L’impact du déni sur la récidive et le traietement des AICS est une question complexe et souvent débattue. Pas de lien avec la récidive nous dit-on, alors que souvent la première phase des traitements passe par la conscientisation… Alors que nous disent les recherches?
Impact du déni sur la récidive: absence de lien significatif avec la récidive
- Hanson & Morton-Bourgon (2005): Dans une méta-analyse de 82 études (Predictors of Sexual Recidivism), les auteurs concluent que le déni n’est pas un prédicteur fiable de récidive sexuelle. Les facteurs de risque cliniques (troubles de la personnalité, impulsivité) sont plus déterminants. (Hanson, R. K., & Morton-Bourgon, K. E. (2005). Predictors of sexual recidivism: An updated meta-analysis)
- Nunes et al. (2007): Une méta-analyse de 7 155 délinquants sexuels montre que le déni n’est pas associé à une augmentation de la récidive, sauf pour les infracteurs à bas risque (ex inceste ou abus intra familliaux: deni=plus d’interactions futures avec des victimes potentielles). Les auteurs soulignent que d’autres variables (antécédents criminels, déviance sexuelle) sont plus pertinentes. (Nunes, K. L. et al. (2007). Denial predicts recidivism for some sexual offenders. Sexual Abuse: A Journal of Research and Treatment, 19(2), 91-105.)
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« Cette étude a examiné s’il existait des variables qui modéraient la relation entre le déni et la récidive chez les délinquants sexuels adultes de sexe masculin. La première étude (N = 489) a montré que la relation avec la récidive sexuelle était modérée par le risque (mesuré par le Rapid Risk Assessment for Sexual Offense Recidivism) mais pas par la psychopathie (mesurée par le Psychopathy Checklist-Revised). Contrairement aux attentes, le déni a été associé à une augmentation de la récidive sexuelle chez les délinquants à faible risque et à une diminution de la récidive chez les délinquants à haut risque. Des analyses post hoc ont suggéré que l’élément de risque le plus responsable de l’interaction était la « relation avec les victimes ». Pour les auteurs d’inceste, le déni était associé à une augmentation de la récidive sexuelle, mais le déni n’était pas associé à une augmentation de la récidive pour les auteurs dont les victimes n’avaient aucun lien de parenté. Ces interactions ont été largement reproduites dans deux échantillons indépendants (N = 490 et N = 73). Les résultats suggèrent que le déni mérite d’être pris en compte par les chercheurs ainsi que par les personnes impliquées dans l’évaluation appliquée du risque des délinquants sexuels. »
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Impact du déni sur le traitement: Défi pour l’engagement thérapeutique & Efficacité du traitement malgré le déni
- Marshall et al. (2001): Le déni est identifié comme un obstacle à la prise de responsabilité, nécessaire pour progresser en thérapie. Les auteurs recommandent des approches motivationnelles pour aider les délinquants à surmonter leur résistance. (Marshall, W. L. et al. (2001). reatment of Sexual Offenders Who Are in Categorical Denial: A Pilot Project)
- Harkins et al. (2010): Une étude sur 180 délinquants sexuels montre que les participants qui dénient peuvent bénéficier des programmes thérapeutiques, surtout si le traitement est adapté (ex. : travail sur la gestion des émotions plutôt que l’aveu) (Harkins, L. et al. (2010). The influence of denial on treatment completion and recidivism in offenders convicted of sexual crimes. Journal of Sexual Aggression, 16(2), 183-197.)
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« Cette étude a examiné la relation entre le déni, la motivation, le risque statique (Risk Matrix 2000) et la récidive sexuelle. Le déni a été mesuré de trois manières : Un indice de déni (résultant de la combinaison de plusieurs mesures de différents aspects du déni), le déni absolu et le déni du risque. La motivation pour le traitement a également été examinée. Des analyses de régression logistique effectuées sur un échantillon de 180 délinquants sexuels avec un suivi fixe de 10 ans ont montré que le risque modérait les relations entre l’indice de déni, le déni absolu et la récidive sexuelle. En particulier, chez les délinquants à haut risque, le déni prédit une diminution de la récidive sexuelle. Une tendance opposée a été observée chez les délinquants à faible risque qui étaient dans le déni, bien que ces différences ne soient pas significatives. En ce qui concerne le déni du risque, les personnes qui niaient présenter un risque futur de délinquance (c’est-à-dire qui avaient un niveau de déni du risque plus élevé) étaient moins susceptibles de récidiver que celles qui déclaraient se considérer comme présentant un risque élevé. La motivation pour le traitement était positivement corrélée à la récidive, mais l’effet disparaissait une fois le risque statique contrôlé. »
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Controverses et recommandations
- Yates (2009): Une revue critique argue que **l’exclusion des délinquants en déni des programmes de traitement est contre-productive**, car elle prive ces individus d’une opportunité de réduire leurs risques. (Yates, P. M. (2009). Is sexual offender denial related to sex offence risk and recidivism? A review and treatment implications. Psychology, Crime & Law, 15(2-3), 183–199)
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Le présent article passe en revue la littérature relative au déni chez les délinquants sexuels et à son impact sur la récidive sexuelle et les progrès du traitement. Il conclut que la recherche ne démontre pas de manière convaincante que le déni est un facteur de risque de récidive, ni que le fait de cibler le déni dans le traitement est associé à une amélioration des résultats du traitement. Il est proposé de considérer le déni comme un facteur de réceptivité et comme un processus de distorsion cognitive commun aux délinquants sexuels, et de s’efforcer de maintenir ces individus en traitement afin qu’ils puissent potentiellement réduire leur probabilité de récidive. Des suggestions sont faites pour aborder cliniquement le déni dans le cadre du traitement.
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- Correctional Service Canada (2018): Les lignes directrices canadiennes recommandent de ne pas exclure les délinquants en déni, mais d’adapter les interventions (ex. : travail sur les distorsions cognitives). Source : Correctional Service Canada (2018). Standards and Guidelines for Correctional Programs.*
Conclusion
Le consensus actuel suggère que :
1. Le déni n’est pas un prédicteur fiable de récidive sexuelle.
2. Bien qu’il complique l’engagement thérapeutique, des approches adaptées permettent de réduire les risques même sans aveu.
3. Les politiques excluant systématiquement les délinquants en déni manquent de soutien empirique.