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La prise en charge des auteurs de violence conjugale représente un défi majeur pour les professionnels de la criminologie et de la justice pénale. Un programme expérimental développé par Ronald Potter-Efron propose une approche novatrice basée sur les principes de neuroplasticité, offrant une alternative prometteuse aux méthodes traditionnelles de traitement.

Ronald T. Potter-Efron (2014) The Use of Neuroplastic Change Principles in Domestic Violence Treatment: An Experimental Program; Partner Abuse, Volume 5, Number 4, 2014.

Le Défi des Approches Traditionnelles

Les programmes classiques de traitement des auteurs de violence conjugale se heurtent souvent à un obstacle majeur : la résistance et l’opposition des participants. Ces derniers, confrontés à de multiples figures d’autorité (juges, agents de probation, partenaires méfiants), développent fréquemment des comportements oppositionnels qui compromettent l’efficacité du traitement.

Les Fondements Scientifiques : Comment le Cerveau Change

Le modèle de Potter-Efron s’appuie sur les découvertes récentes en neurosciences concernant la neuroplasticité – la capacité du cerveau à se transformer structurellement et fonctionnellement tout au long de la vie. Trois mécanismes clés permettent cette transformation :

  1. La Myélinisation: Des cellules spécialisées enveloppent les axones des neurones d’une gaine graisseuse, accélérant et renforçant la transmission des signaux électriques. Ce processus rend les nouveaux comportements plus efficaces et automatiques.
  2. La Potentialisation à Long Terme (LTP): Au niveau des synapses, plusieurs modifications structurelles augmentent l’efficacité de la communication neuronale : activation de récepteurs supplémentaires, prolongation de leur ouverture, et modification de leur forme pour une meilleure réception des neurotransmetteurs.
  3. L’Arborisation: Les réseaux neuronaux s’étoffent avec l’usage, développant de nouvelles branches dendritiques et connexions, permettant l’influence sur un éventail plus large de comportements.

Le Modèle de Traitement : Quatre Phases Structurées

Le programme de 25 semaines (50 sessions) s’articule autour de plans de changement cérébral individualisés que les participants conçoivent eux-mêmes. Cette approche comprend quatre étapes :

  • Phase 1 : Nommer le Plan: Les participants choisissent un titre émotionnellement significatif pour leur projet (par exemple : « Donner sa chance à la confiance » plutôt que « Développer la confiance »). Cette dimension émotionnelle active le système limbique, favorisant la mémorisation et l’apprentissage durable.
  • Phase 2 : Construire le Réseau: Définition des premiers pas concrets vers le changement. Un participant travaillant sur la transition « critique vers compliment » pourrait commencer par « Je vais me taire quand j’ai envie de critiquer » et « Je vais dire à mes enfants qu’ils sont intelligents au lieu de les traiter d’idiots ».
  • Phase 3 : Améliorer le Réseau: Planification de l’expansion progressive du nouveau comportement : « Je vais chercher plus de choses à complimenter » ou « Je vais commencer à faire des compliments à mes collègues ».
  • Phase 4 : Étendre le Réseau: Anticipation des développements imprévisibles liés à l’arborisation. Le réseau « compliment » peut naturellement évoluer vers la connexion, puis l’empathie, transformant la personne en profondeur.

Cas Pratique : L’Histoire d’Alan

Alan, 35 ans, ouvrier agricole avec un historique de violence conjugale, illustre parfaitement l’efficacité du modèle. Son plan « Être plus positif avec ma famille » l’a amené à :

  • Construire : Arrêter de jurer devant ses enfants et écouter sans critiquer
  • Améliorer : Passer plus de temps avec ses enfants, développer une attitude méditative face aux provocations
  • Étendre : Arrêter de boire, améliorer ses relations professionnelles, transformer la dynamique familiale

Les Avantages Stratégiques du Modèle

  • Contournement de la resistance: En plaçant les participants au centre de leur propre changement, le programme évite les résistances habituelles. Les clients deviennent acteurs plutôt que subisseurs du traitement.
  • Ancrage Scientifique: L’explication des mécanismes neurologiques donne une tangibilité au processus de changement, motivant les participants par la compréhension.
  • Personnalisation Maximale: Chaque plan reflète les besoins, l’histoire et les objectifs spécifiques du participant, augmentant l’engagement et la pertinence du traitement.

Implications pour la Criminologie Moderne

Ce modèle renouvelle l’approche traditionnelle en criminologie en :

  • Passant du contrôle à l’autonomisation : Les participants reprennent le contrôle de leur changement
  • Intégrant la science du cerveau : Les découvertes neuroscientifiques informent directement la pratique clinique
  • Privilégiant la transformation profonde : L’objectif n’est plus seulement d’arrêter la violence, mais de transformer la personne

Perspectives et Défis

Bien que les résultats préliminaires soient encourageants (taux d’achèvement élevé de 7/8 dans le dernier groupe), des études à plus large échelle sont nécessaires pour valider statistiquement l’efficacité du modèle. L’auteur appelle d’ailleurs à la collaboration pour constituer des échantillons plus importants.

Cette approche représente un tournant potentiel dans le traitement de la violence conjugale, offrant une voie prometieuse pour transformer durablement les comportements destructeurs en s’appuyant sur la capacité naturelle du cerveau à changer.

SUPPORTS

Programme personnel de transformation cérébrale

  • Bâtissez votre réseau. Améliorez-le. Élargissez-le. C’est ainsi qu’une véritable transformation se produit, tant dans vos actions que dans votre cerveau.
  • Bâtir un nouveau réseau demande de l’engagement et une concentration soutenue.
    Améliorer le réseau implique de la pratique et de la répétition.
    Élargir le réseau requiert de l’imagination et une conscience des nouvelles possibilités.
  • Voici l’opportunité de créer et de poursuivre votre propre programme, conçu personnellement pour un changement significatif. Vous serez responsable de ce programme. Vous seul pouvez le concrétiser. Cependant, vous recevrez de l’aide et des conseils de la part de vos co-participants, ainsi que de Chastity et Ron. Nous vous demanderons régulièrement de présenter votre programme au groupe pour obtenir des retours, du soutien et des encouragements. Votre objectif devrait être de nous démontrer que vous améliorez véritablement votre vie exactement comme vous le souhaitez le plus.
  • Veuillez utiliser le reste de cette page pour rédiger votre plan. Nous examinerons votre proposition en groupe la semaine prochaine. Attendez-vous à ce que votre plan soit remis en question. Vous devrez peut-être modifier certaines parties.

Nommez votre plan :

Pourquoi ce plan est-il vraiment important pour vous ?
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Bâtir votre réseau. Quelles seront les premières mesures que vous prendrez pour commencer à exécuter votre plan ?
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Améliorer votre réseau. Comment allez-vous pratiquer vos nouvelles actions et/ou pensées suffisamment pour qu’elles deviennent presque automatiques ?
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Élargir votre réseau. Après avoir maîtrisé les premières étapes, comment pourriez-vous continuer à développer votre réseau ?
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Compte-rendu de suivi de transformation cérébrale

Votre nom :
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Date du jour :
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Nom du plan :
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BÂTIR le plan : Qu’avez-vous fait pour maintenir votre engagement envers ce plan et commencer à agir/penser différemment ? Exemples : renouveler mon engagement quotidiennement ; apprendre des méthodes pour réaliser les changements que je veux ; observer les autres pour modeler mon comportement sur le leur ; discuter du plan en groupe pour obtenir des retours.
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AMÉLIORER le plan : Comment mettez-vous votre plan en pratique ? Exemples : j’ai choisi de faire confiance à ma partenaire quand elle a dit qu’elle serait absente quelques heures ; j’ai économisé 25 $ la première semaine de mon plan ; j’ai appelé une personne sobre pour déjeuner au lieu d’aller au bar ; j’ai pratiqué la méditation 15 min par jour tous les jours cette semaine ; j’ai réfléchi attentivement à mon projet d’acheter une voiture au lieu de sauter sur l’offre de mon connaissance de me vendre son tas de ferraille.
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ÉLARGIR le plan : De nouvelles façons de penser ou d’agir vous sont-elles venues à l’esprit pour exploiter votre plan ? Exemples : j’ai appris qu’on peut être généreux non seulement avec son argent mais aussi avec des compliments ; j’ai appris qu’on peut complimenter ses enfants pour leurs efforts autant que pour leurs réussites ; j’ai réalisé que ce dont vous avez besoin, ce n’est pas seulement d’arrêter de boire mais aussi de gérer votre personnalité addictive ; j’ai réalisé que les compétences que vous développez dans la maîtrise des impulsions pourraient vous aider à retourner à l’école pour obtenir votre diplôme, certification ou grade.
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Questions pour le plan de changement personnel

Voici quelques questions à poser à la personne présentant son plan de changement :

  • Quelle importance accordez-vous à ce plan ?
  • À quel point êtes-vous déterminé(e) à mener ce plan à bien ? Qu’est-ce qui vous motivera à continuer à le développer au cours des 6 prochains mois ?
  • Si vous réussissez, comment pensez-vous que votre vie changera ?
  • Comment ces changements vous rendront-ils moins susceptible de commettre un acte de violence domestique et/ou vous éviteront-ils des ennuis avec la justice ?
  • Qui pourrait vous aider à faire aboutir ce plan ?
  • Comment pouvez-vous maintenir votre attention sur ce plan ?
  • Comment pourriez-vous saboter vos efforts – comment pourriez-vous vous faire échouer ?
  • Qui d’autre pourrait s’opposer à vos objectifs ? Comment et pourquoi ? Que pouvez-vous faire pour rester sur la bonne voie face à l’opposition ?
  • Avez-vous déjà pris des mesures pour réussir votre plan ? Lesquelles ?
  • À qui comptez-vous parler de votre plan ? À qui ne comptez-vous pas en parler ? Pourquoi ?
  • Comment les membres de ce groupe peuvent-ils vous aider ?
  • Quelle est la première chose (ou la prochaine) que vous devez faire pour démarrer votre plan ? Si cela fonctionne, quelle serait l’étape suivante ?

exercices neuroplasticité-efron-potter

Le concept de DARVO (acronyme de Deny, Attack, Reverse Victim and Offender) a été formalisé par la psychologue Jennifer Freyd en 1997 dans le cadre de ses travaux sur la trahison et l’abus psychologique. Il désigne une tactique de défense du coupable d’abus : face à des accusations, l’agresseur nie catégoriquement les faits (deny), attaque la crédibilité de la victime (attack), puis inverse les rôles de victime et d’auteur (reverse), se présentant comme la « vraie victime » et faisant endosser le rôle d’agresseur à son interlocuteur. De manière synthétique, le DARVO comprend trois étapes successives :

  • Deny (nier) : l’auteur nie la violence ou en minimise l’importance.
  • Attack (attaquer) : il discrédite la victime ou ses témoins (par ex. qualifie la victime de menteuse, folle, vengeresse).
  • Reverse (inverser) : il se présente lui-même comme le « victime » du conflit et accuse la plaignante d’être en réalité l’agresseur.

Cette définition, tirée de travaux expérimentaux récents, est désormais unanimement reprise dans la littérature : le DARVO est un schéma d’« auto-défense » psychologique qui sert à faire dévier la responsabilité hors de l’auteur et à faire douter de la parole de la victime.

« DARVO (Nier, Attaquer, et Inverser les rôles de Victime et d’Agresseur) décrit la manière dont les auteurs de violences interpersonnelles détournent le blâme et la responsabilité lorsqu’ils sont confrontés à leur comportement abusif (Freyd, 1997). Lorsqu’il est employé, un auteur nie ou minimise les préjudices de ses actes répréhensibles, attaque la crédibilité de la victime et inverse les rôles de victime et d’agresseur, de sorte que le perpetrator assume une position de victimisation et déclare que la victime est le véritable agresseur. À ce jour, il existe très peu de recherches étudiant le DARVO. Une étude empirique examinant la prévalence du DARVO lors de confrontations entre victimes et auteurs a révélé qu’il s’agit d’une réponse couramment utilisée par les agresseurs (Harsey et al., 2017). Cette recherche a également mis en lumière un lien entre l’utilisation du DARVO par les agresseurs et les sentiments d’auto-culpabilisation des victimes : plus le perpetrator utilisait le DARVO pendant la confrontation, plus les victimes déclaraient se sentir coupables du méfait ». Jennifer Freyd (2020)

Fréquence et effets en contexte de violences conjugales

Diverses études soulignent que les auteurs de violences conjugales recourent fréquemment à des mécanismes identiques aux trois phases du DARVO. Par exemple, Henning et al. ont montré qu’un « nombre significatif » d’auteurs (hommes et femmes) niait l’agression ou en minimisait la gravité lors d’évaluations post-condamnation. De même, Levesque et al. (2008) constatent que la « négation » des faits et le « blâme de la victime » figurent parmi les formes de résistance les plus courantes chez les agresseurs en programme de prise en charge. Autrement dit, les thèmes du DARVO sont extrêmement répandus dans les récits des auteurs : nier l’infraction et accuser la victime sont cités comme des stratégies presque systématiques.

Ces mécanismes ont des effets très concrets sur la perception des faits. Harsey et Freyd (2020) ont mené des expériences avec des scénarios fictifs : ils montrent que lorsqu’un agresseur emploie un discours de type DARVO, les observateurs évaluent la victime comme moins crédible, plus « responsable » et plus « violente » que dans un récit neutre. Réciproquement, l’auteur est perçu comme moins abusif et moins responsable des violences. Ces résultats suggèrent que le DARVO tend à renforcer les doutes sur la victime et à minimiser la culpabilité de l’agresseur. Les auteurs soulignent d’ailleurs qu’une information préalable sur le DARVO atténue ces effets : des sujets « éduqués » sur ce mécanisme jugent la victime plus crédible et l’auteur moins crédible.

Reconnaître le DARVO dans le discours des auteurs

Dans la pratique judiciaire, le DARVO peut se repérer au vocabulaire et aux tournures du discours de l’accusé. Un agresseur en mode DARVO nie généralement les violences explictement (« je n’ai jamais levé la main sur elle », « c’est elle qui a commencé »), s’en prend systématiquement au caractère ou aux motivations de la victime (« elle ment pour la garde des enfants/ pour l’argent/ parce qu’elle est jalouse/ parce qu’elle est malade »), puis raconte ses propres émotions passées pour se positionner comme la « vraie victime ». Un guide de probation américain souligne à cet égard que l’agresseur « minimize ses propres actes, blâme la victime et essaie de se présenter comme la véritable victime », en particulier lorsque la victime a tenté de se défendre. Par exemple, l’agresseur pourra insister sur le fait que la plainte est « fausse » et résulte d’un besoin de vengeance ou de profits, ou renverser la situation (« j’étais sous l’emprise de stress, c’est elle qui ne voulait pas de moi »).

Ces indices verbaux doivent alerter les professionnels. L’inversion des rôles est souvent assez flagrante : on constate que l’auteur se sent « lynché » ou présenté « à tort » comme coupable, tandis qu’il décrit la victime comme agressive et irrationnelle. Le recours à des accusations de psychose, d’aliénation, ou de motivations cachées (environnement familial, immigration, etc.) pour décrédibiliser la victime fait également partie de ce schéma. Bref, dès lors que le discours de l’accusé colle au schéma nier – attaquer – inverser, il convient de l’identifier comme DARVO et de ne pas se laisser tromper par cette inversion des responsabilités.

Intérêt pour les professionnels de probation

Pour les agents de probation et les intervenants judiciaires, la grille DARVO est un outil précieux pour décrypter les stratégies de défense des délinquants violents. Elle permet d’inscrire dans l’évaluation criminologique le constat d’une possible dénégation systématique du crime. En effet, reconnaître ce schéma évite de se laisser convaincre par la version victimaire de l’auteur. Comme le note le guide californien , il est « important pour l’agent de probation d’éviter de se faire complice » en laissant l’agresseur justifier son comportement abusif. Autrement dit, savoir repérer le DARVO aide le professionnel à maintenir une distance critique : il peut ainsi poser des questions factuelles précises, souligner les incohérences sans accuser directement, et orienter l’évaluation vers l’attitude réelle du prévenu plutôt que vers ses justifications.

Ce concept aide également à calibrer les risques de récidive. Un auteur qui ne prend aucune responsabilité (tout nier et tout attribuer à la victime) est souvent moins apte à engager un travail sur lui-même. Le DARVO peut donc signaler un haut degré de résistance au changement : ces auteurs nécessiteront des interventions spéciales (groupes cognitivo-comportementaux ciblés, surveillance renforcée, etc.). Enfin, l’analyse du DARVO dans le discours – consignée dans les rapports – apporte au juge ou au psy un éclairage sur les mécanismes de défense mobilisés par le détenu. Cela contribue à une vision plus globale de sa personnalité et de son processus de déni, utile pour ajuster les orientations judiciaires ou thérapeutiques.

Perspectives d’intégration dans la pratique professionnelle

Pour concrètement intégrer le DARVO dans le travail quotidien des professionnels, plusieurs pistes sont possibles :

  • Formation continue : Sensibiliser juges, conseillers pénitentiaires et psychologues à la notion de DARVO, via des sessions de formation ou des modules de e-learning. La présentation d’études de cas réels permet d’illustrer ce phénomène.
  • Entretien et rapport : En entretien avec l’auteur, reformuler les accusations portées à la victime permet de révéler le retournement (par ex. « Vous pensez vraiment qu’elle a menti exprès »). Tout discours accusateur systématique peut être noté explicitement dans les rapports d’expertise. On peut aussi mentionner le DARVO lui-même comme hypothèse d’interprétation dans l’évaluation du risque.
  • Intervention individualisée : En thérapie ou en contrôle supervisé, confronter doucement l’agresseur à ses contradictions (ex. « Vous dites ici que c’est la victime, comment l’expliquer ? ») peut l’amener à diminuer son usage du DARVO. Des techniques de communication non accusatoire (thérapie centrée sur le dialogue) aident à sortir de la spirale inversion-victimisation.
  • Rédaction de documents : Inscrire dans les bilans que l’auteur suit le schéma DARVO (deny, attack, reverse) aide à informer tous les acteurs (avocats, psychologues, juge). Un encadré ou un modèle de rapport sur les « indices de minimisation/blâme » normalise l’usage de cette grille analytique.
Composantes du DARVO Description Exemples en Violences Conjugales Implications pour la Probation
Deny (Nier) L’auteur refuse d’admettre les faits ou les minimise. « Je ne t’ai pas frappée, c’était juste une dispute. » Signale un manque de reconnaissance, nécessitant une vérification accrue des faits via des rapports ou témoignages.
Attack (Attaquer) L’auteur discrédite la victime ou le professionnel. « Elle ment pour me punir, elle est folle. » Peut indiquer une hostilité persistante ; les agents doivent documenter pour ajuster le niveau de supervision.
Reverse Victim and Offender (Inverser Victim-Offender) L’auteur se pose en victime et dépeint l’autre comme agresseur. « C’est elle qui me contrôle, je subis ses manipulations. » Augmente le risque de manipulation institutionnelle ; utile pour évaluer la sincérité lors des évaluations de progrès.

Pour les professionnels de la probation, le DARVO n’est pas seulement un concept théorique ; c’est un outil opérationnel pour renforcer la sécurité des victimes et la réhabilitation des auteurs. En l’intégrant dans les protocoles de supervision et d’intervention, on favorise une justice plus équitable et préventive. Des recherches futures pourraient explorer son efficacité dans des contextes multiculturels ou avec des auteurs aux profils variés, mais les preuves actuelles soulignent son utilité indéniable dans la criminologie appliquée.

Exemples de Signes de DARVO en Supervision Stratégies de Réponse pour les Professionnels
Négation persistante des faits judiciaires Encourager la revue des preuves objectives sans confrontation.
Accusations envers la victime lors d’entretiens Rediriger vers la responsabilité personnelle via des questions ouvertes.
Inversion des rôles dans les rapports Utiliser des outils d’évaluation pour quantifier le risque et ajuster les conditions de probation.
Minimisation lors des évaluations de progrès Intégrer des sessions éducatives sur l’empathie et l’accountability.

VIOLENCE ENTRE PARTENAIRES INTIMES DANS LES RELATIONS HOMOSEXUELLES VERS HÉTÉROSEXUELLES : UNE ANALYSE COMPARATIVE À TRAVERS LES GROUPES DÉMOGRAPHIQUES.

L’étude de Julio Cesar de Aguiar (2025, Ecosse, Université d’Aberdeen) propose une revue systématique de 33 recherches empiriques sur la violence conjugale selon l’orientation sexuelle. Elle démontre que les taux de violence dans les couples de même sexe sont comparables, voire supérieurs, à ceux des couples hétérosexuels.

Résultats principaux :

  • Les femmes bisexuelles sont la population la plus à risque, avec des taux de violence presque deux fois supérieurs à ceux des femmes hétérosexuelles (61-69 % contre 35-36 %).
  • Les femmes lesbiennes (44-46 %) et les hommes gays (26-38 %) connaissent également des taux de violence supérieurs à leurs équivalents hétérosexuels.
  • La violence dans les couples de même sexe est souvent bidirectionnelle (les deux partenaires violents), contrairement aux schémas plus unidirectionnels chez les hétérosexuels.
  • Le contexte brésilien illustre un paradoxe : des avancées légales fortes (mariage égalitaire, lois anti-discrimination) mais des taux extrêmes de violences anti-LGBTQ+, avec par exemple des hommes gays subissant 10 fois plus de violences sexuelles que les hommes hétéros.

Cadres théoriques utilisés :

  • La théorie du stress minoritaire, qui explique comment la stigmatisation et l’homophobie internalisée accroissent la vulnérabilité.
  • L’intersectionnalité, qui montre que le risque augmente encore quand orientation sexuelle et autres facteurs (race, classe, genre) se croisent.

Les résultats remettent en cause les approches hétérocentrées de la violence conjugale. Ils soulignent l’urgence de développer des stratégies de prévention et d’intervention inclusives et culturellement adaptées, afin de protéger les minorités sexuelles, particulièrement les femmes bisexuelles et les jeunes LGBT+.

RÉSUMÉ

« La violence entre partenaires intimes (VPI) est un problème de santé publique majeur qui affecte les individus quelle que soit leur orientation sexuelle, mais la recherche s’est traditionnellement concentrée sur les relations hétérosexuelles. Cette étude a réalisé une analyse comparative des taux de VPI entre les relations homosexuelles et hétérosexuelles par le biais d’une revue systématique de la littérature de 33 études empiriques comprenant des données quantitatives et des instruments validés. L’analyse s’est appuyée sur la théorie du stress minoritaire et les cadres intersectionnels pour comprendre comment le statut de minorité sexuelle influence la vulnérabilité à la VPI. Les résultats démontrent que les taux de VPI dans les relations homosexuelles sont comparables ou supérieurs à ceux des relations hétérosexuelles.

Les femmes bisexuelles présentaient la prévalence la plus élevée (61,1 % – 68,8 %), près du double de celle des femmes hétérosexuelles (35,0 % – 36,0 %). Les hommes gays subissent la VPI à des taux de 26,0 % – 37,7 %, tandis que les femmes lesbiennes sont confrontées à la violence à des taux de 43,8 % – 46,3 %, ces deux taux dépassant ceux de leurs homologues hétérosexuels. Une analyse interculturelle a révélé des variations régionales significatives, les hommes gays brésiliens faisant face à des taux de violence sexuelle dix fois supérieurs à ceux des hommes hétérosexuels.

Ces résultats remettent en question les conceptualisations hétéronormatives de la VPI et démontrent que les minorités sexuelles courent un risque égal ou supérieur. Les résultats soulignent la nécessité de stratégies de prévention et d’intervention ciblées et culturellement compétentes pour répondre aux vulnérabilités spécifiques des populations de minorités sexuelles dans divers contextes culturels. »

 

CONCLUSION

« Les preuves issues de cette revue brossent un tableau clair : la violence entre partenaires intimes affecte les populations de minorités sexuelles à des taux égaux ou supérieurs à ceux observés dans les populations hétérosexuelles. Cette constatation vaut pour différents groupes démographiques, tranches d’âge et contextes géographiques, suggérant qu’il s’agit d’une tendance robuste et non de résultats isolés.

Ces résultats remettent fondamentalement en cause les présomptions hétéronormatives sur la VPI et démontrent pourquoi les approches inclusives en matière de recherche, de politique et de pratique ne sont pas de simples ajouts optionnels—elles sont essentielles pour résoudre un problème majeur de santé publique. Les taux particulièrement frappants chez les femmes bisexuelles et les schémas uniques observés dans les relations homosexuelles soulignent pourquoi nous avons besoin d’analyses intersectionnelles qui examinent comment l’orientation sexuelle, l’identité de genre et d’autres facteurs sociaux interagissent pour façonner les expériences de violence.

À l’avenir, le domaine doit prioriser le développement et l’évaluation d’interventions culturellement adaptées qui répondent aux besoins spécifiques des survivants de VPI issus de minorités sexuelles. Des revues récentes de la littérature internationale sur les interventions en matière de VPI appellent à des approches explicitement fondées sur la prise en compte des traumatismes et de la violence, qui s’attachent à la fois à la violence interpersonnelle et aux formes structurelles de violence qui entraînent des inégalités dans l’accès aux services et les résultats en matière de santé.

Les preuves que nous avons présentées exigent une action urgente de la part des chercheurs, des praticiens et des décideurs politiques. Toute personne subissant des violences entre partenaires intimes mérite un soutien et une protection appropriés, quelle que soit son orientation sexuelle ou son identité de genre. Les données nous indiquent que nous n’en sommes pas encore là, mais elles indiquent également ce que nous devons faire pour y parvenir.

Les enjeux sont trop importants, et les preuves trop convaincantes, pour continuer à fonctionner sur la base de présomptions dépassées concernant qui subit la VPI et pourquoi. Il est temps que nos approches en matière de prévention et d’intervention rattrapent ce que la recherche nous dit depuis des années : la violence entre partenaires intimes est un problème qui affecte toutes les communautés, et nos réponses doivent être tout aussi inclusives ».

Retrouvez l’article ici: https://www.researchgate.net/

Si le lien est brisé:  INTIMATEPARTNERVIOLENCEINSAME-SEXVERSUSHETEROSEXUAL

Julio Cesar de Aguiar: Professeur à l’École de politique publique et de gouvernement de la Fondation Getulio Vargas, à Brasília. Chercheur collaborateur à plein temps à l’Institut de psychologie de l’Université de Brasília. Docteur en droit de l’Université fédérale de Santa Catarina et docteur en droit de l’Université d’Aberdeen, Royaume-Uni. Master en philosophie et licencié en droit de l’Université fédérale de Goiás. Procureur du Trésor national, à la retraite, ayant travaillé pendant 16 ans au Conseil des affaires financières du ministère de l’Économie. Ses intérêts académiques actuels se concentrent sur les thèmes suivants : le droit en tant que système de pratiques culturelles, l’analyse comportementale du droit, l’analyse économique du droit, le droit en tant que système évolutif complexe, la sociologie du droit de la science, la philosophie du droit, l’herméneutique et l’argumentation juridique, le droit en tant que comportement verbal, le droit en tant que système social autopoïétique, les systèmes sociaux, la pensée sociale de Niklas Luhmann, les finances publiques, l’écriture académique et la logique informelle.

Effets de l’exposition à la violence domestique tout au long de la vie[1]

Les expériences négatives multiples vécues pendant l’enfance et leurs conséquences ont été examinées et les chercheurs ont constaté que les personnes ayant été témoins de violence familiale avaient 60 % plus de risques de tomber enceintes pendant l’adolescence (Hillis et al., 2004). Une étude rétrospective menée auprès d’étudiants universitaires a révélé que l’exposition à la violence domestique pendant l’enfance était liée à des symptômes de dépression, de syndrome de stress post-traumatique et à une faible estime de soi chez les femmes, ainsi qu’à des symptômes de syndrome de stress post-traumatique chez les hommes (Silvern, Karyl, Waelde et Hodges, 1995). Une autre étude rétrospective a révélé que le fait d’avoir été témoin de violence domestique pendant l’enfance était corrélé à des troubles psychopathologiques (dépression, anxiété, troubles du sommeil) chez les hommes et les femmes Une autre étude rétrospective a révélé que le fait d’avoir été témoin de violence domestique pendant l’enfance était corrélé à des troubles psychopathologiques (dépression, anxiété, troubles du sommeil) chez les hommes et les femmes (Diamond & Muller, 2004).
Un article résumant les conclusions sur les effets à long terme de l’exposition à la violence domestique pendant l’enfance a révélé que cette exposition était liée à des symptômes de stress post-traumatique, à la dépression et à l’anxiété, ainsi qu’à une faible estime de soi (Von Steen, 1997).
À l’appui de ces résultats, une autre étude a révélé des différences significatives entre Confirmant ces résultats, une autre étude a révélé des différences significatives entre les témoins et les non-témoins en matière de dépression à l’âge adulte, les témoins présentant des taux de dépression plus élevés que les non-témoins (Maker et al., 1998).

Les données issues de trois des revues exhaustives de la littérature examinées ici ont exploré les effets de l’exposition tout au long de la vie, en distinguant les différences selon les groupes d’âge. Le tableau suivant résume les résultats de ces études (Rhea et al., 1996 ; Stiles, 2002 ; Carlson, 2000) :

  Nourrissons Âge préscolaire Âge scolaire 

Adolescents 

Comportemental • Être difficile

• Diminution de la réactivité

• Troubles du sommeil

· Troubles alimentaires

•      Agressivité

•      Problèmes de comportement

•      Comportement régressif

•      Cris, irritabilité

·      •Troubles du sommeil

•      Agressivité

•      Problèmes de conduite

•      Désobéissance

•      Comportement régressif

 

•       Violence dans les fréquentations

•       Délinquance

•       Fugues

•       Absentéisme scolaire

•       Activité sexuelle précoce

Social •   Difficultés à interagir avec les pairs

•   Anxiété face aux étrangers

•  Relations avec les pairs moins nombreuses et de mauvaise qualité

 

• Violence dans les fréquentations  (victime ou auteur)

• Risque accru de grossesse chez les adolescentes

Emotionnel/

Psychologique

•   Besoins d’attachement non satisfaits

 

• Peur/anxiété, tristesse, inquiétude

• PTSD

• Affect négatif

• Sentiment d’insécurité

• Anxiété de séparation

• Plaintes somatiques

• Peur et anxiété,

• dépression, faible estime de soi, honte

• PTSD

• •  Réaction émotionnelle limitée

•   Toxicomanie

•   Dépression

•   Idées suicidaires

•   PTSD

•   Sentiment de rage, honte

•   Indifférence

Cognitive •  Incapacité à comprendre •  Culpabilité •  Culpabilité

•  Distraction, inattention

•  Problèmes scolaires

•  Attitude pro-violente

•   Capacité d’attention limitée

•   Attitude pro-violente

•   Défensif

[1] Pour une discussion plus approfondie sur la manière dont l’exposition à la violence domestique peut affecter les enfants à différents stades de leur développement, voir la note d’assistance technique accompagnant la liste de contrôle pour les enfants et les jeunes exposés à la violence, NCJFCJ, (2006). Voir aussi ici

« Rehabilitation: Beyond the Risk Paradigm » de Tony Ward et Shadd Maruna (2007)

Cet ouvrage, faisant partie de la série « Key Ideas in Criminology », offre une analyse critique de la réhabilitation des délinquants, en allant au-delà des modèles centrés uniquement sur la gestion des risques.

Tony Ward est professeur à l’Université Victoria de Wellington en Nouvelle-Zélande. Formé en psychologie clinique, il travaille dans les domaines cliniques et forensiques depuis 1993, avec une expertise particulière dans la réhabilitation des délinquants. Il est notamment le développeur du modèle des « Good Lives » (Modéle des « vies saines »), qui met l’accent sur les forces et les aspirations positives des individus plutôt que sur leurs seuls risques de récidive. Ward est fellow de la Royal Society of New Zealand et a publié de nombreux travaux sur les droits humains et la criminologie corrective.

Shadd Maruna est un criminologue actuellement professeur de criminologie à l’Université de Liverpool et ancien directeur de l’Institut de Criminologie et de Justice Pénale à Queen’s University Belfast. Titulaire d’un doctorat de l’Université Northwestern, il est spécialisé dans la réintégration des ex-détenus, la désistance (processus d’arrêt de la délinquance) et la rédemption. Auteur de l’ouvrage primé Making Good: How Ex-Convicts Reform and Rebuild Their Lives, Maruna explore les expériences de réinsertion sociale des anciens prisonniers et plaide pour des politiques plus humaines. .

Le livre de Ward & Maruna avance que la réduction des taux de récidive passe par une réhabilitation effective des délinquants, plutôt que par une punition pure et simple, passant d’un modèle punitif à un modèle réhabilitatif axé sur la promotion de « biens humains » – c’est-à-dire en fournissant aux délinquants les ingrédients essentiels pour une « bonne vie », tout en réduisant les risques.

Ward et Maruna insistent sur le fait que la réhabilitation n’est pas seulement une question technique d’intervention thérapeutique, mais un processus chargé de valeurs, impliquant un équilibre délicat entre les besoins des cliniciens, des clients (délinquants), de l’État et du public. Ils critiquent le paradigme dominant du « risque » (risk paradigm), qui se concentre sur la gestion des facteurs de risque pour prévenir la récidive, et proposent une alternative plus positive, inspirée de la psychologie positive, qui mise sur les forces des individus.

Thèmes principaux

  • Au-delà du paradigme du risque : Les auteurs challengent l’approche dominante qui voit les délinquants comme des « risques à gérer », en plaidant pour une vision plus holistique où la réhabilitation aide à construire des vies épanouies.
  • Valeurs et éthique : La réhabilitation implique des débats politiques et sociaux, pas seulement des techniques scientifiques. Elle doit équilibrer justice, sécurité publique et droits humains.
  • Modèles comparés : Critique du Risk-Need Model (focus sur les déficits) versus Good Lives Model (focus sur les aspirations positives et les forces).
  • Implications pratiques : Pour les praticiens, cela signifie traiter les délinquants comme des êtres humains complexes, en s’appuyant sur leurs désirs prosociaux plutôt que sur la honte ou le contrôle.

Publié en 2007, ce livre a influencé les débats en criminologie en promouvant des approches plus humanistes comme le Good Lives Model, largement adopté dans les programmes de réinsertion. Ils détaillent les 3 conceptions classiques de la réhabilitation dans leur ouvrage:

 

Perceptions of Female Offenders, Vol. 2 (éd. Russell & Torres, 2023) explore comment stéréotypes de genre et normes sociales influencent les représentations et le traitement des femmes dans le système criminel américain . Ce volume synthétise recherches empiriques et analyses critiques sur :

  1. la victimisation cumulée, notamment dans le cas des personnes trans ;
  2. les disparités dans l’information criminelle selon le genre et les communautés racisées  ;
  3. les parcours singuliers en cas de crimes conjugaux, ou d’homicide par partenaire ;
  4. le double stigmate subi par les femmes déviantes (double déviance) dans les processus judiciaires .

Un chapitre est consacré aux homicides conjugaix perpétrés par des femmes, écrit par Lysova (2023) Female Perpetrators of Intimate Partner Homicide

Alexandra Lysova (2023) propose dans ce chapitre un examen rigoureux et critique de la perpétration féminine d’homicide dans le cadre des relations intimes (IP‑Homicide/IPH), un phénomène encore largement ignoré par le champ criminologique. Les femmes représentent environ le tiers des homicide conjugaux au Canada et aux États-Unis (Armstrong et Jaffray, 2021 ; Federal Bureau of Investigation [FBI], 2021), et plus de la moitié des meurtres commis par des femmes entre 2000 et 2015 concernaient justement des partenaires ou membres de la famille

Statistiques & enjeux

  • L’IPH représente 13,5 % des homicides mondiaux, avec 38,6 % de femmes victimes et 6,3 % d’hommes victimes (Stöckl et al., 2013). Aux États‑Unis et au Canada, les données FBI et StatCan placent les femmes meurtrières de conjointes à environ un tiers des cas.
  • Entre 2000 et 2015 aux États‑Unis, plus de 50 % des femmes ayant commis un homicide ont ciblé un partenaire ou un membre familial (vs 30 % pour les hommes) .
  • L’impact sur les enfants survivants peut être majeur (développement, attachement, dysfonctionnement relationnel) .

Modèles explicatifs

Perspectives féministes (activisme critique) :

Les modèles féministes mettent en avant la violence défensive, résultant de violences continues et coercitives subies par celles qui tuent leurs partenaires (dite battered woman syndrome) .

  • Une étude suédoise révèle que seulement 13 % des femmes homicides de partenaires évoquent explicitement la légitime défense, remettant en cause l’explication unique de la violence défensive .
  • La réduction progressive des homicides féminins est corrélée à l’amélioration des services destinés aux femmes victimes de violence conjugale (Caman et al 2017., Cooper & Smith, 2011).

Perspective situationnelle :

Ce point de vue considère les facteurs contextuels immédiats (intoxication, disputes, rupture, accès aux armes) comme déclencheurs potentiels.

  • Exemple : en Finlande, 89 % des femmes ont tué dans un contexte de dispute, contre 78 % des hommes .
  • Des méta-analyses campent les facteurs prédictifs : jalousie, menace de rupture, violences psychologiques et physiques, consommation d’alcool, etc.  

Contrôle coercitif (intimate-terrorism) :

Certaines femmes utilisent des stratégies coercitives similaires à celles décrites chez les agresseurs masculins : jalousie pathologique, isolement, violence instrumentale . Dans ce cas, l’homicide peut être un ultime outil de domination ou de mise au pas. 

Santé mentale et Héritage traumatique

Une proportion significative de ces femmes présentent des troubles de la personnalité (borderline, antisociale) ou des symptômes liés à des traumatismes répétés, au-delà de la simple réaction à une agression conjugale .

Perception publique, justice & médias

  • Les enquêtes sur opinions révèlent que les violences féminines sont souvent minimisées, jugées « moins graves » et interprétées dans un contexte psychologique, tandis que celles des hommes tendent à être vues comme intrinsèquement violentes, avec des sentences plus lourdes demandées (Karlsson et al., 2021)

  • Médias dominants : distorsions fréquentes (64 % des couvertures inclinaient à dénigrer la victime masculine, accentuant les facteurs favorables à la femme), ou pathologisation de l’auteure plutôt que reconnaissance de responsabilité .

  • Dans le système judiciaire, la recommandation d’inculpation est rarissime pour les femmes, et les peines sont souvent plus indulgentes : double probabilité d’éviter la prison, classification de manslaughter plutôt que murder comparée aux accusés masculins .

Apports pour la recherche & la pratique criminologique

Proposition Justification
Diversifier les approches explicatives Combiner perspectives féministe, situationnelle, traumas liés à l’enfance, trouble psychologique pour saisir la diversité des mécanismes en jeu.
Déconstruire les stéréotypes dans la presse & tribunalisation Exiger une communication équilibrée prenant en compte les contextes (violence subie, symptômes, etc.) sans excuser.
Intégrer la perspective homme-victime Trop peu de conseils, refuges ou soutien (surtout pour les hommes victimes d’une femme violente) 
Adapter les programmes d’intervention Cibler les traitements sur trauma, la dépendance émotionnelle au partenaire toxique, et les épisodes autodestructeurs (ex. programmes spécialisés SAS ‘women IPV intervention’).

Source: National Incident-Based Reporting System, 2021

Bien que le nombre de femmes tuées par leur partanaire soit sans commune mesure avec le nombre d’hommes tués par leurs partenaires, Alexandra Lysova nous éloigne de la caricature de la femme assassin en état de légitime défense, il montre une typologie complexe où violence défensive, contexte tragique, contrôle coercitif et troubles psychiques sont souvent imbriqués.

Lysova appelle à une compréhension épistémologique et pratique attentive à la diversité des trajectoires, afin de guérir autant que prévenir — tant pour les femmes que pour les hommes victimes.

Alexandra Lysova étudie depuis plus de 20 ans la violence conjugale, y compris la violence envers les femmes et les enfants, en Russie et actuellement au Canada. Récemment, elle s’est intéressée aux expériences des hommes en matière de violence conjugale, notamment la victimisation, le comportement de recherche d’aide et les questions liées aux enfants.

Elle s’appuie sur les résultats de groupes de discussion internationaux, de l’Enquête sociale générale sur la victimisation au Canada et de l’Enquête sur les homicides. Mme Lysova est également membre des groupes de travail de Statistique Canada, où elle se concentre sur la violence sexiste et les homicides.

La relation entre victimisation durant l’enfance et délinquance à l’adolescence constitue un champ d’étude majeur en criminologie. De nombreuses recherches ont démontré que les jeunes ayant subi des abus ou des traumatismes précoces sont plus susceptibles de développer des comportements antisociaux ou criminels ultérieurement (Jennings et al., 2012; Widom, 1989). Ce phénomène est connu sous le nom de victim-offender overlap (chevauchement victime-délinquant).

Mais une question plus fine a émergé récemment dans la littérature : cette relation est-elle généralisée ou spécifique ? Autrement dit, un enfant victime d’abus sexuel est-il plus susceptible de devenir un délinquant sexuel plutôt qu’un simple consommateur de drogues ? C’est cette question que se propose d’examiner l’étude de Miley, Fox, Muniz et al. (2020), à travers une analyse rigoureuse menée sur une large population de jeunes délinquants en Floride.

Cadre théorique : Généralité vs. spécificité dans le chevauchement victime-délinquant (VO overlap)

Historiquement, les recherches ont montré que toute forme de victimisation augmente le risque de toute forme de délinquance. Par exemple, Loeber et Farrington (2000) ont établi que les abus pendant l’enfance sont corrélés à un taux élevé de comportements antisociaux à l’adolescence. Cette approche s’inscrit dans des théories comme celle du contrôle de soi (Gottfredson & Hirschi, 1990), selon laquelle une socialisation déficiente (souvent due à des abus) compromet le développement de mécanismes d’autocontrôle, favorisant à la fois la victimisation et l’implication dans la criminalité.

En parallèle, plusieurs travaux récents défendent une spécificité dans ce lien. Selon cette hypothèse, certaines formes précises de victimisation prédisent des formes spécifiques de délinquance. Par exemple, Felson & Lane (2009) et Fox (2017) ont observé que les abus sexuels augmentaient particulièrement le risque de comportements sexuels déviants. De même, witnessing parental substance abuse semble fortement corrélé à l’usage ultérieur de drogues (Chassin et al., 1999; Hussong et al., 2008).

Cette logique rejoint la théorie de l’apprentissage social (Akers, 2011), où les comportements délinquants sont acquis par imitation : les jeunes exposés à certaines formes de violence ou de transgression apprennent ces comportements comme réponses normales à leur environnement.

L’étude de Miley et al. (2020) : Méthodologie

L’étude repose sur un échantillon massif de 64 329 jeunes délinquants en Floride, suivis par le Department of Juvenile Justice. Ces adolescents ont été soumis à un outil d’évaluation des risques nommé PACT (Positive Achievement for Change Tool), croisant auto-déclarations, dossiers judiciaires et enquêtes sociales.

Variables indépendantes (victimisation)

Trois formes précises de victimisation ont été analysées :

  • Abus physique
  • Abus sexuel
  • Exposition à la consommation de drogues ou d’alcool à la maison

Variables dépendantes (délinquance)

Trois catégories de comportements délinquants ont été étudiées :

  • Violence (agression, coups, homicides, etc.)
  • Délits sexuels
  • Usage ou vente de drogues

Des variables de contrôle ont également été intégrées : genre, race, statut socioéconomique, troubles psychologiques, négligence émotionnelle/physique, faible empathie, fréquentation de pairs délinquants, etc.

Résultats : des associations spécifiques claires

Les auteurs ont utilisé des modèles de régression logistique multivariée, ajustés pour les variables de confusion.

1. Abus physique → Violence

Les jeunes ayant subi des abus physiques présentent un risque accru de 55 % de commettre des actes violents (OR = 1,55, p < .001). Cette relation persiste même en contrôlant d’autres facteurs comme l’empathie ou l’exposition à la violence domestique.

2. Abus sexuel → Délits sexuels

L’association la plus forte de l’étude : les victimes d’abus sexuels sont 3,6 fois plus susceptibles de devenir auteurs de délits sexuels (OR = 3,58, p < .001). Ce résultat renforce l’idée d’une transmission comportementale des violences sexuelles, déjà observée dans des travaux antérieurs (Fox, 2017; Soothill et al., 2000).

3. Exposition aux drogues → Usage de drogues

Les jeunes ayant été exposés à des substances illicites à la maison présentent un risque 66 % plus élevé de devenir consommateurs de drogues à leur tour (OR = 1,66, p < .001).

4. Effets croisés (non analogues)

Il existe également une relation générale entre victimisation et délinquance non spécifique, mais elle est moins forte. Par exemple, les victimes d’abus sexuels ont un risque accru de commettre des actes violents, mais ce risque est moins important que celui des délits sexuels.

l’importance de la spécificité

Ces résultats suggèrent une forme de spécialisation criminelle issue de traumatismes spécifiques vécus durant l’enfance. Cette spécificité a des implications théoriques et pratiques majeures :

  • Pour la recherche, cela appelle à affiner les typologies des trajectoires délinquantes, en tenant compte des antécédents victimologiques.
  • Pour la prévention, il devient urgent de concevoir des programmes d’intervention ciblés selon le type de traumatisme subi (ex : abus sexuel vs exposition à la drogue).
  • Pour la justice juvénile, il est nécessaire de mieux dépister les antécédents de victimisation et d’adapter la prise en charge socio-judiciaire.

Limites de l’étude

  • L’échantillon porte sur des jeunes déjà délinquants, ce qui limite la généralisation aux jeunes non judiciarisés.
  • L’étude repose sur des données auto-déclarées de victimisation, même si celles-ci sont croisées avec des données institutionnelles.
  • Le caractère transversal de l’analyse empêche d’établir des causalités absolues.

Conclusion

L’étude de Miley et al. (2020) démontre que ce lien entre victimisation et délinquance n’est pas seulement global ou systémique, mais qu’il peut être spécifique et prévisible.

Dès lors, prévenir la délinquance juvénile ne peut se résumer à des approches universelles. Il est impératif d’identifier les trajectoires individuelles, d’intégrer les adverse childhood experiences (ACEs) dans les politiques publiques, et de proposer des parcours de soin personnalisés.