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Outils d’Évaluation/Dépistage de la Violence Conjugale


Approuvés par le Domestic Assault and Battery Advisory Board (1ᵉʳ juillet 2018)

Approved_DVEval_Assessment_Tools_7-1-2018

Légende des catégories :

  • R = Évaluation des risques

  • S = Abus de substances

  • M = Santé mentale

  • C = Combiné (Abus de substances/Santé mentale ou les trois)

  • O = Autre

  • V = Informations sur la victime


Tableau des outils approuvés

Type Nom de l’outil Description Qualifications requises Coût Plus d’informations
R Danger Assessment (DA) Aide à déterminer le risque de meurtre d’une femme par son partenaire. Nécessite une formation pour le score pondéré. Disponible en plusieurs langues. Basé sur le rapport de la victime. Formation en ligne (payante possible) Gratuit (copyright détenu par l’auteur) DANGER ASSESSMENT-5 (DA-5)_FR
R Domestic Violence Inventory (DVI) Outil pour évaluer les auteurs de violences conjugales (155 items, 30 min). Mesure : Véracité, Violence, Contrôle, Alcool, Drogues, Gestion du stress. Aucune formation Payant (en ligne) https://www.domestic-violence-inventory.com/dvi.html
R Domestic Violence Screening Instrument (DVSI/DVSI-R) Questions sur les antécédents criminels (violences, violations d’ordonnances). Facteurs : emploi, séparation récente, présence d’enfants. Approche statistique (sans jugement clinique). Aucune formation Sous copyright (autorisation requise) Contact : Joseph.DiTunno@iaud.et.gov

Domestic-Violence-Screening-Inventory-Revised-DVSI-R.pdf

R Idaho Risk Assessment of Dangerousness (IRAD) Identifie les risques futurs et indices de létalité. 7 domaines : antécédents, menaces de mort/suicide, séparation, comportement contrôlant, contact policier, abus d’alcool/drogues. Aucune formation Gratuit (en ligne) Idaho domestic fact sheet_FR

Idaho domestic violence supplement_FR

262RiskAssessme_00000002800.pdf

ICA-23.002-IRAD-Card-Rev-2023.pdf

Risk-Assessment-Interactive-Form.pdf

R Ontario Domestic Assault Risk Assessment (ODARA) Outil actuariel (13 facteurs) : menaces, isolement de la victime, antécédents violents, enfants en commun, violences pendant la grossesse, etc. Formation en ligne (payante possible) Gratuit (autorisation requise) ODARA_feuille_cotation
R Spousal Assault Risk Appraisal Guide (SARA) Checklist pour évaluer les facteurs de risque chez les auteurs de violences familiales. Sources multiples. Formation disponible (payante possible) Payant (en ligne) COTATION SARA
S Global Appraisal of Individual Needs (GAIN-I) Évaluation biopsychosociale complète (diagnostic, traitement). Axé sur l’abus de substances (AXIS I). Formation requise Payant (varie) GAIN%20I%205.7.0%20full.pdf
S GAIN Short Screener (GAIN-SS) Dépistage rapide (5 min) des troubles de santé comportementale. Aucune formation Payant (varie) GAIN-SS%20Manual.pdf
S Substance Abuse Subtle Screening Inventory (SASSI) Détecte les troubles liés aux substances (items subtils et explicites). Échelles de validité/défensivité. Formation disponible Payant https://www.pearsonclinical.ca/
S Adult Substance Use Survey (ASUS-R) Enquête d’auto-évaluation (alcool/drogues). Inclut santé mentale et non-conformité sociale/légale. Module de formation en ligne (payant)
S Addiction Severity Index (ASI) Entretien semi-structuré (7 domaines : médical, emploi, drogues, alcool, légal, familial, psychiatrique). Aucune Gratuit echelle_asi-annexe_2_des_recommandations.pdf
S Drug Abuse Screening Test (DAST) Dépiste les problèmes liés aux drogues (versions : DAST-10/20/28). Combinable avec l’AUDIT. Aucune Gratuit DAST-10-drug-abuse-screening-test.pdf
S Alcohol Use Disorders Identification Test (AUDIT) Identifie la consommation dangereuse d’alcool. Administration écrite/orale. Aucune Gratuit questionnaire-audit
S CAGE / CAGE-AID Dépistage ultra-bref de l’alcoolisme (CAGE) ou des drogues (CAGE-AID). Aucune Gratuit questionnaires-dautodepistage/consommation-problematique-cage-aid
S Michigan Alcohol Screening Test (MAST) Outil ancien (1971) pour identifier les buveurs dépendants. Aucune Gratuit depistage-des-problemes-dalcool
M Personality Inventory for DSM-5 (PID-5) Auto-évaluation des traits de personnalité (25 facettes : anhéronie, hostilité, impulsivité, etc.). Professionnel qualifié Gratuit APA_DSM5_The-Personality-Inventory-For-DSM-5-Full-Version-Adult.pdf
M PID-5 Brief Form (PID-5-BF) Version courte du PID-5 (5 domaines : affect négatif, détachement, etc.). Professionnel qualifié Gratuit APA_DSM5_The-Personality-Inventory-For-DSM-5-Brief-Form-Adult.pdf
C Millon Clinical Multiaxial Inventory (MCMI-IV) Évalue les difficultés émotionnelles/interpersonnelles (25 échelles). Aligné sur le DSM-5. Diplôme avancé + formation Payant https://onlinelibrary.wiley.com
C Minnesota Multiphasic Personality Inventory (MMPI-2) Test de personnalité pour diagnostiquer les troubles mentaux (567 items). Diplôme avancé + formation Payant https://www.pearsonclinical.fr
C DSM-5 Level 1 Cross-Cutting Symptom Measure Mesure transdiagnostique (23 questions, 13 domaines : dépression, anxiété, etc.). Professionnel qualifié Gratuit https://www.psychiatry.org
C Domestic Violence Risk Appraisal Guide (DVRAG) Échelle actuarielle (14 facteurs). Combinée au score PCL-R. Professionnel qualifié Gratuit (autorisation requise) Violences conjugales : un outil d’évaluation, la DVRAG
C Hare Psychopathy Checklist-Revised (PCL-R) Évalue la psychopathie et risque de récidive (20 items). Diplôme avancé + formation Payant Psychopathy Checklist-Revised (PCL-R)
C Hare PCL-Screening Version (PCL-SV) Version de dépistage du PCL-R (12 items). Diplôme avancé + formation Payant
C Personality Assessment Inventory (PAI) Test multifonction (22 échelles : dépression, anxiété, agression). Diplôme avancé + formation Payant https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38461694/
O Stalking Assessment and Management (SAM) Évalue le harcèlement criminel (nature, facteurs de risque/vulnérabilité). Aucune formation Payant

SAMkodschema.pdf

Stalking Assessment and Management_FR

O Violence Risk Appraisal Guide (VRAG) Mesure du risque de violence générale (12 items, inclut PCL-R). Professionnel qualifié Gratuit (autorisation requise) VRAG-R-scoring-sheet-1.pdf
O Buss-Perry Aggression Questionnaire (AGQ) Questionnaire sur 4 dimensions de l’agression (29 items). Aucune formation Gratuit Questionnaire d’Agression de Buss & Perry (1993)
O Experiences in Close Relationships (ECR-R) Évalue l’attachement adulte (36 items). Formation requise Gratuit Attachment-ExperienceinCloseRelationshipsRevised
O Level of Service Inventory-Revised™ (LSI-R) Prédit la récidive et succès en probation (54 items). Aucune formation Payant (varie)
O Inventory of Offender Risk, Needs, Strengths (IORNS) Mesure les risques statiques/dynamiques et forces (130 items). Diplôme/licence sanitaire Payant https://www.nzcer.org.nz
O Patient Health Questionnaire (PHQ) Dépistage des problèmes physiques, dépression, anxiété, troubles alimentaires. Aucune formation Gratuit PHQ9_French_for_France
O Intimate Justice Scale Détecte les abus psychologiques/physiques (15 items). Aucune formation Gratuit IJS – The Intimate Justice Scale

Intimate Justice Scale _FR

V Psychological Malreatment Toward Women Scale (PMTW) Mesure la maltraitance psychologique (58 items). Auto-évaluation par la victime Gratuit (autorisation requise) Psychological Maltreatment of Women Inventory (PMWI)_ Tolman_combined with instrument
V HITS Outil de dépistage (Hurt, Insult, Threaten, Scream). Auto-évaluation par la victime Gratuit HITS_eng
V Women’s Experiences with Battering (WEB) Mesure l’expérience des victimes (non les comportements de l’agresseur). Auto-administré ou en entretien Gratuit ÉCHELLE des EXPÉRIENCES DES FEMMES AVEC LA VIOLENCE CONJUGALE_FR

E.9-Relationship_Assessment_Tool_Instructions

scrn-pw-web.pdf


Note importante :
Une formation et/ou un diplôme spécifique peuvent être requis pour l’administration et l’interprétation de ces outils. Les évaluateurs doivent respecter les exigences éthiques, légales et de formation propres à leur juridiction.

La strangulation non fatale dans les violences conjugales

La strangulation non fatale est une forme de violence conjugale encore sous-estimée dans les pratiques judiciaires, médicales et sociales, malgré son rôle critique comme indicateur de risque d’homicide. L’étude menée par Nancy Glass et al., publiée dans The Journal of Emergency Medicine, met en lumière l’importance de reconnaître cet acte comme un marqueur prédictif de tentatives ou d’homicides réussis contre des femmes victimes de violences conjugales.

La strangulation : un risque létal souvent invisible

L’étude révèle que 43 % des femmes assassinées par leur partenaire et 45 % des victimes d’une tentative d’homicide avaient subi au moins un épisode antérieur de strangulation non fatale, contre seulement 10 % des femmes victimes d’abus sans tentative d’homicide. Cette donnée indique que la strangulation est l’un des prédicteurs les plus puissants d’un passage à l’acte létal.

Pourquoi est-ce grave ? Parce que cet acte :

  • Ne laisse souvent aucune trace visible immédiate.
  • Peut entraîner des séquelles neurologiques, psychologiques ou respiratoires sévères.
  • Est sous-déclaré par les victimes qui n’en mesurent pas toujours la gravité.

Facteur aggravant reconnu dans le risque d’homicide

Après contrôle des autres facteurs de risque, les auteurs montrent que le fait d’avoir été étranglée augmente :

  • par 7,5 fois le risque d’homicide ;
  • par 6,7 fois le risque de tentative d’homicide.

L’importance de ce facteur est telle qu’il surpasse d’autres variables sociodémographiques (âge, niveau d’éducation, emploi, situation conjugale).

Des variations sont toutefois observées selon l’ethnicité : le risque relatif est plus élevé chez les femmes blanches et latinas comparativement aux femmes afro-américaines — bien que pour toutes les catégories, la strangulation reste un indicateur significatif de danger.

Implications pour les pratiques professionnelles

Les résultats de l’étude appellent une adaptation immédiate des pratiques en criminologie et dans le traitement des violences conjugales :

1. Détection systématique par les intervenants

Médecins urgentistes, policiers, travailleurs sociaux doivent systématiquement poser la question de la strangulation, même en l’absence de signes physiques apparents.

2. Évaluation renforcée du risque létal

La strangulation doit déclencher une procédure d’évaluation du danger accru (ex : outil Danger Assessment) et des mesures de protection renforcées (hébergement d’urgence, mise à l’abri, intervention judiciaire rapide).

3. Documentation médico-légale précise

Les professionnels de santé doivent consigner précisément les signes cliniques (troubles de la voix, œdèmes cervicaux, pétéchies…) pour alimenter les dossiers judiciaires et renforcer les poursuites pénales.

4. Formation des professionnels de justice et de santé

L’étude encourage le développement de modules spécifiques pour les forces de l’ordre et le personnel médical afin d’améliorer l’identification et la prise en charge des cas de strangulation.

5. Renforcement des cadres juridiques

Des États américains (comme l’Idaho) ont déjà criminalisé la strangulation comme délit spécifique, même sans lésion apparente. Une telle évolution législative est recommandée ailleurs, y compris en Europe, pour reconnaître la gravité de cet acte.

Conclusion

L’étude démontre que la strangulation non fatale n’est pas un simple geste de violence parmi d’autres, mais un prédicteur clinique et criminologique de premier plan pour les homicides conjugaux. Ce constat doit pousser les professionnels de santé, de justice, de police et de probation à ajuster leurs pratiques de détection, de protection des victimes et d’intervention judiciaire.

En matière de prévention des féminicides, ignorer un tel signal d’alerte serait une erreur lourde de conséquences.

Glass N, Laughon K, Campbell JC, Block CR, Hanson G, Sharps PW, Taliaferro E. Non-fatal strangulation is an important risk factor for homicide of women. J Emerg Med. 2008;35(3):329-335.

Le défi invisible : prédire la récidive en violences conjugales
En 2004, une chercheuse canadienne bouleverse un domaine où l’intuition clinique régnait encore : l’évaluation du risque de récidive chez les auteurs de violences conjugales.

Son nom ? Dr N. Zoe Hilton. Son outil ? L’ODARA (Ontario Domestic Assault Risk Assessment), un instrument actuariel bref qui transforme la protection des victimes .

Zoé Hilton : parcours d’une pionnière
Professeure de psychiatrie à l’Université de Toronto et chercheuse au Waypoint Centre for Mental Health Care, Zoé Hilton cumule les distinctions :

  • Prix d’innovation du Gouverneur général 2025 pour l’ODARA
  • Prix d’impact du président de l’Université de Toronto (2025)
  • Plus de 6 000 citations scientifiques sur les risques violences domestiques et la psychopathie

Son credo : « Transformer la recherche en outils concrets pour les policiers, juges et intervenants sociaux » .

L’ODARA décrypté : 13 questions qui changent tout
Issu de l’analyse statistique de 589 dossiers policiers suivis pendant 5 ans, l’ODARA évalue 13 facteurs clés

ODARA_feuille_cotation

  • Précision inédite : Aire sous la courbe (AUC) = 0.77 – bien supérieure aux méthodes cliniques (AUC ≈ 0.58)
  • Rapidité : Moins de 15 minutes pour compléter le questionnaire
  • Basé sur des données policières : Accessible sans expertise psychiatrique

L’impact sur le terrain : policiers, tribunaux, victimes

Dans la police
Depuis 2023, 1 800 policiers ont été formés à l’ODARA via des programmes en ligne. Résultat : « Les agents identifient 3x plus rapidement les cas à haut risque, permettant des interventions ciblées avant la récidive » (Extrait d’une étude de la Gendarmerie royale du Canada – 2024)

 Dans les tribunaux
Une étude sur 1,421 hommes suivis par la justice montre que l’ODARA permet de :

  • Hiérarchiser les intensités de traitement : Thérapies brèves pour les bas risques, interventions intensives pour les scores élevés
  • Cibler les besoins criminogènes : Traits antisociaux (OR=1.80), toxicomanie (OR=1.40)

Une innovation collaborative

L’ODARA est né d’un partenariat inédit :

  • Chercheurs universitaires
  • Services de police de l’Ontario
  • Centres de santé mentale

« Cette synergie a permis de transformer des données brutes en protocoles opérationnels » – Hilton (2025)

Critiques et limites : ce que l’ODARA ne résout pas

1. Risque de stigmatisation : Un score élevé ne signifie pas une condamnation à vie (seulement 10-15% de récidive à 5 ans)
2. Variables dynamiques ignorées : L’outil original n’évalue pas l’emploi, le soutien social ou l’engagement thérapeutique
3. Biais de genre : Conçu pour les hommes agresseurs envers des femmes

La réponse de Hilton:
– Intégration des outils STABLE-2007 pour les facteurs dynamiques
– Adaptation pour les violences LGBTQ+ via le projet CELIA

L’avenir : le projet CELIA et au-delà

En 2023, Zoé Hilton lance une initiative pancanadienne pour :

✅ Standardiser l’évaluation du risque: Langage commun entre polices municipales/provinciales
✅ Intégrer le contrôle coercitif : « Ignorer ces signes non physiques, c’est rater des occasions de sauver des vies » – Hilton
✅ Valider l’ODARA sur les femmes et minorités de genre

Trois leçons clés :
1️⃣ Les outils actuariels ne remplacent pas l’expertise humaine – ils l’éclairent
2️⃣ L’innovation en criminologie exige des partenariats durables entre chercheurs et praticiens
3️⃣ Évaluer le risque, c’est aussi identifier des chemins de réinsertion

Les négociateurs de crise (FBI, Gendarmerie – comme le GIGN ou le RAID) utilisent des techniques sophistiquées pour désamorcer des situations extrêmes (prises d’otages, barricadés, personnes suicidaires). Ces compétences sont parfaitement transposables et hautement pertinentes pour les conseillers pénitententiaires d’insertion et de probation (CPIP) gérant des personnalités difficiles, souvent dans des contextes tendus ou conflictuels.

1. L’Écoute Active & l’Empathie Stratégique :

Police : Comprendre les émotions, besoins et motivations profondes du sujet (même inavouables : reconnaissance, respect, désir d’être entendu, peur). Reformuler pour montrer une compréhension authentique.
Transposition Probation :

  • Écouter sans jugement les doléances, frustrations ou récits souvent déformés des PPSMJ (Personnes Placées Sous Main de Justice).
  • Identifier les besoins sous-jacents (logement, soins, reconnaissance, sécurité) derrière les comportements agressifs ou l’évitement.
  • Reformuler : « Si je comprends bien, vous vous sentez injustement traité par cette décision du juge, c’est ça ? » Cela désamorce et crée un lien.

2. Créer un lien (Building Rapport) :

  • Police : Établir un lien de confiance humain, même minime. Trouver des points communs (familiaux, géographiques, intérêts) pour humaniser l’échange.
  • Transposition Probation :
    • Construire une relation professionnelle mais humaine sur la durée. Montrer un intérêt sincère (sans familiarité excessive) pour la personne au-delà du dossier.
    • Utiliser des éléments de la vie de la personne (progrès, famille, projets) pour renforcer le lien et la motivation au changement.
    • Capitaliser sur les petits succès pour renforcer la confiance.

3. La Communication Non-Verbale et Para-Verbale :

  • Police : Contrôler sa propre voix (calme, rythme lent, ton bas), posture (ouverte, non menaçante). Observer finement les signaux de stress, de mensonge ou d’ouverture chez l’interlocuteur.
  • Transposition Probation :
    • Adopter une posture ouverte et un ton calme et posé, même face à l’agressivité verbale. Éviter les gestes brusques ou fermés (bras croisés).
    • Observer les signes de stress, de dissimulation ou de détresse chez la personne suivie pour adapter son approche (proposer une pause, changer de sujet temporairement, approfondir une inquiétude).
    • Utiliser le silence de manière stratégique pour inciter la personne à parler.

4. La Gestion des Émotions (de soi et de l’autre) :

  • Police : Rester calme et rationnel face à la colère, la peur ou la détresse extrême du sujet. Ne pas prendre les insultes personnellement. Désamorcer l’escalade émotionnelle.
  • Transposition Probation :
    • Auto-contrôle : Gérer sa propre frustration ou peur face aux menaces, insultes ou comportements provocants. Respirer, prendre du recul.
    • Désescalade verbale : Reconnaître l’émotion : « Je vois que cette situation vous met très en colère ». Proposer des alternatives : « On peut en parler maintenant calmement, ou reporter cet entretien à demain matin, qu’en pensez-vous ? ». Éviter le contre-argumentaire frontal lors des pics émotionnels.
    • Validation émotionnelle : Reconnaître la légitimité du sentiment (« C’est compréhensible que vous soyez frustré par cette obligation ») sans nécessairement valider le comportement.

5. L’Art du Questionnement Stratégique :

  • Police :Poser des questions ouvertes pour faire parler le sujet, comprendre sa logique et ses limites. Éviter les questions fermées (« oui/non ») ou accusatoires. Utiliser « Comment ? », « Quoi ? », « Parlez-moi de… ».
  • Transposition Probation :
    •  Privilégier les questions ouvertes pour explorer les difficultés, les motivations, les perspectives : « Comment envisagez-vous de trouver un emploi avec cette obligation ? », « Qu’est-ce qui vous semble le plus difficile dans ce suivi ? »
    • Éviter les interrogatoires ou les questions pièges. Chercher à comprendre le point de vue et la logique (même dysfonctionnelle) de la personne.

6. La Recherche de Solutions Gagnant-Gagnant (Win-Win) :

  • Police : Trouver une issue qui préserve la vie/santé de tous et offre une « porte de sortie honorable » au sujet (ex : se rendre pour être traité médicalement, revoir son enfant).
    Transposition Probation :

    • Travailler avec la personne, pas contre elle. Rechercher des compromis réalistes et respectueux du cadre judiciaire : « Je comprends que le couvre-feu à 20h est très contraignant pour votre formation. Pouvons-nous voir avec le juge s’il est possible de l’adapter les soirs de cours, moyennant un justificatif ? »
    •  Co-construire des objectifs et des plans d’action. Donner un sentiment de contrôle et de choix (même limité) augmente l’adhésion.

7. La Gestion du Temps et de la Pression :

  • Police : Ralentir le rythme, créer du temps pour désamorcer l’urgence et la pression. Éviter les ultimatums contre-productifs.
  • Transposition Probation :
    • Ne pas céder à la pression immédiate d’une demande ou d’une menace. Prendre le temps de réfléchir, consulter, proposer un délai : « Je ne peux pas prendre cette décision maintenant.
    • Je dois en discuter avec mon responsable/le juge. Revenez me voir jeudi. »
    • Gérer les attentes : être clair sur les délais de traitement et les limites de son pouvoir.

8. L’Analyse des Besoins et Motivations :

  • Police : Identifier les besoins fondamentaux (sécurité, appartenance, estime, contrôle) qui sous-tendent les actions du sujet.
  • Transposition Probation :
    • Comprendre ce qui motive réellement la personne difficile (éviter la prison ? retrouver ses enfants ? obtenir un soin ? prouver sa valeur ?). Adapter le discours et les solutions à ces motivations profondes.
    • Utiliser ces motivations comme leviers pour l’engagement dans le suivi et le changement.

9. L’Établissement des Limites Claires (Cadrage) :

  • Police : Rappeler calmement mais fermement les réalités (présence des forces, conséquences inéluctables de la violence) et le cadre non-négociable (ex : libération des otages).
  • Transposition Probation :
  • Rappeler avec calme et fermeté le cadre légal et les conséquences inéluctables du non-respect des obligations : « Je comprends votre refus, mais je dois vous rappeler que le non-respect de cette obligation de soin entraînera un signalement au juge, avec un risque de révocation de votre mesure. »
  • Être intransigeant sur les limites tout en restant ouvert sur les moyens de les respecter.

10. L’Utilisation de la « Voix du Bon Sens » / Raisonnement Réaliste :

  • Police : Amener subtilement le sujet à considérer les conséquences négatives de ses actes et la faisabilité peu réaliste de ses exigences.
  • Transposition Probation :
  • Aider la personne à prendre conscience des conséquences contre-productives de ses comportements difficiles : « Si vous insultez chaque intervenant, comment voulez-vous qu’ils vous aident à trouver un logement ? »
  • Questionner pour faire émerger la réflexion : « Quelles pourraient être les conséquences si vous ne vous présentez pas à votre rendez-vous avec l’assistante sociale ? »

Points Clés de Transposition & Précautions :

  • Temps long vs. Crise : Le CPIP travaille sur la durée. La « négociation » est continue, basée sur une relation construite. La patience et la cohérence sont primordiales.
  • Objectif Différent : Il ne s’agit pas de sauver des vies physiques immédiates, mais de prévenir la récidive, protéger la société et favoriser la réinsertion (sauver des vies sociales).
  • Pouvoir Différent :Le CPIP n’a pas une équipe d’intervention en soutien. Son pouvoir est lié au cadre judiciaire et à sa capacité d’influence et de signalement.
  • Éthique et Confiance : La relation de confiance est le socle du suivi en probation. Les techniques ne doivent JAMAIS être utilisées pour manipuler, mais pour désamorcer les conflits, faciliter la communication et promouvoir des solutions constructives dans l’intérêt de la réinsertion et de la sécurité publique.
  • Travail d’Équipe : Comme les négociateurs, les CPIP doivent travailler en étroite collaboration avec leurs collègues, leur hiérarchie, les juges, les travailleurs sociaux et les soignants. Les débriefings après des incidents critiques sont essentiels.
  • Formation Continue : Une formation spécifique et régulière à la communication en contexte difficile, à la désescalade verbale et à la gestion des personnalités difficiles/agressives est indispensable.

Boîte à outils

Boite à outils pour gérer les interactions difficiles, désamorcer les conflits, établir un rapport constructif et influencer positivement les personnes suivies vers le respect du cadre et l’engagement dans leur parcours de réinsertion.

Mirroring (Miroir)

Répéter les derniers mots ou l’idée principale de l’interlocuteur, sous forme de question ou de simple écho

  • Employer les mêmes expressions
  • Prendre la même position sur sa chaise

Effet recherché :

  • ­Créer un sentiment de compréhension et de connexion
  • ­Inciter l’autre à développer davantage son discours

Exemple en service de probation (accueil physique) :

  • ­Probationnaire agressif : « Vous ne m’avez pas averti que ma CPUP était absente? » → Agent : « Pas averti à temps ? »
  • ­L’usager complète : « Oui, je viens de l’apprendre et j’ai déjà perdu ma journée ! »

Labeling (Étiquetage des émotions)

Nommer, étiqueter l’émotion pour valider son émotion

Effet recherché :

  • ­Rouler avec la resitance, montrer de l’empathie
  • ­Inviter à la discussion plutôt qu’à l’escalade

Exemple en gestion téléphonique :

  • ­Appel agressif : « Vous m’agacez ! Vous ne comprenez rien!» → Agent : « J’ai l’impression que vous êtes très frustré et que la situation vous met en colère. »
  • ­Réponse possible : « Oui, je suis en colère parce que j’ai l’impression qu’on me prend pour un imbécile.»

Comment formuler :

  • ­« Il semble que… » / « J’ai le sentiment que… » / « On dirait que… »
  • ­Éviter les « Je sais que vous êtes… » ou « Vous êtes en colère… » péjoratif

Questions Ouvertes

Questions commençant par « Comment » ou « Qu’est-ce que » qui impliquent la personne dans la recherche de solution

Effet recherché :

  • ­Donner à l’autre un sentiment de contrôle et d’autonomie
  • ­Orienter la réflexion vers la résolution du problème

Exemples spécifiques :

  • ­« Comment pourrions-nous organiser un nouveau rendez-vous qui vous convienne mieux ? »
  • ­« Qu’est-ce qui, selon vous, pourrait nous aider à clarifier les pièces manquantes pour votre dossier ? »
  • ­« Comment puis-je faire en sorte que vous vous sentiez entendu aujourd’hui ? »

Application pratique :

  • ­Remplacer le « Pouvez-vous … » (fermé) par « Comment … ? » (ouvert)
  • ­Forcer l’interlocuteur à réfléchir (« Comment peut-on avancer ? » plutôt que « Quand voulez-vous revenir ?»)

Audit des Accusations

Anticiper et verbaliser les critiques ou reproches potentiels que l’interlocuteur peut avoir: « je sais que vous doutez de… »

Effet recherché :

  • ­Désamorcer à l’avance les objections avant que l’autre ne les exprime
  • ­Montrer que vous comprenez ses craintes, même si elles ne sont pas encore exprimées

Exemple en probation (accueil physique ou téléphonique) :

  • ­Agent : « Vous pensez qu’on ne tient pas assez compte de votre emploi du temps et que nous contrôlons mal nos plannings… »
  • ­Probationnaire : « Oui, c’est exactement ça, j’ai perdu ma journée à cause de vos erreurs ! »

Points clés :

  • ­Faire l’audit AVANT d’exposer la solution concrète
  • ­Ne pas dramatiser ou donner l’impression de se justifier excessivement
  • ­Formuler des phrases courtes et factuelles du type : « Vous avez le sentiment que…», « Vous craignez que… »

Résumé et Reformulation

Récapitulatif structuré de ce que l’interlocuteur a exprimé (faits, émotions, besoins) avant de proposer une solution

Effet recherché :

  • ­Vérifier la compréhension mutuelle
  • ­Montrer que vous avez écouté attentivement
  • ­Préparer la transition vers la résolution

Exemple en entretien téléphonique :

  • ­Faits : « Vous attendez cette convocation depuis trois semaines. »
  • ­Émotions : « Vous vous sentez frustré et en colère que votre temps soit gaspillé. »
  • ­Besoin : « Vous avez besoin d’une date précise aujourd’hui. »
  • ­Proposition de solution : « ex: Je vais appeler le service concerné, et je reviendrai vers vous d’ici dix minutes avec la date. »
  • Astuces :
    • ­Utiliser des connecteurs logiques simples (D’abord…, Ensuite…, Enfin…)
    • ­Rester concis : ne pas répéter mot à mot, mais organiser les idées en phrases courtes»

Nudge et probation

juin 4th, 2025 | Publié par crisostome dans VIOLENCE - (0 Commentaire)

Théorie du Nudge : Le « Coup de Pouce » Comportemental

Développée par Richard Thaler (Prix Nobel d’économie 2017) et le juriste Cass Sunstein dans leur ouvrage Nudge: Improving Decisions About Health, Wealth, and Happiness (2008), la théorie du nudge (« coup de coude » ou « coup de pouce ») repose sur l’idée que des incitations douces et non contraignantes peuvent orienter les décisions individuelles ou collectives vers des comportements bénéfiques, sans restreindre la liberté de choix. Elle s’inscrit dans le champ de l’économie comportementale, intégrant la psychologie à l’analyse économique

1. Nudges basés sur les normes sociales en probation

  • Mécanisme :   Exploiter la tendance humaine au conformisme pour influencer les comportements.
  • Exemple: Dans une chambre d’hôtel, un message indiquant « pour le bien de la planète ne demandez pas le changement de vos serviettes » vs « dans cet hôtel 75 % des clients ayant séjourné dans cette chambre ont fait le choix de réutiliser leur serviette » = Une augmentation de 36% d’adoption du comportement attendu avec les normes combinées (GOLDSTEIN, Noah J., Robert B. CIALDINI et Vladas GRISKEVICIUS. 2008, « A room with a Viewpoint : Using Social Norms to Motivate Environmental Conservation in Hotels », in Journal of Consumer Research, Volume 35, n°3 (Octobre 2008)
  • Exemple concret : Dans des courriers de rappel aux probationnaires, inclure des messages du type : « 9 probationnaires sur 10 respectent leurs obligations sans incident »*. Cette formulation renforce positivement la norme sociale de conformité, réduisant les risques de récidive ou de comportements agressifs en créant une pression sociale positive. Des programmes de probation aux États-Unis et au Royaume-Uni ont utilisé ce principe pour améliorer le respect des rendez-vous et diminuer les violations.

2. Aménagements architecturaux « apaisants » en milieu carcéral

  • Mécanisme : Agir sur l’environnement physique pour réduire les stimuli agressifs via le système 1 (pensée intuitive et émotionnelle).
  • Applications :
    • Couleurs et lumières : Utiliser des teintes pastel et un éclairage naturel dans les cellules ou espaces communs pour diminuer l’anxiété.
    • Signalétiques visuelles : Installer des images évoquant la paix (paysages, symboles de méditation) dans les zones de tension potentielle (réfectoires, coursives).
    • Choix musicaux : Diffuser une musique calme dans les zones d’attente ou de conflit pour abaisser le stress.
  • Effet : Ces modifications, testées dans des prisons européennes, ont montré une réduction des altercations liées à la frustration environnementale.

3. Choix par défaut pour faciliter la réinsertion

  • Mécanisme : Orienter discrètement vers des options bénéfiques en capitalisant sur l’**inertie décisionnelle**.
  • Exemples en probation :
    • Inscriptions automatiques : Proposer par défaut des programmes de gestion de la colère ou de médiation, avec une option de désinscription simple plutôt que d’exiger une démarche active d’adhésion.
    • Rappels comportementaux : Envoyer des SMS automatiques avant des rendez-vous stressants (ex. : rencontre avec une victime) : « Prenez 3 respirations profondes avant d’entrer – 85 % des participants trouvent cela utile ».
  • Résultat : Augmentation de la participation aux thérapies anti-violence et réduction des abandons.

4. Feedback immédiats et renforcement positif

  • Mécanisme : Utiliser des récompenses symboliques pour ancrer des comportements non violents via le système 2 (pensée réflexive) .
  • Cas pratiques :
    • « Cartes de progression » en prison : Remettre aux détenus des cartes visualisant leurs jours sans incident violent, avec des avantages gradués (temps de visite accru, accès à des activités).
    • Applications de probation : Notifier des badges virtuels (« 7 jours de coopération réussie ! ») pour renforcer l’auto-efficacité.
  • Impact : Ces dispositifs, inspirés des « nudges verts », transforment l’abstention de violence en succès tangible, stimulant la motivation intrinsèque.

5. Nudges de transparence pour renforcer la légitimité perçue

  • Mécanisme : Lutter contre la défiance envers les institutions, source de violence, via une information claire et justifiée .
  • Applications en milieu pénal :
    • Explications des décisions : Joindre aux convocations ou sanctions une note détaillant pourquoi une mesure est prise (ex. : « Votre placement en isolement vise à protéger les autres détenus après l’incident X – voir l’article 12 du règlement »).
  • Bénéfice : Ces pratiques atténuent le sentiment d’injustice, facteur clé de l’agressivité en contexte autoritaire.

Le programme Catch22 de lutte contre les gangs au Royaume-Uni est une initiative multidimensionnelle combinant interventions en milieu carcéral et communautaire, avec une approche centrée sur la réduction des risques, la réhabilitation et la prévention.

Interventions en milieu carcéral

  • Identification précoce et gestion des risques : Les équipes de Catch22 rencontrent les nouveaux détenus dans les 48 heures suivant leur arrivée en prison pour évaluer leur affiliation aux gangs, identifier les tensions communautaires et recommander des mesures préventives (comme des restrictions de mouvement). Cette phase inclut une collaboration avec la police, les services de probation et d’autres agences pour gérer les détenus à haut risque.
  • Programme R.O.A.D. (Rehabilitation Offering Another Direction) : Un programme phare sur 5 jours, conçu pour réduire les attitudes pro-criminelles. Il utilise une approche trauma-informed et restaurative pour aider les participants à réfléchir à leurs choix passés, améliorer leurs compétences communicationnelles et fixer des objectifs prosociaux. En 2023, 80 % des participants ont montré une amélioration de leur comportement en détention et une réduction des attitudes criminelles .
  • Résolution de conflits et médiation : Catch22 facilite des médiations entre détenus impliqués dans des incidents violents, avec un taux de résolution positif de 100 % en 2023. Cela inclut la gestion de rivalités entre gangs et la prévention des récidives .
  • Gestion de cas complexes : Un suivi individualisé pour les détenus à haut risque (comme ceux sous surveillance pour automutilation ou pour violence), avec 100 % d’amélioration des attitudes prosociales chez les participants en 2023 .
  • Formation du personnel pénitentiaire : Des modules sur la culture des gangs, la violence juvénile et les stratégies de désengagement, augmentant de 63 % la confiance des participants à signaler des activités liées aux gangs .

 Interventions communautaires

  • Prévention et désengagement : Travail avec les jeunes à risque (jusqu’à 25 ans) pour éviter leur entrée dans les gangs, via des programmes sur les relations saines, les conséquences des choix, ou la santé sexuelle. Par exemple, le service Kent County Lines and Gangs cible l’exploitation criminelle et les « county lines » (réseaux de trafic de drogues) avec des interventions sur mesure .
  • Soutien aux familles et aux écoles : Implication des proches et des institutions éducatives pour créer un environnement stable, en utilisant des outils comme l’**Outcome Star** pour mesurer les progrès des jeunes .
  • Réinsertion post-carcérale : Collaboration avec les services de probation et les employeurs pour offrir des opportunités d’éducation, de formation et d’emploi. Le programme **Straight Up** à Birmingham, financé par le gouvernement, propose des plans personnalisés incluant des activités de diversion (musique, sport) .

Approche holistique et partenariats

  • Modèle « 3P » (Place, Purpose, People) : Catch22 vise à garantir à chacun un logement stable, un but (éducation/emploi) et un réseau relationnel positif, considérés comme essentiels pour rompre avec les gangs .
  • Collaboration académique : Partenariats avec des universités (ex. Cambridge) pour évaluer l’efficacité des interventions. Par exemple, une recherche menée à HMP Leeds a confirmé l’impact positif des services Catch22 sur la réduction des violences .
  • Formation des professionnels: Des sessions pour les travailleurs sociaux, enseignants et policiers sur la culture des gangs et les stratégies de désengagement, avec 99 % des participants rapportant une meilleure compréhension post-formation .

Résultats et reconnaissance

  • Réduction de la violence : À HMP Thameside, les incidents violents mensuels sont passés de 86 à 26 après l’intervention de Catch22, évitant 60 victimes potentielles par mois .
  • Récompenses : Prix Butler Trust en 2015 pour les services à HMP Thameside; Certificat d’excellence en 2018 pour le modèle jeunesse à HMYOI Feltham, avec des changements comportementaux positifs chez plus de la moitié des participants .

Financeurs : Soutien du Ministère de la Justice, des Commissaires de police (ex. Kent VRU), et de donateurs privés. Le programme Kent County Lines est cofinancé par le PCC (Police and Crime Commissioner) .

Catch22 se distingue par son modèle intégré, alliant suppression des risques immédiats et travail sur les causes profondes de l’adhésion aux gangs, avec des résultats quantifiables en termes de réduction de la violence et de réinsertion sociale.

Les sept normes pour les interventions auprès des auteurs de violences domestiques (violences conjugales et intra familliales)

Voici les 7 normes de prise en charge selon le document du Home Office Standards for Domestic Abuse Perpetrator Interventions (janvier 2023) :


1️⃣ Priorité à la sécurité et à la liberté des victimes

L’objectif principal de toute intervention avec un auteur est d’améliorer la sécurité, l’autonomie et la liberté d’action des victimes, y compris des enfants. Les interventions doivent être coordonnées avec un soutien aux victimes, sans que le même professionnel ne les prenne en charge ensemble .


2️⃣ Intégration dans une réponse communautaire coordonnée

Les interventions doivent s’inscrire dans un réseau multi-acteurs – police, services sociaux, santé, victim-support… – où chacun partage la responsabilité de surveiller le comportement dangereux et de protéger les victimes .


3️⃣ Responsabiliser l’auteur, avec respect et opportunité de changement

Il s’agit de tenir les auteurs responsables de leurs actes tout en les traitant avec respect, en les invitant à reconnaître le tort causé, et en leur offrant des opportunités concrètes de changement comportemental (ex. programmes longs de changement comportemental) .


4️⃣ Offrir la bonne intervention, à la bonne personne, au bon moment

Les interventions doivent être adaptées : format (groupe, individuel, intensif), durée, modalités d’accès, en tenant compte des besoins et du risque individuel (ex. addiction, troubles psychiques…), et éviter les approches inappropriées comme la médiation de couple .


5️⃣ Équité vis‑à‑vis des caractéristiques protégées

Les interventions doivent garantir un accès et une prise en charge équitable, en tenant compte des réalités liées au sexe, à l’origine, à l’orientation, au handicap, etc. Elles doivent éviter les stéréotypes et s’adapter aux barrières spécifiques rencontrées par certains publics .


6️⃣ Compétence et soutien du personnel

Les interventions doivent être conduites par des intervenants formés, compétents, sensibilisés aux dynamiques de violences, et bénéficiant de supervision et de soutien, notamment sur les questions d’inclusion et de diversité .


7️⃣ Surveillance et évaluation continues

Un suivi rigoureux (dossiers, collecte de données sur les bénéficiaires et les non‑bénéficiaires, taux d’engagement, résultats) doit être mis en place pour évaluer l’efficacité et améliorer en continu les pratiques. Cela inclut la prise en compte des retours des victimes et des auteurs, ainsi que des évaluations indépendantes, notamment pour les nouvelles approches .

Ces 7 normes constituent un cadre fondé sur les meilleures pratiques actuelles : centrées sur la protection des victimes, la responsabilisation des auteurs, une approche systémique, inclusive, professionnelle et fondée sur les preuves:

 

1. Le résultat prioritaire de l’intervention de l’auteur des violences doit être l’amélioration de la sécurité et de la liberté (espace d’action) pour toutes les victimes-survivantes, y compris les enfants.

1.1 La sécurité et la liberté de toutes les victimes-survivantes (y compris les enfants) doivent être clairement prioritaires dans la justification, la structure, les procédures et les résultats escomptés de l’intervention. Les victimes-survivantes ont le droit de savoir si leur sécurité (y compris celle de leurs enfants) est menacée.

1.2 Les interventions ne devraient pas avoir lieu sans un soutien intégré aux victimes-survivantes, pour lequel il devrait y avoir une parité de prestations. Ce soutien doit être axé sur la victime-survivante en termes de fréquence et de mode de soutien. Dans la mesure du possible, les partenariats avec des organisations « par et pour » constituent la meilleure pratique. Le même membre du personnel ne doit jamais travailler avec la victime et l’auteur de l’infraction.

1.3 Des informations claires décrivant l’intervention et les résultats escomptés doivent être fournies aux auteurs de violences et aux victimes-survivants sous différentes formes (page web spécifique, fiches imprimées) et dans des langues reflétant les populations qu’ils serviront. Il est impératif de ne pas exagérer les avantages potentiels et de souligner les risques supplémentaires.

1.4 Des lignes de communication claires et régulières doivent être établies entre les équipes d’intervention auprès des auteurs de violences et les équipes d’aide aux victimes et aux survivants afin de partager les informations, de sorte que les changements de risque puissent être rapidement communiqués et que des mesures appropriées soient prises, en veillant à ce que les victimes et les survivants (y compris les partenaires actuels et les ex-partenaires) reçoivent des informations en temps utile.

1.5 Cette norme représente l’objectif global à travers lequel les autres normes doivent être comprises.

 

2. Les interventions doivent s’inscrire dans le cadre d’une réponse communautaire coordonnée plus large, dans laquelle tous les organismes partagent la responsabilité de mettre en lumière les comportements abusifs, de permettre un changement chez les auteurs et d’améliorer la sécurité et la liberté (espace d’action) des victimes-survivantes et des enfants.

2.1 Pour que les interventions soient sûres et efficaces, les organisations spécialisées dans l’intervention auprès des auteurs de violences domestiques doivent avoir une expérience reconnue en matière de lutte contre les violences domestiques.

2.2 Le personnel du service intégré d’aide aux victimes doit partager les informations lorsqu’il existe un problème de protection. Dans le cas contraire, le service intégré d’aide aux victimes est un service confidentiel et les informations ne doivent pas être systématiquement partagées.

2.3 Les interventions doivent être ancrées dans les communautés locales et/ou avoir établi des partenariats locaux solides, y compris avec des services « par et pour », le cas échéant.

2.4 L’orientation vers une intervention auprès de l’auteur de l’infraction ne doit pas servir de prétexte pour clore un dossier, car les organismes statutaires ont des responsabilités spécifiques en matière de détention et de suivi des risques.

2.5 Lorsqu’une intervention est menée par un organisme statutaire ou au nom d’un organisme statutaire, il convient de tenir compte des exigences légales en matière de conformité et des responsabilités et obligations de l’organisme statutaire.

2.6 Les interventions doivent démontrer qu’elles respectent les meilleures pratiques actuelles en cherchant à obtenir une accréditation par le biais d’une voie appropriée telle que le Conseil des services correctionnels et le Panel d’accréditation ou les normes Respect (Home Office, 2022).

 

3. Les interventions doivent amener les auteurs à rendre des comptes, tout en les traitant avec respect et en leur offrant la possibilité de choisir de changer.

3.1 Les interventions doivent traiter les auteurs de violences avec respect en modélisant le contraire de tout ce qui est abusif, tout en les tenant pour responsables du mal qu’ils ont causé à autrui et en leur offrant la possibilité de choisir de ne pas recourir à la violence ou à l’abus.

3.2 Les interventions doivent être fondées sur des données probantes et se concentrer sur les formes de pouvoir, de contrôle et d’exploitation dont la recherche et la pratique ont montré qu’elles font partie de la violence domestique. Les interventions peuvent également inclure des stratégies d’interruption de la violence et des techniques de régulation émotionnelle dans le cadre d’un programme de travail plus large.

3.3 Les interventions visant à modifier le comportement (telles que définies précédemment) doivent tenir compte de la durée nécessaire pour atteindre les objectifs de modification du comportement. 22 séances hebdomadaires pour les programmes de travail en groupe ou 16 séances hebdomadaires pour le travail individuel peuvent être considérées comme le minimum attendu dans le cas de la violence et des abus commis par un partenaire intime [note de bas de page 2], mais certains ont besoin de programmes plus longs.

3.4 Les interventions visant à modifier les comportements devraient, dans la mesure du possible, utiliser un modèle de travail en groupe, parfois en combinaison avec un travail individuel. Cela n’exclut pas le recours au travail individuel lorsqu’il s’agit du modèle d’intervention le plus approprié pour l’auteur de l’infraction.

3.5 Les interventions visant à modifier les comportements face à la violence d’un partenaire intime doivent, dans la mesure du possible, être menées en personne. Le travail à distance facilité (mais pas l’apprentissage numérique/en ligne, à moins qu’il ne soit que complémentaire) peut être utilisé lorsqu’il s’agit du modèle le plus approprié et que les impacts potentiels sur les victimes-survivants ont été pleinement pris en compte.

3.6 Les interventions visant à modifier les comportements, qui se déroulent sous la forme d’un travail de groupe, doivent être animées par deux personnes, et le personnel moins expérimenté doit être associé au personnel plus expérimenté. La meilleure pratique consiste à faire coanimer les groupes par un homme et une femme, à l’exception des groupes consacrés à la violence entre partenaires intimes du même sexe, qui peuvent ne pas nécessiter d’animateur du sexe opposé.

 

4. La bonne intervention doit être proposée aux bonnes personnes au bon moment.

4.1 Les organisations doivent disposer d’un modèle de travail écrit qui définit les objectifs, la nature, le contenu et les résultats escomptés de chaque intervention proposée, ainsi que les groupes d’auteurs de violences domestiques pour lesquels elle est appropriée et la manière dont l’aide aux victimes survivantes sera intégrée.

4.2 Les évaluations doivent être proportionnées à l’intervention proposée et permettre d’identifier les besoins spécifiques liés au risque et/ou à la capacité de l’auteur à participer à une intervention. Lorsque des besoins supplémentaires ou complexes sont identifiés, un plan (et, le cas échéant, une filière d’orientation) doit être défini pour y répondre.

4.3 Les interventions doivent être appropriées à l’évaluation et pouvoir être adaptées si nécessaire. Lorsqu’une adaptation est nécessaire pour une population spécifique d’auteurs de violences (par exemple, lorsque les auteurs ont des problèmes de santé mentale, de toxicomanie et/ou d’alcoolisme), il convient d’envisager une cofacilitation avec un praticien compétent en la matière.

4.4 Les processus d’évaluation doivent permettre d’identifier l’auteur principal de l’infraction et ne pas proposer d’interventions axées sur l’auteur de l’infraction aux victimes-survivantes qui utilisent la résistance. Lorsqu’un auteur peut être une victime (par exemple, les mères dans les cas de violence et d’abus fondés sur l’honneur, les adolescents qui recourent à la violence et qui ont également été victimes d’abus sexuels), il convient de prévoir une voie d’orientation claire pour les soutenir, pendant qu’ils s’engagent dans une intervention adaptée et appropriée axée sur l’auteur de l’infraction.

4.5 La participation à une intervention ne doit pas être considérée comme un moyen de maintenir ou de réaffirmer le contrôle sur un ex-partenaire par le biais de procédures judiciaires répétées ou prolongées. Les auteurs de violences qui sont actuellement (ou ont été récemment) parties à des procédures de droit privé concernant les enfants doivent être évalués par le personnel du programme, indépendamment de toute évaluation ou recommandation préalable d’une agence de référence ou d’un avocat.

4.6 Le travail conjoint est rarement approprié dans les cas de violence entre partenaires intimes ; il ne doit être entrepris que si la victime-survivante le demande de manière proactive, une fois que le travail de changement de comportement de l’auteur a été entrepris et qu’une nouvelle évaluation de l’aptitude a été menée séparément avec l’auteur et la victime-survivante. Des mises en garde similaires s’appliquent à la médiation informelle ou formelle, à la réconciliation ou à l’arbitrage religieux pour toutes les formes de violence domestique.

 

5. Les interventions doivent être mises en œuvre de manière équitable, en tenant compte des caractéristiques protégées qui se croisent et se chevauchent.

5.1 Les interventions doivent reconnaître que les personnes issues de groupes minorisés peuvent avoir été confrontées à des obstacles et à des désavantages et que le changement est plus probable lorsque ces obstacles et désavantages sont reconnus et pris en compte.

5.2 Le fondement de la recherche du pouvoir et du contrôle s’applique à toutes les communautés, mais la manière dont il est exprimé et justifié est susceptible de varier. Le travail devrait explorer les variations dans les normes de genre et de génération et la manière dont elles affectent les mécanismes de pouvoir et de contrôle.

5.3 Il convient d’étudier les croyances individuelles, familiales et générales qui autorisent, justifient ou minimisent les abus (dans certaines situations, les victimes, les survivants et les auteurs peuvent inscrire ces croyances dans des récits de culture, de foi, de religion et/ou de valeurs communautaires), ainsi que celles qui ne les soutiennent pas. Bien que cela puisse devenir une source d’inspiration dans le travail avec les victimes-survivantes et les auteurs, il est important que les praticiens ne renforcent pas les stéréotypes de communautés entières.

5.4 Il convient d’élaborer des approches différentes pour les femmes hétérosexuelles et/ou les LGB et/ou les T auteurs de violences et d’abus entre enfants et parents. Les approches existantes devront peut-être être adaptées aux personnes issues de groupes minorisés sur la base de l’appartenance ethnique ou raciale et aux auteurs neurodivergents pour lesquels les différences/difficultés d’apprentissage, sociales et de communication doivent être prises en compte.

5.5 Un travail direct spécifique à la langue de la communauté (en tête-à-tête ou en groupe) pourrait être mis à disposition et peut être plus efficace car il permet à la fois un accès rapide et une exploration conjointe de la signification.

 

6. Les interventions doivent être effectuées par du personnel qualifié et soutenu dans la réponse à la maltraitance domestique.

6.1 Le personnel doit recevoir une formation initiale afin d’améliorer ses connaissances sur les violences domestiques, sur la manière dont les caractéristiques protégées peuvent s’entrecroiser, sur les processus locaux de sauvegarde et multi-agences et sur l’intervention dans le cadre de laquelle il travaille. Cela s’applique également aux travailleurs de soutien intégré. Le développement professionnel continu doit mettre à jour les nouvelles connaissances et pratiques, y compris l’impact sur les victimes-survivants, y compris les enfants.

6.2 Les interventions doivent être mises en œuvre et gérées par une équipe qui s’efforce de refléter les communautés qu’elle sert.

6.3 Le personnel chargé des interventions doit avoir accès à une supervision hiérarchique interne régulière et à une supervision clinique externe financée et de qualité. Le personnel qui apporte son soutien mais ne réalise pas d’interventions pourrait se voir offrir le même soutien.

6.4 Les charges de travail ne doivent pas dépasser le nombre d’interventions spécifiques pouvant être réalisées en toute sécurité et de manière équitable. Cela s’applique à la fois à l’aide intégrée aux victimes et à l’intervention auprès des auteurs de violences.

6.5 Les personnes qui commettent des violences domestiques ne doivent pas intervenir en tant qu’auteurs de violences. Tout recours antérieur à la violence domestique doit être révélé. Une vérification approfondie du Service de divulgation et de protection des données (Disclosure and Barring Service – DBS) doit être effectuée (bien que la preuve d’un changement personnel substantiel ne soit pas nécessairement un obstacle à l’intervention des auteurs).

 

7. Les interventions doivent être suivies et évaluées afin d’améliorer les pratiques et d’élargir la base de connaissances.

7.1 Des dossiers clairs et cohérents doivent être mis en place pour permettre une mise en œuvre sûre et efficace de l’intervention, ainsi que l’identification et la réponse rapide à l’augmentation des risques et des préoccupations en matière de protection.

7.2 Des données doivent être collectées sur les interventions, conformément à leur modèle de travail et à leurs exigences en matière d’orientation et de financement, y compris sur les résultats pertinents pour leur intervention et sur les personnes (et, surtout, les personnes qui n’ont pas accès à leur intervention) qui bénéficient actuellement de leur intervention.

7.3 Les expériences a) des victimes-survivantes (y compris les enfants) associées aux utilisateurs des services des auteurs de violences et b) des utilisateurs des services des auteurs de violences doivent être recueillies et utilisées comme source d’apprentissage. Il convient de mettre en place un processus transparent et un calendrier pour la collecte et la réflexion sur ces informations au sein des équipes (proportionnellement à la taille de l’organisation).

7.4 Les interventions existantes pourraient faire l’objet d’une évaluation externe. Les interventions doivent toujours faire l’objet d’une évaluation indépendante lorsque de nouvelles approches sont expérimentées.