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Depuis plusieurs décennies, la criminologie clinique internationale s’éloigne progressivement d’une vision strictement morale ou psychiatrisante des infractions sexuelles. Les travaux contemporains montrent que les violences sexuelles résultent rarement d’une causalité unique ; elles émergent plutôt de l’interaction entre facteurs cognitifs, émotionnels, relationnels, sexuels et comportementaux. C’est précisément dans cette perspective qu’a été développé le programme K-MIDSA (Korean Multidimensional Inventory of Development, Sex and Aggression), conçu en Corée du Sud avec la participation de chercheurs majeurs du champ, dont William L. Marshall.

Le projet répond à une préoccupation centrale des systèmes correctionnels contemporains : comment réduire durablement la récidive sexuelle à partir d’interventions validées scientifiquement ? Le rapport souligne d’emblée que les politiques purement sécuritaires — surveillance électronique, injonctions, dispositifs post-carcéraux — ne peuvent produire des effets significatifs sans prise en charge thérapeutique structurée et fondée sur des données empiriques.

Une approche multidimensionnelle du risque sexuel

L’une des contributions majeures du K-MIDSA réside dans la création d’un outil d’évaluation multidimensionnelle destiné à identifier les facteurs criminogènes spécifiques associés aux infractions sexuelles. Contrairement aux approches centrées uniquement sur les antécédents judiciaires ou le diagnostic psychiatrique, le K-MIDSA évalue un ensemble beaucoup plus large de dimensions :

  • compulsivité sexuelle ;
  • intérêts sexuels déviants ;
  • paraphilies ;
  • sadisme sexuel ;
  • distorsions cognitives ;
  • déficit d’empathie ;
  • problèmes relationnels ;
  • hypermasculinité ;
  • régulation émotionnelle ;
  • styles d’attachement ;
  • isolement affectif ;
  • capacités de résolution de problèmes.

Les résultats de validation du K-MIDSA montrent d’ailleurs que plusieurs dimensions discriminent efficacement les auteurs d’infractions sexuelles des groupes témoins, notamment :

  • les intérêts sexuels déviants ;
  • les fantasmes sadiques ;
  • la compulsion sexuelle ;
  • les distorsions cognitives concernant les violences sexuelles sur mineurs ;
  • certaines dimensions paraphiliques.

Le rapport souligne également un point particulièrement intéressant : les profils criminologiques diffèrent selon le type de victime visée. Les auteurs d’infractions sur mineurs présentent davantage d’anxiété relationnelle, d’insuffisance perçue dans la masculinité et de déviance sexuelle spécifique envers les enfants, tandis que les profils « mixtes » (victimes mineures et majeures) apparaissent comme les plus sévèrement pathologiques sur plusieurs dimensions.

Le modèle RBR comme colonne vertébrale théorique

Le programme K-MIDSA s’inscrit explicitement dans le modèle Risque-Besoins-Réceptivité (RBR), développé par Donald Andrews et James Bonta.

Ce modèle repose sur trois principes fondamentaux :

  1. Principe du risque
    L’intensité du traitement doit être proportionnelle au niveau de risque de récidive. Les sujets à haut risque nécessitent donc des interventions plus longues, plus intensives et plus structurées.
  2. Principe des besoins
    Le traitement doit cibler les facteurs criminogènes directement associés à la récidive : hostilité envers les femmes, intérêts sexuels déviants, isolement émotionnel, faible contrôle émotionnel, déficits relationnels ou encore stratégies d’adaptation inadéquates.
  3. Principe de réceptivité
    Les modalités thérapeutiques doivent être adaptées au profil psychologique, cognitif et motivationnel du sujet. Le rapport insiste fortement sur ce point, considéré comme l’un des meilleurs prédicteurs d’efficacité thérapeutique.

Cette approche constitue aujourd’hui l’un des cadres théoriques les mieux validés empiriquement dans le champ correctionnel international.

Thérapie cognitivo-comportementale et CCP

Le K-MIDSA repose principalement sur des approches cognitivo-comportementales. Mais l’efficacité dépend moins de l’étiquette thérapeutique que de la qualité réelle de l’intervention et du respect des principes RBR. Les auteurs mettent ainsi en avant les « Core Correctional Practices » (CCP), développées dans les milieux correctionnels canadiens. Les CCP insistent notamment sur :

  • l’alliance thérapeutique ;
  • l’empathie ;
  • le respect ;
  • la chaleur relationnelle ;
  • le renforcement positif ;
  • le modelage prosocial ;
  • l’apprentissage comportemental concret.

Cette orientation est particulièrement importante car elle rompt avec certaines pratiques correctionnelles historiquement centrées sur la confrontation, l’humiliation ou le seul contrôle disciplinaire.

Le rapport rappelle d’ailleurs que les compétences interpersonnelles du thérapeute influencent directement les résultats du traitement. Autrement dit, la qualité humaine et relationnelle du professionnel devient elle-même un facteur thérapeutique.

L’intégration du Good Lives Model (GLM)

L’autre originalité majeure du programme réside dans l’intégration du Good Lives Model (GLM), développé notamment par Tony Ward.

Le GLM repose sur une idée relativement simple mais fondamentale : les individus cherchent tous à satisfaire certains besoins humains fondamentaux (relations, autonomie, compétence, sécurité, bien-être, identité, etc.). Les comportements criminels apparaissent souvent lorsque ces besoins sont poursuivis de manière dysfonctionnelle ou antisociale.

Ainsi, plutôt que de travailler exclusivement sur « ce qu’il ne faut plus faire », le GLM cherche aussi à construire :

  • des projets de vie prosociaux ;
  • des compétences relationnelles ;
  • une identité non délinquante ;
  • des objectifs personnels valorisants ;
  • des capacités d’autorégulation émotionnelle.

Le programme insiste donc fortement sur les notions :

  • d’autonomie ;
  • de responsabilisation ;
  • de développement des forces ;
  • de projection vers l’avenir ;
  • de qualité de vie.

Cette perspective apparaît particulièrement pertinente dans le champ de la désistance criminelle, où les recherches montrent que l’abandon durable de la délinquance dépend souvent de la reconstruction identitaire et sociale du sujet.

Un programme structuré et intensif

Le K-MIDSA propose un programme thérapeutique particulièrement détaillé, structuré en plusieurs phases et pouvant dépasser 100 séances pour les sujets à haut risque.

Les modules abordent notamment :

  • l’autobiographie criminelle ;
  • les déclencheurs du passage à l’acte ;
  • l’estime de soi ;
  • l’empathie ;
  • l’attachement ;
  • la gestion émotionnelle ;
  • les relations interpersonnelles ;
  • l’intimité ;
  • la sexualité saine ;
  • les intérêts sexuels déviants ;
  • la prévention de la rechute ;
  • la planification d’une « bonne vie ».

Le programme prévoit également un module préparatoire de renforcement motivationnel destiné aux personnes résistantes au traitement. Cette dimension est essentielle puisque le refus, le déni, la honte et la faible adhésion constituent des obstacles fréquents dans les prises en charge correctionnelles.

Une réflexion institutionnelle particulièrement intéressante

Au-delà de l’outil clinique, le rapport propose une véritable réflexion systémique sur l’organisation des prises en charge correctionnelles.

Les auteurs recommandent notamment :

  • une évaluation systématique du risque ;
  • une différenciation des parcours selon le niveau de risque ;
  • des programmes plus intensifs pour les profils à haut risque ;
  • un suivi post-carcéral coordonné ;
  • une meilleure transmission des données cliniques entre prison, probation et structures communautaires.

Cette logique rejoint les modèles intégrés de gestion du risque actuellement développés dans plusieurs pays occidentaux.

Devouvrir le programme : kmidsa_formation.html

 Découvrez Kmidsa avec un outil interactif à destination des professionnels de l’administration pénitentiaire. Basé sur le rapport de recherche de Yoon Jeong-sook, W.L. Marshall, J. Sims-Knight & Lee Soo-jung (Institut Coréen de Criminologie, 2012), cette application vous permet de découvrir et de vous approprier l’évaluation multidimensionnelle et le programme de traitement sud-coréen pour PPSMJ, adapté au contexte français (SPIP, probation, milieu carcéral).

L’un des défis fondamentaux de l’intervention auprès des auteurs d’infractions, en particulier des adolescents et des jeunes adultes, réside dans la confrontation des distorsions cognitives. Contrairement à une approche purement comportementale ou sanctionniste, la criminologie cognitive propose de s’attaquer aux mécanismes sous-jacents qui permettent le passage à l’acte. Parmi les outils les plus sophistiqués pour ce faire figurent les dilemmes moraux cognitifs. Ces dispositifs ne visent pas à inculquer une morale exogène, mais à provoquer un conflit intrapsychique – une dissonance cognitive – qui oblige le sujet à réévaluer ses propres schèmes de pensée.

Le programme Aggression Replacement Training (ART), conçu par Goldstein, Glick et Gibbs, utilise en particulier la « confrontation bénigne » (gentle confrontation) à travers l’utilisation de dilemmes moraux cognitifs. .

Le cadre théorique : l’ART et la moralité

Le programme ART repose sur une triple articulation : l’entraînement aux habiletés sociales, le contrôle de la colère, et le raisonnement moral. C’est sur ce dernier pilier que se greffe l’usage des dilemmes. Dans une perspective néo-kohlbergienne, ART postule que les comportements délinquants sont souvent associés à un développement moral figé aux stades pré-conventionnels (stade 2 : l’échange instrumental, « tu me grattes le dos, je te gratte le tien »).

L’objectif des dilemmes moraux est donc de déstabiliser cette logique transactionnelle pour favoriser l’émergence d’une réflexion de stades supérieurs (stade 3 : l’empathie et les attentes interpersonnelles ; stade 4 : le maintien de l’ordre social et de la conscience).

La posture de l’intervenant : la confrontation bénigne

Dans l’application du programme ART, le contenu du dilemme ne suffit pas. La posture de l’animateur est déterminante. Contrairement à un interrogatoire judiciaire ou à une leçon de morale, l’intervenant adopte une stratégie de questionnement connue sous le nom de confrontation bénigne.

Cette technique répond à une exigence épistémologique : pour modifier une erreur de réflexion (par exemple, la justification morale ou le biais égocentrique), il faut amener le jeune à prendre conscience de ses contradictions sans qu’il ne se sente agressé. Cette posture requiert trois conditions préalables :

  1. Une relation saine : un lien de confiance préétabli entre l’intervenant et le jeune.
  2. Une confiance de base : la certitude pour le jeune que l’intervenant agit dans son intérêt.
  3. Une assertivité professionnelle : la capacité du professionnel à exprimer son désaccord ou son étonnement sans mépris ni hostilité, en maintenant un cadre contenant.

Étude de cas : le dilemme de Dave et Matt

Pour illustrer cette méthodologie, examinons un scénario fréquemment utilisé dans le volet « raisonnement moral » d’ART, conçu pour aborder les thèmes de la loyauté, de la toxicomanie et de la neutralisation des responsabilités.

Le scénario

Matt, un ami de Dave, est impliqué dans le trafic de stupéfiants. Occasionnellement, Matt fournit de la drogue gratuitement à Dave. Un jour, Matt sollicite Dave : *« Écoute, mec, je dois livrer de la drogue dans le quartier sud, mais je ne peux pas le faire moi-même. Qu’est-ce que tu en dis ? Tu peux emmener la drogue là-bas pour moi dans ta voiture ? Je te donnerai de nouvelles drogues à essayer et 50 dollars en plus pour juste une demi-heure de route. Tu veux bien m’aider ? »

La séquence de questionnement : de l’action à la distorsion cognitive

La séquence proposée aux jeunes obéit à une logique de complexification progressive, visant à opérer un passage de la moralité instrumentale à la prise de conscience des conséquences concrètes et sociales.

Niveau 1 : L’action initiale (Stade 2 – Échange instrumental)

Dave devrait-il accepter de livrer les drogues pour Matt ?

Cette question initiale permet de sonder la logique de réciprocité. La réponse spontanée est souvent orientée par la dette morale (« Matt lui donne de la drogue, donc Dave doit lui rendre service»).

Niveau 2 : L’escalade des conséquences (Décontextualisation)

Et si Dave sait que les drogues que Matt veut qu’il livre sont empoisonnées ? Doit-il accepter de les livrer ?

Ici, l’intervenant introduit une variable objective (le danger létal). La confrontation bénigne consiste à pointer l’écart : si le jeune estime que c’est mal de livrer du poison, pourquoi la livraison de drogue « ordinaire » serait-elle acceptable ? L’objectif est de déconstruire la minimisation de la gravité.

Niveau 3 : La personnalisation (Briser le biais égocentrique)

Que se passe-t-il si Dave sait que sa sœur, qui vit dans le quartier sud, pourrait prendre une partie de cette drogue ? Devrait-il quand même accepter de faire la livraison ?

Ce niveau est crucial. Dans les distorsions cognitives des adolescents délinquants, les victimes sont souvent abstraites ou déshumanisées. En introduisant un membre de la famille (la sœur), le professionnel force l’émergence de l’empathie (stade 3). La confrontation bénigne intervient lorsque le jeune, qui acceptait la livraison, devient soudainement hésitant lorsqu’il s’agit de sa propre sœur.

Niveau 4 : L’influence des pairs et la normalisation

Dave devrait-il prendre les drogues gratuites de Matt ? Et si Matt dit que se droguer n’est pas grave, et que beaucoup de ses amis le font tout le temps ? Dave devrait-il alors prendre les drogues gratuites ?

Cette phase vise à confronter les mécanismes d’appartenance au groupe. L’intervenant utilise la confrontation bénigne pour interroger le jeune sur sa propre agency : « Est-ce que le fait que beaucoup de gens fassent quelque chose rend cette chose moralement acceptable ? »

Niveau 5 : La distorsion cognitive (Justification morale)

Supposons que David effectue la livraison. Comme il a aidé son ami Matt, il n’a pas l’impression de faire quelque chose de mal. David devrait-il avoir l’impression de faire quelque chose de mal ?

C’est le cœur du travail criminologique. Cette question cible directement la neutralisation (technique de neutralisation de Sykes et Matza). En demandant au jeune de juger le sentiment de culpabilité de Dave, on le confronte à la distinction entre la loyauté amicale et la responsabilité pénale et morale.

Dans quelle mesure est-il important de ne pas consommer de drogues ? (Très important / Important / Pas important)

Cette fermeture permet de quantifier subjectivement la valeur associée à la conduite légale, afin d’ancrer la réflexion dans une échelle de valeurs personnelle.

Criminologie appliquée?

En structurant le dilemme selon une progression qui va du pair (Matt) vers le familial (la sœur), puis vers le collectif (la normalisation), ART permet de créer un conflit socio-cognitif. Le jeune est placé dans une situation où ses propres réponses entrent en contradiction. La confrontation bénigne, en évitant la rupture relationnelle, permet d’exploiter ce conflit pour construire un raisonnement moral plus complexe.

l’utilisation de dilemmes moraux cognitifs offre une grille de lecture des patterns de justification de l’auteur d’infraction. Il transforme un sujet passif de l’injonction morale en un acteur capable de réévaluer les conséquences de ses actes, non pas à l’aune de la seule sanction, mais à celle des dommages causés à autrui et à la communauté.

Bibliographie indicative :

  • Goldstein, A. P., Glick, B., & Gibbs, J. C. (1998). Aggression Replacement Training: A Comprehensive Intervention for Aggressive Youth. Research Press.
  • Sykes, G. M., & Matza, D. (1957). Techniques of neutralization: A theory of delinquency. American Sociological Review, 22(6), 664–670.
  • Kohlberg, L. (1984). Essays on Moral Development: Vol. 2. The Psychology of Moral Development. Harper & Row.

Alors que les taux d’incarcération continuent d’augmenter dans de nombreux pays, il est urgent de renouveler les approches visant à réduire la récidive et à améliorer les conditions de détention. L’article de Newson et al. (2024) (A soccer-based intervention improves incarcerated individuals’ behaviour and public acceptance through group bonding) étudie une intervention inédite fondée sur le sport collectif — le projet Twinning — et montre que la création de liens de cohésion de groupe peut produire des effets positifs sur le comportement des personnes incarcérées ainsi que sur la perception que la société a de leur réinsertion.

Le Twinning Project (projet de jumelage ») est un partenariat entre le HM Prison and Probation Service (HMPPS) et des clubs de football professionnels dont l’objectif est de jumeler chaque prison d’Angleterre et du Pays de Galles avec un club de football professionnel local. L’objectif est d’impliquer environ 48 détenus par an dans chacune des 122 prisons et établissements pénitentiaires pour jeunes délinquants d’Angleterre et du Pays de Galles dans des programmes basés sur le football afin d’améliorer leur santé mentale et physique, leur bien-être et d’obtenir une qualification qui les aidera à améliorer leurs chances dans la vie et à trouver un emploi à leur sortie de prison.

  1. Ce que nous savons 1. Statistiquement, la délinquance atteint son pic à 24 ans et diminue à partir de 40 ans.
  2. Les personnes qui ont des relations familiales et sociales stables sont moins susceptibles de récidiver.
  3. L’emploi et les opportunités sont les principaux moteurs de la motivation et de la valeur. Cela a un impact considérable sur leur propension à récidiver. ‍

Comment cela se passe-t-il ? Des entraîneurs professionnels et le personnel des clubs de football, soutenus par les moniteurs de sport, dispensent conjointement aux détenus des formations accréditées et des qualifications axées sur l’employabilité afin de mieux les préparer à la vie après leur libération.

Ce type d’intervention suggère que le milieu pénal, souvent pensé sous l’angle du contrôle, peut aussi devenir un terrain de transformations sociales internes. En mobilisant les dynamiques de groupe, elle ouvre une voie complémentaire aux approches traditionnelles centrées sur la punition ou la surveillance.

Le projet Twinning, méthodologie et résultats

  • Le Twinning Project vise à favoriser l’émergence de liens sociaux positifs entre détenus.
  • Le raisonnement sous-jacent est que, dans un milieu clos, la création d’identités collectives et de cohésion peut agir sur les comportements « normatifs » (coopération, respect des règles internes) et favoriser un climat institutionnel plus stable.
  • L’étude comporte plusieurs volets :
    1. Comparaison groupe intervention vs groupe contrôle (n = 676 participants dans le groupe intervention, comparés à 1 874 cas témoins) pour mesurer les effets comportementaux internes.
    2. Analyse longitudinale de la cohésion sociale dans le groupe d’intervention (n = 388), pour comprendre les mécanismes sociaux internes.
    3. Suivi post-libération pour la désistance et l’impact dans la communauté (n = 249), tant au Royaume-Uni qu’aux États-Unis, pour vérifier l’effet sur les trajectoires criminelles après la prison.
    4. Études sur la volonté d’embauche des anciens détenus menées via des échantillons en ligne au Royaume-Uni et aux États-Unis (n = 1 797), pour mesurer si le renforcement social interne correspond à une meilleure acceptation sociale externe.

Principaux résultats

  • Amélioration du comportement en détention
    Les participants au programme de football montrent des modifications comportementales significatives comparés aux témoins : diminution des infractions internes, meilleure discipline, climat relationnel plus favorable.
  • Cohésion sociale comme mécanisme médiateur
    L’augmentation des liens sociaux internes (identité de groupe, solidarité) est corrélée à l’amélioration du comportement. Les auteurs défendent que ce mécanisme est central : le sport devient un catalyseur de lien social et non une fin en soi.
  • Effet sur la désistance post-libération
    Les analyses montrent que les participants au projet Twinning présentent des trajectoires de désistance (réduction de la récidive) supérieures à celles des témoins, toutes choses égales par ailleurs.
  • Acceptation sociale et opportunités d’emploi
    Les résultats des études en ligne suggèrent que les personnes dans la communauté (employeurs potentiels) sont plus enclines à accepter les anciens détenus dont le profil intègre des éléments de cohésion sociale et une identité réintégrée. Autrement dit, l’effet du projet ne reste pas seulement intra-muros mais déborde dans l’espace social externe.

Implications pour les politiques pénales

Recentrer l’attention sur le social plutôt que le seul contrôle

Cette étude remet en lumière un concept peu exploré dans le débat pénal : le pouvoir du lien social en détention comme levier de changement. Plutôt que de considérer la prison comme un espace purement coercitif, le projet Twinning suggère que la construction de cultures internes positives peut contribuer à transformer le « système des incitations » à l’intérieur.

Mécanismes médiaux de la transformation

L’identification collective, la solidarité, la cohésion de groupe — stimulées via une activité sportive — apparaissent comme des médiateurs clés entre l’intervention et les transformations comportementales. En cela, l’étude rejoint des cadres théoriques issus de la psychologie sociale (identité sociale, fusion identitaire) que la criminologie gagne à mieux intégrer.

Continuum entre intérieur et extérieur

Un point particulièrement novateur est le lien démontré entre le renforcement social en détention et la réceptivité de la communauté post-libération. Cela rappelle que la prison ne peut être isolée du contexte externe : une politique pénale efficace doit intégrer le continuum interne-externe.

Conditions de généralisation et limites à anticiper

  • L’étude est conduite au Royaume-Uni et aux États-Unis, dans des contextes institutionnels particuliers : prudence dans la transposition à d’autres systèmes pénitentiaires.
  • Le sport, ici le football, fonctionne comme vecteur mais n’est pas universellement adapté (par contraintes d’infrastructure, de sécurité, de culture locale).
  • Les effets à long terme (au-delà des premières années de libération) méritent un suivi plus étendu.
  • Le succès dépend fortement de l’acceptation institutionnelle, du soutien des personnels, et de la cohérence avec d’autres mesures (éducation, formation, suivi post-libération).

Structure pratique pour une mise en œuvre

1.Phase pilote dans une unité carcérale sélectionnée

  • Mettre en place un mini-projet sportif collectif (football, futsal) ou autre activité de groupe régulière, en parallèle à des aménagements verts (cour végétalisée, espaces de repos avec végétation).
  • Associer les détenus à la conception (co-construction) pour renforcer l’appropriation.

2. Collecte de données avant-après

  • Indicateurs quantitatifs (infractions internes, médiations, fréquentation des espaces communs)
  • Enquêtes qualitatives (perceptions des détenus et du personnel sur le climat, les liens sociaux, la dignité)
  • Suivi à moyen terme (comportement, réinsertion, récidive).

3. Pilotage adaptatif

  • Ajustements selon les retours (espaces mal utilisés, tensions, contraintes logistiques)
  • Communication transparente sur les objectifs — éviter les interprétations manipulatrices.

4. Extension graduée

  • Si les résultats sont positifs, étendre le dispositif à d’autres unités/prisons, en adaptant aux spécificités locales (climat, architecture, effectifs).
  • Intégrer le dispositif aux programmes de réinsertion : valoriser les compétences acquises (gestion d’espaces verts, animation de groupes, formation sportive) pour la sortie.

L’étude de Newson et al. (2024) ouvre un champ stimulant pour la justice pénale : la valorisation du lien social interne comme instrument de transformation institutionnelle. En mobilisant le sport pour créer de la cohésion, elle démontre qu’au-delà du contrôle, la prison peut devenir un lieu de reconstruction sociale.

Pour les professionnels de la justice, cette recherche invite à repenser la prison non seulement en termes de sécurité et de rigueur, mais aussi en termes de culture collective, d’identification sociale et de continuité avec la société extérieure. Une stratégie holistique qui combine cohésion sociale, accompagnement individuel et aménagement écologique offre un horizon prometteur.

 

Tafrate

L’attrition – définie comme la non-complétion des programmes judiciaires ou thérapeutiques – constitue une problématique récurrente. Une méta-analyse d’Olver, Stockdale et Wormith (2011) a montré que près d’un tiers des justiciables engagés dans un programme communautaire abandonnent avant la fin, et que ces non-compléteurs présentent un risque de récidive accru de 23 % par rapport aux participants qui achèvent leur prise en charge.

Mitchell

Traditionnellement, les prédicteurs de l’attrition incluent les troubles de la personnalité, la psychopathie, les antécédents criminels et l’attitude face au traitement. L’étude de Mitchell et al. (2013) apporte une contribution essentielle en examinant spécifiquement le rôle des styles de pensée criminelle mesurés à l’aide d’un instrument validé, le Criminogenic Thinking Profile (CTP ; Mitchell & Tafrate, 2012).

Méthodologie

Deux contextes communautaires distincts ont été étudiés :

  • Day Reporting Center (DRC) : 141 participants (probationnaires et prévenus), suivis en moyenne 141 jours.
  • Sober House (SH) : 184 participants souffrant de dépendances (dont 27 % sous probation/parole), suivis en moyenne 46 jours.

Les dimensions cognitives du CTP comprennent :

  • Disregard for Others (manque d’empathie),
  • Demand for Excitement (quête de sensations fortes),
  • Poor Judgment (mauvaise anticipation des conséquences),
  • Emotionally Disengaged (désengagement émotionnel),
  • Parasitic/Exploitive, Justifying, Inability to Cope, Grandiosity.

L’issue principale était la complétion ou non du programme.

Résultats

  1. Association générale
    Dans les deux échantillons, les non-compléteurs présentaient des scores totaux de pensée criminelle significativement plus élevés que les compléteurs (p < .05), confirmant le rôle de ces cognitions comme facteur de risque d’attrition.

  2. Profil spécifique au DRC

  • Attrition corrélée à : Disregard for Others (OR = 1.16, p = .01) et Demand for Excitement (OR = 1.21, p = .03).
  • Les non-compléteurs manifestaient un manque marqué d’empathie et une recherche de stimulation.
  1. Profil spécifique au SH

  • Attrition prédite par : Demand for Excitement (OR = 1.17, p = .04).
  • Les non-compléteurs se distinguaient également par des scores plus élevés en Emotionally Disengaged et Inability to Cope, suggérant des difficultés d’autorégulation et de gestion des émotions.

Les résultats confirment que la pensée criminelle ne constitue pas seulement un besoin criminogène (RBR, Andrews & Bonta, 2010), mais aussi un facteur de récéptivité qui interfère avec l’engagement et la persévérance dans les programmes.

  • Pour les DRC, le manque d’égard pour autrui apparaît central : l’absence d’empathie et la désinvolture vis-à-vis des règles peuvent générer des conflits avec les intervenants, précipitant l’exclusion ou le retrait.
  • Pour les SH, c’est la recherche d’excitation et l’incapacité à tolérer l’ennui qui dominent, reflétant des vulnérabilités typiques des personnes avec un passé de consommation problématique.

Ces données complètent les constats de Walters (2004) et Berman (2004) sur la valeur prédictive de certains styles cognitifs pour l’attrition, tout en élargissant l’analyse aux programmes communautaires, là où la majorité des justiciables sont suivis (Pew Center on the States, 2009).

Implications pratiques

  • Évaluation précoce : intégrer systématiquement une mesure standardisée des pensées criminelles (p. ex. CTP, PICTS ; Walters, 1995) dès l’admission.
  • Modules préparatoires : cibler la motivation et l’alliance thérapeutique pour limiter l’impact des styles cognitifs dysfonctionnels.
  • Adaptation différenciée :
    • En DRC, travailler sur l’empathie et la responsabilisation.
    • En SH, développer la tolérance à la frustration et les stratégies de coping.
  • Perspective RBR : considérer la pensée criminelle à la fois comme cible d’intervention et comme obstacle initial à lever pour assurer la réceptivité.

L’étude de Mitchell et al. (2013) démontre que des profils cognitifs distincts sont associés à l’attrition selon le type de programme communautaire. La prise en compte de ces schémas dès l’évaluation initiale permettrait d’améliorer la rétention et, in fine, de réduire la récidive.

Référence principale : Mitchell, D., Tafrate, R. C., Hogan, T., & Olver, M. E. (2013). An exploration of the association between criminal thinking and community program attrition. Journal of Criminal Justice, 41(2), 81–89. https://doi.org/10.1016/j.jcrimjus.2012.09.003

Le Cognitive Behavioral Interventions for Substance Use (CBI-SU) est un programme structuré de traitement qui utilise les principes de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) pour aider les individus, en particulier dans les populations carcérales, à surmonter leurs problèmes de toxicomanie.

Son postulat de base est que l’usage de substances est un comportement appris qui peut être modifié en travaillant sur les pensées (cognitions), les émotions et les comportements qui entretiennent ce cycle de dépendance.

Public Cible et Contexte

  • Population : Il est conçu pour des individus ayant des besoins modérés à élevés en matière de toxicomanie. Il est spécifiquement adapté et validé pour être utilisé avec des populations sous main de justice (détenus, personnes en probation ou en libération conditionnelle).

  • Cadre d’utilisation : Le programme peut être délivré comme une intervention autonome ou intégré dans un programme de réhabilitation plus large au sein des établissements pénitentiaires.

Interventions Cognitivo-Comportementales pour l’Usage de Substances (CBI-SU)

Le programme des Interventions Cognitivo-Comportementales pour l’Usage de Substances (CBI-SU) est conçu pour les individus présentant des besoins modérés à élevés dans le domaine de la toxicomanie et est particulièrement adapté aux populations carcérales. Le programme peut être dispensé en tant qu’intervention autonome en matière de toxicomanie, ou intégré à un programme plus large, en particulier ceux conçus pour les clients du système correctionnel. Comme le nom du programme l’indique, cette intervention s’appuie sur une approche cognitivo-comportementale pour enseigner aux participants des stratégies visant à éviter l’abus de substances. Le programme accorde une grande importance aux activités de renforcement des compétences pour aider au développement des capacités cognitives, sociales, émotionnelles et d’adaptation. Ces stratégies cognitivo-comportementales ont régulièrement démontré des effets thérapeutiques élevés, y compris lorsqu’elles sont utilisées avec une population carcérale. L’Université de Cincinnati (UC) est l’unique propriétaire et détentrice des droits d’auteur du manuel et du programme de formation CBI-SU. Une version pour adolescents est également disponible.

APERÇU

Les composantes du programme de 39 séances incluent les suivantes :

  • Module de pré-traitement (optionnel)
  • Module 1 : Engagement motivationnel
  • Module 2 : Restructuration cognitive
  • Module 3 : Régulation des émotions
  • Module 4 : Compétences sociales
  • Module 5 : Résolution de problèmes
  • Module 6 : Planification de la réussite

FORMATION DES ANIMATEURS

La formation des animateurs consiste en trois journées de sessions pour un maximum de 18 stagiaires, et est structurée comme suit :

  • Jour 1 : Aperçu du programme, description/démonstrations/mises en pratique des séances 1 à 5
  • Jour 2 : Description/démonstrations/mises en pratique des séances 6 à 20
  • Jour 3 : Description/démonstrations/mises en pratique des séances 21 à 39, discussion sur la mise en œuvre

L’objectif est de fournir un programme à haute fidélité. Les programmes et interventions de l’UCCI sont libres d’utilisation ! Notre mission est de rechercher, développer, diffuser et mettre en œuvre des pratiques fondées sur des preuves dans le domaine correctionnel. À ce titre, nous avons travaillé avec l’université pour offrir ce programme sans frais « par participant ». Bien que propriété copyrightée de l’Université de Cincinnati, les documents de formation reçus lors de nos sessions de formation incluent l’autorisation de photocopier les ressources nécessaires pour faciliter les interventions. Une fois que les animateurs formés ont mené au moins deux cycles complets du programme, ils peuvent être éligibles pour participer à un programme de formation de formateurs afin de renforcer la pérennité du programme au sein de leur agence.

CONTACT

Pour plus d’informations sur le programme CBI-SU de l’UC, veuillez contacter la directrice de programme UCCI, Jennifer Scott, à l’adresse Jennifer.Scott@uc.edu ou visiter le site Web à l’adresse www.uc.edu/corrections.

SEANCES

  1. Pré-traitement (Optionnel) : Traite la résistance au changement en aidant les participants à peser le pour et le contre de leur consommation.

    • Explorer les raisons de la résistance
    • Repenser la résistance
    • Peser le pour et le contre
  2. Module 1 – Engagement Motivationnel : Aide à clarifier les valeurs personnelles, à fixer des objectifs et à renforcer la motivation interne pour le changement.

    • Introduction aux Interventions Cognitivo-Comportementales pour l’Usage de Substances
    • Peser les coûts et les bénéfices
    • Clarifier les valeurs
    • Fixer un objectif
    • Créer un plan d’urgence
  3. Module 2 – Restructuration Cognitive : Enseigne à reconnaître, challenger et remplacer les pensées qui conduisent à l’usage de substances.

    • Contrôler ses émotions
    • Reconnaître ses sentiments
    • Apprendre la maîtrise de soi
    • Utiliser la maîtrise de soi
    • Gérer les envies compulsives
    • Gérer la colère
    • Gérer le stress, l’anxiété et la tristesse
    • Gérer le rejet et l’échec
  4. Module 3 – Régulation Émotionnelle : Se concentre sur l’identification des sentiments, la gestion des émotions difficiles (colère, stress) et le contrôle des envies compulsives.

    • Introduction aux compétences sociales
    • Avoir une conversation
    • Comprendre les sentiments des autres
    • Décider de dire « Non »
    • Exprimer ses besoins
    • Trouver du soutien
    • S’affirmer
    • Répondre aux critiques
    • Gérer la pression des pairs
    • S’impliquer dans une activité positive
    • Célébrer un événement positif
  5. Module 4 – Compétences Sociales : Développe des aptitudes essentielles comme dire « non », résister à la pression, gérer les critiques et trouver un réseau de soutien positif.

    • Introduction aux compétences sociales
    • Avoir une conversation
    • Comprendre les sentiments des autres
    • Décider de dire « Non »
    • Exprimer ses besoins
    • Trouver du soutien
    • S’affirmer
    • Répondre aux critiques
    • Gérer la pression des pairs
    • S’impliquer dans une activité positive
    • Célébrer un événement positif
  6. Module 5 – Résolution de Problèmes : Offre une méthode étape par étape pour faire face aux problèmes sans recourir aux substances.

    • Introduction à la résolution de problèmes
    • Identifier son problème et son objectif
    • Brainstorming d’options
    • Planifier et essayer sa solution
  7. Module 6 – Planification de la Réussite : Aide les participants à élaborer un plan personnalisé pour prévenir les rechutes et poursuivre leurs objectifs après le programme.

    • Élaborer un plan
    • Remonter à la source
    • Réinventer ma vie
    • Rester sur la bonne voie
    • Réagir à un obstacle
    • Répéter mon plan
    • Présenter mon plan

La plupart des approches contemporaines en matière de traitement des auteurs d’infractions sexuelles reposent sur des programmes de thérapie cognitivo-comportementale (TCC), fondés sur les principes du Risque-Besoins-Receptivité (RBR). Pourtant, nombre de ces interventions échouent à produire les résultats escomptés si les participants n’y sont ni prêts psychologiquement, ni motivés à changer.

C’est ce postulat que l’étude de Renn et al. (2021) vient interroger, en analysant l’impact d’un programme préparatoire structuré avant l’entrée dans un traitement sexologique intensif en milieu carcéral.

Tanya Renn , Christopher Veeh , Melissa D. Grady , David Edwards , Carrie Pettus-Davis & Katherine Kelton (2021): The Role of Preparatory Programming in
Increasing the Effectiveness of a Sex Offender Treatment Intervention, Victims & Offenders Lien

🔍 Objectif de l’étude

Question de recherche : « Un programme de préparation peut-il améliorer l’engagement, la rétention et l’efficacité globale du traitement chez les auteurs d’infractions sexuelles ? »

Pour y répondre, les auteurs ont comparé deux groupes :

  • un groupe ayant suivi une intervention préparatoire structurée (12 semaines),
  • un groupe sans préparation, entrant directement dans le programme de traitement standard.

Le programme préparatoire

Le pré-programme analysé dans l’étude dure environ trois mois. Il vise à :

  • Développer la motivation au changement
  • Introduire les concepts de responsabilité, distorsions cognitives, cycles délictueux
  • Favoriser la participation active, l’écoute et la gestion émotionnelle
  • Travailler sur la gestion de la honte, du déni et de la minimisation

Il agit donc comme un sas psychologique permettant une meilleure réception des contenus ultérieurs du traitement intensif.

Les auteurs ont observé des différences significatives entre les deux groupes :

Indicateur Groupe avec pré-programme Groupe sans préparation
Taux de rétention dans le programme principal +15 % Référence
Engagement actif aux séances Nettement plus élevé Moindre implication
Progression dans les stades de changement (modèle de Prochaska) Majoritairement en action ou préparation Plusieurs en pré-contemplation
Réduction des distorsions cognitives Amélioration observée Peu d’évolution mesurable

Les auteurs mobilisent plusieurs cadres théoriques pour expliquer ces effets :

  1. Théorie de la motivation à changer (Prochaska & DiClemente) :
    → Un traitement imposé à des sujets non motivés est inefficace, voire contre-productif.
  2. Théorie de la réceptivité (Responsivity principle, Andrews & Bonta) :
    → Adapter le traitement au niveau de préparation psychologique du sujet augmente l’impact.
  3. Trauma & shame sensitivity :
    → Certains participants, paralysés par la honte ou le trauma, ont besoin d’une première phase de stabilisation.

Quelles Implications pratiques?

Pour les professionnels en criminologie, psychocriminologie ou administration pénitentiaire, cette étude suggère plusieurs pistes concrètes :

  • Ne pas précipiter l’entrée dans les programmes intensifs : le temps de préparation n’est pas une perte, mais un investissement.
  • Former les intervenants à la motivation au changement : techniques d’entretien motivationnel, modèle transthéorique, écoute active.
  • Créer des groupes de parole “pré-TCC” en prison ou en milieu communautaire pour traiter la honte, le déni, et favoriser l’auto-questionnement.

L’efficacité d’un traitement dépend aussi de la qualité de la préparation: Un programme préparatoire bien structuré augmente la participation, améliore la rétention, et favorise l’adhésion cognitive et émotionnelle des participants.

💬 Comme le concluent les auteurs : “Treatment readiness should not be assumed. It must be fostered.”

Programme de sensibilisation à la délinquance sexuelle (SDS) –  Canada, Quebec

Objectifs et mission

Le Programme SDS vise à :

  • Sensibiliser des adultes ou des adolescent·e·s (12 ans et plus) qui ont commis, risquent de commettre, ou présentent des fantasmes sexuels problématiques sans passage à l’acte.
  • Prévenir les agressions sexuelles et protéger les enfants et adolescent·e·s. Offrir une entrée préliminaire avant le traitement thérapeutique, dans une approche d’éducation et de conscientisation.

Le CIDS opère selon des approches théoriques cognitivo-comportementales, incluant la thérapie centrée sur les schémas, l’acceptation et l’engagement, l’approche motivationnelle et la thérapie d’impact.

Public cible

  • Adolescents (12 ans et plus) et adultes, sous supervision judiciaire ou non, ainsi que personnes à risque ou proches concernés.
  • Le programme SDS est exclu pour les personnes présentant un trouble intellectuel ou un trouble du spectre de l’autisme.

Structure du programme SDS

1. Collecte des données

Rencontre individuelle (souvent une seule, parfois deux) pour dresser le profil, orienter le suivi et alimenter la recherche.

2. Sensibilisation à la délinquance sexuelle (SDS)

  • Adolescents : 8 séances hebdomadaires de groupe (1 h 30 chacune), composé de 6 participant·e·s, suivi d’une rencontre de bilan individuelle. Des rencontres familiales peuvent être intégrées si nécessaire.
  • Adultes : 13 séances de groupe hebdomadaires (de 2 heures chacune) avec environ 10 participant·e·s, en groupe fermé, suivies d’une rencontre individuelle de bilan.
  • Une alternative individuelle est possible si le cas le justifie.

Contenu et méthode :

  • Basé sur une approche cognitivo‑comportementale, structurée autour du modèle Risque‑Besoins‑Réceptivité (RBR)
  • Intègre des interventions spécifiques telles que la thérapie centrée sur les schémas, l’acceptation et l’engagement (ACT), la thérapie d’impact émotionnel et l’approche motivationnelle pour soutenir l’engagement au processus.
  • Vise à :

  1. Comprendre les facteurs cognitifs, émotionnels et circonstanciels ayant mené aux gestes problématiques
  2. Identifier les facteurs de risque individuels (distortions cognitives, déclencheurs, situations à risque…)
  3. Développer des stratégies actives de gestion des pulsions et de maîtrise de soi
  4. Construire un projet personnel de vie plus équilibré, avec de meilleures habiletés sociales et une éducation sexuelle adéquate.

3. Rapport de bilan

  • À la fin du programme (adultes ou ados), l’intervenant·e rédige un rapport de fin de suivi dressant un bilan de progression et recommandant les étapes à venir.
  • Confidentialité stricte sur les données personnelles, à moins d’un consentement explicite ou d’une obligation légale.

Approche pédagogique et espérance de résultats

  • L’approche pédagogique s’appuie sur des sessions en petits groupes fermés, permettant interaction, réflexion collective et responsabilisation.
  • Les objectifs attendus incluent :
    • une meilleure compréhension de sa problématique sexuelle,
    • une prise de conscience du risque ou du délit,
    • et une volonté de prévenir le passage à l’acte ou la récidive.

Résumé

Élément Détail
Public Adolescents (≥ 12 ans) et adultes (judiciarisé·e ou non)
Durée du programme (SDS) Adolescents : 8 × 1 h 30 + bilan individuel<br>Adultes : 13 × 2 h + bilan individuel
Taille des groupes Adolescents : ~6 personnes<br>Adultes : ~10 personnes
Approche Cognitivo‑comportementale + schémas, ACT, motivation, etc.
Coût du SDS 15 $ (gratuit pour les adolescents résident·e·s de Laval)
Rapport final Oui, rédigé par l’intervenant·e
Lieu Laval, Montréal, Valleyfield (aussi en détention)