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La relation entre la consommation de substances psychoactives et la délinquance constitue l’un des constats les plus solidement établis de la criminologie contemporaine. Les troubles liés à l’usage de substances (TUS) sont ainsi 4 à 9 fois plus prévalents chez les personnes délinquantes que dans la population générale. Cette comorbidité n’est pas anodine : la probabilité de commettre une infraction est 3 à 4 fois plus élevée chez les consommateurs de substances que chez les non‑consommateurs, et la fréquence des comportements délictuels augmente avec le niveau de consommation.

Dans ce contexte, le traitement de la dépendance apparaît comme une intervention doublement pertinente : il permet à la fois de réduire l’usage de substances et de diminuer la récidive criminelle. Les études d’évaluation confirment d’ailleurs l’efficacité des traitements de la dépendance sur ces deux plans. Pour autant, de nombreux délinquants remplissant les critères d’un TUS n’entrent jamais en traitement. Cette sous‑utilisation des soins constitue une perte d’opportunité majeure, tant pour les individus concernés que pour la collectivité.

L’étude de Lilach Shaul et ses collaborateurs, publiée en 2019 dans l’International Journal of Offender Therapy and Comparative Criminology, apporte un éclairage précieux sur cette question en examinant les facteurs prédictifs de l’entrée en traitement chez des délinquants sous probation aux Pays‑Bas. L’originalité de cette recherche réside dans l’attention particulière qu’elle accorde à la motivation pour le traitement, évaluée non pas à l’entrée en soins, mais dès le début de la mesure de probation.

Cadre théorique et contexte de l’étude

Les obstacles à l’entrée en traitement

L’accès des délinquants aux traitements de la dépendance se heurte à plusieurs types d’obstacles. Sur le plan systémique, on rencontre des difficultés liées à la disponibilité des soins, à la qualité des services proposés et à la formation du personnel. Trop souvent, les délinquants reçoivent une éducation sur les substances sans bénéficier d’un véritable traitement, ou bien sont orientés vers des groupes de soutien de type Alcooliques Anonymes sans suivi structuré.

À ces obstacles structurels s’ajoute un frein individuel majeur : le manque de motivation pour le traitement. Ce facteur est d’autant plus prégnant dans le système pénal que les niveaux de motivation à l’arrêt de la consommation et à l’entrée en soins y sont généralement plus faibles que dans les prises en charge volontaires en milieu communautaire. Les personnes orientées vers un traitement sous contrainte judiciaire présentent en effet des niveaux de motivation inférieurs à ceux des patients admis volontairement, comme l’ont montré Melnick et al. (2014) dans différents types de structures.

La spécificité du contexte néerlandais

L’étude de Shaul et al. présente un intérêt particulier en ce qu’elle s’inscrit dans un contexte juridique distinct de celui des États‑Unis, où la majeure partie de la recherche existante a été conduite. Aux Pays‑Bas, l’obligation de suivre un traitement peut être imposée comme condition attachée à une peine avec sursis. Cette obligation n’est toutefois généralement pas prononcée sans le consentement de la personne condamnée. Cette particularité procédurale pourrait avoir des implications importantes : contrairement aux observations faites outre‑Atlantique, il pourrait exister une association positive entre la motivation pour le traitement et l’injonction judiciaire aux soins, hypothèse que les auteurs ont cherché à tester.

Méthodologie de l’étude

Design et participants

L’étude s’inscrit dans le cadre d’un essai contrôlé randomisé en grappes de plus grande ampleur, portant sur l’efficacité d’une intervention brève de renforcement de la motivation. Pour contrôler l’effet potentiel de cette intervention, les auteurs n’ont inclus dans leur analyse que les données des participants du groupe témoin, ayant reçu une probation standard.

L’échantillon final est composé de 83 délinquants masculins sous probation, ayant participé à l’évaluation initiale (T₁) et à un suivi à 12 mois (T₂). L’âge moyen des participants est de 38 ans (écart‑type = 11), 67 % sont nés aux Pays‑Bas, 90 % ont un niveau d’éducation primaire ou inférieur, et 85 % sont sans emploi. Les substances les plus fréquemment rapportées comme produit principal sont l’alcool (43 %), la cocaïne (32 %) et le cannabis (14 %). Près de 78 % des participants répondent aux critères d’un TUS selon le CIDI 2.1, et pour 58 % d’entre eux, un traitement obligatoire est inclus dans le verdict.

Instruments de mesure

La motivation pour le traitement est mesurée à l’aide de l’échelle Motivation for Treatment (MfT), un questionnaire de 22 items évalués sur une échelle de Likert en 5 points (α de Cronbach non rapporté dans l’article, mais l’instrument a fait l’objet de validations antérieures). L’entrée en traitement est définie comme toute admission dans un programme de soins pour la dépendance au cours de la période de suivi, sur la base du rapport des participants. Enfin, l’injonction judiciaire au traitement est une variable dichotomique issue des bases de données officielles des services de probation (système IRIS).

Taux d’entrée en traitement et facteurs associés

Sur les 83 participants, 38 (45,8 %, arrondi à 45,5 % dans le texte original) ont intégré un traitement pour leur dépendance au cours de la période de suivi. La durée moyenne de suivi est de 14,4 mois (écart‑type = 3,76), et s’avère plus longue pour les participants ayant entré en traitement (15,4 vs 13,6 mois).

L’analyse bivariée révèle que l’entrée en traitement est positivement associée à deux facteurs : l’injonction judiciaire au traitement  et le niveau de motivation pour le traitement. En revanche, les caractéristiques démographiques (âge, éducation, emploi, logement), la nature de la substance consommée, le type d’infraction ou le nombre d’arrestations antérieures ne sont pas associés à l’entrée en traitement.

Analyse de régression logistique

 Les participants présentant un niveau de motivation plus élevé ont 2,2 fois plus de chances d’entrer en traitement que ceux dont la motivation est plus faible . La durée de suivi est également associée à une probabilité accrue d’entrée en soins .

Le second modèle , qui ajoute l’injonction judiciaire et les antécédents de traitement, n’améliore pas significativement la prédiction . La motivation demeure le prédicteur le plus robuste , tandis que l’injonction judiciaire  et les antécédents de traitement ne sont pas significativement associés à l’entrée en traitement dans ce modèle multivarié.

Implications

Une contribution originale

L’étude de Shaul et al. présente une originalité méthodologique majeure : alors que les recherches antérieures évaluaient la motivation au moment de l’entrée en traitement pour prédire l’issue des soins, cette étude est la première, à la connaissance des auteurs, à mesurer la motivation dès le début de la probation pour examiner son pouvoir prédictif sur l’entrée effective en traitement. Cette approche permet de mieux comprendre comment les interventions motivationnelles mises en œuvre pendant la probation peuvent influencer l’accès aux soins.

Motivation et contrainte judiciaire

Les résultats confirment l’hypothèse selon laquelle les délinquants qui entrent en traitement présentent, dès le début de leur probation, des niveaux de motivation plus élevés que ceux qui n’y entrent pas. L’injonction judiciaire est également plus fréquente chez les premiers, mais son effet prédictif s’estompe dans le modèle multivarié, ce qui suggère que la motivation pourrait jouer un rôle médiateur ou expliquer une partie de l’association entre le mandat judiciaire et l’entrée effective en soins.

Cette observation rejoint les travaux de Jones, Hayhurst et Millar (2017), qui concluaient que le succès du traitement des délinquants, qu’ils soient ou non sous injonction judiciaire, n’est probablement pas compromis par de faibles niveaux de motivation au moment de l’entrée en soins. Les auteurs anglais avançaient que la motivation, potentiellement basse au moment de l’arrestation, pourrait s’élever d’ici à l’entrée en traitement. L’étude néerlandaise complète cette analyse en montrant que les délinquants les plus motivés dès le début de leur probation sont précisément ceux qui franchissent le pas de l’entrée en soins.

La question de la coercition perçue

Les auteurs soulèvent une distinction importante entre l’injonction judiciaire objective et la coercition perçue par le délinquant. Des travaux antérieurs (notamment Prendergast et al., 2009) ont montré que ces deux construits sont corrélés mais distincts : les délinquants qui perçoivent une forte coercition tendent à avoir des scores de motivation plus faibles, tandis que ceux qui ressentent un sentiment de choix et d’autonomie présentent des niveaux de motivation plus élevés.

L’absence de mesure de la coercition perçue constitue d’ailleurs l’une des limites de l’étude, les auteurs recommandant que les recherches futures intègrent cet indicateur. Cette question est cruciale : un délinquant peut être objectivement sous injonction judiciaire tout en percevant sa démarche comme volontaire, ou inversement, ce qui affecte probablement sa motivation et, en cascade, son entrée en traitement.

Implications pour les pratiques probatoires

Les résultats de cette étude plaident en faveur de l’implémentation d’interventions motivationnelles dès le début des mesures de probation. Renforcer la motivation pour le traitement chez les délinquants sous main de justice pourrait augmenter la probabilité qu’ils s’engagent effectivement dans des soins, ce qui bénéficierait à la fois à leur santé et à la sécurité publique.

Cette recommandation s’inscrit dans une approche plus large de la délinquance comme comportement de santé publique, appelant à des interventions adaptées aux risques et besoins spécifiques de chaque individu, conformément aux principes RBR  évoqués dans l’article. Comme le souligne Taxman (2014), le développement de la recherche sur les services est nécessaire pour améliorer notre compréhension des leviers d’action aux niveaux individuel, programmatique et systémique.

Limites de l’étude

Plusieurs limites doivent être prises en compte dans l’interprétation des résultats. L’échantillon est exclusivement masculin et composé de délinquants réitérants, ce qui restreint la généralisation des conclusions aux femmes et aux primo‑délinquants. La taille modeste de l’échantillon (83 participants) a pu limiter la puissance statistique et empêcher l’identification d’autres facteurs prédictifs potentiels.

Par ailleurs, à l’exception des données officielles concernant l’injonction judiciaire, toutes les informations reposent sur l’auto‑déclaration des participants. Si les instruments utilisés ont été validés (notamment le MATE‑Crimi) et si les chercheurs n’étaient pas affiliés aux services de probation, ce mode de recueil expose néanmoins aux biais de désirabilité sociale et aux erreurs de mémorisation. Enfin, l’étude n’a pas contrôlé l’effet éventuel de la disponibilité locale des traitements, qui pourrait varier géographiquement.

Conclusion

L’étude de Shaul et al. (2019) apporte une contribution significative à la compréhension des facteurs d’entrée en traitement des délinquants dépendants sous probation. Elle démontre que la motivation pour le traitement, évaluée dès le début de la mesure, constitue un prédicteur robuste de l’entrée effective en soins, indépendamment de l’injonction judiciaire ou des antécédents de traitement.

Ces résultats soulignent l’importance d’intégrer des interventions de renforcement de la motivation dans les dispositifs probatoires. Ils invitent également à poursuivre les recherches sur les mécanismes par lesquels la motivation interagit avec les perceptions de coercition et les caractéristiques individuelles pour influencer le parcours de soins des délinquants.

Dans une perspective plus large, cette étude rappelle que l’efficacité des politiques pénales en matière de dépendance ne saurait se limiter à l’injonction judiciaire. Elle dépend aussi, et peut‑être surtout, de la capacité des systèmes de probation à susciter chez les personnes suivies une motivation authentique à s’engager dans un processus de changement. C’est à cette condition que le traitement de la dépendance pourra pleinement jouer son rôle d’outil de réinsertion et de réduction de la récidive.

Référence principale

Shaul, L., Blankers, M., Koeter, M. W. J., Schippers, G. M., & Goudriaan, A. E. (2019). The role of motivation in predicting addiction treatment entry among offenders with substance use disorders under probation supervision. International Journal of Offender Therapy and Comparative Criminology, 1‑13

La question de l’efficacité des programmes destinés aux auteurs de violence conjugale est centrale en criminologie clinique. Si les approches de groupe, notamment le modèle féministe de Duluth, constituent la norme dans environ 90 % des interventions, les résultats en matière de réduction de la récidive demeurent mitigés. Une hypothèse explicative récurrente concerne le faible niveau de motivation initiale des participants, souvent contraints par la justice à suivre une thérapie. L’étude de Zalmanowitz et ses collègues (2013), publiée dans le Journal of Interpersonal Violence, apporte un éclairage original sur cette question en examinant l’association entre le stade de changement, l’entretien motivationnel (EM) et l’évolution du fonctionnement global de participants masculins sous mandat judiciaire.

Cadre théorique et objectifs de l’étude

Les auteurs mobilisent le modèle transthéorique du changement de Prochaska et DiClemente, qui distingue plusieurs stades : précontemplation, contemplation, préparation, action et maintien. Appliqué aux hommes violents, ce modèle suggère que les individus aux stades précoces minimisent leurs comportements abusifs et présentent une moindre reconnaissance de leur problème. L’entretien motivationnel, stratégie visant à renforcer la motivation intrinsèque au changement, est proposé comme une intervention préparatoire à la thérapie de groupe.

L’étude poursuit trois objectifs :

  1. Évaluer l’influence de l’ajout de deux séances d’EM avant le programme de groupe.
  2. Mesurer l’impact du stade de changement initial sur les résultats thérapeutiques.
  3. Examiner l’interaction entre avoir bénéficié de séanes d’EM et le stade de changement.

Méthodologie

L’étude adopte un devis quasi expérimental avec comparaison entre deux groupes de participants sous mandat judiciaire (n = 106 dans le groupe sans EM, n = 105 avec EM). Le programme thérapeutique est le Responsible Choices for Men (RCM), une intervention de 14 séances de groupe axée sur les approches féministes et narratives, intégrant des principes cognitivo-comportementaux.

L’évolution des participants est mesurée à trois moments (avant groupe, début du groupe, fin du groupe) à l’aide du Outcome Questionnaire (OQ-45.2), un auto-questionnaire évaluant la détresse psychologique et le fonctionnement global. Le stade de changement est évalué avec l’URICA-DV, version adaptée à la violence conjugale.

L’analyse statistique repose sur une modélisation multiniveaux (HLM), permettant de distinguer les trajectoires individuelles (niveau 1) des différences intergroupes (niveau 2).

Principaux résultats

  1. Stade de changement : Les hommes en stade de préparation ou en action (avec haut risque de rechute) présentent des scores OQ significativement plus élevés au début de la thérapie (β=19,60p<,001), indiquant une plus grande reconnaissance de leur détresse et une demande d’aide plus explicite. En revanche, le taux de changement dans le temps (diminution de la détresse) est similaire pour tous les stades. Autrement dit, le stade initial prédit le niveau de départ mais pas la vitesse d’amélioration.
  2. Entretien motivationnel : Bien que la différence entre le groupe EM et le groupe non-EM n’atteigne pas le seuil de significativité statistique conventionnel (p=,078), l’ampleur de l’effet est cliniquement notable. Les hommes ayant bénéficiés de l’EM présentent un score OQ moyen inférieur de près de 6 points, ce qui correspond à une différence substantielle sur le plan clinique. L’écart-type important (3,27) suggère toutement une variabilité dans la réponse à l’EM.
  3. Interaction : Aucune interaction significative entre l’EM et les stades de changement n’a été mise en évidence, probablement en raison de la réduction des effectifs par sous-groupes.

Limites et directions futures

L’étude comporte plusieurs limites méthodologiques, assumées par les auteurs :

  • Absence d’assignation aléatoire (devis quasi expérimental).
  • Possible biais de désirabilité sociale, l’échantillon étant sous mandat.
  • Utilisation exclusive de mesures auto-rapportées.
  • Absence de suivi post-intervention.

Implications pour la criminologie clinique

Cette étude apporte plusieurs enseignements utiles pour les praticiens et les responsables de programmes :

  • L’évaluation du stade de changement (par exemple via l’URICA-DV) en début de prise en charge pourrait aider à adapter l’intervention. Les hommes aux stades précoces (précontemplation, contemplation) ne reconnaissent pas leur détresse et risquent de peu bénéficier du groupe standard.
  • L’entretien motivationnel, même administré en seulement deux séances par des agents de probation, semble réduire la détresse auto-rapportée avant même le début du groupe. Il pourrait constituer une porte d’entrée efficace pour des participants contraints et initialement réticents.
  • Les auteurs soulignent toutefois une limite majeure : l’absence de mesure directe de la récidive violente ou des signalements par la partenaire. L’OQ-45.2 évalue le fonctionnement général, non le passage à l’acte. Une amélioration de la détresse subjective ne garantit pas une réduction des violences.

L’étude de Zalmanowitz et al. (2013) confirme l’intérêt clinique et criminologique de tenir compte de la motivation initiale des auteurs de violence conjugale. Pour les professionnels de la probation, l’évaluation systématique du stade de changement et l’ajout de séances d’EM pourraient améliorer l’engagement dans la prise en charge– à condition de ne pas confondre amélioration subjective et cessation des violences.

Zalmanowitz, S. J., Babins-Wagner, R., Rodger, S., Corbett, B. A., & Leschied, A. (2013). The association of readiness to change and motivational interviewing with treatment outcomes in males involved in domestic violence group therapy. Journal of Interpersonal Violence, 28(5), 956-974.

L’entretien motivationnel : une approche empathique pour favoriser le changement

L’entretien motivationnel (EM) est une méthode d’accompagnement psychologique centrée sur la personne. Développé par William R. Miller et Stephen Rollnick à la fin des années 1980, ce style de communication collaboratif vise à faire émerger la motivation intrinsèque d’un individu pour changer un comportement. Plutôt que d’imposer des solutions ou d’ordonner des actions, l’EM invite le praticien à écouter avec empathie les raisons personnelles du client et à explorer son langage du changement. Dans un climat d’acceptation et de non-jugement, l’intervenant aide la personne à élaborer et renforcer elle-même ses propres raisons et projets d’évolution.

Principes clés de l’EM : empathie, autonomie et ambivalence

  • Écoute empathique et bienveillance – L’agent ou thérapeute adopte une posture d’acceptation, cherchant à comprendre les sentiments et le point de vue du client sans le juger. L’écoute dite réflexive (reformulations, résumés) renforce la connexion empathique et rassure la personne, ce qui facilite l’émergence de son discours sur le changement.
  • Partenariat et autonomie – L’EM repose sur un vrai partenariat : conseiller et client sont co-constructeurs de la discussion. Les valeurs fondamentales de l’EM (non-jugement, autonomie, liberté, responsabilité) placent le pouvoir de décision entre les mains de la personne suivie. Le rôle du praticien est de soutenir la personne dans ses choix, et non de la diriger de manière autoritaire. Ainsi, l’approche valorise un changement auto-dirigé : on part du postulat que le client possède en lui les ressources et le désir de changer, dès que l’on sait les faire émerger.
  • Résolution de l’ambivalence – Tout changement comporte des ambivalences (par exemple vouloir conserver une vie « normale » d’un côté et renoncer à la criminalité de l’autre). L’EM considère que l’ambivalence est une étape normale vers le changement. Le praticien se place aux côtés du client pour explorer ces sentiments contradictoires plutôt que de les contrer. L’objectif est de faire surgir le discours de changement (les arguments en faveur de l’évolution) et de diminuer les arguments du statu quo, en questionnant subtilement et en soutenant les convictions positives du client. Les « résistances » du client sont perçues comme des signaux normaux et opportunités de discussion, non comme des oppositions inamovibles.
  • Soutien au sentiment d’efficacité personnelle – L’EM cherche à renforcer la confiance du client en sa capacité à changer. L’intervenant utilise des questions ouvertes et des affirmations valorisantes pour souligner les réussites passées et les compétences du client. Il incite à exprimer les petites victoires (ex. « j’ai déjà réussi à arrêter par le passé ») pour bâtir la conviction qu’il est possible de réussir à nouveau.

Ces principes – empathie, collaboration, autonomie et travail sur l’ambivalence – constituent l’« esprit » de l’EM. Par exemple, Miller et Rollnick définissent l’EM comme « un style de counseling centré sur la personne pour aborder le problème commun de l’ambivalence au changement ». L’empathie et la responsabilité du client envers son propre parcours sont centrales : c’est la personne elle-même qui choisit sa direction, le praticien se contentant de l’y accompagner.

Applications en criminologie : probation et prévention de la récidive

En criminologie, l’EM s’inscrit dans les approches modernes de la désistance et de la réinsertion. Plutôt que de se focaliser uniquement sur la sanction, l’EM aide à engager le changement personnel en travaillant sur la motivation interne de la personne ayant commis une infraction. Des études internationales soulignent son efficacité : selon Taxman et al. (2015), l’EM est « une pratique prometteuse pour augmenter la motivation, la rétention au traitement et réduire la récidive » chez les publics délinquants. En pratique, cela signifie qu’un agent de probation qui utilise l’EM va, par exemple, demander à un détenu libéré ce qui est important pour lui dans sa vie (famille, avenir professionnel, santé), puis l’aider à faire le lien entre ses buts personnels et les comportements à changer. Au lieu d’ordonner « vous devez suivre ce programme », l’agent dira plutôt : « Vous semblez vouloir rester proche de votre famille. Selon vous, que changeriez-vous dans votre vie pour y parvenir ? », encourageant ainsi le discours en faveur du changement.

Plusieurs pays ont structuré des formations EM pour les acteurs pénitentiaires. En France, une formation de niveau 1 à l’EM est ainsi devenue obligatoire pour tous les conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation depuis 2016. Des programmes spécialisés (par ex. le SSP au Royaume-Uni) intègrent plusieurs sessions d’EM au sein d’un parcours global de probation. L’évaluation du SSP montre qu’il prend en compte « les inquiétudes et les espoirs de la personne » tout en conservant la rigueur des programmes de probation. Plus largement, des approches basées sur la Good Lives Model (focalisation sur les ressources et objectifs positifs du sujet) et sur l’EM visent à développer chez chaque personne des compétences psychosociales et des réseaux sociaux positifs, dans l’esprit de la recherche sur la désistance.

L’EM permet aux intervenants criminels d’établir une alliance de travail efficace avec les personnes suivies, en favorisant un discours interne de changement plutôt qu’une simple conformité externe. Les recherches indiquent que cette méthode peut accroître la motivation des probationnaires à participer aux programmes d’insertion et, in fine, réduire leur risque de récidive. Par exemple, un suivi qui intégre l’ EM pourra aider un délinquant multi-récidiviste à élaborer lui-même un plan réaliste pour accéder à une formation ou un emploi, en valorisant ses forces (compétences, soutiens familiaux) et en minimisant les ambivalences (peur de l’échec, croyance en un changement difficile).

Principes-clés de l’EM en un coup d’œil :

  • Écoute empathique (reflets, résumés).
  • Partenariat actif et non-jugement (autonomie du client).
  • Exploration de l’ambivalence (normale) et renforcement du discours de changement.
  • Soutien du sentiment d’efficacité personnelle (Miller & Rogers sur l’autodétermination).

Dan Pink (2009) sur la « sur la surprenante science de la motivation »

Le TED Talk de Dan Pink , « La surprenante science de la motivation »,  éclaire à sa façon la pratique de l’entretien motivationnel (EM) :

  1. Repenser les leviers de motivation
    Dan Pink montre qu’il existe un décalage (« mismatch ») entre ce que la recherche scientifique révèle et ce que pratiquent souvent les organisations : les récompenses et punitions extrinsèques (argent, menaces) sont efficaces pour des tâches très routinières, mais dégradent la performance dès qu’il s’agit de créativité ou de réflexion complexe lingq.com.

  2. Trois piliers de la motivation intrinsèque
    Pour susciter un engagement profond, Pink identifie trois composantes clés :

    • Autonomie : le désir d’« agir avec choix », de décider quoi, comment et quand on fait une tâche.
    • Maîtrise : l’aspiration à s’améliorer continuellement dans une compétence qui compte.
    • Finalité (« purpose ») : la volonté de contribuer à quelque chose de plus grand que soi. ashleydanyew.com

Application à l’EM

    • Favoriser l’autonomie : en EM, on aide le client à choisir librement ses objectifs et stratégies de changement, plutôt que de prescrire.
    • Encourager la maîtrise : on valorise les petits progrès, on souligne les compétences déjà acquises, renforçant le sentiment de compétence (« self‑efficacy »).
    • Mobiliser le sens : intégrer dans l’entretien la question du « pourquoi », c’est‑à‑dire les valeurs et le but ultime du client (liaison entre ses aspirations profondes et le comportement à changer).

Impacts pratiques

    • En probation ou en réinsertion, interroger la personne sur ses motivations intrinsèques (ex. protéger sa famille, retrouver un statut social) permet d’engager un discours de changement plus solide.
    • Pour lutter contre l’ambivalence, on peut faire ressortir ses progrès passés et ses aspirations futures, créant ainsi un écart motivant entre « où je suis » et « où je veux aller ».
    • Le passage à l’action s’appuie sur des étapes choisies, qui respectent l’autonomie et offrent un sentiment de maîtrise à chaque réussite partielle.

Au final, Dan Pink nous rappelle que, pour être durable, la motivation doit venir de l’intérieur : l’EM, en cultivant l’autonomie, la maîtrise et la finalité du projet de changement, est l’approche idéale pour traduire ces enseignements en pratique.

Grâce à sa base scientifique solide et à son adaptabilité, l’entretien motivationnel constitue aujourd’hui un outil précieux pour les professionnels de la probation et de la criminologie. En plaçant l’empathie et l’autonomie au cœur de l’entretien, il complète utilement les pratiques traditionnelles et contribue à accompagner vers la désistance et la réinsertion, en phase avec les attentes contemporaines de la prévention de la récidive.

 

Dans leur excellent manuel, trés orienté vers la pratique (Motivational Interviewing and CBT, Combining Strategies for Maximum Effectiveness,  Guilford Press, 2017), les auteurs Sylvie Naar & Steven A. Safren explorent comment combiner efficacement EM etTCC.

Un exercice constste par exemple à évaluer trois variations d’un même entretien à partir d’une grille, celle-là même présentée ici, qui peut être utile dans d’autres contextes d’utilisation.

L’ouvvrage est truffé d’exercices et d’outils, avec une excellente préface signée William Miller sur la complémentarité TCC/EM, jusque dans la genèse de l’EM   :

« A  première vue, il peut sembler que l’entretien motivationnel (EM) et la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) soient des concepts opposés. La TCC est souvent pratiquée à partir d’un modèle d’expert directif : en tant que thérapeute, j’ai ce qui manque au client (compétences, connaissances, pensée rationnelle) et mon travail consiste à l’installer. « J’ai ce dont vous avez besoin et je vais vous le donner. L’EM, en revanche, ne consiste pas à installer des choses. C’est une façon d’appeler, de susciter (educare) ce qui est déjà là : les motivations, la perspicacité, la sagesse et les idées de la personne. Qu’est-ce qui pourrait être plus opposé ?
Pourtant, il est clair pour moi que l’EM et la TCC sont non seulement compatibles, mais aussi complémentaires. Ma formation pré-doctorale en psychologie clinique s’est déroulée à l’Université de l’Oregon, où nous, les « produits de l’Oregon », étions censés être des thérapeutes du comportement fondés sur des preuves. Pourtant, au cours de notre deuxième année de formation, nous devions effectuer un stage d’un an sur la manière de travailler avec les clients et, par une heureuse coïncidence, aucun membre de la faculté de psychologie comportementale n’a voulu l’enseigner cette année-là. Ils ont donc fait appel à un professeur de psychologie de l’orientation qui a passé l’année à nous enseigner la méthode centrée sur la personne et les perspectives de Carl Rogers avant que nous n’entrions dans la pratique de la thérapie comportementale (Gilmore, 1973).
L’année suivante, je me suis efforcée d’apprendre à faire de la thérapie comportementale familiale,
avec les parents sous la tutelle d’un membre de la faculté qui avait été formé par Gerald Patterson, un pionnier des méthodes d’apprentissage social dans l’éducation des enfants (Patterson, 1975). Nous apprenions aux parents à compter et à suivre les comportements sur des tableaux d’étoiles dorées, en mettant fortement l’accent sur le renforcement positif (Miller & Danaher, 1976). Tout cela était très logique, avec des devoirs très structurés. Le problème, comme le découvrent rapidement les thérapeutes du comportement, c’est que souvent les gens ne font pas leurs devoirs. Le processus était lent.

Ensuite, nous nous sommes rendus à l’Institut de recherche de l’Oregon pour observer le travail de Patterson avec une famille. Alors que nous étions assis derrière la glace sans tain, j’ai été frappé par le fait qu’il faisait beaucoup de choses avec la famille qu’il n’avait pas décrites dans ses recherches prolifiques et ses écrits sur les méthodes. Il était chaleureux, engageant, drôle et avenant, et il écoutait attentivement ce que les parents et les enfants avaient à dire. On pouvait faire n’importe quoi pour lui (il était si doué pour les relations interpersonnelles), et je me suis dit : « Oh, c’est comme ça qu’on fait ! ». Je suis retourné à la clinique de psychologie et j’ai commencé à utiliser les techniques d’écoute que j’avais apprises, et la thérapie comportementale a commencé à fonctionner pour moi. Jerry Patterson lui-même s’est ensuite beaucoup intéressé à la résistance et aux principes de l’influence interpersonnelle dans la thérapie comportementale et a contribué à des recherches novatrices sur le sujet (Patterson & Forgatch, 1985 ; Patterson & Chamberlain, 1994). Au fil des ans, j’ai développé une façon de faire de la thérapie comportementale dans un style centré sur la personne. Pour moi, ces deux approches semblaient aller de pair. Lorsque j’ai commencé à enseigner dans le cadre du programme de doctorat de l’université du Nouveau-Mexique, j’ai formé les étudiants à la fois à la thérapie comportementale et au style rogerien. L’habileté avec laquelle les conseillers écoutaient leurs clients tout en dispensant une thérapie comportementale guidée par un manuel aurait-elle une quelconque importance ?

Au cours d’un essai clinique avec des buveurs à problèmes, nous avons assigné au hasard des clients à neuf thérapeutes différents, en observant leur travail à l’aide de miroirs sans tain. Les clients des thérapeutes les plus empathiques ont beaucoup mieux réussi à réduire leur consommation d’alcool que ceux qui travaillaient avec des thérapeutes peu empathiques. Au bout de six mois, nous pouvions expliquer les deux tiers de la variance de la consommation d’alcool des clients par le niveau de compétence empathique des thérapeutes délivrant (prétendument) la même thérapie comportementale (Miller, Taylor, & West, 1980), un effet qui était toujours présent après deux ans de suivi (Miller & Baca, 1983). L’année suivante, Steve Valle (1981) a publié des résultats similaires : les taux de rechute au cours des deux années de suivi étaient de deux fois supérieurs à ceux de l’année précédente. de rechute au cours des deux années de suivi étaient de deux à quatre fois plus élevés pour les clients qui travaillaient avec des conseillers ayant un faible niveau de compétences centrées sur la personne, par rapport aux clients du même programme qui avaient la chance d’avoir des conseillers ayant un fonctionnement interpersonnel élevé.
Lorsqu’un groupe de psychologues norvégiens m’a demandé de montrer comment je travaillais avec des personnes ayant des problèmes d’alcool, j’ai  naturellement utilisé une combinaison de méthodes rogériennes et de TCC. C’est à partir de ces discussions que l’EM a été conçue (Miller, 1983). Lorsque je l’ai décrite pour la première fois, je considérais l’EM comme un prélude au traitement, quelque chose que l’on pouvait faire avant d’entamer la TCC pour « amorcer la pompe » (Miller, 1983). Nous avons rapidement constaté, à notre grande surprise, qu’avec une brève intervention d’EM, les gens commençaient souvent à changer de comportement sans autre forme de traitement. Par la suite, nous avons continué à explorer les façons dont la TCC classique, guidée par un manuel, peut être dispensée et intégrée à un style MI (Longabaugh, Zweben, LoCastro, & Miller, 2005 ; Meyers & Smith, 1995).

Avec ce livre, l’intégration de l’EM et de la TCC fait un bond en avant. Les thérapeutes comportementaux ont, à mon avis, accordé trop peu d’attention à l’impact substantiel des compétences interpersonnelles et de la relation thérapeutique sur l’engagement, la rétention, l’adhésion et les résultats du traitement. L’une des conséquences est le débat qui fait rage sur l’importance relative des facteurs « fondés sur des preuves » par rapport aux facteurs « communs » dans la psychothérapie (par exemple, Norcross, 2011). Les défenseurs de l’approche centrée sur la personne pourraient, à leur tour, être blâmés pour avoir accordé trop peu d’attention aux facteurs empiriques au cours des dernières décennies, bien que ce soit Carl Rogers lui-même qui ait été le pionnier de la recherche sur les processus et les résultats de la psychothérapie. Du point de vue de l’EM, il s’agit clairement d’une difficulté « et/ou » (Miller & Moyers, 2015). Un traitement fondé sur des données probantes ne peut être séparé de la personne qui l’administre, pas plus qu’une voiture de course ne l’est de son pilote ou qu’un chef cuisinier ne l’est de la qualité d’un repas. Les facteurs prétendument « communs » qui influencent les résultats, tels que l’empathie du thérapeute (Truax & Carkhuff, 1967), ne sont peut-être pas si courants que cela dans la pratique, et si nous les qualifions de « non spécifiques », cela signifie simplement que nous n’avons pas fait nos devoirs.Il est temps – bien plus que temps – de spécifier, de mesurer, d’étudier et d’enseigner les facteurs inter-personnels qui peuvent avoir un impact aussi important sur les résultats des clients.
Peut-être que l’EM et la TCC sont  comme l’huile et l’eau. Mon projet de chimie au lycée était une étude des agents émulsifiants qui permettent de mélanger l’huile et l’eau. C’était un signe avant-coureur des choses à venir. Ce livre est un émulsifiant. »
William R. milleR, PhD
Professeur émérite de psychologie et de psychiatrie
Université du Nouveau Mexique

Grille d’evaluation de l’esprit de l’EM

Les effets de la récompense primaire sur le Q.I.

Edlund, Clingman et Fowler (1976) The effects of primary reward on the I.Q. performance  of grade-school children as a function of initial I.Q. level

L’effet d’une récompense en bonbons sur les scores de Q.I. a été étudié chez 72 enfants de première et deuxième année. Tous les sujets ont reçu la forme A du test de vocabulaire en images de Peabody et, sur la base de ces résultats, ont été divisés en trois groupes : faible, moyen et élevé.

  •  Le groupe à QI élevé avait un score moyen de 119
  •  Le groupe au QI moyen a obtenu un score moyen 101 points
  •  Le groupe à QI faible a obtenu un score moyen de 79

Dans chaque groupes, les sujets ont été assignés au hasard à l’une des trois conditions (récompense contingente, récompense non contingente ou aucune récompense) qui étaient en vigueur pendant l’administration du formulaire B.

Les résultats ont montré que les bonbons donnés en fonction de chaque réponse correcte augmentaient les scores de Q.I. des sujets ayant initialement un score faible, mais n’avaient aucune influence sur les scores des sujets ayant un score moyen et élevé.

Performance lors de l’administration du deuxième test (plusieurs mois après le premier test) :

  •  La moitié des enfants de chaque groupe ont reçu un M&M pour chaque bonne réponse.
  •  Les enfants aux QI moyens et élevés n’ont pas n’ont pas amélioré leurs résultats.
  •  Les enfants à faible QI, qui ont reçu des bonbons, ont augmenté leurs scores de QI à 97 !

L’expérience de Edlund, Clingman et Fowler suggère que c’est le premier score de 79 qui est le plus pertinent pour leurs perspectives d’avenir. Mais les enfants n’étaient peut-être pas faibles en QI, mais ils étaient peu motivés pour bien faire sans aucune incitation évidente.

Source: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1311892/

Imaginez la situation suivante. Vous êtes médecin dans une clinique de médecine familiale . Aujourd’hui, une de vos patientes qui souffre de douleur chronique et prend de fortes doses d’un opioïde d’ordonnance a rendez-vous avec vous. Selon ce que signale la patiente, elle semble n’obtenir que des bienfaits minimes de ses opioïdes pour sa douleur et son fonctionnement1. Les données probantes limitées à notre disposition font valoir qu’un sevrage des opioïdes pourrait en réalité améliorer globalement la douleur et le fonctionnement2. Vous aimeriez proposer une réduction progressive de la dose d’opioïdes, et peut-être même un arrêt mais quand vous avez antérieurement abordé ce sujet avec votre patiente, vous avez senti sa résistance, et ce, de diverses façons : « Ce n’est pas le bon moment maintenant. » « Qui sait si je me sentirais mieux? » « Sans opioïdes, qu’est-ce qu’il me resterait? » « C’est la seule chose qui m’aide à me rendre au bout de la journée! » Que devriez-vous faire? Y a-t-il une façon pour inciter votre patiente à accepter l’idée que le sevrage de ses opioïdes pourrait lui apporter des bienfaits? Comment pouvez-vous aider votre patiente à décider d’essayer le sevrage des opioïdes? L’entretien motivationnel est l’une des approches possibles. Cette technique encourage les patients à formuler leurs propres raisons de changer et explore les divergences entre les arguments en faveur et contre le changement3. Pour aider les patients ambivalents ou résistants au changement, elle fait appel à 3 compétences en communication : savoir écouter, questionner et informer. L’entretien motivationnel repose sur le principe de la collaboration, de l’évocation et du respect de l’autonomie du patient. De nombreux professionnels de la santé ont déjà les compétences voulues pour écouter, questionner et informer. L’approche motivationnelle est simplement une application plus pointue de ces compétences dans le but précis de favoriser des changements comportementaux. Le recours à cette approche peut sembler à la fois familier et difficile, surtout dans les interactions épineuses, c’est-à-dire celles qui deviennent conflictuelles ou ressemblent à une argumentation. Dans de tels cas, l’approche motivationnelle offre de nouveaux outils de communication. À la longue, les professionnels de la santé qui ont recours à l’approche motivationnelle signalent des interactions plus satisfaisantes et efficaces avec leurs patients. Pour lire un script d’EM avec un patient dependant aux opiodes:

Pour lire un script d’EM avec un patient dependant aux opiodes: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/arti…

Le réflexe correcteur En tant que professionnel, notre motivation à aider l’autre est altruiste. Malheureusement, dans notre désir de faire le bien, nous allons naturellement être amenés à formuler nous-mêmes les arguments au changement. Mais cela selon nos propres représentations! Le désir de vouloir aider l’autre, nous pousse souvent à être trop directifs. Ce type de discussion diminue l’autonomie du patient. Sa réaction naturelle va être de contre-argumenter en renforçant les arguments du non-changement. « Si vous voulez ne plus avoir mal aux genoux, il faut que vous ré-entraînez vos muscles en utilisant les escaliers plutôt que l’escalator, en descendant une station de bus plus tôt, en faisant une activité physique quotidienne etc. » « Cela me demanderait trop de temps, je risquerais d’être en retard au travail. Et j’arriverais déjà épuisé » Ce désir de réparer ce qui nous semble ne pas fonctionner en imposant une solution s’appelle le réflexe-correcteur. Dans la pratique de l’EM, ce réflexe contre-productif est à éviter.