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La réforme des pratiques de mise en liberté provisoire figure parmi les chantiers les plus controversés de la justice pénale américaine. Face aux critiques du système de cautionnement pécuniaire, de nombreuses juridictions se sont tournées vers des outils actuariels standardisés, au premier rang desquels le Public Safety Assessment (PSA) de l’Arnold Foundation. Pourtant, une question demeure : ces outils « prêts à l’emploi », développés à partir d’échantillons nationaux, sont-ils véritablement adaptés aux spécificités locales et aux impératifs d’équité procédurale ?

Le comté de King, qui englobe la ville de Seattle, a fait le choix de ne pas adopter un instrument standardisé. Après plusieurs années de réflexion, il a développé son propre outil, le Personal Recognizance Interview & Needs Screen (PRINS). Ce dernier se distingue par une approche intégrant des indicateurs dynamiques, une modélisation sensible au genre et une attention particulière à la réduction des disparités raciales. Les résultats récemment publiés dans le Journal of Criminal Justice suggèrent que le PRINS surpasse, en précision prédictive et en équité, les principaux outils utilisés aux États-Unis.

Genèse et contexte institutionnel : pourquoi ne pas adopter un outil standardisé?

La décision du comté de King de développer un instrument ad hoc plutôt que d’importer un outil existant s’inscrit dans une histoire institutionnelle marquée par une volonté réformatrice soutenue. Dès 2009, un groupe de travail dédié à l’évaluation des risques prétoriaux a été constitué, réunissant magistrats, avocats, chercheurs et représentants des services de probation. Ses travaux ont abouti à une série de recommandations publiées entre 2010 et 2012, qui soulignaient la nécessité d’un outil standardisé mais adapté aux caractéristiques démographiques et judiciaires du comté.

En 2010, le Conseil du comté de King a formellement adopté une résolution appelant au développement d’un instrument spécifique. Cette orientation procédait d’une critique explicite des outils prêt à l’emploi: ces derniers sont généralement construits à partir d’échantillons de population qui ne correspondent pas aux réalités locales, et leur application indifférenciée peut réduire la précision prédictive et introduire des biais. Les parties prenantes locales ont en outre exprimé des préoccupations concernant les disparités raciales et de genre documentées dans les outils alors disponibles.

Le développement du PRINS a été confié à une équipe de chercheurs du Nebraska Center for Justice Research, en étroite collaboration avec les services du comté. L’objectif était de produire un instrument à la fois valide, équitable et utilisable dans le flux procédural quotidien des audiences de liberté provisoire.

Méthodologie de développement : un processus en plusieurs étapes sur un large échantillon

Le développement du PRINS repose sur une méthodologie rigoureuse, articulée autour de plusieurs étapes et fondée sur un échantillon substantiel. Au total, 28 147 justiciables du comté de King ont été inclus dans l’étude, permettant à la fois la construction des modèles prédictifs et leur validation interne.

Le processus s’est déroulé en quatre phases principales :

  1. Collecte et harmonisation des données : extraction des dossiers administratifs (antécédents criminels, données démographiques, résultats des comparutions) et intégration d’informations issues d’entretiens avec les défendeurs (situation de logement, emploi, liens familiaux, consommation de substances).
  2. Identification des facteurs prédictifs : analyse bivariée et multivariée pour sélectionner les variables les plus fortement associées aux résultats d’intérêt.
  3. Construction des modèles : développement de modèles de régression logistique distincts pour chacun des sept résultats prédits, avec une attention particulière aux interactions entre les variables et aux différences de genre.
  4. Calibration et validation : ajustement des pondérations pour optimiser la discrimination (aire sous la courbe ROC) et la calibration (comparaison entre risques prédits et observés), suivis d’une validation sur un sous-échantillon indépendant.

Cette approche contraste avec le développement souvent linéaire des outils standardisés, dont les paramètres sont fixés une fois pour toutes et appliqués uniformément.

L’innovation fondamentale : l’intégration d’indicateurs dynamiques

Statique versus dynamique : enjeux théoriques

La distinction entre indicateurs statiques et dynamiques constitue le cœur de l’innovation du PRINS. Les indicateurs statiques renvoient à des caractéristiques immuables de l’individu – âge, sexe, antécédents criminels – tandis que les indicateurs dynamiques capturent des éléments contextuels et situationnels susceptibles d’évoluer dans le temps : emploi actuel, stabilité résidentielle, consommation de substances psychoactives, soutien familial.

Les outils standardisés comme le PSA s’appuient exclusivement ou presque sur des indicateurs statiques. Cette approche est critiquée pour trois raisons principales :

  1. Reproduction des biais systémiques : les antécédents criminels reflètent les disparités historiques des pratiques policières et des décisions de poursuite. Leur utilisation tend à surestimer le risque des populations minoritaires.
  2. Surclassification des femmes : les indicateurs d’antécédents criminels étant davantage prédictifs pour les hommes, leur application aux femmes conduit à une surévaluation systématique du risque.
  3. Ignorance des circonstances présentes : en ne tenant pas compte de la situation actuelle du défendeur, ces outils privent le tribunal d’informations essentielles pour définir des conditions de libération adaptées.

Les indicateurs dynamiques dans le PRINS

Le PRINS intègre plusieurs indicateurs dynamiques, notamment :

  • Situation d’emploi : présence d’un emploi stable au moment de l’arrestation ;
  • Stabilité résidentielle : durée de résidence à l’adresse actuelle, absence de situation d’itinérance ;
  • Soutien social : présence de membres de la famille ou de proches pouvant apporter un soutien ;
  • Consommation de substances : usage actuel d’alcool ou de drogues, lien éventuel avec l’infraction reprochée ;
  • Engagement dans des services : participation à un traitement ou à un programme d’accompagnement au moment de l’arrestation.

Ces variables sont recueillies lors d’un entretien structuré réalisé par un agent de liberté provisoire, selon un protocole standardisé. L’entretien a lieu dans les heures suivant l’arrestation, avant la comparution initiale.

L’intégration de ces indicateurs poursuit trois objectifs : améliorer la précision prédictive, orienter les conditions de libération (en identifiant les besoins de supervision ou d’accompagnement), et atténuer les biais associés aux seuls antécédents judiciaires.

Items

Facteurs statiques (Antécédents)

Ces items sont extraits du casier judiciaire et ne changent pas dans le temps. Ils mesurent le risque historique :

  • Âge actuel (facteur de pondération important, inversement proportionnel au risque).
  • Âge lors de la première arrestation.
  • Antécédents de non-comparution (FTA) : Nombre d’absences passées.
  • Antécédents de condamnations pénales.
  • Antécédents d’arrestations pour crimes violents.
  • Antécédents d’arrestations pour crimes liés à la drogue.
  • Incarcération antérieure : antécédents de détention avant procès ou d’incarcération pour une peine.

Facteurs dynamiques (Situation présente)

C’est l’innovation du PRINS par rapport à des outils comme le PSA. Ces informations sont collectées via un entretien structuré réalisé par un agent peu après l’arrestation, avant la première comparution. Ils mesurent les besoins et la stabilité actuelle :

  • Situation d’emploi : présence d’un emploi stable, d’une source de revenus légale et suffisante au moment de l’arrestation.
  • Stabilité résidentielle : durée de résidence à l’adresse actuelle, absence de situation d’itinérance ou de logement temporaire.
  • Soutien social / Liens communautaires : présence de membres de la famille, d’un conjoint ou de proches pouvant apporter un soutien (logement, caution morale, rappel des dates d’audience).
  • Consommation de substances : usage actuel d’alcool ou de drogues dures, et évaluation du lien éventuel entre cette consommation et l’infraction reprochée.
  • Engagement dans des services : participation volontaire à un traitement de la toxicomanie, à un programme de santé mentale ou à un suivi éducatif avant l’arrestation (indicateur de motivation et de supervision externe).

Modélisation sensible au genre

Contrairement au PSA qui utilise les mêmes pondérations pour tous, le PRINS ajuste l’importance des items en fonction du sexe de la personne. Cela signifie qu’un même facteur peut avoir un poids différent selon que l’on évalue un homme ou une femme, afin de réduire les biais de prédiction :

  • Pour les femmes : une attention accrue est portée aux antécédents de victimisation (bien que rarement explicitement listé comme item « dur », il est intégré dans l’évaluation des besoins via les questions d’entretien), aux responsabilités familiales (présence d’enfants à charge) et aux troubles de santé mentale. Les antécédents criminels (statiques) sont pondérés de manière moindre pour les femmes que pour les hommes, car ils sont statistiquement moins prédictifs de la récidive chez elles.
  • Pour les hommes : la pondération est davantage centrée sur les antécédents criminels violents et les absences aux comparutions passées.

Résultats prédits

Le PRINS ne se limite pas aux 3 prédictions du PSA (non-comparution, nouvelle infraction, nouvelle infraction violente). Il est conçu pour prédire 7 résultats distincts pour affiner la décision :

  1. Non-comparution (FTA).
  2. Nouvelle arrestation (toute infraction).
  3. Nouvelle arrestation pour crime violent.
  4. Nouvelle arrestation pour crime lié à la propriété.
  5. Nouvelle arrestation pour crime lié à la drogue.
  6. Nouvelle arrestation pour violence domestique.
  7. Échec de la libération conditionnelle (violation technique des conditions).

Contrairement au PSA qui est souvent une « boîte noire », la documentation du PRINS  insiste sur la transparence. Les items dynamiques (emploi, logement) sont généralement notés de manière binaire (0 pour stable, 1 pour instable), tandis que les items statiques sont cumulatifs. Le score final est ensuite comparé à des matrices de risque ajustées en fonction du genre pour formuler une recommandation (Libération sans garantie, Supervision, Détention).

 

Performances comparatives : PRINS versus PSA, VPRAI-R et ORAS-PAT

L’évaluation du PRINS a comporté une comparaison systématique avec trois instruments largement utilisés aux États-Unis :

  • Public Safety Assessment (PSA) , développé par l’Arnold Foundation ;
  • Virginia Pretrial Risk Assessment Instrument – Revised (VPRAI-R) , développé en Virginie ;
  • Ohio Risk Assessment System – Pretrial Assessment Tool (ORAS-PAT) , développé dans l’Ohio.

Précision prédictive

Les résultats, publiés dans le Journal of Criminal Justice en 2024, indiquent que le PRINS affiche une précision prédictive supérieure à celle des trois outils comparateurs. Cette supériorité s’observe sur l’ensemble des résultats prédits :

  • Non-comparution (failure to appear) : l’aire sous la courbe ROC (AUC) du PRINS est significativement plus élevée que celle du PSA et du VPRAI-R, et équivalente à celle de l’ORAS-PAT.
  • Nouvelle activité criminelle (new criminal activity) : le PRINS surpasse les trois autres instruments.
  • Nouvelle activité criminelle violente : différence significative en faveur du PRINS par rapport au PSA et au VPRAI-R.

Équité prédictive entre groupes

L’étude a également examiné la relative prediction parity — c’est-à-dire l’absence de différences significatives dans la précision prédictive selon l’appartenance à un groupe racial, ethnique ou de genre. Le PRINS présente sur ce critère des performances nettement meilleures que les outils comparateurs :

  • Les biais de genre sont réduits, avec une précision pour les femmes équivalente à celle observée pour les hommes.
  • Les disparités entre groupes raciaux et ethniques sont atténuées, en particulier pour les infracteurs noirs et hispaniques, qui étaient surclassifiés par les autres instruments.
  • L’instrument conserve une bonne calibration pour les infracteurs à haut risque, une population souvent mal prédite par les outils standardisés.

Implications pour les décisions de libération

Au-delà des performances statistiques, l’évaluation a examiné l’impact du PRINS sur les décisions judiciaires. Les résultats indiquent que les recommandations émises par l’outil sont suivies par les magistrats dans une proportion élevée (environ 85 %), et que l’utilisation du PRINS est associée à une réduction des taux de non-comparution et de récidive par rapport à la période antérieure à l’instrument.

Limites et enseignements pour la réforme des outils d’évaluation en présentenciel

 Limites du PRINS

Plusieurs limites doivent être signalées pour une appréciation équilibrée.

Premièrement, le PRINS a été développé dans un contexte spécifique — une grande juridiction urbaine disposant de ressources substantielles, d’un personnel qualifié et d’une culture institutionnelle favorable à l’innovation. Sa transférabilité à des juridictions rurales ou à faibles ressources reste à démontrer.

Deuxièmement, l’intégration d’indicateurs dynamiques implique des coûts de collecte de données plus élevés que ceux associés aux outils fondés exclusivement sur les antécédents criminels. La réalisation d’entretiens structurés nécessite des effectifs suffisants et une formation spécifique, ce qui peut constituer un obstacle pour certaines juridictions.

Troisièmement, la question de l’articulation entre la recommandation algorithmique et le pouvoir discrétionnaire des magistrats demeure ouverte. Si le taux de suivi des recommandations est élevé, on ignore dans quelle mesure l’outil se substitue au jugement judiciaire plutôt qu’il ne l’éclaire.

Enseignements pour les réformes futures

Malgré ces limites, le PRINS offre plusieurs enseignements pour les juridictions envisageant une réforme de leurs pratiques d’évaluation des risques.

Premier enseignement : la contextualisation est essentielle. Le développement d’un outil spécifiquement adapté aux caractéristiques démographiques, institutionnelles et procédurales du comté de King a permis d’atteindre des niveaux de performance qu’un instrument standardisé n’aurait probablement pas permis.

Deuxième enseignement : les indicateurs dynamiques ne sont pas optionnels. La supériorité du PRINS sur les outils fondés exclusivement sur des facteurs statiques confirme l’intuition issue des modèles RBR : une évaluation pertinente du risque doit intégrer des informations sur les besoins et la situation présente de l’individu.

Troisième enseignement : la transparence méthodologique est une condition de l’acceptabilité. L’un des obstacles à l’adoption des outils d’évaluation des risques réside dans le manque de publication concernant leur développement et leur validation. Le PRINS, dont la construction a fait l’objet d’une documentation exhaustive, offre un modèle de transparence susceptible de favoriser l’adhésion des acteurs judiciaires et du public.

Donc?

 En s’éloignant du paradigme des indicateurs statiques qui caractérise la plupart des outils standardisés, PRINS répond à plusieurs critiques fondamentales : reproduction des biais systémiques, surclassification des femmes, ignorance des circonstances contextuelles. Ses performances supérieures en matière de précision prédictive et de réduction des disparités raciales et de genre en font un modèle dont les juridictions réformistes peuvent s’inspirer.

Pour autant, le PRINS ne constitue pas une solution miracle. Son développement exige des ressources, une expertise méthodologique et un engagement institutionnel que toutes les juridictions ne peuvent mobiliser. Il soulève également, comme tous les outils actuariels, la question plus large de la place des algorithmes dans la décision judiciaire : ces instruments sont-ils des auxiliaires de la décision humaine ou tendent-ils à s’y substituer ? La réponse à cette question, probablement, déterminera davantage l’équité du système que le choix d’un instrument particulier.

Néanmoins, l’expérience du comté de King démontre qu’il est possible de concevoir des outils d’aide à la décision à la fois plus performants et plus équitables que les alternatives standardisées. À l’heure où de nombreuses juridictions américaines cherchent à réformer leurs pratiques de mise en liberté provisoire, le PRINS offre un modèle dont l’étude mérite d’être poursuivie.

  • Hamilton, Z., Ursino, J., & Kigerl, A. (2024). Advancing pretrial assessments: Development of the Personal Recognizance Interview & Needs Screen (PRINS). Journal of Criminal Justice, 102183.
  • Nebraska Center for Justice Research. (2023). PRINS Report: Evaluation and Revalidation along with PRINS Research Brief. University of Nebraska Omaha.
  • King County Council. (2010). County Council calls for new tool to increase public safety and guide pretrial release decisions. King County, Washington.
  • King County Department of Adult & Juvenile Detention. (2012). Pretrial Risk Assessment Tool Development Project: Final Report. Seattle, WA.

L’évaluation des risques constitue un enjeu central dans les systèmes de justice pénale contemporains, particulièrement dans le contexte de la détention provisoire aux États-Unis. Face aux critiques croissantes du système de cautionnement pécuniaire (cash bail), accusé de pénaliser de manière disproportionnée les justiciables à faibles revenus et les populations minoritaires, de nombreuses juridictions américaines se sont tournées vers des outils d’évaluation actuarielle. Parmi ceux-ci, le Public Safety Assessment (PSA), développé par l’Arnold Foundation, s’est imposé comme l’instrument le plus largement adopté, notamment à la suite de la réforme historique du New Jersey en 2017 .

Le PSA vise à fournir aux magistrats une évaluation standardisée de deux risques principaux : la probabilité de non-comparution (failure to appear) et celle de récidive pendant la période de libération provisoire, qu’elle soit violente ou non. Construit à partir de neuf facteurs — dont l’âge, les antécédents criminels et les absences aux comparutions antérieures —, l’instrument exclut délibérément toute variable socio-économique afin de neutraliser les biais associés à la précarité financière .

Validité prédictive et effets sur la libération provisoire : une efficacité démontrée

Une prédiction valide et cohérente

La littérature évaluative récente confirme la capacité du PSA à prédire les issues de la période préliminaire avec une précision satisfaisante. Une étude multisite majeure publiée en 2024 dans Criminal Justice and Behavior a examiné la validité de l’instrument auprès de six groupes définis par l’intersection de l’ethnicité et du sexe (hommes et femmes blancs, noirs, hispaniques). Les résultats démontrent que le PSA constitue un prédicteur valide et cohérent des trois issues considérées : la non-comparution, la nouvelle activité criminelle et la nouvelle activité criminelle violente .

Cette recherche, qui s’inscrit dans une approche intersectionnelle rare dans le champ, répond aux préoccupations concernant l’existence d’un biais de prédiction différentielle (differential prediction) entre groupes. Les auteurs concluent à l’absence de preuves substantielles de biais, soutenant ainsi l’utilisation du PSA comme outil d’aide à la décision judiciaire .

Augmentation des taux de libération sans compromission de la sécurité publique

Les évaluations d’impact menées dans les juridictions ayant adopté le PSA, souvent en parallèle d’autres réformes structurelles, convergent vers une conclusion centrale : l’instrument permet d’accroître significativement les taux de libération provisoire sans détérioration des indicateurs de sécurité publique.

Dans le comté de Yakima (Washington), l’adoption du PSA en février 2016, associée à la substitution de la caution par des conditions de libération non financières et au renforcement des services de liberté provisoire, a entraîné une augmentation de 38 % des mises en liberté. L’analyse comparative de 250 cas pré-réforme et 250 cas post-réforme révèle l’absence de variation significative des taux de comparution (73 % contre 72 %) et des taux de nouvelle arrestation (72 % contre 74 %) .

Le cas du New Jersey, souvent présenté comme modèle de réforme systémique, confirme cette tendance à l’échelle d’un État. La mise en œuvre du Criminal Justice Reform (CJR) en janvier 2017, qui inclut l’utilisation obligatoire du PSA pour éclairer les décisions de libération, s’est accompagnée d’un maintien de taux de comparution élevés (92,7 % sous l’ancien système contre 89,4 % après réforme), malgré une augmentation considérable du nombre de personnes libérées en attente de procès . Selon les chercheurs, « les inquiétudes concernant une possible hausse de la criminalité et des absences aux comparutions ne se sont pas matérialisées » .

Réduction de la récidive comme effet secondaire positif

Une découverte plus contre-intuitive émerge des travaux menés dans le cadre du Safety and Justice Challenge (SJC) de la Fondation MacArthur. Une étude portant sur la Nouvelle-Orléans et le comté de Lucas (Ohio) montre que la mise en œuvre de stratégies incluant le PSA a été suivie non seulement d’une diminution des incarcérations, mais également d’une baisse des taux de récidive, y compris pour les infractions violentes et les délits graves. Ces résultats suggèrent l’existence d’une relation inverse entre la durée de détention provisoire et le risque de récidive : plus les séjours en détention sont courts, plus le risque de nouvelle infraction diminue .

Disparités raciales persistantes : le paradoxe de l’outil objectif

L’absence de biais prédictif ne garantit pas l’équité procédurale

Si les études valident l’absence de biais prédictif du PSA au sens strict — c’est-à-dire l’absence de surestimation ou sous-estimation systématique du risque selon l’appartenance raciale —, elles documentent en revanche la persistance de disparités raciales significatives dans les outcomes finaux du système. La recherche du CUNY Institute for State & Local Governance, menée dans les sites du Safety and Justice Challenge, constate que, malgré une baisse générale des admissions en détention, les personnes issues des communautés BIPOC (Black, Indigenous, and People of Color) demeurent deux fois plus susceptibles d’être incarcérées que les personnes blanches .

Ce paradoxe apparent — un outil non biaisé utilisé dans un système biaisé — soulève une question centrale : l’introduction d’instruments actuariels peut-elle, par elle-même, corriger les disparités produites par le pouvoir discrétionnaire des acteurs judiciaires ? Les données disponibles suggèrent que non, dès lors que les décisions finales demeurent le produit d’une interaction complexe entre la recommandation algorithmique, les préférences des magistrats et les contraintes procédurales locales.

Populations sous-étudiées : l’exception amérindienne

Un correctif important à l’optimisme ambiant provient d’une étude publiée en 2024 dans Law and Human Behavior, qui examine spécifiquement les performances du PSA au sein d’une population amérindienne dans un comté rural. Les résultats indiquent une validité médiocre de l’instrument pour la prédiction de la non-comparution, ainsi que des preuves de biais prédictif en fonction de la race et du sexe pour cet indicateur .

Cette recherche met en lumière les limites de la généralisabilité des validations antérieures. Les auteurs soulignent que les populations vivant dans des zones rurales et les communautés amérindiennes, souvent sous-représentées dans les échantillons de validation, peuvent présenter des profils de risque et des contraintes structurelles (isolement géographique, absence de transports en commun) qui altèrent la performance prédictive des outils standardisés .

L’alternative comparative : le PRINS et la question de la supériorité instrumentale

La recherche menée par le Nebraska Center for Justice Research sur le King County (Washington) introduit une dimension comparative intéressante. L’évaluation du PRINS (Personal Recognizance Interview & Needs Screen), un instrument développé localement, révèle que cet outil présente des niveaux de précision prédictive supérieurs à ceux du PSA, associés à des biais de genre et de race-ethnicité réduits . Cette découverte invite à une réflexion plus nuancée : le PSA, bien qu’efficace, n’est pas nécessairement l’instrument optimal dans tous les contextes, et des alternatives locales peuvent offrir un meilleur équilibre entre validité et équité.

Discussion critique : limites épistémologiques et enjeux normatifs

Le problème du proxy : risque estimé versus risque réel

Une critique fondamentale adressée au PSA, comme à l’ensemble des outils d’évaluation actuarielle, concerne la distinction entre le risque estimé par l’instrument et le risque réel que présente un individu. En se fondant exclusivement sur des facteurs statiques — essentiellement des antécédents judiciaires —, le PSA produit une mesure du risque groupe (le risque associé à une catégorie de personnes partageant des caractéristiques similaires) et non du risque individuel . Cette approche, si elle est statistiquement robuste, n’en soulève pas moins des questions éthiques quant à la prédestination statistique des justiciables.

 La réforme algorithmique comme écran aux transformations structurelles

Les travaux réunis par le CUNY ISLG montrent que les réformes les plus efficaces sont celles qui associent le PSA à des transformations plus larges du système : renforcement des services de liberté provisoire, limitation du recours aux cautions monétaires, accélération des procédures . Inversement, l’introduction isolée d’un outil actuariel, sans modification des pratiques discrétionnaires et des ressources allouées à l’accompagnement des libérés, risque de produire des effets limités, voire contre-productifs.

La question des biais systémiques : l’instrument dans son environnement

La persistance des disparités raciales malgré l’utilisation d’un instrument non biaisé invite à une analyse systémique. Comme le notent DeMichele et ses collègues, les décisions de mise en liberté provisoire sont traditionnellement influencées par des normes informelles et des stéréotypes implicites concernant la dangerosité relative des groupes raciaux et de genre . L’introduction d’une évaluation standardisée peut réduire l’espace de manœuvre discrétionnaire, mais elle ne l’élimine pas. La question reste ouverte de savoir dans quelle mesure les magistrats utilisent réellement le PSA comme guide ou continuent de s’appuyer sur des heuristiques subjectives.

Et donc?

Le Public Safety Assessment représente une innovation dans la gestion de la détention provisoire aux États-Unis. Les données de recherche disponibles confirment sa capacité à prédire valablement les risques de non-comparution et de récidive, ainsi que son efficacité à soutenir des politiques de libération plus larges sans compromettre la sécurité publique. Les résultats positifs observés dans des juridictions comme le New Jersey ou le comté de Yakima témoignent du potentiel de ces outils lorsqu’ils s’inscrivent dans des réformes structurelles cohérentes.

Cependant, plusieurs limites substantielles doivent être prises en compte. La persistance des disparités raciales dans les taux d’incarcération, malgré l’absence de biais prédictif avéré, souligne que l’outil algorithmique ne peut à lui seul résoudre les inégalités structurelles du système de justice pénale. Les résultats contrastés obtenus auprès des populations amérindiennes rappellent par ailleurs l’importance d’une validation contextuelle et l’impossibilité d’une application universelle indifférenciée.

Sur le plan épistémologique, la substitution progressive du jugement discrétionnaire par des algorithmes prédictifs soulève des questions fondamentales sur la nature même de la justice : une décision fondée sur une probabilité statistique peut-elle être considérée comme équitable ? La réponse, probablement, dépend de notre capacité à concevoir ces instruments non comme des substituts à la décision humaine, mais comme des aides destinées à éclairer un jugement dont la responsabilité demeure entièrement judiciaire.

  • DeMichele, M., Silver, I. A., Labrecque, R. M., Dawes, D., Lattimore, P. K., & Tueller, S. (2024). Testing predictive biases at the intersection of race-ethnicity and sex: A multi-site evaluation of a pretrial risk assessment tool. Criminal Justice and Behavior, 51(6), 850–875.
  • CUNY Institute for State & Local Governance. (2026). The impact of jail reduction strategies on community safety. Center for Justice Innovation.
  • Zottola, S. A., Stewart, K., Cloud, V., Hassett, L., & Desmarais, S. L. (2024). Predictive bias in pretrial risk assessment: Application of the Public Safety Assessment in a Native American population. Law and Human Behavior.
  • Coppola, A. (2020). RE: The pretrial risk assessment — How New Jersey’s bail overhaul is shaping bail reform across the country. Cardozo Journal of Equal Rights & Social Justice, 27(1), 87.
  • Advancing Pretrial Policy & Research. (2021). Pretrial research summary: Key finding #2 — Implementation of the PSA can increase rates of release without compromising court appearance or public safety.
  • Nebraska Center for Justice Research. (2023). PRINS report: Evaluation and revalidation along with PRINS research brief. University of Nebraska Omaha.

Le Pretrial and Community Corrections Case Management System (CMS) désigne une catégorie de logiciels spécialisés utilisés par les services de probation, de libération conditionnelle et de supervision en contrôle judiciaire pour gérer l’ensemble du suivi des justiciables en milieu ouvert. Il s’agit de l’infrastructure technologique qui rend possible la mise en œuvre opérationnelle d’outils comme le PRINS ou le PSA.

C’est une plateforme logicielle centralisée qui permet aux agents de probation, aux services de contrôle judiciaire et aux tribunaux de gérer électroniquement l’intégralité du parcours d’un justiciable, de l’arrestation à la fin de son suivi .

L’objectif principal est de remplacer les processus papier et manuels par des flux de travail numérisés, automatisés et interopérables. Comme le souligne le cas d’El Paso County, ces systèmes permettent de passer d’une logique de « gestion de dossiers » (case management) à une logique d' »optimisation des parcours clients » (client optimization), où l’accent est mis sur les résultats (réduction de la récidive, maintien des comparutions) plutôt que sur la simple accumulation de documents .

Fonctionnalités principales

Évaluation des risques et planification individualisée

Le système intègre les outils d’évaluation actuarielle (comme le PRINS, le PSA, ou d’autres instruments) directement dans le flux de travail. Lorsqu’un agent réalise une évaluation, les algorithmes de notation sont exécutés automatiquement et les scores sont immédiatement disponibles pour éclairer la recommandation adressée au magistrat .

Sur la base de ces évaluations, le système permet de construire des plans dynamiques de prise en charge (dynamic case plans) qui identifient les besoins criminogènes du justiciable (emploi, logement, consommation de substances, etc.) et assignent des activités adaptées (traitement, services sociaux, horaires de pointage) .

Suivi de la conformité et gestion des sanctions

Les CMS modernes permettent un suivi précis du respect des conditions de libération :

  • Calendrier des rendez-vous et audiences : visualisation de l’agenda, envoi automatique de rappels par SMS ou email .
  • Pointage à distance : les justiciables peuvent se présenter par téléphone ou via une application mobile, évitant ainsi les déplacements contraignants .
  • Gestion des violations : l’agent peut enregistrer les manquements, et le système peut recommander des sanctions graduées ou des incitations fondées sur des données probantes (evidence-based responses) .

Gestion financière et recouvrement

Une fonctionnalité importante est la gestion des obligations financières : amendes, frais de supervision, coûts des programmes. Le système permet d’évaluer les montants dus, d’enregistrer les paiements (y compris par carte de crédit via l’application client), et de générer des relevés de compte .

Interopérabilité et partage d’informations

La valeur ajoutée la plus significative de ces systèmes réside dans leur capacité à s’interfacer avec d’autres applications judiciaires :

  • Odyssey (Indiana) : le SRS (Supervised Release System) est le seul système de supervision communautaire qui s’interconnecte directement avec le système de gestion des dossiers judiciaires de l’État, affichant les mandats, les audiences et les résumés chronologiques directement depuis le dossier officiel du tribunal .
  • Systèmes de justice partenaires : les CMS peuvent échanger des informations avec les services de police (JMS/RMS), les laboratoires de tests de dépistage de drogues, et les programmes de traitement .

Applications mobiles pour agents et justiciables

La tendance actuelle est au développement d’applications mobiles complémentaires :

  • CSS Mobile : permet aux agents sur le terrain d’accéder aux dossiers clients, de consulter leur calendrier, d’ajouter des notes (chronos) et de planifier des rendez-vous sans retourner au bureau .
  • Case Connect Mobile : permet aux justiciables de consulter leurs informations, d’effectuer leur pointage (avec géolocalisation et capture d’image), de payer leurs frais par carte de crédit et de communiquer avec leur agent .

Analyses disponibles et reporting

Les CMS collectent une masse considérable de données qui peuvent être exploitées pour l’évaluation des programmes et la mesure des disparités. La plateforme SCRAM Nexus, par exemple, propose des analyses de performance permettant de comparer les résultats selon le risque, le besoin, l’âge, le sexe et l’origine ethnique, afin d’identifier d’éventuels biais implicites dans les décisions de supervision .

Exemples concrets de systèmes en usage

Système Développeur / Autorité Juridiction Caractéristique distinctive
SRS (Supervised Release System) Indiana Office of Court Technology Indiana Interfaçage natif avec le système judiciaire Odyssey ; gratuit pour les agences ; composante « work release » pour la gestion des résidents en établissement .
eSupervision Journal Technologies National (États-Unis, Canada, Australie) Développé par d’anciens agents de probation ; bibliothèque d’évaluations des risques intégrée ; portail public configurable .
Enterprise Supervision Tyler Technologies El Paso County, TX Automatisation des évaluations ; pointage à distance ; réduction de 20 heures/semaine de travail administratif .
SCRAM Nexus Case SCRAM Systems National Axé sur les evidence-based responses ; analytique pour mesurer les disparités de traitement ; intégration avec le bracelet électronique SCRAM CAM .
Catalis Community Justice Catalis National Suite modulaire (prétrial, diversion, probation, specialty courts, community service) ; conformité CJIS et HIPAA ; notifications SMS .
CaseWorX for Courts Versaterm National Optimisation des flux de travail pour les tribunaux de traitement, services prétoraux et probation .

Illustration : le cas d’El Paso County

Le cas d’El Paso County (Texas), documenté par Tyler Technologies, illustre concrètement la transformation permise par un CMS .

Avant : les agents travaillaient avec des formulaires papier manuels, source d’erreurs et de perte de temps. Les évaluations prétorales, les rapports de programmes de réinsertion et les notifications aux clients étaient effectués manuellement. Les agents consacraient la moitié de leur semaine à des appels téléphoniques pour rappeler les audiences.

Après l’implémentation d’Enterprise Supervision :

  • Les formulaires papier ont été éliminés, réduisant les erreurs de saisie de 40 %.
  • Les évaluations sont désormais automatisées : les données client sont importées du système d’arrestation, permettant aux agents de se concentrer sur l’évaluation elle-même plutôt que sur la saisie.
  • Les justiciables peuvent effectuer leur pointage par téléphone, évitant de prendre un congé ou de trouver une garde d’enfants.
  • Les rappels d’audience automatisés font gagner aux agents environ 20 heures par semaine.
  • Le portail partenaire permet un suivi transparent des programmes de réinsertion (obtention de GED, etc.) et facilite la collaboration entre les services.

Enjeux et perspectives critiques

Si les CMS apportent des gains d’efficacité indéniables, leur déploiement soulève plusieurs questions que la littérature criminologique commence à documenter :

  • Risque de standardisation excessive : L’automatisation peut conduire à une application uniforme de protocoles qui ne tiennent pas suffisamment compte des circonstances individuelles, malgré les efforts de personnalisation .
  • Surveillance numérique et pouvoir discrétionnaire : Les outils de pointage par géolocalisation et les applications mobiles étendent la capacité de surveillance au-delà des heures de bureau, modifiant l’équilibre entre contrôle et autonomie .
  • Protection des données : Ces systèmes centralisent des données sensibles (antécédents judiciaires, informations de santé, localisation). La conformité CJIS (criminal justice information security) est donc une exigence fondamentale, mais la sécurisation des interfaces mobiles reste un défi .
  • Biais algorithmiques : Bien que les CMS intègrent des outils comme le PRINS pour réduire les biais de décision, les données historiques sur lesquelles ces algorithmes sont calibrés peuvent perpétuer des disparités systémiques .

Le Pretrial and Community Corrections Case Management System est plus qu’un simple logiciel de gestion administrative. C’est l’infrastructure technologique qui soutient l’ensemble de la philosophie de la pretrial reform : standardisation des évaluations, individualisation des plans de supervision, réduction de la détention provisoire, et recentrage des agents sur l’accompagnement plutôt que sur les tâches paperassières.

Pour les juridictions qui adoptent des outils comme le PRINS, le CMS constitue le réceptacle opérationnel indispensable : c’est lui qui permet de collecter les données dynamiques lors de l’entretien, d’exécuter les algorithmes de notation, d’orienter la recommandation au magistrat, puis de suivre le justiciable tout au long de sa période de supervision. Comme le montre l’exemple d’El Paso County, le passage d’une logique de « gestion de dossiers » à une logique « d’optimisation des parcours » est à la fois un défi technique et un changement de culture institutionnelle.

Références

  • Indiana Office of Court Technology. (2024). Supervised Release System (SRS). IN.gov.
  • Journal Technologies. (2024). eSupervision: Powering Progress in Community Supervision.
  • Tyler Technologies. (2025). El Paso County: From Case Management to Client Optimization.
  • SCRAM Systems. (2022). SCRAM Nexus Evolves into a Dynamic Case Management System.
  • Catalis. (2024). Community Justice Case Management Solutions.
  • Corrections Software Solutions. (2025). CSS Mobile & Case Connect Mobile.

 

DASH : Un outil central pour évaluer le risque en matière de violences conjugales

Dans le champ de la criminologie appliquée et de la protection des victimes, disposer d’outils fiables pour évaluer le risque est essentiel. L’un des instruments les plus utilisés dans le monde anglo-saxon est le DASH, acronyme de Domestic Abuse, Stalking and Honour-Based Violence. Développé au Royaume-Uni par Laura Richards, ancienne analyste comportementale à Scotland Yard, cet outil s’est imposé comme une référence dans l’évaluation du risque de violence domestique, de harcèlement criminel et de violences liées à l’honneur.

Qu’est-ce que le DASH ?

Le DASH est un outil standardisé de repérage et d’évaluation des risques, utilisé principalement par les forces de l’ordre, les services sociaux, les professionnels de la santé et les associations spécialisées. Il a été conçu pour :

  • Identifier les facteurs de risque immédiats dans les situations de violence domestique ;
  • Faciliter une communication interprofessionnelle claire et rapide ;
  • Déclencher si nécessaire une mise à l’abri urgente ou un plan de protection de la victime.

L’outil s’appuie sur 27 questions standardisées, posées directement à la victime (ou remplies par un professionnel selon le contexte), et permet de mesurer l’imminence du danger.

Sur quels risques s’appuie-t-il ?

Le DASH évalue une série de facteurs de danger reconnus par la recherche scientifique comme prédictifs d’une aggravation de la violence ou d’un passage à l’acte létal. Parmi eux :

  • La récence et la fréquence des violences ;
  • Les menaces de mort, de suicide ou de violences contre les enfants ;
  • La présence d’armes ou l’accès à celles-ci ;
  • La jalousie excessive, le contrôle coercitif ou le harcèlement après séparation ;
  • Les conduites à risque (addictions, troubles mentaux, isolement social) chez l’auteur ;
  • Le contexte culturel ou familial favorisant des violences liées à l’honneur.

Pourquoi est-il utile ?

Le DASH permet une approche structurée, fondée sur des données probantes, pour identifier les situations où le danger est élevé. Il facilite la prise de décision rapide, notamment en matière de protection judiciaire (ordonnances d’éloignement, intervention des services sociaux, mesures d’hébergement d’urgence, etc.).

Dans certains cas, il permet de mobiliser une conférence MARAC (Multi-Agency Risk Assessment Conference), réunissant différents professionnels autour des cas à haut risque afin d’assurer une réponse coordonnée.

Limites et enjeux

Comme tout outil, le DASH ne remplace pas le jugement clinique. Il est un aide à la décision, mais son efficacité dépend :

  • De la formation des professionnels à son usage ;
  • Du climat de confiance permettant aux victimes de répondre honnêtement ;
  • De sa mise à jour en fonction des nouvelles connaissances sur la dynamique des violences conjugales.

En France, bien que des outils similaires existent (comme le VIOLENCI ou les grilles du protocole de repérage du danger imminent), l’usage du DASH est encore rare, mais inspirant pour les pratiques professionnelles en développement.

Pour aller plus loin

  • Télécharger la grille DASH (en anglais) : SafeLives UK – DASH RIC
  • Formation gratuite en ligne : certaines plateformes proposent une initiation à l’utilisation du DASH pour les professionnels intervenant auprès de victimes.
  • Richards, L. (2009). Domestic Abuse, Stalking and Harassment and Honour-Based Violence Risk Identification Checklist (DASH).

 

https://safelives.org.uk/wp-content/uploads/Dash-risk-checklist-quick-start-guidance.pdf 

SafeLives Dash risk checklist_FR

RISK AND NEEDS ASSESSMENT IN PROBATION AND PAROLE: The Persistent Gap Between Promise and Practice, William D. Burrell

Risk and need assessment (RNA) is a common element

Éléments d’un système complet d’évaluation et de gestion des cas

1 Instruments d’évaluation actuarielle

  • Développés sur la population cible à l’aide d’une méthodologie appropriée
  • Échantillons de construction et de validation

2 Ciblés sur une population spécifique et un point de décision

  • Population : adultes, mineurs, délinquants sexuels, délinquants violents
  • Points de décision : admission (mineurs), libération avant le procès, déjudiciarisation, condamnation, surveillance, libération conditionnelle , libération, réinsertion

3 Validé sur la population locale s’il a été développé ailleurs

4 Revalidation périodique des instruments — tous les cinq ans

5 Évaluer les risques, les besoins et les points forts/facteurs de protection

6 Utiliser des facteurs statiques et dynamiques

7 Instrument de dépistage (screening) pour identifier les cas à faible risque

  • Économiser les ressources pour une évaluation complète des cas à haut risque

8 Dérogation professionnelle (quand l’avis du professionnel diverge des résultats de l’outil d’évaluation)

  • Politique écrite
  • Examen et approbation des dérogations par la hiérarchie
  • Suivi et retour d’information

9 Réévaluation périodique des risques et des besoins

  • Fréquence suggérée : six mois pour les adultes, trois mois pour les mineurs

10 « Plans de cas » (planification du traitement pénitentiaire)  dynamiques basés sur des facteurs criminogènes

  • Mises à jour régulières liées à la réévaluation

11 Assurance qualité/contrôle qualité

  • Suivi des performances et retour d’information au personnel

12 Programmes complets d’intervention

  • Théorie et justification de l’instrument, processus de développement
  • Développement des compétences et pratique
  • Formation de rappel si nécessaire
  • Formation de mise à niveau régulière

13 Intégration et alignement avec la mission, les politiques et les procédures de l’agence

14 Participation du personnel à :

  • La sélection des instruments
  • L’élaboration des politiques et des procédures
  • La mise en œuvre
  • La formation
  • Le suivi

15 Rapports réguliers sur les résultats de la supervision liés aux scores de risque et de besoin

 

Stalking Assessment and Management (SAM)

SAM est un outil de type Structured Professional Judgment (SPJ), conçu spécifiquement pour évaluer et gérer les risques liés au stalking. Il a été développé par P. Randall Kropp, Stephen D. Hart, David R. Lyon et Jennifer E. Storey entre 2001 et 2008

Contenu et structure

  • 30 items répartis en trois domaines (10 items chacun) :

    Domaine Description
    Nature du stalking comportements concrets : collecte d’infos, menaces, violences…
    Facteurs du stalker obsession, colère, instabilité émotionnelle, dépendance…
    Vulnérabilités de la victime réponse incohérente, manque de ressources, instabilité…
  • Pour chaque item, on évalue sa présence actuelle ou passée, puis sa pertinence pour le risque futur .

 Processus en 6 étapes

  1. Recueil d’informations

  2. Codage des 30 items

  3. Appréciation de leur pertinence

  4. Élaboration de scénarios plausibles de risque futur

  5. Planification de stratégies de gestion adaptées

  6. Formulation d’un avis global :

    • Priorisation du dossier

    • Risque de récidive de stalking

    • Risque de violence physique grave

    • Pertinence de la peur de la victime

    • Urgence d’action

    • Délai de réévaluation

Fiabilité et validité 🧠

  • Fiabilité inter‑juges (ICC) :

    • Facteurs/rubriques : plutôt bonne à correcte Researchgate

    • Jugements conclusifs : variable (ICC .39 à .80 pour priorisation; .71 pour stalking, .44–.60 pour violence grave) criminal-justice
  • Validité concurrente : bonne corrélation avec le PCL:SV et le VRAG (psychopathie et violence) Wiley online

  • Validité prédictive :

    • Étude suédoise (2009) : nombre d’items présents corrélé avec le risque perçu Sage Journal

    • Étude US (2016) : score « Nature du stalking » prédictif de récidive. Score du stalker non. Les vulnérabilités de la victime non disponibles – Researchgate

Avantages et limites

+ Points forts :

  • Couvre des facteurs propres au stalking, non présents dans les instruments de violence générale academia.edu.

  • Utilisable en contexte policier, judiciaire, ou clinique .

– Limites :

  • Besoin de formations spécifiques pour garantir fiabilité et pertinence .

  • Recherches existantes souvent sur petits échantillons, rétrospectives.

  • Domaine vulnérabilité victime peu étudié dans certaines validations criminal-justice

Utilisation pratique

  • Utilisable par police, professionnels judiciaires et psychologues/psychiatres judiciaires .

  • Requiert une formation (ex. cours avec Kropp, 20–40 h certifiantes) .

En résumé

SAM est un outil structuré et rigoureux, conçu sur mesure pour le stalking, intégrant la collecte d’informations, l’évaluation de facteurs propres au stalker et à la victime, la formulation de scénarios de risque et la planification concrète de stratégies de gestion. Il a démontré une fiabilité correcte et une validité encourageante, mais gagne à être utilisé avec une formation préalable et dans le cadre d’une démarche d’évaluation rigoureuse.

Stalking Assessment and Management_FR

SAMkodschema.pdf

Outils d’Évaluation/Dépistage de la Violence Conjugale


Approuvés par le Domestic Assault and Battery Advisory Board (1ᵉʳ juillet 2018)

Approved_DVEval_Assessment_Tools_7-1-2018

Légende des catégories :

  • R = Évaluation des risques

  • S = Abus de substances

  • M = Santé mentale

  • C = Combiné (Abus de substances/Santé mentale ou les trois)

  • O = Autre

  • V = Informations sur la victime


Tableau des outils approuvés

Type Nom de l’outil Description Qualifications requises Coût Plus d’informations
R Danger Assessment (DA) Aide à déterminer le risque de meurtre d’une femme par son partenaire. Nécessite une formation pour le score pondéré. Disponible en plusieurs langues. Basé sur le rapport de la victime. Formation en ligne (payante possible) Gratuit (copyright détenu par l’auteur) DANGER ASSESSMENT-5 (DA-5)_FR
R Domestic Violence Inventory (DVI) Outil pour évaluer les auteurs de violences conjugales (155 items, 30 min). Mesure : Véracité, Violence, Contrôle, Alcool, Drogues, Gestion du stress. Aucune formation Payant (en ligne) https://www.domestic-violence-inventory.com/dvi.html
R Domestic Violence Screening Instrument (DVSI/DVSI-R) Questions sur les antécédents criminels (violences, violations d’ordonnances). Facteurs : emploi, séparation récente, présence d’enfants. Approche statistique (sans jugement clinique). Aucune formation Sous copyright (autorisation requise) Contact : Joseph.DiTunno@iaud.et.gov

Domestic-Violence-Screening-Inventory-Revised-DVSI-R.pdf

R Idaho Risk Assessment of Dangerousness (IRAD) Identifie les risques futurs et indices de létalité. 7 domaines : antécédents, menaces de mort/suicide, séparation, comportement contrôlant, contact policier, abus d’alcool/drogues. Aucune formation Gratuit (en ligne) Idaho domestic fact sheet_FR

Idaho domestic violence supplement_FR

262RiskAssessme_00000002800.pdf

ICA-23.002-IRAD-Card-Rev-2023.pdf

Risk-Assessment-Interactive-Form.pdf

R Ontario Domestic Assault Risk Assessment (ODARA) Outil actuariel (13 facteurs) : menaces, isolement de la victime, antécédents violents, enfants en commun, violences pendant la grossesse, etc. Formation en ligne (payante possible) Gratuit (autorisation requise) ODARA_feuille_cotation
R Spousal Assault Risk Appraisal Guide (SARA) Checklist pour évaluer les facteurs de risque chez les auteurs de violences familiales. Sources multiples. Formation disponible (payante possible) Payant (en ligne) COTATION SARA
S Global Appraisal of Individual Needs (GAIN-I) Évaluation biopsychosociale complète (diagnostic, traitement). Axé sur l’abus de substances (AXIS I). Formation requise Payant (varie) GAIN%20I%205.7.0%20full.pdf
S GAIN Short Screener (GAIN-SS) Dépistage rapide (5 min) des troubles de santé comportementale. Aucune formation Payant (varie) GAIN-SS%20Manual.pdf
S Substance Abuse Subtle Screening Inventory (SASSI) Détecte les troubles liés aux substances (items subtils et explicites). Échelles de validité/défensivité. Formation disponible Payant https://www.pearsonclinical.ca/
S Adult Substance Use Survey (ASUS-R) Enquête d’auto-évaluation (alcool/drogues). Inclut santé mentale et non-conformité sociale/légale. Module de formation en ligne (payant)
S Addiction Severity Index (ASI) Entretien semi-structuré (7 domaines : médical, emploi, drogues, alcool, légal, familial, psychiatrique). Aucune Gratuit echelle_asi-annexe_2_des_recommandations.pdf
S Drug Abuse Screening Test (DAST) Dépiste les problèmes liés aux drogues (versions : DAST-10/20/28). Combinable avec l’AUDIT. Aucune Gratuit DAST-10-drug-abuse-screening-test.pdf
S Alcohol Use Disorders Identification Test (AUDIT) Identifie la consommation dangereuse d’alcool. Administration écrite/orale. Aucune Gratuit questionnaire-audit
S CAGE / CAGE-AID Dépistage ultra-bref de l’alcoolisme (CAGE) ou des drogues (CAGE-AID). Aucune Gratuit questionnaires-dautodepistage/consommation-problematique-cage-aid
S Michigan Alcohol Screening Test (MAST) Outil ancien (1971) pour identifier les buveurs dépendants. Aucune Gratuit depistage-des-problemes-dalcool
M Personality Inventory for DSM-5 (PID-5) Auto-évaluation des traits de personnalité (25 facettes : anhéronie, hostilité, impulsivité, etc.). Professionnel qualifié Gratuit APA_DSM5_The-Personality-Inventory-For-DSM-5-Full-Version-Adult.pdf
M PID-5 Brief Form (PID-5-BF) Version courte du PID-5 (5 domaines : affect négatif, détachement, etc.). Professionnel qualifié Gratuit APA_DSM5_The-Personality-Inventory-For-DSM-5-Brief-Form-Adult.pdf
C Millon Clinical Multiaxial Inventory (MCMI-IV) Évalue les difficultés émotionnelles/interpersonnelles (25 échelles). Aligné sur le DSM-5. Diplôme avancé + formation Payant https://onlinelibrary.wiley.com
C Minnesota Multiphasic Personality Inventory (MMPI-2) Test de personnalité pour diagnostiquer les troubles mentaux (567 items). Diplôme avancé + formation Payant https://www.pearsonclinical.fr
C DSM-5 Level 1 Cross-Cutting Symptom Measure Mesure transdiagnostique (23 questions, 13 domaines : dépression, anxiété, etc.). Professionnel qualifié Gratuit https://www.psychiatry.org
C Domestic Violence Risk Appraisal Guide (DVRAG) Échelle actuarielle (14 facteurs). Combinée au score PCL-R. Professionnel qualifié Gratuit (autorisation requise) Violences conjugales : un outil d’évaluation, la DVRAG
C Hare Psychopathy Checklist-Revised (PCL-R) Évalue la psychopathie et risque de récidive (20 items). Diplôme avancé + formation Payant Psychopathy Checklist-Revised (PCL-R)
C Hare PCL-Screening Version (PCL-SV) Version de dépistage du PCL-R (12 items). Diplôme avancé + formation Payant
C Personality Assessment Inventory (PAI) Test multifonction (22 échelles : dépression, anxiété, agression). Diplôme avancé + formation Payant https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38461694/
O Stalking Assessment and Management (SAM) Évalue le harcèlement criminel (nature, facteurs de risque/vulnérabilité). Aucune formation Payant

SAMkodschema.pdf

Stalking Assessment and Management_FR

O Violence Risk Appraisal Guide (VRAG) Mesure du risque de violence générale (12 items, inclut PCL-R). Professionnel qualifié Gratuit (autorisation requise) VRAG-R-scoring-sheet-1.pdf
O Buss-Perry Aggression Questionnaire (AGQ) Questionnaire sur 4 dimensions de l’agression (29 items). Aucune formation Gratuit Questionnaire d’Agression de Buss & Perry (1993)
O Experiences in Close Relationships (ECR-R) Évalue l’attachement adulte (36 items). Formation requise Gratuit Attachment-ExperienceinCloseRelationshipsRevised
O Level of Service Inventory-Revised™ (LSI-R) Prédit la récidive et succès en probation (54 items). Aucune formation Payant (varie)
O Inventory of Offender Risk, Needs, Strengths (IORNS) Mesure les risques statiques/dynamiques et forces (130 items). Diplôme/licence sanitaire Payant https://www.nzcer.org.nz
O Patient Health Questionnaire (PHQ) Dépistage des problèmes physiques, dépression, anxiété, troubles alimentaires. Aucune formation Gratuit PHQ9_French_for_France
O Intimate Justice Scale Détecte les abus psychologiques/physiques (15 items). Aucune formation Gratuit IJS – The Intimate Justice Scale

Intimate Justice Scale _FR

V Psychological Malreatment Toward Women Scale (PMTW) Mesure la maltraitance psychologique (58 items). Auto-évaluation par la victime Gratuit (autorisation requise) Psychological Maltreatment of Women Inventory (PMWI)_ Tolman_combined with instrument
V HITS Outil de dépistage (Hurt, Insult, Threaten, Scream). Auto-évaluation par la victime Gratuit HITS_eng
V Women’s Experiences with Battering (WEB) Mesure l’expérience des victimes (non les comportements de l’agresseur). Auto-administré ou en entretien Gratuit ÉCHELLE des EXPÉRIENCES DES FEMMES AVEC LA VIOLENCE CONJUGALE_FR

E.9-Relationship_Assessment_Tool_Instructions

scrn-pw-web.pdf


Note importante :
Une formation et/ou un diplôme spécifique peuvent être requis pour l’administration et l’interprétation de ces outils. Les évaluateurs doivent respecter les exigences éthiques, légales et de formation propres à leur juridiction.