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ARTE.TV, emission « 42 » (2022) Y a-t-il un psychopathe en nous ?

❓Y a-t-il un psychopathe en nous?
👉 C’est la question posée par ce court documentaire d’Arte.tv, qui évoque entre autres la check-list de Hare, la PCL-R
👉Il y est abordé également les travaux de James Fallon sur les spécificités du fonctionnement cérébral des psychopathes et les caractéristiques génétiques prédisposantes.
👉Si la figure du tueur en série fascine Hollywood, la plupart des psychopathes ne sont pas des assassins. Malins, ils se fondent dans la masse. Alors comment les reconnaître ? Et sont-ils dangereux ?

FEDERAL PROBATION JOURNAL, Gary S. Cuddeback (Virginia Commonwealth University), Tonya Van Deinse (University of North Carolina at Chapel Hill), Ashley D. Givens (University of Missouri—Columbia), Andrea Murray Lichtman (University of North Carolina at Chapel Hill), Mariah Cowell (University of Utah); Elena DiRosa (University of North Carolina at Chapel Hill) (2022) Les personnes atteintes de maladies mentales dans le milieu pénal : Problèmes complexes et meilleures pratiques

 

Extrait:

LES PERSONNES EN PROBATION qui souffrent de maladies mentales graves sont confrontées à des défis complexes liés à l’instabilité du logement, les problèmes de consommation, au chômage, aux traumatismes, aux problèmes de santé physique comorbides et aux symptômes de maladies mentales qui rendent leur supervision plus difficile (Garcia & Abukhadra, 2021 ; Givens & Cuddeback, 2021 ; Lurigio et al., 2003). Cela est d’autant plus important que la population sous surveillance communautaire (milieu ouvet) s’élève à près de 4,3 millions de personnes et que des estimations prudentes suggèrent qu’environ 16% des personnes sous surveillance communautaire souffrent d’une maladie mentale (Oudekerk & Kaeble, 2021). Par rapport aux personnes en probation qui ne souffrent pas de maladies mentales, les probationnaires atteints de maladies mentales sollicitent davantage les agents de probation en raison de l’augmentation de leurs besoins criminogènes et non criminogènes, en particulier les limitations fonctionnelles et les problèmes de consommation, qui exigent plus de temps, d’énergie et de ressources de la part des agents de probation (Skeem & Petrila, 2004). Les probationnaires atteints de maladies mentales présentent également de faibles taux d’adhésion aux traitements de santé mentale (Kreyenbuhl et al., 2009 ; MacBeth et al., 2013). En outre, les personnes en probation qui souffrent de maladies mentales ont des taux élevés de violations et de révocations de la probation (Eno Louden & Skeem, 2011) et subissent des conséquences plus importantes que celles qui ne souffrent pas de maladies mentales (Eno Louden & Skeem, 2011 ; Prins & Draper, 2009).

À bien des égards, les stratégies de suivi en probation pour les personnes atteintes de maladies mentales ressemblent à celles appliquées aux probationnaires sans maladie mentale (par exemple, il est essentiel d’aider à obtenir un logement sûr et adéquat, des opportunités d’emploi et des soutiens prosociaux) ; cependant, l’obtention d’un logement, d’un emploi et d’un soutien social est souvent plus difficile pour les personnes atteintes de maladies mentales, en particulier pour celles qui sont sous main de justice. Il est donc primordial d’aborder ces questions dans le cadre d’une orientation de supervision axée sur la résolution des problèmes et en tenant compte des défis particuliers auxquels sont confrontées les personnes atteintes de maladies mentales. Dans cet article, nous nous concentrerons sur les défis de la supervision des personnes atteintes de maladies mentales graves qui sont en probation. Plus précisément, nous allons (a) définir les maladies mentales graves et persistantes ; (b) discuter des besoins complexes des personnes atteintes de maladies mentales dans le système de justice pénale ; et (c) décrire les pratiques fondées sur des preuves et d’autres interventions pour les personnes atteintes de maladies mentales dans le système de justice pénale.

Que doit savoir le personnel de probation sur les maladies mentales graves et persistantes?

La maladie mentale sévère et persistante, ou maladie mentale grave, est généralement définie comme la conjonction d’un diagnostic, d’une incapacité et d’une durée (Goldman et al., 1981). Le diagnostic fait généralement référence aux diagnostics les plus profondément invalidants, tels que la schizophrénie, le trouble bipolaire et/ou la dépression majeure. Ensuite, l’incapacité suggère qu’une personne est si profondément malade qu’elle a du mal à fonctionner dans la communauté sans un traitement et un soutien importants pour les problèmes de santé mentale. Enfin, la durée suggère que le diagnostic invalidant dure depuis plusieurs années ou plus (Goldman et al., 1981). Il est important de noter que Goldman et al. (1981) ont proposé cette définition en réponse à la nécessité, à l’époque, de fournir des lignes directrices pour définir et compter les personnes atteintes de maladies mentales.

Depuis, d’autres groupes ont proposé des méthodes et des définitions similaires (Parabiaghi et al., 2006 ; Ruggeri et al., 2000 ; Schinnar et al., 1990), bien que ces définitions n’aient pas été formellement appliquées aux populations de personnes atteintes de maladies mentales impliquées dans la justice, et que des estimations fiables du nombre de personnes en probation atteintes de maladies mentales sévères et persistantes restent difficiles à obtenir. En outre, bien qu’il existe d’autres diagnostics de santé mentale, tels que la dysthymie, les troubles anxieux ou le stress post-traumatique, la maladie mentale sévère et persistante – souvent abrégée en SPMI (severe and persistent mental illness) ou SMI (severe mental illness) – est utilisée pour décrire les personnes souffrant de maladies mentales invalidantes. Étant donné que les agents de probation rencontrent régulièrement des délinquants souffrant de dépression, de troubles bipolaires et de schizophrénie, nous allons prendre le temps de décrire chacun de ces diagnostics.

Conclusion

Le grand nombre de personnes atteintes de maladies mentales dans le système judiciaire pénal présente des défis complexes et uniques pour le personnel de probation et les autres agents du système judiciaire pénal. Pour superviser cette population, il est important de comprendre la maladie mentale et de reconnaître comment les symptômes de la maladie mentale peuvent rendre difficile le respect des exigences de la probation, ainsi que de mettre ces personnes en contact avec des prises en charges ou programmes fondés sur des preuves et conçus pour traiter l’abus de substances, l’absence de domicile, le chômage et le soutien social.

Les personnes atteintes de maladies mentales dans le milieu pénal _ Problèmes complexes et meilleures pratiques

Article original (ENG): https://www.uscourts.gov/sites/default/files/86_1_3_0.pdf

Gestion de la colère pour les clients souffrant de troubles liés à l’utilisation de substances psychoactives et de troubles mentaux : Manuel du participant

U.S. DEPARTMENT OF HEALTH AND HUMAN SERVICES
Substance Abuse and Mental Health Services Administration
Center for Substance Abuse Treatment

AVANT-PROPOS
La colère et les troubles liés à l’utilisation de substances psychoactives coexistent souvent, ce qui augmente le risque de conséquences négatives comme l’agression physique, l’automutilation, des relations perturbées, la perte d’un emploi ou l’implication dans la justice pénale. Selon une méta-analyse de 23 études réalisée en 2014, près de la moitié des personnes ayant commis un homicide étaient sous l’influence sous l’influence de l’alcool et 37 % étaient en état d’ébriété (Kuhns, Exum, Clodfelter, & Bottia, 2014). La colère, la violence et le stress traumatique associé peuvent souvent être en corrélation avec l’initiation à la consommation de drogues et d’alcool et peuvent être une conséquence de la consommation de substances. Les personnes qui vivent des événements traumatisants, par exemple, peuvent éprouver de la colère et agir de manière violente, ainsi que faire un usage abusif de drogues ou d’alcool. Les cliniciens constatent souvent que la colère et la violence sont liées à la consommation de substances (Shopshire & Reilly, 2013).
De nombreux clients souffrant de problèmes de santé mentale et de toxicomanie ont vécu des événements traumatisants qui entraînent à leur tour une consommation de substances, de la colère et un risque accru de violence. Des méta-analyses ont démontré de manière fiable l’efficacité de la thérapie cognitivo-comportementale dans le traitement des addictions et d’autres problèmes de santé mentale, tels que la dépression, le stress post-traumatique et l’anxiété.
Afin de fournir aux cliniciens des outils pour les aider à traiter cette question importante, le Center for Substance Abuse Treatment (Centre de traitement de l’abus de substances,  Substance Abuse and Mental Health Services Administration) a le plaisir de présenter des versions révisées et mises à jour de l’ouvrage « Anger Management for Substance Use Disorder and Mental Health Clients (Gestion de la colère pour les clients souffrant de troubles liés à l’utilisation de substances psychoactives et de troubles mentaux) : Manuel du participant, qui ont été publiés à l’origine en 2002.
La conception du traitement de la gestion de la colère dans ce manuel, qui a été appliquée à des milliers de clients au cours des trois dernières décennies, a été très apprécié des cliniciens et des clients. Le format du manuel se prête à une utilisation dans une variété de contextes cliniques ; il peut être adapté à différents groupes minoritaires raciaux et ethniques et des sexes, ainsi que des divers contextes de traitement, et sera un outil utile pour le domaine.

Elinore F. McCance-Katz, M.D., Ph.D.
Assistant Secretary for Mental Health and Substance Use
Substance Abuse and Mental Health Services Administration

https://store.samhsa.gov/sites/default/files/d7/priv/anger_management_manual_508_compliant.pdf

Si le lien est brisé: anger_management_manual_508_compliant

Seena FAZEL & Université d’OXFORD: OXRISK, Panel d’outils d’évaluation du risque

OxRec est un calculateur de risque en ligne permettant d’évaluer le risque de récidive chez les détenus. Cet outil a été développé par le groupe de psychiatrie et de psychologie légale de l’Université d’Oxford et est disponible sur le site OxRisk.com.

Comment a-t-il été développé ?

OxRec a été développé et validé en Suède, sur la base du suivi de 47 326 prisonniers libérés sur une période de 10 ans. Les variables prédictives potentielles à inclure dans OxRec ont été tirées d’un examen minutieux des données relatives aux antécédents criminels et aux facteurs sociodémographiques et cliniques, et n’ont été retenues que celles qui étaient à la fois des facteurs de risque fiables et relativement faciles à évaluer.

Tout d’abord, le modèle OxRec a été dérivé à partir des données de 37 100 prisonniers, et 14 facteurs sociodémographiques et cliniques, pour la plupart collectés de manière routinière, ont été inclus dans le modèle final. Ensuite, le modèle a fait l’objet d’une validation externe auprès d’un groupe distinct de 10 226 détenus afin d’établir sa performance dans un nouvel échantillon. Le modèle génère un calculateur de risque simple (OxRec) qui produit deux résultats – des catégories (faible, moyen, élevé) et des scores de probabilité (%) basés sur la récidive violente et la récidive tout court sur 1 et 2 ans.

La recherche qui sous-tend OxRec a été développée en utilisant les méthodes de la plus haute qualité dans le domaine, a été évaluée par des pairs et l’article original a été publié en libre accès dans le Lancet Psychiatry. OxRec a également fait l’objet d’une validation externe plus récente aux Pays-Bas (Scientific Reports), avec quelques prédicteurs adaptés pour tenir compte des besoins locaux. En outre, des validations au Tadjikistan (publiée dans Frontiers in Psychiatry et représentant l’une des seules validations externes d’un outil de justice pénale dans un pays à revenu faible/moyen) et au Royaume-Uni ont été réalisées. D’autres validations externes sont en cours en Finlande, en Suède et en Norvège, et des études de faisabilité sont en cours dans d’autres pays. Pour une bibliographie complète relative à OxRec, visitez l’onglet ‘New OxRisk tool validations’ sur OxRisk.com.

Un article récent qui traite des outils d’évaluation du risque pénal et du changement radical qu’offre OxRec a été publié dans le European Journal on Criminal Policy and Research (Journal européen de la politique et de la recherche criminelles).

Quand utiliser OxRec ?

OxRec est conçu pour prédire la récidive violente dans un délai d’un an et de deux ans dans deux populations : les prisonniers libérés et, aux Pays-Bas, il a été adapté pour être utilisé avec les probationnaires.

Qui peut utiliser OxRec ?

Les professionnels de la justice pénale et le personnel de santé peuvent utiliser l’outil OxRec, car l’évaluation des cas spécifiques nécessite l’interprétation de certaines des variables prédictives. Les personnes qui utilisent OxRec sont encouragées à lire d’autres documents de référence (y compris les articles publiés sur OxRec, tous disponibles gratuitement sur OxRisk.com) et toutes les vidéos de formation développées localement dans les différents pays.

Comment interpréter les résultats ?

Les résultats du calculateur OxRec comprennent des scores de probabilité de récidive violente dans un délai d’un an et de deux ans. Une probabilité de 10% pour 2 ans signifie qu’en moyenne, 1 individu sur 10 ayant les mêmes prédicteurs sera violent au cours des 2 prochaines années. Il s’agit d’une interprétation similaire à celle de la probabilité de pluie dans une application météo – ainsi, une probabilité de pluie de 50 % à un moment donné signifie qu’il y a une chance sur deux qu’il pleuve un jour similaire à celui d’aujourd’hui.

Le calculateur fournit également une catégorie de risque, basée sur des niveaux de risque pré-spécifiés identifiés sur le calculateur (et qui sont différents pour le risque à 1 an et à 2 ans).

Comment chaque élément doit-il être noté ?

Voir les descriptions des éléments sur la feuille de notation. La source d’information la meilleure et la plus récente doit être utilisée si possible. Certaines variables peuvent être notées comme inconnues et OxRec affichera des fourchettes de risque reflétant cette incertitude.

American Council on Science and Health (2017) Un nouveau modèle permet de prédire quels patients atteints de maladies mentales ne risquent pas d’être violents

La maladie mentale est toujours stigmatisée dans la société, en particulier pour ceux qui souffrent d’une forme grave, comme la schizophrénie ou les troubles bipolaires. Des incidents très médiatisés, au cours desquels un malade mental a commis un crime violent, ont donné naissance au stéréotype selon lequel les malades mentaux représentent une grave menace pour la société.

Il est certainement vrai que les taux de criminalité violente sont plus élevés chez les personnes souffrant de troubles mentaux graves que dans la population générale, puisque 5 à 10 % d’entre elles environ commettent un acte de violence dans les cinq ans qui suivent le diagnostic. Cependant, la grande majorité d’entre eux ne passent jamais à l’acte. La question est donc de savoir comment les psychiatres peuvent identifier le sous-ensemble de patients les plus susceptibles de devenir violents. Il existe déjà des outils d’évaluation des risques, mais la plupart d’entre eux sont peu fiables ou trop compliqués. Aujourd’hui, une équipe de chercheurs, dirigée par le Dr Seena Fazel, a mis au point un modèle qui permet de prédire avec précision quels sont les patients qui ne risquent pas de devenir violents.

L’équipe a recueilli des données sur 75 158 patients suédois âgés de 15 à 65 ans et souffrant de schizophrénie ou de troubles bipolaires. Certains de ces patients ont commis un crime violent dans l’année qui a suivi leur sortie de l’hôpital ou leur rencontre avec un psychiatre. Le modèle construit par les chercheurs est basé sur une régression multiple de 16 variables différentes, telles que le statut socio-économique et la consommation de drogues.

L’équipe du Dr Fazel a constaté que deux facteurs augmentaient considérablement la probabilité qu’une personne souffrant d’une maladie mentale grave commette un crime violent : Les antécédents de crimes violents (qui multiplient le risque par cinq) et le fait d’être un homme (qui fait plus que doubler le risque). En revanche, plus un patient est âgé, moins il est susceptible de commettre un crime violent. (Voir le graphique).

D’autres facteurs statistiquement significatifs, mais ayant un impact moindre sur le risque de violence, sont la consommation antérieure d’alcool ou de drogues, les épisodes antérieurs d’automutilation et le fait d’être hospitalisé. Il convient toutefois de garder à l’esprit que ces facteurs peuvent ne pas être à l’origine de la violence, mais plutôt servir d’indicateurs de la gravité de la maladie mentale. En effet, les malades mentaux ont souvent recours à l’automédication et les malades mentaux graves sont plus susceptibles d’être hospitalisés ou placés en institution.

Il est important de noter que le modèle a une valeur prédictive négative de 99,5 %. Cela signifie que si le modèle prédit qu’il est peu probable qu’un patient donné commette un crime violent, il y a 99,5 % de chances que le pronostic soit correct. En d’autres termes, comme l’écrivent les auteurs, « parmi les personnes identifiées comme présentant un faible risque, 199 sur 200 n’ont en fait pas commis d’infraction violente dans l’année qui a suivi ».

Malheureusement, la valeur prédictive positive n’était que de 11 %. Cela signifie que si le modèle prédit qu’un patient est susceptible de commettre un crime violent, il n’y a que 11 % de chances qu’il le fasse. Des recherches supplémentaires seront nécessaires pour améliorer cet aspect du modèle.

L’identification précise des patients souffrant de troubles mentaux graves qui sont probablement inoffensifs permettra aux psychiatres, aux responsables de la santé publique et aux forces de l’ordre de concentrer leur temps et leurs ressources limités sur les patients à plus haut risque. Ce modèle constitue donc une avancée considérable.

Source: Seena Fazel, Achim Wolf, Henrik Larsson, Paul Lichtenstein, Susan Mallett, Thomas Fanshawe. « Identification of low risk of violent crime in severe mental illness with a clinical prediction tool (Oxford Mental Illness and Violence tool [OxMIV]): a derivation and validation study. » Lancet Psychiatry. Online first. Published: 4-May-2017. DOI: 10.1016/S2215-0366(17)30109-8

[Les journées d’études des éducateurs pénitentiaires de l’AP de 1958 exposent les problémes de formation, de pratique des éducateurs pénitentiaires . Mais elles ont été également  l’occasion d’un exposé du Dr LAFFON exposant les théories (datées) et les méthodes de prise en charge de l’époque concernant les prisonniers. On y parle observation, méthode d’intervention, distinctions subtiles en les regrets et les remords ou comment aborder les prisonniers aux « abords difficiles »… Mais ce qu’on peut y lire 64 plus tard sur le suicide, l’homosexualité, la masturbation est… parfois ahurissant, parfois choquant…  mais trés éclairant sur l’époque…  ]

Mardi  24  juin  1958: Résumé  de  l’exposé  présenté  par  M.  le  Docteur  LAFON

Médecin-Chef  de  la  Section  Henry  COLLIN  à  l’hôpital  psychiatrique  de  Ville juif

Problèmes  psychopathologiques posés  par  les  détenus

En  cette  matière,  l ’éducateur  est  l ’assistant  du  médecin  psychiatre  de  l ’établissement;  il  doit,  par  une  observation  particulière des  manifestations  psychopathologiques  du  sujet  dont  il  communiquera  les  détails  au  praticien,  permettre  à  celui-ci  de  mieux étayer  son  diagnostic  et,  éventuellement,  d ’établir  un  traitement dont  les  effets  seront  suivis  et  contrôlés.

1— MÉTHODE  D ’OBSERVATION

L’étude  du  dossier,  du  passé  du  sujet,  ses  antécédents,  son milieu.

  • L ’observation  proprement

A )  L ’étude  du  dossier :

En  premier  lieu,  il  est  bon  d ’avoir  une  bonne  connaissance  du dossier.  Certains  crimes  ou  délits  révèlent  parfois  une  anomalie certaine.

Les  antécédents  mentaux,  personnels,  doivent  être  recherchés.

L ’hérédité  ne  se  manifeste  pas  de  façon  frappante,  le  plus  souvent,  mais  explique  une  certaine  fragilité  qui  rend  le  sujet  plus vulnérable  lors  d ’une  attaque  par  la  maladie  (exemple  fièvre typhoïde).

Les  antécédents  sociaux,  la  vie  du  milieu  familial  forment aussi  une  source  intéressante  de  renseignements.

B) L ’observation proprement  dite  :

Elle  est  pratiquée  d ’abord  sur  un  sujet  détenu  en  cellule. Cette  méthode  présente  certains  avantages  :  facilité  des  contacts, confiance,  qui  éliminent  les  réactions  d ’amour-propre  (plus  précisément  de  «fausse  honte»),  l ’interaction  du  groupe. Mais  aussi  des  inconvénients  :  une  vue  factice  du  sujet  en raison  du  comportement  artificiel  qu’impose  ce  régime,  ce  qui  peut fausser  le  jugement. En  particulier :  certains  s’adaptent  trop  bien  à  ce  régime. Trop  passifs,  trop  indifférents,  ils  laissent  présager  des  tendances schizoïdes  qui  peuvent  s’aggraver  et  les  conduire  à  la  démence précoce. Certains  sont  tout  simplement  opportunistes. D ’autres  réagissent,  s’aigrissent,  car  le  régime  est  éprouvant, surtout  pour  ceux  qui  ont  des  tendances  psycho-pathologiques.

Le  régime  cellulaire  est  strict,  disciplinaire;  il  fausse  donc  le comportement. A   Villejuif,  le  malade  isolé  n ’a  ni  vin,  ni  alcool,  ni  possibilité matérielle  d ’action  indisciplinée.  La  « sagesse»  est  ainsi  « obligatoire ».  On  ne  peut  en  tirer  aucune  indication  qui  permette  de présumer  du  comportement  futur.

En  conclusion,  se  méfier  pendant  cette  période  d ’une  vue  subjective  du  sujet  qui  pourra  être  démentie  par  la  suite  dans  la  vie du  groupe.

Le  délit :  Les  motifs  que  donne  le  détenu  de  son  délit  sont  à noter.  Cependant,  personne  n’accepte  une  dévalorisation  totale; le  détenu  utilisera  donc  le  plus  souvent  un  système  d’excuses  pour la  société,  mais  aussi  pour  lui-même,  afin  de  se  revaloriser  à  ses propres  yeux. Il  convient  de  ne  pas  démolir  ce  système  brutalement  mais, plus tard,  lentement  autant que possible, sans qu’il  en ait  conscience.

Les  abords  difficiles  :  Aborder  les  sujets  difficiles  par  la  bande, en  les  laissant  venir  eux-mêmes  au  sujet  brûlant.  Les faire  écrire (correspondance,  autobiographie,  romans  même).  Ils  se  livrent assez  facilement,  inconsciemment.  Les  délirants  surtout.

L ’observation  visuelle,  par  le  judas,  est  à  prohiber.  Elle  est sans  intérêt  et  déplaisante;  elle  n ’apporte  rien  à  l ’observateur.

L ’observation  en  commun :  Cette  nouvelle  période  présente pour  l ’observation  quelques  inconvénients,  contrepartie  des  avantages  de  l ’isolement.

Le  codétenu est un peu  le  confident naturel  du sujet ;  il échappe un  peu  à  l ’observateur. Mais  elle  a  l ’avantage  de  rendre  plus  objective  l ’observation. Les  faits  journaliers;  attitude  au  travail,  goûts,  affinités  pour  certains  groupes,  minutie,  désordre,  etc.,  seront  consignés  et  permettront  de  dégager  les  tendances,  la  personnalité  du  sujet.

2— LES RÉACTIONS QUE  PEUT PRÉSENTER LE  DÉTENU

Il  n ’y  a  pas  discontinuité  dans  les  différentes  manifestations réactionnelles,  mais  une  progressivité  qui  va  des  réactions  subnormales  aux  réactions  pathologiques. Tout  délinquant  est  déjà  un  peu  déséquilibré,  surtout  les multidélinquants.

Il  ne  faut  pas  ainsi  songer  à  obtenir  d ’eux  une  adaptation  trop parfaite.  Les « mous »  sont  anormaux  eux  aussi  ! Les différentes  catégories  de  réactions  que  l ’on  peut  observer sont  :

  • a) Réactions d ’excitation;
  • b) Réactions de  dépression;
  • c) Réactions de  persécution;
  • d) Réactions discordantes;
  • e) Réactions de  caractère  sexuel;
  • f) Réactions de simulation

a) Réactions d’excitation.

Fréquentes  en  cellule,  à  l ’isolement,  chez  ceux  qui  sont  un peu  déséquilibrés,  frustes,  petits  débiles,  à  la  vie  antérieure  semi-sauvage.  Leur  comportement  peut  être  comparé  à  celui  d’une  bête sauvage  que  l ’on  vient  de  mettre  en  cage.  Ces  réactions  s’atténuent  par  la  suite.  Chez  les  hyperémotifs  également,  à  la  suite  de contrariété,  énervement,  dû  à  diverses  causés  souvent  ignorées. Le  praticien  dispose  dans  ces  cas  de  médicaments  inoffensifs  :  les « tranquillisants »,  qui  atténuent  rapidement  ces  manifestations  et les  font  disparaître. La crise  de  nerfs  :  une  réaction  d ’excitation  plus  grave  est  la crise  de nerfs,  décharge  d ’une  tension  nerveuse  qui  s’est  accumulée. Elle  se  présente  sous  la  forme  de  cris,  mouvements  désordonnés d ’une  certaine  ampleur,  elle  ressemble un  peu à la crise épileptique. La  différence  est  parfois  difficile  à  déceler  pour  un  observateur:  non  qualifié.  Notons  que  « la  crise  de  nerfs »  est  consciente, annoncée;  elle  a  une  cause,  elle  est  choisie,. spectaculaire,  bruyante, et  peut  être  assez  longue. La  crise  épileptique  est  brutale,  imprévue,  discrète  dans  ses manifestations,  de  peu  de  durée,  5  minutes  environ,  sauf  dans  le cas  de  crises  en. chaîne,  fait  qui ‘est  très  rare.

La  crise  d’agitation  se  présente  sous  la  forme  de  coups  désordonnés,  bris  de  matériel,  carreaux,  etc. Pour  arrêter  ces  manifestations,  neutraliser  le  sujet  au  moyen d’une  grande  couverture  ou un  grand  drap,  jeté  sur  la tête,  ce  qui permettra  de  le  ligoter,  sans  lui  faire  de  mal. On  dispose  dans  ce  cas  aussi  d ’un  médicament  (le  Largactil) ;  administré  en  injection,  il  donne  de  bons  résultats  et  évite  le  ficelage,  le camisolage.

La  psychose  carcérale,  qui  se  présente  sous  forme  de  confusion mentale.  Il s ’agit d ’un  état pathologique ;  le malade doit être interné.

b) Réactions de  dépression.

La  tristesse  légitime  :  Elle  est  due  à  l ’incarcération,  la  frustration,  la  peine;  le  sujet  raisonne,  ne  manifeste  pas  de  confusion.

Le  remord,  qu’il  faut  différencier  du  regret,  est  extrêmement rare.  Purement  moral,  intérieur,  indépendant  du  châtiment,  il  est presque  anormal,  car  il  donne  une  impression  d’indignité  reconnue,  d ’une  auto-accusation  qui  prélude  le  plus  souvent  au  cafard, à  la  mélancolie,  et  peut  conduire  au  suicide.

Le  suicide  : Distinguer la tentative de  suicide vraie  de la fausse, celle  qui  est  simulée. Celle-ci,  d’ailleurs,  peut  quand  même  aboutir  à  la mort  de  son auteur,  quand  il  «rate»  sa  démonstration;  cela  s’est  souvent  produit. La  tentative  de  suicide  vraie  est  une  manifestation  que  l ’on peut  difficilement,  prévenir. Une  fouille  soignée  permettant  de  soustraire  tout  objet  dangereux,  une  surveillance  étroite  sont  les  moyens  matériels  dont  on dispose.,   On  peut  faire  appel  au  médecin  psychiatre  qui,  lui,  dispose de  l ’excellente  médication  qu’est  le  Largactil.  Ses  effets  sont  anesthésiants;  abattent  les.  nerfs;  permettent  de  faire  passer  au  sujet un  « cap »  difficile.  Cependant  Sénèque;  très  justement-,  déjà  écrivait  :  «En  vain  retient-on celui qui a envie de mourir… ».  Un  cas  récent  démontre jusqu’à quel point  peut  mener  l ’obstination  d ’un  candidat  au  suicide  :  « Un  désespéré  s ’est  suicidé  en  se  perçant  le  cœur  avec  une aiguille,  après plusieurs tâtonnements,  plusieurs essais infructueux ».

L ’automutilation  :  Courante  en  prison,  elle  est  difficile  à  caractériser  du  point  de  vue  psychologique.  Certaines  motivations  peuvent  être  facilement  décelées  :  désir  d ’hospitalisation  pour  tenter une  évasion,  besoin  d ’attirer  l ’attention,  réaction  mélancolique. Dans  ce  dernier  cas,  cela  peut  être  très  grave.

Le  refus  d’aliments  :  Leurs  auteurs  sont  des  opposants,  des déprimés  ou  des  délirants. Les  opposants,  les  « grévistes  de  la  faim »,  se  manifestent  d ’une façon  spectaculaire;  ils  ne  sont  pas,  le  plus  souvent,  passibles  d ’un traitement  médical  et  si  on  associe,  à  leur  grève  de  la  faim,  la  grève de  la  soif  obligatoire,  ils  se  lassent  très  rapidement,  car  le  corps humain  peut  supporter  beaucoup  plus  longtemps  le  manque  d ’alimentation  solide  que  liquide. Les  autres  cas  peuvent  être  soumis  au  médecin  psychiatre qui  dispose  de  :

1°  L ’alimentation  forcée,  par  sonde  (moyen  peu  élégant  bien sûr,  quelquefois  indispensable) ;

2°  Le  Largactil  déjà  cité,  plus  pratique,  plus  efficace  aussi clans  ce  cas.

Le  plus  important  reste  l ’alimentation  liquide.  Dans  les  cas graves,  on  pratique  l ’injection  liquide  sous-cutanée.

c) Réactions de  persécution.

Le  paranoïaque  se  caractérise  par  une  fausseté  de  jugement, une  surestimation  du  moi,  une  impression  de  persécution,  une  certaine  psychorigidité.  C ’est  le  plaideur-né.  Il  s’agit  chez  lui  d’une disposition  d ’esprit.  On  en  rencontre  beaucoup,  atteints  à  des  degrés différents  allant  jusqu ’aux  cas  les  plus  graves,  pathologiques. Chez  les  détenus  cela  peut  se  traduire  par  des  sentiments exprimés  que  l ’on  juge  exagérés.  Cependant,  il  faut  rechercher la  réalité  des  faits.  Ceux  qui  amplifient,  déforment sont :

Les  persécutés,  qui  font  un  délire  de  persécution,  accompagné quelquefois  d ’un  refus  d’aliment, causé  par  la  peur  irraisonnée.

Les  hallucinés,  qui  parlent,  entendent  des  voix, , comme si  une autre  personne  partageait  leur  cellule.; Ne  pas  confondre  avec  certaines  personnes. Parlant  seules,  sans but,  sans  raison.  Normales, celles-ci  n’ont  pas l ’attitude d’écoute.

Il  ne  s’agit  que  d ’un  monologue. L’halluciné  dialogue,  écoute.  Dans  les  réactions  de  persécution  il  ne  s’agit,  pour  lui,  que  de  « reproches »,  de  « différends ».

d) Réactions discordantes

Il  faut  penser  au  cas  des  trop  « bons »  détenus,  trop  calmes, trop  faciles,  trop  mous. Il  s  agit  d ’une  attitude  de  repli.  L ’indifférence  morale,  matérielle  est  totale,  vis-à-vis  de  tout,  famille,  entourage…  Elle  laisse présager  un  processus  dissociatif.

L  apragmatisme  :  Il  ne  faut  pas  le  confondre  avec  la  paresse naturelle,  habituelle. C ’est  un  processus  de  désadaptation,  il  peut  s’y  ajouter  quelques  bizarreries,  tics,  mimiques   discordantes,  rires  immotivés.  Il  peut  amorcer,  soit  lui  aussi  une  espèce  de  schizophrénie,  soit  une psychose  qui  se  manifestera  par  un  refus  d ’aliments,  par  des  réactions  impulsives,  gifles,  coups  irraisonnés.

e) Réactions de caractère sexuel

La  masturbation  banale,  peu  fréquente,  est  normale,  elle  ne pose  pas  de  problème. Trop  renouvelée,  elle  devient  anormale.  On  la  constate  chez les  débiles  mentaux,  chez  les  sujets  aux  réactions  d ’énervement par  une  espèce  de  « compensation ».

L ’homosexualité  :  Les  homosexuels  catalogués  «pédophiles» sont  le  plus  souvent  de  bons  détenus.  Ils  agissent  sur  des  enfants, ne  s’adressent  pas  aux  adultes,  en  général.  Ce  sont  des  timides, inhibés. Les  pratiquants  avec  des  adultes  posent  plus  de  problèmes

Parmi  eux  : Certains  sont  des  habituels, d’autres  acquièrent  ces  habitudes.  Ils  avaient  certainement  des tendances.  L ’incarcération  les  place  en  milieu  plus  propice  à  se laisser  aller  à  celles-ci.  On  ne  croit  guère  à  la  contamination  des adultes,  qui  n ’ont  aucune  tendance  anormale. Dans  les  habituels  distinguons  :  l ’initiative  ou  les  attaquants, la  passivité  ou  les  attaqués,  plutôt  que  les  actifs,  les  passifs. Les  attaquants  sont  les  plus  redoutables,  mais  les  attaqués, les  efféminés  en  particulier  cherchant  l ’initiative  d ’un  partenaire peuvent  être  provocants.

Quelle  attitude  adopter ?

D ’abord  ne  pas  avoir  la  hantise  de  la  possibilité  de  ces  actes en  prison.  Il  ne  faut  pas  faire  une  «psychose»  de  l ’homosexualité.  On  risquerait  de  la  créer  !  Chez  les  hommes,  elle  est  essentiellement  l ’expression  d ’un  besoin  physiologique.  L ’affectivité,  les sentiments,  interviennent  peu. Chez les  femmes,  au  contraire,  elle  est  sentimentale,  à  base d affectivité,  elle  est  le  plus  souvent  très  spectaculaire,  étalée  au grand  jour.

f) Réactions de simulation

Pure,  elle  est  rare.  Elle  survient  :  au  stade  prévention  d ’un crime  ou  d ’un  délit,  uniquement  utilitaire. Après  la  condamnation  elle  est  plus  rare,  elle  a  un  but  utilitaire  aussi,  envoi  dans  un  hôpital  en  vue  d ’une  tentative  d ’évasion  (par  exemple). En  fait,  il  y  a_le  plus  souvent,  fausse  simulation,  troubles  mal relatés,  sursimulation…,  ces  sujets  exagèrent  volontairement  des troubles  réels,  dont  ils  ont  conscience. La  simulation  est  en  réalité  difficile.  Le  simulateur,  profane  et pressé,  choisi  des  manifestations  spectaculaires,  immédiates,  qui  le fatiguent  rapidement.  Une  observation  prolongée,  le  lasse.

Un  « bon  simulateur »  devrait  procéder  lentement,  par  petites  touches, bien connaitre tous  les  symptômes  de  l ’état  pathologique choisi. Elle  est,  de  toute  façon,  pénible  au  sujet,  lui  crée  des  malaises, certains  troubles  même,  qui  le  gênent.

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Exemple de rapport dans un cadre médico légal de type « expertise psychologique » présenté dans le manuel : CBT with justice involved clients (Traitement cognitivo-comportemental avec des personnes sous main de justice) de Tafrate, Mitchell et Simourd

Nom : Parker, Hank Né le : 1er avril 1992

Nom de l’évaluateur : Wilson, Brenda Date d’achèvement du rapport : 20 juin 2017

OBJECTIF ET APERÇU DE L’ÉVALUATION

M. Parker est actuellement en probation pour avoir agressé une connaissance de sexe féminin. Une évaluation psychologique a été demandée par la Cour afin d’évaluer son état émotionnel actuel, les facteurs qui ont pu être responsables de son comportement et son potentiel pour un futur comportement criminel. Des recommandations concernant les éventuels traitements à envisager seront également proposées. L’évaluation a été basée sur un examen des informations pertinentes du dossier, un entretien d’évaluation clinique d’environ 2 heures et des tests psychologiques. Les tests psychologiques comprenaient des mesures de l’intelligence (Shipley Institute of Living Scale), du biais de réponse (Paulhus Deception Scales), de la colère (Anger Disorders Scale), des attitudes criminelles (Criminal Sentiments Scale-Modified), de la consommation de substances (Substance Use Behavior Survey), de l’aptitude à changer de mode de vie (Self-Improvement Orientation Scheme-Self Report) et un instrument de risque criminel à large échelle (Level of Service Inventory-Revised).

Au début de l’entretien, M. Parker a été informé de l’objectif et de la méthodologie (c’est-à-dire l’examen des documents du dossier, l’entretien clinique, l’administration de tests psychologiques) utilisés dans l’évaluation, y compris les avantages et les coûts de la participation. Il a également été informé des limites de la confidentialité et de la diffusion du rapport. M. Parker a indiqué qu’il comprenait toutes les questions, qu’il avait permis un accès inconditionnel à toutes les sources d’information potentielles et qu’il avait consenti à participer librement.

APERÇU DES INFRACTIONS ACTUELLES ET DE L’HISTOIRE JURIDIQUE

Infractions actuelles

M. Parker est un homme de 25 ans qui a été impliqué dans un une agression impliquant une connaissance féminine. Selon les informations du dossier, M. Parker et la victime sont reliés par des amis communs. Le jour de l’infraction, M. Parker fréquentait un groupe d’amis, et la victime était présente. À un moment donné, un désaccord est apparu entre plusieurs personnes, et M. Parker a poussé la victime de manière agressive. Bien que la victime se soit cognée la tête sur le béton, elle n’a pas subi de blessures physiques notables. M. Parker a été arrêté par la police sans incident peu après cet événement.

Au cours du présent entretien, M. Parker a décrit une version de son infraction qui était conforme aux documents officiels. Bien qu’il ait eu tendance à minimiser l’ampleur de ses actes, il a également fait preuve d’une certaine perspicacité quant aux circonstances entourant l’événement, qui reflétait un modeste remords et un désir de changer son mode de vie.

Antécédents judiciaires

Le contact de M. Parker avec le système de justice pénale a commencé lorsqu’il avait environ 18 ans. Il a été condamné pour trois délits antérieurs : possession et vente de stupéfiants, vol et conduite en état d’ivresse. Il a été brièvement emprisonné et condamné à des peines de probation pour ces délits. Il s’est généralement conformé à toutes les mesures de surveillances pénalement ordonnées.

Comportement en détention

M. Parker a été brièvement détenu en prison lors de son arrestation pour son délit actuel. Il a également été détenu en prison pour un délit antérieur. M. Parker s’est montré coopératif, s’est conformé au règlement et aux attentes, et n’a fait preuve d’aucune manifestation de comportement non conforme lors de ces occasions.

INFORMATIONS DE BASE

Enfance

M. Parker a indiqué qu’il était né et avait grandi dans une petite ville de Floride. Il est le cadet de deux enfants (il a un frère aîné) élevés par ses parents biologiques. Selon M. Parker, il a été élevé dans un quartier défavorisé (logements sociaux, criminalité élevée, etc.) et dans un environnement familial chaotique caractérisé par un dysfonctionnement social (par exemple, finances médiocres, habitudes et règles de la maison laxistes et abus de substances de la part des parents). Toutefois, M. Parker a eu des relations généralement positives avec les membres de sa famille pendant son enfance et il entretient actuellement des contacts environ tous les mois avec son frère et ses parents.

M. Parker a fait état d’un développement et d’un comportement relativement normaux chez les jeunes enfants, en dépit de sa situation familiale. Cela a toutefois changé lorsqu’il a eu environ 15 ans, quand il a développé des problèmes de comportement à la fois au sein et en dehors de la famille. Il est devenu plus impulsif et opposant à l’égard des figures d’autorité (par exemple, les parents et les enseignants). Aucun effort significatif de traitement ou d’intervention n’a été présenté à M. Parker à l’époque.

Liens avec l’école/le travail

M. Parker a un passé professionnel peu inspiré. En ce qui concerne l’école, il a une attitude raisonnablement positive à l’égard de l’école, mais il est « moyen » sur le plan scolaire. Bien qu’il n’ait pas eu d’échecs scolaires ni de problèmes chroniques à l’école ou de comportement, il a décrit sa carrière académique comme étant « limite » problématique. Il a déclaré avoir été suspendu pour s’être battu au moins une fois, ce qui semble avoir été lié à des problèmes de maîtrise de la colère.

M. Parker a quitté l’école après avoir terminé la 11e année, mais il a obtenu un diplôme de fin d’études secondaires ; son parcours professionnel semble disjoint, tout comme son parcours scolaire. Il a occupé « quelques » emplois de type manuel, mais il a une mauvaise attitude vis-à-vis du travail et ne fait que très peu d’efforts. Il a été licencié à une occasion pour ses mauvais résultats. M. Parker a décrit son intention de travailler dans le « transport poids lourds », mais n’a pas cherché à obtenir des informations qui lui permettraient d’accéder à ce type de travail. Il était au chômage au moment de son infraction actuelle.

Problèmes de santé physique / Psychopathologie

M. Parker est en bonne condition physique pour son âge et n’a aucun problème de santé qui pourrait interférer avec sa capacité à mener une vie positive ou à se conformer à un contrôle ou un traitement de la justice pénale. M. Parker a indiqué qu’il n’a pas d’antécédents de problèmes psychiatriques ou de santé mentale. Il a également affirmé n’avoir aucun antécédent d’automutilation.

Toxicomanie/Abus de substance

M. Parker boit jusqu’à l’ivresse plusieurs fois par mois lorsqu’il est avec ses amis. Il fume également de la marijuana. Il a commencé à consommer ces substances au milieu de son adolescence et n’a cessé depuis lors d’en faire usage. La fréquence de sa consommation de canabis tend à être relativement sporadique (c’est-à-dire chaque fois qu’il a suffisamment d’argent, ou s’il est en compagnie d’amis qui lui fournissent des substances). En outre, sa consommation de substances est régulièrement liée à des problèmes de comportement, et pratiquement toutes ses infractions sont liées à la consommation de ces substances. M. Parker a pour autant eu des périodes d’abstinence et est conscient de la nécessité de prêter attention à sa consommation de substances, bien qu’il n’ait jamais suivi de traitement contre la toxicomanie.

Relations familiales/romantiques/compagnons

M. Parker est une personne qui possède des compétences sociales adéquates et a la capacité d’entretenir des relations sociales positives. Malheureusement, il a tendance à être un peu suiveur, et la majorité de ses relations sociales sont avec des personnes qui ont des démêlés avec la justice. En ce qui concerne les relations amoureuses, M. Parker a indiqué qu’il est d’orientation hétérosexuelle et qu’il a eu « quelques » relations amoureuses, bien qu’aucune n’ait duré pendant une période significative. Sa description de ses relations indique qu’il a tendance à s’engager avec des femmes instables, impulsives/agressives et qui abusent de l’alcool. M. Parker est actuellement célibataire, mais il aimerait avoir une relation avec une personne « stable ».

Expériences de développement personnel

Le développement personnel est lié à l’intérêt ou à la tentative d’une personne de modifier des aspects indésirables de sa vie. Le changement exige des compétences, des aptitudes et une motivation pour y reussir, et un historique de développement personnel peut refléter le potentiel actuel de réussite d’une personne. M. Parker a des antécédents limités en matière de progrés personnels. Bien qu’il n’ait jamais participé à un programme officiel de traitement de la toxicomanie, il a arrêté de fumer et a tenté de réduire sa consommation de substances.

Historique d’autres évaluations professionnelles

M. Parker n’a jamais participé à des évaluations de santé mentale ou de risque criminel.

ENTRETIEN(S) ET RÉSULTATS DES TESTS

Présentation clinique

M. Parker a participé à un entretien clinique dans la matinée du 28 mars 2017, qui a duré 2 heures. Nous avons été en présence d’un homme blanc de taille moyenne et de poids normal, et il semblait avoir son âge déclaré. Il était habillé de façon décontractée mais non rasé. Au cours de l’entretien, M. Parker s’est montré quelque peu hésitant dans ses réponses aux questions, mais ses réponses semblaient sincères. Rien ne prouve qu’il ait été trompeur dans ses réponses.

Un examen de l’état mental effectué pendant l’entretien a révélé que M. Parker était d’humeur normale et qu’il n’avait aucune preuve d’hallucinations, de fuite d’idées ou d’associations lâches qui indiqueraient la présence d’une maladie mentale grave. Il a cependant présenté, en tant que personne ayant des difficultés de dysrégulation des émotions (à savoir, des problèmes de contrôle de la colère). En dehors de cela, M. Parker a un fonctionnement psychologique et psychiatrique normal à l’heure actuelle.

Résultats des tests

M. Parker a rempli une série de questionnaires psychologiques d’auto-évaluation. Il a fait preuve d’une bonne concentration et a rempli les mesures de manière consciencieuse dans les délais prévus.

Le Shipley Institute of Living Scale est une mesure générale de dépistage des performances intellectuelles. Les scores de M. Parker sur cette mesure le placent dans la moyenne par rapport aux normes standardisées. Ces résultats sont conformes aux impressions cliniques ; ils suggèrent qu’il possède des capacités intellectuelles suffisantes pour gérer efficacement sa vie et prendre des décisions, ainsi que pour toute aspiration professionnelle ou initiative de réadaptation qu’il pourrait souhaiter poursuivre.

L’échelle de déception de Paulhus (PDS) est un inventaire d’évaluation qui mesure le degré auquel un répondant fournit des réponses socialement souhaitables sur des questionnaires d’auto-évaluation. Il peut être considéré comme un indice d’imprécision et sert à évaluer l’honnêteté des répondants, ce qui permet de juger de la validité d’autres questionnaires d’auto-évaluation. Le profil des scores de M. Parker sur le PDS se situe dans la fourchette inférieure, au 23e percentile par rapport aux données normatives de la population sous main de justice. Ces résultats suggèrent que ses scores sur d’autres mesures d’auto-évaluation sont le reflet exact de son orientation personnelle actuelle.

Les recherches montrent qu’une dysrégulation émotionnelle excessive sous forme de colère est liée à une disposition comportementale qui peut déclencher un comportement délinquant, y compris la violence. L’échelle des troubles de la colère (ADS) est un instrument d’auto-évaluation conçu pour mesurer la propension d’une personne à éprouver des problèmes de colère. Des scores élevés sur l’instrument indiquent une plus grande prédisposition à ressentir et à exprimer la colère. Le score de M. Parker sur l’ADS se situe dans la fourchette haute, au 95e percentile par rapport aux données normatives. Ces résultats sont cohérents avec son fonctionnement clinique actuel et avec ses antécédents comportementaux d’agressivité. Dans l’ensemble, M. Parker montre des signes d’agressivité lorsqu’il est suffisamment provoqué.

La théorie et la recherche criminologiques indiquent que les croyances et pensées criminelles sont liées au comportement antisocial. M. Parker a complété l’échelle des sentiments criminels modifiée, qui est une mesure de la pensée criminelle. Des scores élevés sur cet instrument reflètent des attitudes/valeurs criminelles plus importantes et un risque accru de comportement antisocial. Le score de M. Parker sur cette mesure le place dans la fourchette haute, au 79e percentile par rapport aux normes des délinquants. Ces résultats sont conformes aux impressions cliniques et aux antécédents comportementaux de M. Parker.

L’enquête sur les comportements liés à la consommation de substances psychoactives (SUBS) est un instrument de jugement professionnel structuré qui examine les indicateurs comportementaux des problèmes de consommation de substances psychoactives. Aucune distinction n’est faite entre l’alcool et les autres drogues. Elle comprend 14 éléments séparés en deux catégories : La partie A comprend 11 éléments qui examinent la consommation de substances, et la partie B comprend 3 éléments liés au potentiel de changement. Les scores de M. Parker sur le SUBS se situent dans la fourchette haute, au 75e percentile par rapport aux données normatives pertinentes. Ces résultats sont conformes aux impressions cliniques et à ses antécédents récents de consommation de substances.

Le SOS-SR (Self-Improvement Orientation Scheme-Self Report) est une mesure clinique conçue pour évaluer l’aptitude d’une personne à apporter des changements positifs dans sa vie. Il se compose d’un score total et de plusieurs sous-échelles qui mesurent différents aspects du potentiel de changement dans la vie. Les scores de M. Parker sur le SOS-SR se situent dans la fourchette inférieure (au 30e percentile par rapport aux données normatives), ce qui suggère que sa motivation à apporter des changements positifs dans sa vie est limitée. Ces résultats sont conformes aux impressions cliniques et à son histoire comportementale.

L’Inventaire du niveau de service révisé (LSI-R) est un instrument actuariel de grande envergure sur le risque et les besoins, utilisé pour classer les délinquants en fonction de leur risque de comportement délinquant et de leur besoin de traitement. L’instrument est noté au moyen d’un entretien semi-structuré avec la personne et d’un examen des informations contenues dans le dossier. Les données empiriques et cliniques indiquent que l’instrument permet de prévoir les critères de comportement criminel (c’est-à-dire la récidive générale et violente) et qu’il est utile comme outil de gestion des cas. L’instrument se compose d’un domaine « Antécédents criminels » qui fournit une évaluation statique (historique) du risque, et de plusieurs domaines dynamiques qui fournissent des informations sur les modifications de l’estimation statique du risque. Les scores de M. Parker sur l’INS-R ont placédans la gamme des risques/besoins élevés. Les données normatives de l’éditeur du LSI-R indiquent que de tels scores sont liés à une probabilité de 68% de récidive. Selon les résultats du LSI-R, M. Parker risque d’avoir un comportement criminel à l’avenir s’il n’est pas impliqué dans des activités professionnelles positives, s’il s’associe à des pairs antisociaux, s’il est impliqué dans la toxicomanie et/ou s’il agit en fonction de sa pensée criminelle. 

Formulation du cas sur la base des données des entretiens et des tests

Le profil clinique global décrit une personne qui a des capacités intellectuelles et des aptitudes sociales suffisantes, et qui est ouverte et honnête dans la discussion de ses problèmes de fonctionnement dans la vie. Le potentiel de risque criminel de M. Parker, basé sur les facteurs liés à son mode de vie, se situe dans la fourchette haute et est lié à ses relations sociales, à sa consommation de substances, à sa faible implication dans des activités professionnelles, à ses difficultés de colère et à un niveau modéré de pensée criminelle. Sa capacité à modifier ces problèmes est considérée comme faible à l’heure actuelle, en raison de son manque de motivation et de volonté de changement.

 

 

RÉSUMÉ ET RECOMMANDATIONS

M. Parker est un jeune homme adulte qui a récemment été impliqué dans l’agression d’une connaissance de sexe féminin. Au moment de son agression, il menait un style de vie dysfonctionnel et avait un comportement antisocial. Il ne souffrait d’aucun trouble psychiatrique ou des problèmes psychologiques au moment de ses délits. Prévoir le comportement futur en ce qui concerne la criminalité, repose sur une combinaison de science et de pratique. D’un point de vue scientifique, plusieurs instruments d’évaluation ont été mis au point pour déterminer la probabilité d’un futur événement criminel. La pratique de l’évaluation des risques consiste à intégrer des informations cliniques dans une formulation du risque de criminalité future et des circonstances probables dans lesquelles il se produira. Dans le cas de M. Parker, la science et la pratique de la criminalité indiquent qu’il se situe dans la fourchette des risques élevés.

En résumé, je suis convaincu d’avoir eu suffisamment de contacts cliniques avec M. Parker et d’avoir suffisamment confiance dans les tests psychologiques qui lui ont été administrés pour me faire une opinion sur son état psychologique et le risque de criminalité future. De manière générale, une convergence d’informations cliniques et psychométriques indique que M. Parker est une personne psychologiquement stable qui ne risque pas d’avoir des hallucinations, des délires ou des épisodes maniaques. Du point de vue du risque criminel, il est considéré comme présentant un risque élevé de comportement criminel futur, avec une estimation actuarielle du risque de récidive au minimum de l’ordre de 68 %. Il a un casier judiciaire limité, mais a toujours été entouré d’influences sociales négatives (par exemple, ses relations actuelles avec ses pairs et sa consommation de substances). Il a également de faibles liens avec une participation soutenue à des activités prosociales, telles que l’emploi et les loisirs. Il a également des difficultés à gérer ses réactions de colère dans des situations difficiles. Ces problèmes doivent changer si M. Parker veut mener une vie prosociale (non criminelle).

RECOMMANDATIONS POUR LES PLANS DE TRAITEMENT

Préparation au changement : M. Parker est faible dans ce domaine, ce qui peut compromettre la réussite dans tous les domaines de traitement. Il sera nécessaire de le sensibiliser aux conséquences négatives liés à certains de ses schémas actuels (par exemple, les pairs, la consommation de substances, les réactions de colère problématiques). Il est recommandé d’intégrer des « améliorations motivationnelles » dans les séances d’intervention.

Pensée criminogène : M. Parker a un lien de longue date avec des personnes antisociales et a un degré modéré de pensée criminogène. La participation à un traitement visant à modifier la pensée criminelle est recommandée. Il est également suggéré d’aborder la composante de la pensée dans les domaines problématiques de la vie (par exemple, les pairs, la consommation de substances).

Dysrégulation des émotions : M. Parker est évalué comme ayant des difficultés supérieures à la moyenne en matière de dysrégulation de la colère, ce qui semble être lié à ses antécédents de comportements agressifs. Il est recommandé de participer à une initiative de réhabilitation de gestion de la colère d’intensité modérée.

Toxicomanie/Abus de substance : M. Parker est considéré comme ayant des difficultés supérieures à la moyenne en matière de consommation de substances psychoactives ; ses activités criminelles sont liées à sa consommation d’alcool et de marijuana. La participation à un traitement de la toxicomanie d’intensité modérée est recommandée.

Liens avec l’école/le travail : M. Parker a un faible passé professionnel et une attitude inadaptée à l’égard de l’emploi. Il se présente avec une certaine ambition de devenir chauffeur PL, et il devrait être encouragé et soutenu pour poursuivre dans cette voie professionnelle.

Psychopathologie : M. Parker n’a pas d’antécédents de santé mentale ; cependant, il présente des déficits de compétences (par exemple, impulsivité, mauvaise prise de décision) qui compromettent le fonctionnement efficace de sa vie. Ces problèmes devraient être traités dans le cadre de programmes d’intervention.

 Nom et titres de l’auteur du rapport : Brenda Wilson, M.A.