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Crée en 2002, Eigen Kracht Centrale est le centre néerlandais pour les pratiques de justice restaurative. Eigen Kracht se traduit comme son « propre pouvoir », sa « propre énergie ».

Avec plus de 10 000 conférences cette organisation a une grande expérience, avec des publics très variés, des jeunes, des familles, des personnes vulnérables, dans différentes institutions, dans les quartiers, les lieux de travail et dans les écoles.

Qu’est-ce que l’ Eigen Kracht Centrale?

L’Eigen Kracht Centrale, dit son site internet  » aspire à une société basée sur la participation et l’autonomie mutuelle des citoyens, où les citoyens restent maîtres de leur propre vie, en particulier lorsqu’ils traitent avec des institutions et des organismes gouvernementaux ».

La  vision de l’Eigen Kracht Centrale est la suivante:

  • Tout le monde fait partie de la société et tout le monde peut participer.
  • Chacun a son mot à dire et reste maître de sa vie.
  • Chacun est soutenu par son propre réseau social : famille, amis, voisins, etc.
  • Personne n’est aligné dans le monde et en cas de difficultés et de problèmes il est important d’élargir le cercle de la personne principale à son propre réseau social : famille, amis, voisins, collègues….

Surtout lorsque des problèmes surgissent qui pourraient conduire à l’implication de diverses institutions (d’aide sociale).

Les conférences restauratives

Pour mettre en œuvre cette vision dans la vie quotidienne, l’Eigen Kracht Centrale a introduit la Family Group Conferencing, développée en Nouvelle-Zélande : un processus de prise de décision pour les citoyens, résultant en un plan élaboré par leur propre peuple.

Plusieurs organisations en Europe sont en train de mettre en place des Conférences des groupes familiaux (Family Group Conferences, FGC) dans leur pays.

Ce réseau européen est réuni au sein du réseau européen FGC Network.

Article de Rob van Pagée sur la transformation des soins : Le nouvel État-providence (2014)

Aux Pays-Bas, une conférence de groupes familiaux est appelée conférence Eigen Kracht. Cette traduction met l’accent sur l’essence de cette méthode de travail : utiliser la force et les ressources des gens pour faire un plan et prendre des décisions pour l’avenir et ainsi garder la direction de leur vie entre leurs propres mains.

L’idée sous-jacente est très simple. Si vous avez des problèmes dans votre vie qui ne peuvent pas être résolus facilement, vous demandez à votre réseau social de réfléchir avec vous. Tout le monde a un réseau social – grand ou petit, proche ou moins proche – peu importe ce qui s’est passé dans le passé. La plupart des gens résolvent ainsi leurs problèmes ou leurs préoccupations. Mais quand les gens sont devenus isolés et pensent que plus personne ne se soucie d’eux, ou quand ils ont trop honte pour se tourner vers leur propre reseau, une conférence Eigen Kracht peut être proposée. Un coordinateur indépendant les aidera à organiser une conférence Eigen Kracht.

Penser différemment les familles

Eigen Kracht-conférence offre une approche très basique de la citoyenneté. En fait, il s’agit d’améliorer la coopération entre les citoyens dans leur vie quotidienne et le système de protection sociale. Cela implique une autre façon de penser : Les familles sont plus grandes que les parents et leurs enfants et ils se connaissent mieux que quiconque. C’est la clé pour que les enfants maintiennent des liens où qu’ils vivent. Pour les agences, il est important de faire preuve de respect pour la famille et la société devrait défendre les groupes de parents contre les intrusions inutiles. Le fait d’être soutenus par leur propre population rend les citoyens plus forts, ce qui se traduit par moins d’exigences à l’égard des dispositions de l’État, leur permet de reprendre leur place dans la société et d’assumer davantage de responsabilités. Les familles ont prouvé dans plus de 10.000 conférences Eigen Kracht qu’elles sont capables de diriger leurs propres affaires. Bref, il s’agit de renforcer la société civile.

Bien que la conférence Eigen Kracht soit quelque chose que la plupart des gens connaissent dans leur propre vie, l’introduire n’est pas facile du tout, car elle est contraire aux intérêts des institutions établies. Eigen Kracht-conferencing n’est pas une nouvelle  » astuce  » qui peut être ajoutée à ce que l’aide sociale a à offrir, c’est un défi, un changement de paradigme :  » Les gens qui, au début, étaient considérés comme le problème, s’avèrent être le début de la solution  » (Slot, 2008). La conférence Eigen Kracht renverse la méthode de travail habituelle et l’équilibre du pouvoir dans l’aide sociale.

Mission
La mission d’Eigen Kracht Centrale est de promouvoir sa vision, de mettre et de maintenir les conférences Eigen Kracht à la disposition de tous les citoyens :

  • Plaider en faveur du droit des citoyens à diriger leur propre vie
  • Recrutement, formation et coaching de coordinateurs communautaires indépendants Eigen Kracht-coordinateurs
  • Promouvoir le déploiement des conférences Eigen Kracht
  • Suivi de la qualité des conférences Eigen Kracht
  • Explorer de nouveaux domaines dans lesquels les citoyens peuvent utiliser leurs propres forces
  • Créer les conditions d’une mise en œuvre régionale, nationale et internationale
  • Lancement de la recherche et de l’acquisition de données pertinentes
  • Développer et innover dans l’orientation des demandes

 

 

 

Les victimes : la montée en puissance des victimes directes de crimes (1/5)

Du choc à la solidarité

Cette première série tentera de baliser, à partir de témoignages, le chemin qui conduit de la passivité à une activité politique ou judiciaire, de la commotion à la raison, de la solitude morale à la solitude active. Ce soir, en compagnie d’Alain Boulay, président fondateur de l’APEV.

Après le crime, la victime. La victime désigne étymologiquement l’animal sacrifié, symbole de passivité absolue, et exprime aujourd’hui la condition de celui qui est affecté par la violence du crime. La condition de victime consiste en effet toujours en une diminution d’être. La blessure risque de devenir ontologique et de se transmettre de génération en génération. C’est pourquoi la victime renvoie à deux réalités : à des personnes affectées directement dans leur chair et leur esprit mais aussi à des groupes victimes d’injustices historiques. Dans le premier cas, elle ouvre droit à une réparation juridique, dans le second elle offre une ressource politique. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de consacrer deux semaines à la question de la victime en examinant comment l’on passe d’une réalité brute, brutale, dévastatrice à une signification sociale et politique.

Cette première série tentera de baliser, à partir de témoignages, le chemin qui conduit de la passivité, qui réduit au silence, à une activité politique ou judiciaire, de la commotion à la raison, de la solitude morale à la solidarité active. Ce parcours s’articule autour d’un moment de justice qui agit comme opérateur de vérité, fixateur de mémoire et convertisseur du temps. Du temps vif du ressentiment, la victime peut connaître le temps apaisé du souvenir, le déni de son existence faisant place à une reconnaissance du tort.

Il n’était pas possible de commencer cette première semaine autrement qu’en donnant la parole à une victime ; en l’occurrence à Alain Boulay, un père dont la fille a été assassinée et qui a fondé, avec sa femme, l’association Aide aux Parents d’Enfants Victimes pour aider les parents ayant connu le même sort et faire reconnaître dans les institutions pénales la juste place de la victime, ni toute-puissante, ni infantilisée.

Ce qu’on a voulu, c’était réfléchir à ce qui nous était arrivé. Autant on le faisait par rapport à la victime, ce qu’elle pouvait ressentir, autant je l’ai fait par rapport aux institutions, parce qu’on se disait : « Est-ce que les institutions répondent vraiment aux besoins des victimes ? », « Est-ce que la justice répond aux besoins des victimes ? ». Et très vite on s’est rendus compte que la justice n’était pas faite pour les victimes, elle était faite pour les auteurs. (…) On voulait que la justice s’intéresse aussi aux victimes. (Alain Boulay)

Les attentats ont énormément fait changer les choses. Mais, tout de même, on a eu, fin des années 90, début des années 2000, beaucoup de réflexions sur les agressions sur enfants, sur la pédophilie, sur les viols. Il y a eu beaucoup de choses (campagnes sur les femmes battues), qui ont fait prendre conscience à la société, aux magistrats, aux policiers, de toutes ces victimes et de ce qu’elles pouvaient vivre. (Alain Boulay)

>>> Site de l’APEV

Extrait musical choisi par l’invité : « Le Monde est Stone » interprété par Fabienne Thibeault « Starmania » (1978). 

Les victimes : la montée en puissance des victimes directes de crimes (2/5)

Réparer les corps

Cette première série tentera de baliser, à partir de témoignages, le chemin qui conduit de la passivité à une activité politique ou judiciaire, de la commotion à la raison, de la solitude morale à la solitude active. Ce soir, avec le docteur Neema Rukunghu, chirurgienne à l’hôpital Panzi en RDC.

Aussi bien dans l’ex-Yougoslavie que dans l’Afrique des grands lacs, nombre de théâtres de conflits actuels le démontrent : le corps de la femme est devenue une arme de guerre. Par leurs viols, les miliciens non seulement saccagent des corps mais détruisent le corps social. La violence sexuelle n’a plus rien à voir avec le plaisir de soudards mais elle est administrée à des fins stratégiques. Le docteur Nadine Neema Rukunghu, chirurgienne pratiquant dans un hôpital dans l’est de la République démocratique du Congo, répare les corps des survivantes mais aussi les accompagne jusqu’au retour dans leur communauté.

Le corps de la femme est considéré comme une arme, c’est un terrain de bataille, les gens se battent sur le corps de la femme. (…) Violer une femme, une mère, le chef parfois, devant toute sa tribu, toute sa communauté, (…) c’est détruire tout le tissu social, complètement, et donc forcer cette population à fuir, à être nulle. (…) C’est stratégique, c’est étudié pour que les impacts aient des conséquences qui sont parfois pareilles que celles des armes lourdes, parfois même plus fortes car ce sont des choses qui vont continuer de génération en génération. (Dr. Neema Rukunghu)

Les victimes : la montée en puissance des victimes directes de crimes (3/5)

Survivre après le 13 novembre

Cette première série tentera de baliser, à partir de témoignages, le chemin qui conduit de la passivité à une activité politique ou judiciaire, de la commotion à la raison, de la solitude morale à la solitude active. Ce soir, avec Arthur Dénouveaux, président de l’association Life for Paris.

Les attentats du 13 novembre ont suscité nombre d’associations comme Life for Paris, que préside actuellement Arthur Dénouveaux et dont le but est d’aider à survivre à un attentat ; car le goût de la vie, de la musique, de la diversité est le meilleur démenti apporté à ceux qui portent la mort en eux.

Finalement, il y a un grand détachement vis-à-vis de toutes ces questions militaires, et politiques, sur la manière dont le terrorisme se combat. Pour nous, le combat c’est nous, c’est de revivre, et c’est un « nous » qui englobe toute la société : comment est-ce que « nous » (on) se rediffuse au milieu de tout le monde. (Arthur Dénouveaux)

Quand vous vous retrouvez à la première réunion avec les juges d’instruction, des parents posent des questions sur la manière dont est mort leur enfant. Le juge répond : « Écoutez, moi, j’ai les auteurs, j’enquête sur les causes, les circuits de financement, je ne m’attache pas aux causes précises de chacun, vous pouvez aller voir le rapport d’autopsie ». Le juge, ce faisant, est probablement dans son rôle. Mais les victimes sont en droit d’attendre des réponses, et il manque sûrement un lieu d’échange entre l’État, qui sait beaucoup de choses, et les victimes, les parents de victimes, qui en savent très peu. (Arthur Dénouveaux)

Les victimes : la montée en puissance des victimes directes de crimes (4/5)

De la défiance à la reconnaissance

Cette première série tentera de baliser, à partir de témoignages, le chemin qui conduit de la passivité à une activité politique ou judiciaire, de la commotion à la raison, de la solitude morale à la solitude active. Ce soir, en compagnie de Denis Salas, magistrat et essayiste.

Les juges ont d’abord montré une certaine défiance à l’égard des victimes dans lesquelles ils voyaient des trouble-fête dans un processus déjà délicat. Parce que la victime est paradoxalement menacée aujourd’hui d’une protection mal placée, trop intéressée par des politiques par exemple. D’où un nouveau mandat donné à l’institution judiciaire pour travailler avec elles, entendre leur plainte, et repenser les fondamentaux de l’audience. C’est le défi qu’analyse Denis Salas dans son dernier livre (La foule innocente, Desclée de Brouwer, 2018).

Très souvent quand il y a une non-réponse à la violence, ou un excès de réponse à la violence, (…) les victimes n’ont plus d’espace de reconnaissance, de parole judiciaire où ils peuvent exprimer une plainte. Et à ce moment-là, le récit littéraire devient le lieu où ils vont déposer cette plainte. (…) La littérature fait partie de cette audience que les victimes attendent pour qu’on leur rende justice. (Denis Salas)

  • A propos de terroristes lors de leur procès :

Ils prennent la parole, ils s’expriment, ils se défendent, ils minimisent souvent leurs actes ; ils connaissent leurs droits, ils savent protester. Ce jeu-là, ils l’utilisent, ils entrent à l’intérieur (de ce jeu), et c’est peut-être une première étape pour les désolidariser de leur groupe d’appartenance et de leur idéologie salafiste. (Denis Salas)

Choix musical de l’invité : « Imagine » de John Lennon

Les victimes : la montée en puissance des victimes directes de crimes (5/5)

Victimes et mémoire

Cette première série tentera de baliser, à partir de témoignages, le chemin qui conduit de la passivité à une activité politique ou judiciaire, de la commotion à la raison, de la solitude morale à la solitude active. Ce soir, avec Denis Peschanski, historien, directeur de recherche au CNRS.

Les crimes de masse « qu’on ne peut ni juger, ni pardonner » ont donné lieu à un travail de mémoire spécifique. L’historien Denis Peschanski a fait de la mémorialisation son objet d’études en se penchant d’abord sur la mémoire de la société française de la Seconde Guerre Mondiale. Il travaille aujourd’hui à un projet de grande ampleur sur les victimes des attentats du 13 novembre en montrant ce que les neurosciences peuvent apporter à la compréhension du psycho-trauma des victimes.

En Normandie, en trois mois, vous avez eu bien plus de morts et de destructions que la région en a connues pendant toute l’occupation. Avec un très léger problème, c’est que les bombes étaient larguées par les copains qui venaient vous libérer. (…) Ca n’a aucun sens. Aucune utilité sociale. On ne peut pas en donner de récit qui soit intégrable dans une mémoire collective de la société française. Ce qui fait que vous avez une sorte de terrible opposition entre un choc individuel très profond dans toutes les familles normandes (…) et l’absence de prise en charge par le collectif, par l’Etat. Et cette tension-là est assez dramatique. (Denis Peschanski)

Je me dis, avançons une hypothèse, (…) qui va devenir un guide pour les années de recherche qui vont suivre (…) : il est impossible de comprendre pleinement ce qui se passe dans les mémoires collectives si on ne prend pas en compte les dynamiques cérébrales des mémoires individuelles, et inversement, il est impossible de comprendre pleinement ces dynamiques de la mémoire si on ne prend pas en compte l’impact du social. (Denis Peschanski)

INTERVENANTS
  • Historien, directeur de recherche au CNRS et co-responsable du programme 13-Novembre.

1/4 Une histoire de la justice restaurative

 

https://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10177-21.11.2017-ITEMA_21500569-0.mp3

Condamnés-victimes : un dialogue possible (1/4)

En France c’est à la fin des années 2000 que François Goetz tente la première expérience française de justice restaurative. Il ne s’agit plus seulement de « surveiller et punir », mais de reconstruire le lien social.

Selon le Conseil Économique et Social de l’ONU, « la Justice restaurative est constituée par tout processus dans lequel la victime et le délinquant participent ensemble activement à la résolution des problèmes découlant de cette infraction, généralement avec l’aide d’un facilitateur ». La Justice restaurative, de plus en plus répandue en France, fait une percée remarquable au point d’être inscrite dans la loi du 15 août 2014 par l’ancienne Ministre Christiane Taubira : « chercher à créer les conditions du dialogue entre le condamné et la victime. » Ce processus offre aux participants la possibilité de réparer les souffrances qui n’ont pas été prises en compte durant le procès pénal.

Ce que la justice restaurative offre en plus et en complémentarité à la réponse pénale, c’est un espace de parole. Un espace où les uns et les autres, auteurs et victimes […] vont enfin pouvoir poser les questions du pourquoi – pourquoi moi, pourquoi lui – et du comment : comment je vais réintégrer ma famille, réintégrer ma communauté, réintégrer ma vie brisée par le fait infractionnel. Robert Cario

La justice restaurative n’est pourtant pas nouvelle. Les tribus aborigènes et les communautés amérindiennes la pratiquent traditionnellement pour ressouder les liens détruits par une injure, ou un crime grave au sein d’une communauté. Même si de nombreux systèmes traditionnels de justice ont été affaiblis ou ont disparus à cause de la colonisation, certains fonctionnent encore en Afrique ou en Océanie aujourd’hui, essentiellement dans les zones rurales.

La justice pénale ne répond pas aux victimes. Elle répond à la société. […] La justice pénale, criminelle, c’est la justice de l’Etat. La justice restauratrive, c’est la justice des gens. Catherine Rossi

En France, c’est à la fin des années 2000 que François Goetz – à l’époque directeur du service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) des Yvelines – tente la première expérience française. En participant à une conférence sur la justice restaurative organisée par France victimes, il écoute Jean Jacques Goulet, ancien coordinateur des rencontres détenus victimes au Québec, qui présente le dispositif. Pour lui, c’est l’outil indispensable qu’il cherche pour prévenir la récidive et faire prendre conscience à l’auteur de la gravité des faits. Deux ans après et malgré les obstacles, la première rencontre détenus victimes voit le jour à la centrale de Poissy.

2/4 Réparer ceux qui restent

 

Condamnés-victimes : un dialogue possible (2/4)

Une expérience inédite : les rencontres Détenus-Victimes. Ils se rencontrent à la Maison Centrale de Poissy, pour 6 séances, au rythme d’une fois par semaine pendant plus de deux mois encadrés par des médiateurs et des membres de la communauté.

Les personnes détenus et les personnes victimes ne se connaissent pas, ils n’ont pas de liens directs, mais ont commis ou subi le même type de faits.

Ce qui s’est passé à la première séance, après avoir été atterré par le premier crime, on a fait une pause-café, on s’est levé, on est allé à une machine à café un petit peu plus loin. On était un peu en retrait, en osait pas. […] Roméo, le plus jeune des détenus, est venu carrément me parler […] comme une pause-café normale entre collègues. Et là, je suis allée me rasseoir, tout était passé. Je n’ai plus jamais eu peur. J’ai plus jamais été atterré. » (Une personne victime)

C’est une expérience rare, parce qu’il n’est pas courant que des condamnés à de lourdes peines puissent parler sans témoins, rare que des condamnés s’adressent directement à des victimes. C’est aussi un processus bouleversant pour ceux qui s’y engagent, visant la reconstruction des personnes, et un dialogue improbable qui offre aux participants la possibilité de réparer les souffrances qui n’ont pas été prises en compte durant le procès pénal.

« Auparavant, pendant le temps de l’instruction, on est conditionné par nos avocats, à ne pas parler. C’est ce que je trouve dommage à un procès d’assises, c’est qu’on ne puisse pas vraiment… parce que nous-mêmes, on peut le vivre mal parce qu’il y a des choses qu’on voudrait pourvoir dire, et qu’on arrive pas à dire. Je pense qu’à un procès d’assises, les victimes ne pourront jamais avoir de réponses. La cour d’assise, c’est une pièce de théâtre. (…) On est tellement conditionné qu’on ne peut pas s’exprimer comme en temps normal.» (Une personne détenue)

En l’absence de tout enjeu judiciaire, et après condamnation, cette rencontre met face à face deux souffrances. Ils se rencontrent à la Maison Centrale de Poissy, pour 6 séances, au rythme d’une fois par semaine pendant plus de deux mois encadrés par des médiateurs et des membres de la communauté.

C’est à titre exceptionnel que nous avons été autorisés à poser nos micros autour de leur table.

Avec :

Nadège Bezard, animatrice des rencontre détenus victimes à Poissy

Marguerite, membre de la communauté

Martine, Stéphanie, Pascale, José, Christophe et Stéphane, participants des rencontres

Une série documentaire de Johanna Bedeau et Angélique Tibau

Condamnés-victimes : un dialogue possible (3/4)

3/4 Les rencontres

 

Des drames qui ont précipités des familles dans le deuil et la douleur. Qu’ils soient du « bon ou du mauvais côté de l’histoire », les deux camps sont profondément marqués et doivent assimiler la perte d’un être cher.

Autour de la table les mots de l’un amènent les confidences de l’autre. José a été condamné pour homicide et purge sa peine à la centrale de Poissy. Stéphanie a été traumatisée par l’assassinat du père de son enfant et tente de se reconstruire. Christophe lui a pris perpétuité et entame sa vingtième année de prison. Quant à Alain il a accepté de participer aux rencontres pour aborder des questions restées en suspens après l’assassinat de son fils Fabien.

Des drames qui ont précipités des familles dans le deuil et la douleur. Qu’ils soient du « bon ou du mauvais côté de l’histoire », les deux camps sont profondément marqués et doivent assimiler la perte d’un être cher. Un dialogue inédit offre aux participants la possibilité de réparer les souffrances de chacun.

D’une séance à l’autre, certains finiront par lever le secret sur leur passage à l’acte, quand d’autres oseront poser des mots sur ce qu’ils ont vécu.

Avec :

  • Pierrette Poncela, Professeur émérite de droit pénal, Directrice du Centre de Droit Pénal et de Criminologie
  • Alain, Stéphanie, José, Christophe Stéphane et Pascale, participants des rencontres
  • Nadège Bezard, animatrice des rencontre détenus victimes et Mathias

Merci à L’AP

Une série documentaire de Johanna Bedeau et Angélique Tibau 

Condamnés-victimes : un dialogue possible (4/4)

4/4 Ni oubli, ni pardon

 

Pour les victimes et les condamnés qui participent à ces rencontres détenus-victimes, quelles seront les conséquences à long terme ?

Ces dernières années, nous avons vu des organismes multinationaux comme les Nations Unies, le Conseil de l’Europe et l’Union européenne confirmer fortement le potentiel de la justice restaurative. Les pays et les gouvernements sont de plus en plus nombreux à soutenir le développement et l’expansion des programmes de justice restaurative en les finançant, et en les intégrant dans leur système de justice pénale. Quelles que soient les expériences de justice restaurative, au Canada, en Afrique du Sud en Belgique ou en France des questions reviennent sans cesse… : est-il possible, après un conflit ou un génocide, de rendre justice et de construire un nouvel ordre politique acceptable par ceux qui viennent de s’entretuer ? L’impact traumatique est-il réellement mesuré ? La peur du crime comme expérience vécue s’estompera-t-elle à l’écoute des infracteurs ? Est-ce que c’est seulement le temps qui fait que l’on pardonne ou ne pardonne-t-on jamais ?

Avec :

  • Sandrine Lefranc, chargée de recherche CNRS, Institut des Sciences sociales du Politique
  • Stéphane Parmentier, professeur Université catholique de Louvain, Belgique
  • Robert Cario, criminologue et fondateur de l’institut français pour la justice restaurative
  • Noémie Micoulet, chargée de mission formation et communication (IFJR)
  • Pierrette Poncela, Professeur émérite de droit pénal, Directrice du Centre de Droit Pénal et de Criminologie
  • Antonio Buonatesta, directeur de Médiante Belgique
  • Catherine Vanbellinghen, Médiatrice chez mediante
  • Reda, Christian et Stéphanie
  • Murielle Salmona, psychiatre et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie

Le programme Citizenship, dans la région de Durham, en Angleterre, qui comporte en plus une forte dimension citoyenne et communautaire, et de ce fait repose aussi sur le plan théorique sur les travaux de Braithwaite (Braithwaite, 1989)

 

The key ingredients of this approach to juvenile justice reform are therefore really  quite simple:

  •  Convene a conference to which the key invitees are the offender, the people who are most supportive of the offender (usually his or her family), the victim and people to support the victim.
  • Give all participants an opportunity to explain how the offence affected their lives and to put forward proposals for a plan of action.
  • After the offender and his or her family have listened to the other speakers, empower them to propose final plans until they come up with a plan that isagreeable to all participants in the conference (including the police).
  • Monitor implementation of the plan, particularly those elements involving compensation to victims and community work.

 

My empirical claim is that such a criminal justice procedure encourages reintegrative and discourages stigmatic forms of shaming; it tends to nurture acceptance of responsibility by individuals and families, apology, restitution and forgiveness; it discourages exclusionary forms of punishment and outcasting. This, of
course, is a claim that can be rebutted by well-designed evaluation research.

Source: John Braithwaite: Juvenil offending: new theory an practice

 

Comment pouvons-nous transformer le système de justice pénale du Canada afin de faire appel davantage aux programmes de justice réparatrice?

La justice restaurative, rencontres entre détenus et victimes.

Introduite en France par la Loi du 15 août 2014, la justice restaurative mise sur les rencontres entre détenus et victimes pour apaiser les souffrances, panser les plaies laissées béantes par le procès pénal et, in fine, restaurer le lien social. Une expérience bénéfique pour tous.  Car aussi longue soit la peine, les détenus ont vocation un jour à réintégrer notre société.

Et si la prison abîme l’homme, le dialogue avec les victimes, lui, restaure l’humanité. Un préalable essentiel pour ne plus recommencer.

Pratique ancestrale venue des Inuits et des Maoris, réintroduite dans le monde anglo-saxon dans les années 70 et expérimentée en France à la maison centrale de Poissy depuis 2010, la justice restaurative offre une autre vision de la politique pénale. Une autre vision que l’illusion du tout carcéral.

Rencontre avec des détenus et des victimes qui ont tenté l’expérience. Ce reportage a été sélectionné pour le prix Grandes Ondes, dans le cadre du Festival Longueur d’ondes qui a lieu ce week-end à Brest (30 janvier au 4 février 2018). Un reportage de Charlotte Perry.

https://www.franceinter.fr/emissions/comme-un-bruit-qui-court/comme-un-bruit-qui-court-03-fevrier-2018

Protégé : Justice restaurative (2017) »une autre justice »

juillet 30th, 2017 | Publié par crisostome dans JUSTICE RESTAURATIVE - (Saisissez votre mot de passe pour accéder aux commentaires.)

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