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Glenn D. Walters a créé le PICTS, un outil d’auto-évaluation mesurant huit styles de pensée associés à un style de vie criminel. Cet outil est largement utilisé dans les établissements correctionnels pour évaluer et gérer les schémas de pensée criminelle, aidant ainsi à la réhabilitation des délinquants.

Théorie du Style de Vie Criminel

Walters a développé une théorie selon laquelle le comportement criminel résulte d’un style de vie spécifique, influencé par des facteurs biologiques, sociologiques et psychologiques. Cette théorie aide à comprendre pourquoi certaines personnes adoptent le crime comme un mode de vie, en intégrant des éléments comme les schémas de pensée et les comportements.
Travaux sur l’Intégration Théorique
À travers des ouvrages comme Modelling the Criminal Lifestyle: Theorizing at the Edge of Chaos et Closing the Integration Gap in Criminology: The Case for Criminal Thinking, Walters a plaidé pour l’intégration des facteurs de risque autour de la pensée criminelle, proposant un cadre unifié pour la criminologie. Ces travaux visent à réduire la fragmentation des théories criminelles et à renforcer la discipline comme science.
Son livre The Criminal Lifestyle: Patterns of Serious Criminal Conduct a reçu le prix du Livre Académique Exceptionnel 1991 de Choice Magazine, soulignant son impact. En tant que professeur à l’Université Kutztown et ancien psychologue clinique dans les prisons fédérales, son expérience pratique informe ses contributions théoriques et empiriques.

Développement de l’Inventaire Psychologique des Styles de Pensée Criminelle (PICTS)

Un des apports majeurs de Walters est le développement du Psychological Inventory of Criminal Thinking Styles (PICTS), introduit en 1995.
Cet outil d’auto-évaluation de 80 items mesure huit styles de pensée présumés renforcer, soutenir et maintenir un style de vie criminel :
  • Mollification (minimisation): Les personnes qui adoptent ce style minimisent leurs actes, souvent en trouvant des excuses ou en rationalisant leur comportement. Ils se sentent ainsi moins responsables de leurs actes délinquants (« c’est elle qui m’a poussé à le faire »). 
  • Cutoff (clivage): Le style de “clivage” implique une déconnexion mentale des conséquences de ses actes, ce qui permet aux individus d’éviter tout sentiment de culpabilité ou de remords pour leur comportement délinquant (la réaction « nique tout » est le style de pensée le plus courant dans les populations carcérales).
  • Entitlement (S’arroger des droits, se sentir au dessus des lois): Les personnes qui ont une mentalité d’ayant droit pensent qu’elles méritent un traitement spécial ou des privilèges, ce qui les conduit à ignorer les règles et à être enclines à commettre des actes criminels pour leur profit personnel
  • Power Orientation (Orientation vers le pouvoir , affirmer son pouvoir sur les autres): Se caractérise par un besoin de contrôle et de domination sur les autres, qui se traduit souvent par un comportement de manipulation et d’exploitation visant à affirmer le pouvoir perçu (« il y a deux sortes de personnes, les prédateurs ou les proies, laquelle êtes-vous ? »). 
  • Superoptimism: Le super-optimisme implique une confiance excessive dans sa capacité à échapper aux conséquences négatives, ce qui conduit à des comportements à risque et à un manque de considération pour les répercussions juridiques potentielles. Ils ont souvent une attitude d’invulnérabilité. 
  • Sentimentality (Actes de gentillesse interessés ): Les individus qui utilisent ce style manipulent les autres en faisant appel à leurs émotions, en utilisant la culpabilité ou la pitié pour détourner les reproches et éviter d’assumer l’entière responsabilité de leurs actes criminels. 
  • Cognitive Indolence (Pensée paresseuse): Les personnes qui adoptent l’indolence cognitive recherchent des raccourcis et évitent la réflexion complexe et la résolution de problèmes, s’engageant souvent dans des activités délinquantes sans prendre pleinement en compte les conséquences Elles prennent des raccourcis en sachant que ces moyens mènent finalement au désastre
  • et Discontinuity (Discontinuité, Se laisser distraire ): Le style discontinu consiste à se laisser facilement distraire par ce qui se passe autour de soi. Ces personnes ont des difficultés à maintenir un engagement en faveur du changement ou à donner suite à leurs engagements ou à leurs bonnes intentions. 

Le PICTS inclut également deux échelles de validité (Confusion et Defensiveness), quatre échelles factorielles (Problem Avoidance, Interpersonal Hostility, Self-Assertion/Deception, Denial of Harm), deux échelles de contenu (Current et Historical), deux échelles composites (Proactive Criminal Thinking et Reactive Criminal Thinking) et un score général (General Criminal Thinking).
Des études ont testé sa fiabilité et sa validité dans divers contextes. Par exemple, une étude de 2007 (Correlations between the Psychological Inventory of Criminal Thinking Styles and World-View Rating Scale in male federal prisoners) a montré que les échelles PICTS corrélaient significativement avec des systèmes de croyances globaux, suggérant un lien entre les styles de pensée criminelle et les visions du monde.
Une autre recherche de 2011 (Predicting recidivism with the psychological inventory of criminal thinking styles and level of service inventory-revised: screening version) a démontré que le PICTS prédisait la récidive au-delà de l’âge et de l’historique criminel, avec une taille d’effet moyenne (odds ratio) de 1,27.
Le PICTS est particulièrement utile dans les établissements pénitentiaires pour évaluer les changements dans la pensée des délinquants suite à des interventions psychothérapeutiques, comme le montre une étude de 2006 (Use of the psychological inventory of criminal thinking styles to predict disciplinary adjustment in male inmate program participants). Cette contribution a permis d’améliorer les pratiques d’évaluation et de réhabilitation, offrant un cadre standardisé pour comprendre les schémas de pensée criminelle.

Glenn D. Walters, U Kutzown

Théorie du Style de Vie Criminel

Walters a formulé la théorie du style de vie criminel, qui postule que le comportement criminel résulte d’un style de vie spécifique, caractérisé par des schémas de pensée et des comportements récurrents.
Cette théorie, détaillée dans son livre de 1990 The Criminal Lifestyle: Patterns of Serious Criminal Conduct (The Criminal Lifestyle | SAGE Publications Inc), reçu le prix du Livre Académique Exceptionnel 1991 de Choice Magazine, examine comment des facteurs biologiques, sociologiques et psychologiques interagissent pour produire un engagement à vie dans le crime.
La théorie s’appuie sur une approche dynamique, intégrant des concepts comme l’irresponsabilité, l’impulsivité et les relations interpersonnelles négatives, comme décrit dans une analyse de 2006 (Glen Walters’s Lifestyle Theory Analysis). Elle propose que le crime n’est pas un incident isolé mais un choix de vie, motivé par des stades destructeurs où la motivation passe de la peur existentielle à l’épuisement et à la maturité. Cette théorie a été étendue dans des travaux ultérieurs, comme Lifestyle Theory: Past, Present, and Future , où il combine les grandes théories passées avec la rigueur méthodologique des mini-modèles modernes.
Une application notable est son exploration des quatre regroupements de styles de vie (leader, follower, rebel, disabled), offrant une explication globale du développement des styles de vie criminels.

Travaux sur l’Intégration Théorique

Walters a plaidé pour l’intégration théorique en criminologie, un domaine fragmenté par un excès de théories. Dans Modelling the Criminal Lifestyle: Theorizing at the Edge of Chaos (2017), il introduit le concept de contenu de pensée criminelle, intégrant des théories comme la théorie générale du crime, la théorie de l’apprentissage social et la théorie de la tension générale, tout en plaçant la théorie du style de vie dans le cadre des systèmes dynamiques non linéaires (théorie du chaos). Il utilise sept principes du chaos pour expliquer les relations et processus centraux, aidant à comprendre la prise de décision criminelle et la désistance.
Dans Closing the Integration Gap in Criminology: The Case for Criminal Thinking (2019), il propose un modèle multi-étapes d’intégration théorique, organisant les facteurs de risque vérifiés autour de la pensée criminelle en triades (réseaux de trois variables) et clusters thématiques. Ce travail vise à réduire le nombre de théories criminelles et à renforcer la discipline comme science, offrant un paradigme de travail pour les chercheurs.
Ces efforts sont essentiels pour combler le fossé entre les théories micro et macro, comme illustré dans une étude de 2019 (Moderating the Criminal Thinking–Delinquency Relationship with a Free Market Cultural Ethos: Integrating Micro- and Macro-Level Concepts in Criminology), où il explore comment des attitudes culturelles, comme l’éthos du marché libre, modèrent la relation entre pensée criminelle et délinquance.
Recherche et Publications Étendues
Reconnaissance et Impact
Le livre The Criminal Lifestyle: Patterns of Serious Criminal Conduct a reçu le prix du Livre Académique Exceptionnel 1991 de Choice Magazine, un témoignage de son impact. Ses travaux sont également reconnus pour leur applicabilité pratique, comme en témoignent des études sur l’utilisation du PICTS dans des populations carcérales anglaises (Using the Psychological Inventory of Criminal Thinking Styles with English Prisoners | Office of Justice Programs). Son expérience en tant que psychologue clinique dans les prisons fédérales et militaires informe ses contributions, offrant un pont entre théorie et pratique.
En résumé, les contributions de Glenn D. Walters à la criminologie sont profondes, couvrant des outils d’évaluation, des théories intégratives et des recherches empiriques, avec un impact reconnu par la communauté académique et pratique.

Dans cette vidéo le professeur Faye Taxman de l’université George Mason s’entretient avec le directeur de VERA, Michael Jacobson, sur la manière dont les systèmes correctionnels américains peuvent adopter des pratiques visant à réduire la récidive – un changement qui nécessitera des modifications substantielles et culturelles. Le professeur Taxman est le directeur du Center for Advancing Correctional Excellence à George Mason et a publié plus de 125 articles. En 2008, la Division on Corrections and Sentencing de l’American Society of Criminology lui a décerné le titre de « Distinguished Scholar ». Cet entretien fait partie de la série de conférences de recherche Neil A. Weiner de Vera.

VERA s’appuie sur des centaines de chercheurs et d’avocats qui travaillent à la transformation des systèmes juridiques pénaux et d’immigration afin qu’ils soient équitables pour tous.

Fondée en 1961 pour défendre des solutions alternatives à la mise en liberté sous caution à New York, Vera est aujourd’hui une organisation nationale qui s’associe aux communautés concernées et aux responsables gouvernementaux pour faire évoluer les choses. « Nous développons des solutions justes et antiracistes afin que l’argent ne détermine pas la liberté, qu’il y ait moins de personnes dans les prisons et les centres de détention pour immigrés, et que tous les acteurs du système soient traités avec dignité ».

Professor Faye Taxman, Mason University

Faye S. Taxman est professeur à l’université George Mason. Elle est reconnue pour son travail dans le développement de modèles de systèmes de soins continus qui relient la justice pénale à d’autres systèmes de prestation de services, ainsi que pour la réorganisation des services de probation et de surveillance des libérations conditionnelles, et pour les modèles de changement organisationnel. Elle a mené une enquête organisationnelle à plusieurs niveaux sur les systèmes correctionnels et de traitement de la toxicomanie afin d’examiner l’utilisation des pratiques fondées sur des données probantes dans les établissements correctionnels et de traitement de la toxicomanie et les facteurs qui influent sur l’adoption de processus et d’interventions fondés sur des données scientifiques. Elle a réalisé plusieurs études qui examinent l’efficacité de divers modèles de transfert de technologie et de processus d’intégration du traitement et de la supervision. Dans une étude, elle explore l’utilisation de la gestion des contingences et des systèmes d’incitation pour les délinquants toxicomanes.

exemple d’illustration tiré de « tools of the trade » De F Taxman

Ses travaux couvrent l’ensemble du système correctionnel, des prisons aux services correctionnels communautaires, en passant par les délinquants adultes et mineurs. Elle a bénéficié de trois R01 du National Institute on Drug Abuse et d’un accord de coopération. Elle a également reçu des fonds du National Institute of Justice, du National Institute of Corrections et du Bureau of Justice Assistance pour ses travaux. Elle a des « laboratoires » actifs avec son accord de 18 ans avec le Maryland Department of Public Safety and Correctional Services et son accord de quatre ans avec le Virginia Department of Corrections. Faye Taxman (2011) «Comment les systèmes pénitentiaires peuvent prévenir la criminalité future». Elle est l’auteur principal de « Tools of the Trade : A Guide to Incorporating Science into Practice », une publication du National Institute on Corrections qui fournit un guide pour la mise en œuvre de concepts scientifiques dans la pratique. Elle fait partie des comités de rédaction du Journal of Experimental Criminology et du Journal of Offender Rehabilitation. Elle a publié des articles dans le Journal of Quantitative Criminology, le Journal of Research in Crime and Delinquency, le Journal of Substance Abuse Treatment, le Journal of Drug Issues, Alcohol and Drug Dependence et Evaluation and Program Planning. En 2002, elle a reçu le prix de l’Université de Cincinnati décerné par l’Association américaine de probation et de libération conditionnelle pour ses contributions dans ce domaine. Elle est membre de l’Academy of Experimental Criminology et du Correctional Services Accreditation Panel (CSAP) d’Angleterre. En 2008, la division « Sentencing and Corrections » de l’American Society of Criminology lui a décerné le titre de « Senior Scholar ». Elle est titulaire d’un doctorat de la Rutgers University-School of Criminal Justice et d’une licence de l’université de Tulsa.

Si le lien est brisé: tools of the trade

Comment pratiquer la restructuration cognitive avec un délinquant sexuel

  1. Évaluation initiale :
    • Identification des distorsions cognitives spécifiques
    • Évaluation du niveau de reconnaissance des actes
    • Analyse des schémas de pensée problématiques
    • Évaluation des facteurs de risque
  1. Techniques thérapeutiques :
    • Identification des pensées automatiques
    • Remise en question des croyances erronées
    • Développement de l’empathie envers les victimes
    • Apprentissage de nouveaux schémas de pensée
  1. Points d’attention spécifiques :
    • Maintien d’un cadre thérapeutique strict
    • Collaboration avec l’équipe pluridisciplinaire
    • Documentation rigoureuse des entretiens
    • Respect des obligations légales
  1. Objectifs thérapeutiques :
    • Responsabilisation face aux actes commis
    • Développement du contrôle comportemental
    • Gestion des situations à risque
    • Prévention de la récidive

Barry Maletzky (2016) évoque quant à lui l’importance de travailler sur les distortions cognitives avec ce type de bénéficiaire:

« Les distortions cognitives ont été décrites comme étant à l’origine de comportements sexuels déviants. Par exemple, de nombreux pédophiles croient sincèrement que si un enfant montre de la curiosité pour les questions sexuelles, il ou elle est intéressé(e) par une activité sexuelle. Certains délinquants croient à tort que si l’enfant ne résiste pas avec force, c’est qu’il ou elle a désiré avoir des relations sexuelles. Le délinquant a du mal à concevoir que l’enfant puisse être si confus ou effrayé par une avance sexuelle qu’il n’oppose que peu ou pas de résistance. De nombreux délinquants avancent comme preuve qu’ils n’ont pas fait de mal, le fait que l’enfant soit ensuite disposé à les côtoyer, bien que l’enfant n’ait pas eu le choix si l’auteur de l’infraction est une figure paternelle.
D’autres auteurs d’agressions sexuelles soulignent que l’enfant semble aller bien, qu’il joue avec d’autres enfants, qu’il réussit bien à l’école, etc. Ils ne se rendent peut-être pas compte que ce n’est que bien plus tard, à l’adolescence ou à l’âge adulte, que la victime se rendra compte du mal et de la honte causés par l’abus, et qu’elle commence alors à présenter des symptômes.
Il est également utile de se rappeler que l’auteur de l’infraction peut très bien cacher de telles erreurs de pensée aux yeux des autres et du thérapeute. Un clinicien compétent peut, avec le temps, mettre en évidence ces pensées érronées, mais il doit toujours être attentif à celles qui ne sont pas exprimées. Il peut être utile de lui permettre de raconter son histoire à un rythme tranquille au début, sans confrontation excessive. Ainsi, pour faire face aux distorsions cognitives, les modalités individuelles et collectives peuvent être utiles. Mais il n’a pas été démontré que le simple fait de confronter et d’essayer de « corriger » les erreurs de pensée soit une technique unique pour réduire l’excitation sexuelle déviante ; il faut donc l’associer à d’autres techniques cognitives et comportementales dans le cadre d’un programme de traitement complet et efficace. »

Barry Maletzky (2016) SEXUAL ABUSE AND THE SEXUAL OFFENDER, Common Man or Monster? Forensic Psychotherapy Monograph Series

Exemples de distorsions cognitives chez les délinquants sexuels et leurs contrepoints positifs  (pensées alternatives)

Distorsion Cognitive pensée alternative
« Si elle ne se débat pas, ça veut dire que c’est OK » « ça n’est jamais OK sans consentement et les enfants ne peuvent pas donner leur consentement ».
« C’est bon parce qu’elle a besoin d’en apprendre plus sur le sexe » « Les enfants n’ont jamais besoin d’apprendre ce qu’est le sexe en le pratiquant »
« Je peux échapper à la détection si je suis suffisamment rusé. » « je peux finir par me faire arrêter et aller en prison. »
« Je suis impuissant à contrôler mes besoins sexuels » « Il y a une différence entre les besoins et les désirs »
« Je ne ferais jamais rien qui puisse blesser quelqu’un » « Les rapports sexuels sans consentement blessent toujours les victimes »
« La masturbation à l’aide de fantasmes déviants ne fera de mal à personne » « La masturbation à l’aide de fantasmes déviants conduit le plus souvent à des actes déviants. »
« J’obtiens du pouvoir lorsque j’attaque une femme » « J’abandonne mon pouvoir à ma victime quand je vais en prison. »

 

Barry Maletzky est titulaire d’une licence de l’université de Columbia et d’un doctorat de l’université de l’État de New York, Stony Brook Medical School. Il a effectué un internat en psychiatrie à l’université des sciences de la santé de l’Oregon (Oregon Health Sciences University) en 1971. Après deux ans de service dans l’armée , il a commencé à pratiquer la psychiatrie à Portland, OR, en 1973. Le Dr Maletzky a commencé à se spécialiser dans plusieurs domaines de la psychiatrie, notamment le traitement de la dépression sévère, l’utilisation de la thérapie électroconvulsive, ainsi que l’évaluation et le traitement des délinquants sexuels. En 1978, il a fondé la Sexual Abuse Clinic pour traiter les délinquants sexuels et leurs victimes.  Depuis lors, la clinique est devenue l’une des plus importantes et les mieux établies au monde. Le Dr Maletzky mène des projets de recherche clinique depuis sa résidence. Il est l’auteur de plus de soixante-cinq articles parus dans des revues médicales à comité de lecture, et de dix chapitres de manuels édités et de six manuels originaux de psychiatrie dans diverses spécialités. Il a reçu de nombreuses récompenses militaires et civiles, dont le Dean’s Award de l’OHSU. Il a pris une retraite partielle en 2007 afin de consacrer plus de temps à l’enseignement, à la recherche, au bénévolat et de conseil, y compris son travail avec les personnes sortant de prison, de celles qui vivent en dessous du seuil de pauvreté et de celles qui font partie de la communauté LGBT.

FRANCE INTER (2018, Emission la tête au carré) « La psycho-criminologie »

Les psycho-criminologues aident les enquêteurs et ont pour mission de traquer les détails permettant de cerner la personnalité d’un criminel.

Avec
  • Emma Oliveira Psycho criminologue et auteure de « Psychologues du crime « Ed Fayard
  • Florent Gathérias Psychologue clinicien et Responsable de l’Unité d’Analyse Comportementale Psycho-criminologique de la Police Judiciaire et auteurs du livre « Psychologues du crime « Ed Fayard

Qu’est-ce que la psycho-criminologie ?

Mathieu Vidard reçoit deux psychologues du crime  qui ont travaillé sur différentes affaires comme l’affaire Merah ou l’affaire du « tueur de l’Essonne ».

• Florent Gatherias, psycho-criminologue, responsable de l’Unité d’Analyse Comportementale Psycho-criminologique de la Police Judiciaire

• et Emma Oliveira, psycho-criminologue

Ils sont les auteurs de Psychologues du crime, publié aux éditions Fayard en septembre 2018). Ils observentanalysent, cartographient des lieux, lisent des centaines de pages de procédures, s’intéressent aux témoignages, visionnent des photos et des vidéos, aident les enquêteurs en leur proposant une assistance à audition afin d’affiner l’interrogation d’un suspect.

Ils s’intéressent à la personnalité des meurtriers mais également à celle des victimes qui, elles aussi, peuvent aider à comprendre le comportement de leur agresseur.

Ils sont tous les deux psychologues cliniciens et exercent le métier de psychologue spécialisé en criminologie. 

 

Jalons dans l’histoire des concepts de psychopathie (Sass 1987)

Le concept de « psychopathie », qui est à l’origine de notre notion de « troubles de la personnalité », a des racines importantes dans les traditions psychiatriques françaises, allemandes et anglo-américaines.

Pendant une bonne partie du vingtième siècle, des facteurs socioculturels ont fait évoluer ces conceptions de la psychopathie plus ou moins indépendamment les unes des autres. Ce chapitre traite des trois traditions et
l’élaboration de nomenclatures standard.

Un bref aperçu des principaux jalons conceptuels est donné dans le tableau.  Des descriptions antérieures de ces développement complexes peuvent être trouvées dans Sass (1987), Sass et Herpertz (1995), et Sass et Felthous (2008).

 

Jalons dans l’histoire des concepts de troubles de la personnalité et de psychopathie (Sass 1987)

Concepts des troubles de la personnalité et de la psychopathie Référence
Concepts Français et italiens
Manie sans délire

(peut être considéré come les premières études sur les troubles de la personnalité. Pinel a distingué cinq catégories nosologiques : la mélancolie, la manie sans délire, la manie avec délire, la démence et l’idiotisme.
Pinel a donné quelques exemples de ce qu’il considérait comme la manie sans délire, dont une seule description se distingue par une instabilité émotionnelle extrême et une tendance dissociale.

Pinel (1809)

« Traité médico-philosophique sur l’aliénation mentale »

Les monomanies

Esquirol a proposé de diviser l’esprit en entendement, volonté et sentiment. Les défauts de l’entendement sont appelés « monomanies intellectuelles ».
Les « monomanies instinctives » désignent les modifications de la volonté, de sorte que les sujets sont contraints d’agir et de se comporter d’une manière qui ne correspond pas à leurs souhaits.
Le groupe de maladies appelé « monomanies affectives » englobe les changements d’émotions qui ne peuvent être contrôlées.

Esquirol (1839)

« Des Maladies Mentales »

Dégénérés

Morel a élaboré une théorie de la dégénérescence qui comporte trois caractéristiques : (1) les altérations dégénératives sont des déviations pathologiques de la normalité ; (2) les maladies mentales sont le plus souvent héréditaires ; causées à l’origine par des influences extérieures néfastes, les troubles sont inscrits dans la biologie du sujet et se transmettent de génération en génération, (3) la dégénérescence se produit non seulement sur le plan quantitatif, avec l’aggravation des mêmes symptômes, mais aussi sur le plan qualitatif, avec l’apparition de troubles entièrement nouveaux. Selon le modèle de Morel, toutes les variantes des syndromes mentaux et même neurologiques peuvent être ramenées à une origine héréditaire commune (idée d’hérédité polymorphe).

Morel divise les folies héréditaires en différentes catégories correspondant au degré croissant de dégénérescence. Il a commencé par des groupes d’individus qui ne présentaient pas de défauts graves des fonctions cognitives, mais qui se distinguaient par leur excentricité, leur instabilité émotionnelle, leur mépris des règles, leur manque de fiabilité et leur absence de sens du devoir. Ils souffraient souffraient de « folie morale », une notion similaire au concept britannique de « moral insanity ».

Morel (1876)

« Traité des dégénéréscences physiques,
intellectuelles et morales de l’espèce humaine »

Delinquente nato (criminel né)

Inspiré par l’évolutionnisme de Darwin, Lombroso considérait l’individu criminel comme une forme d’atavisme humain, un retour en arrière dans la phylogenèse de l’humanité. Selon lui, les actes criminels sont enracinés dans la biologie et le criminel peut être reconnu par des stigmates anatomiques spécifiques de dégénérescence. Il était considéré comme dépourvu des centres nerveux supérieurs qui représentent les facultés morales. Le pronostic social était très mauvais. Bien que le concept « darwiniste social » de Lombroso ait été fortement critiqué, ses idées ont manifestement conservé une signification subliminale et ont soutenu les préjugés à l’égard de la maladie mentale et de la psychopathie.

Lombroso (1876)

 » L’uomo delinquente »

Déséquilibration mentale (mental instability)

Dupré (1925)

« La doctrine des constitution. In Pathologie de l’imagination es de
l’émotivité. »

Concepts anglo-américains
Moral alienation of the mind:

«  »perversion des facultés morales » et « aliénation morale de l’esprit ». Pour Rush, les actes répréhensibles étaient des manifestations de maladies mentales commises sans motif et mus « par une sorte de puissance involontaire » (Rush 1827, 261). »

Rush (1812/1862)

« Medical Inquiries and Observations upon the Diseases of the Mind ».

Moral insanity:

« …la folie, qui consiste en une perversion morbide des sentiments naturels, des affections, des in-
clinations, de l’humeur, des habitudes, des dispositions morales et des impulsions naturelles, sans qu’il y ait de l’intérêt ou des facultés de connaissance et de raisonnement, et en particulier sans illusion ou hallucination démentielle ».

Prichard (1835)

« A Treatise on Insanity and Other Disorders Affecting the Mind. « 

Sociopathy:

«  »Nous pourrions dire que, d’un point de vue pragmatique le psychopathe est principalement réduit aux types qui sont importants du point de vue de la société et de l’effet négatif des personnalités sur la vie sociale semble être reconnu comme une justification pour une catégorie à l’intérieur du champ
psychopathologique dans ses aspects plus individuels et subjectifs » (Partridge 1930).

Partridge (1930)

« Current Conceptions of Psychopathic Personality. American
Journal of Psychiatry »

Psychopathic states:

« Henderson considérait les « états psychopathiques » comme des anomalies constitutionnelles. Contrairement à d’autres, en particulier les psychiatres allemands, il concevait la constitution comme résultant à la fois de l’hérédité et de l’environnement. Il a défini trois états psychopathiques: ceux qui sont (1) principalement agressifs, (2) principalement inadéquats et (3) principalement créatifs »

Henderson (1939)

« Psychopathic States »

Anethopathy:

« Karpman (1941) a proposé une distinction entre les formes idiopathiques et symptomatiques de la psychopathie. Sous la rubrique « psychopathie symptomatique », il regroupe toutes les réactions qui sont fondamentalement névrotiques et qui peuvent donc être attribuées à des conflits intrapsychiques et qui peuvent donc être rattachées à des conflits intrapsychiques. Selon Karpman, il existe un autre groupe plus restreint de véritables psychopathes dont le comportement ne peut être expliqué par aucuneformulation psychodynamique. Il considérait ces « anéthopathes » comme dépourvus de conscience.

Karpman (1941)

« On the Need of Separating Psychopathy into Two Distinct Clini-
cal Types: The Symptomatic and the Idiopathic. Journal of Criminal Psychopathology »

Semantic dementia:

incapacité du psychopathe à vivre des expériences humaines centrales avec un certain degré de profondeur émotionnelle, même si la compréhension intellectuelle n’est pas perturbée.

Cleckley (1941)

« he Mask of Sanity: An Attempt to Clarify Some Issues about the So-
Called Psychopathic Personality. »

Concepts allemands
Pschopathische Minderwertigkeiten (infériorités psychopathques)

« Dans son groupe d' »infériorités psychopathiques », Koch a inclus un large éventail d’affections qui se distinguent principalement par des défauts mentaux mineurs. Il est remarquable qu’il ait déjà décrit des formes précises  d’infériorité psychopathique au sens de nos concepts actuels de psychopathie. C’est pourquoi, c’est Koch qui a non seulement établi notre notion actuelle de psychopathie, mais qui a également contribué au concept actuel de psychopathie, toujours valable, à la manière d’une typologie.
Koch a divisé les « infériorités psychopathiques » en deux catégories : congénitales et acquises, et chacune de ces catégories en prédisposition psychopathique, défaut psychopathique et dégénérescence psychopathique. Dans ses exposés, nombre des types de psychopathes des concepts ultérieurs étaient déjà identifiés.Par exemple, il fait référence aux individus qui se distinguent par leur fragilité psychique (« psychische Zartheit »), par une constitution faible et vulnérable.

Koch (1891/1893)

« Die psychopathischen Minderwertigkeiten [The psychopathic
inferiorities] »

Der geborene Verbrecher (le criminel né)

Bleuler (1896)

« Der geborene Verbrecher: Eine kritische Studie « 

Psychopathische Persönlichkeiten (personnalités psychopathiques)

« L’expression « die  psychopathischen Zustände » apparaît pour la première fois dans la cinquième édition (1896) et comprend les états compulsifs, la folie impulsive, l’homo- sexualité et les troubles de l’humeur, ce que l’on appelle les « konstitutionellen Verstimmungen ».

Dans la septième édition (volume 2, 1904), sous le titre « La folie de la dégénérescence » (Entartungsirresein), il traite des anomalies de la personnalité dans la tradition de la théorie de la dégénérescence. Par la suite, une  innovation a été introduite : Kraepelin distingue désormais
les « états pathologiques originels » (Originäre Krankheitszustände) – le groupe qu’il avait auparavant appelé « états psychopathiques », et les « personnalités psychopathiques » (Psychopathische Persönlichkeiten). Ces dernières sont considérées comme des états psychopathiques stables correspondant à des défauts de personnalité.
Kraepelin a utilisé le terme de « personnalités psychopathiques » dans un sens prédominant de jugement social prédominant. Dans la septième édition, il a regroupé sous cette appellation bien connue, les délinquants innés, les individus instables, les menteurs, les escrocs, et les pseudo-querulants. Dans la huitième édition (1909-1915), il nomme les types suivants de personnalités psychopathiques, outre les personnalités dissociales, les « Gesellschaftsfeinde » (ennemis de la société): les excitables, les instables, les « Triebmenschen » (« personnes entraînées », en rapport avec les impulsions), les excentriques, les menteurs, les escrocs et les querelleurs.

Kraepelin (1909–1915)

« Psychiatrie: Ein Lehrbuch für Studirende und Ärzte »

Körperbau und Charakter (type de physique et de caractère)

« Kretschmer a suggéré qu’il existait une corrélation spécifique entre le type de corps et la personnalité, et il a divisé toutes les personnes en trois types de corps : le type pyknique, le type leptosomique et le type athlétique. Le type pyknique était associé au caractère cyclothymique. Selon Kretschmer, les limites entre le caractère cyclothymique normal, la variante cycloïde anormale et la psychose maniaco-dépressive étaient fluides, de sorte que la santé et la maladie mentales étaient considérées comme un phénomène continu. En conséquence, le type de corps leptosomique et athlétique était lié à un tempérament schizothymique et donc à la forme schizoïde de la psychopathie et, enfin, à la schizophrénie.

Kretschmer (1921)

« Körperbau und Charakter [Physique and character]. »

Psychopathische Persönlichkeiten (personnalités psychopathiques)

« K. Schneider ne considérait pas la psychopathie comme une maladie mentale car,
selon son idée, les maladies sont nécessairement associées à un dommage somatique ou à un processus pathologique. En cela, il s’opposait à Kretschmer et Bleuler, qui pensaient que la psychose et la psychopathie n’étaient que des degrés différents sur une échelle continue de dérangement.
Abordant le problème de la psychopathie du point de vue de la personnalité normale, K. Schneider considérait que la psychose et la psychopathie n’étaient que des degrés de la personnalité normale, K. Schneider considérait les personnalités anormales comme des déviations statistiques par rapport à une norme moyenne estimée, bien que cette norme n’ait été que vaguement conceptualisée. Pour K. Schneider (1923/1950) – qui considérait également les individus éminemment créatifs ou intelligents comme anormaux – toutes les personnalités anormales n’avaient pas toutes une signification psychiatrique : « Les personnalités psychopathes sont les personnalités anormales qui souffrent de leur anormalité ou dont l’anormalité fait souffrir la société »
La typologie de Schneider différencie en détail dix formes de personnalités psychopathiques, qui sont basées sur des vues cliniques et ne sont pas censées avoir une qualité systématique : les psychopathes hyperthymiques et dépressifs avec leurs déviations stables de l’humeur et de l’activité, les psychopathes insécurisés avec leurs sous-groupes de psychopathes sensibles et anankastiques, les fanatiques, les psychopathes qui s’affirment, les psychopathes émotionnellement instables, les explosifs, les insensibles, les velléitaires et les asthéniques.

Schneider (1923/1950)

« Persönlichkeit und Schicksal eingeschriebener Prostituierter « 

Psychopathische Verbrecher (criminels psychopathes)

« Birnbaum (1926) a étudié les aspects sociaux de la psychopathie dans sa monographie, Die psychopathischen Verbrecher (Les criminels psychopathes), il s’est intéressé à la signification médico-légale de la personnalité anormale. Birnbaum partait du principe que les personnalités psychopathes présentaient des déviations de la personnalité d’un degré modéré, conditionnées par la constitution.
Suivant la théorie française de la dégénérescence, le critère d’une prédisposition héréditaire anormale a été d’une importance décisive pour Birnbaum et les écoles psychiatriques allemandes qui ont suivi.

Birnbaum (1926)

« Die psychopathischen Verbrecher »