d’un emploi et l’évitement d’un comportement criminel deviennent les principaux sujets de préoccupation.
Le conseiller correctionnel sera, à un moment ou à un autre de sa carrière, appelé à fournir des services de soutien en cas de crise à des détenus suicidaires. Le suicide est la première cause de décès dans les centres de détention et les prisons, et la deuxième cause de décès dans les prisons (Morgan, 2003). Il est donc nécessaire que les conseillers connaissent parfaitement les facteurs de risque démographiques, historiques, situationnels et psychologiques du suicide (White, 1999). En outre, le conseiller devra être prêt à fournir des services de soutien aux délinquants ayant des besoins particuliers, dont il a été question dans une sous-section précédente. Enfin, le conseiller correctionnel devra sans aucun doute amené à offrir des services de soutien aux délinquants qui sont victimes d’abus physiques ou sexuels de la part de détenus prédateurs.

Survivre à la brutalité de l’environnement carcéral
Il est évident que les prisons sont des environnements brutaux. Les agents pénitentiaires assistent à des manifestations de violence de la part des détenus, reçoivent des insultes et des menaces de la part des délinquants et observent ou, si nécessaire, participent à l’application de la force physique pour maîtriser un détenu perturbateur. Une telle exposition à la violence et à l’agression peut être une pilule amère à avaler pour de nombreux conseillers ; après tout, beaucoup entrent dans le secteur correctionnel pour « aider » les délinquants et « trouver ce qu’il y a de bon » en eux. Cependant, presque tous ceux qui ont fait carrière dans le milieu correctionnel ont connu un processus de « normalisation » (Welo, 2001) qui peut atténuer le choc, le dégoût, la peur et la colère ressentis après avoir été témoins de violence et d’autres comportements antisociaux. Malheureusement, les conseillers correctionnels sont encore  confrontés à la violence et à la destruction perpétrées par les délinquants. On attend des conseillers qu’ils se familiarisent avec les rapports d’enquête et autres documents concernant les délinquants qui leur sont confiés. Ces rapports regorgent d' »histoires d’horreur sur les crimes [des délinquants], les déclarations des victimes, l’angoisse des membres de leur famille et [leur] degré de criminalité » (Welo, 2001, p. 166). L’exposition répétée aux récits de la douleur et de la misère causées par les délinquants peut conduire au cynisme, à la désillusion et, en fin de compte, à l’épuisement professionnel (Elliott & Verdeyen, 2002).

 

CONSIDÉRATIONS FINALES
Ce chapitre a été consacré à l’exploration des défis nombreux et diversifiés auxquels est confronté le conseiller correctionnel. Nous espérons que le lecteur a maintenant une bonne compréhension des complexités inhérentes à l’élaboration de stratégies de conseil efficaces auprès d’une population hostile et résistante, à la résolution des divers dilemmes éthiques endémiques au conseil dans un établissement correctionnel et à la négociation des exigences contextuelles uniques du conseil en milieu carcéral. Toutefois, cette discussion serait incomplète si l’on n’abordait pas la question de la prévention de l’épuisement professionnel.
Dans un effort concerté pour aider le conseiller correctionnel à ne pas succomber à l’épuisement professionnel et à ses conséquences physiques et émotionnelles délétères, Elliott et Verdeyen (2002) ont proposé 10 stratégies de prévention de l’épuisement professionnel et de satisfaction professionnelle. Ces stratégies, appelées « Les dix commandements pour le personnel pénitentiaire », sont énumérées dans la figure suivante:

Dix commandements pour le personnel pénitentiaire. Elliott & Verdeyen, 2002.
1. Rentrer chez soi sain et sauf à la fin de la journée
2. Établir des attentes réalistes (pour soi-même, les délinquants et les autres membres du personnel).
3. Fixer des limites fermes et cohérentes.
4. Éviter les luttes de pouvoir.
5. Gérer les limites interpersonnelles.
6. Ne pas prendre les choses personnellement.
7. S’efforcer d’adopter une attitude de scepticisme sain.
8. Ne vous battez pas contre la bureaucratie.
9. Demandez de l’aide (à vos supérieurs et à vos collègues).
10. N’emportez pas votre travail chez vous.

Enfin, les auteurs de ce chapitre recommandent au conseiller correctionnel de faire de son mieux pour conserver et exercer un bon sens de l’humour. e Même l’humour dit « de mauvais goût » peut être un moyen efficace de se distancier des situations choquantes, dégoûtantes ou dangereuses, et d’éviter des réactions émotionnelles et comportementales injustifiées à de telles situations (Kauffman, 1988). De même, l’un des meilleurs moyens de faire face à la tromperie et à la manipulation de l’agresseur est de réfléchir aux leçons à tirer d’une telle victimisation, de rire de soi et de passer à autre chose (Elliott & Verdeyen, 2002). »