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Traitement des délinquants sexuels

novembre 8th, 2024 | Publié par crisostome dans AICS - (0 Commentaire)

A découvrir, l’excellent ouvrage de Stinson et becker (2013, « Treating Sex Offenders : An Evidence-Based Manual », Guilford Press) sur le traitement des AICS: un manuel pas à pas, avec beaucoup de propositions d’exercices.

Extrait de la préface: « Bien que les politiques axées sur le contrôle et la sécurité aient prédominé au fil des ans, des tentatives ont également été faites pour traiter les délinquants sexuels.  Les premières approches thérapeutiques faisaient appel à la psychanalyse, à la thérapie de groupe non spécifique et au conditionnement aversif (pour diminuer l’excitation sexuelle), entre autres modèles. Au cours des années 1970 et 1980, une approche thérapeutique plus complète a été introduite, basée sur les principes de la thérapie cognitive et comportementale ainsi que sur la prévention des rechutes, un traitement adapté de la littérature sur l’abus de substances. La majorité de ces programmes ont été conçus comme des thérapies de groupe «universelles », prenant rarement en compte l’hétérogénéité de la population et les besoins spécifiques qu’un délinquant peut avoir (par exemple, déficiences intellectuelles ou développementales, problèmes comportementaux complexes, maladies mentales graves). Les résultats décevants  de la recherche sur les résultats de ces modèles ont conduit à des modifications dans la façon dont les délinquants sont classés. Par exemple, le modèle Risque-Besoins-Réceptivité(RBR) a gagné en popularité en partie parce qu’il reconnaît les différents niveaux de risque, de besoin de traitement et de réponse au traitement parmi les délinquants sexuels.. L’introduction plus récente du mouvement de la psychologie positive a conduit à l’élaboration du modèle des vies saines (GLM) et à la révision des protocoles standards de prévention des rechutes »

A titre d’exemple, un exercice présenté dans le manuel traite de l’auto-observation des « comportements inadaptés » (« On the Lookout for Maladaptive Behaviors »):

Parfois, les gens font des choses nuisibles, dangereuses ou risquées lorsqu’ils ressentent des émotions fortes, sont dans des relations malsaines, ont des problèmes avec leurs pensées ou ressentent des pulsions intenses. Vous trouverez ci-dessous une liste de comportements inadaptés ou problématiques de votre passé qui pourraient être liés à ces comportements.

Émotions fortes – colère, solitude, ennui, paranoïa, etc.

Problèmes liés à mes pensées – culpabilité, jugement, pensées rapides ou croyances délirantes

Interactions inconfortables ou relations malsaines – Disputes, manipulation, mensonge ou isolement

Pulsions intenses ou inconfortables – pulsions sexuelles, pulsions agressives, pulsions d‘automutilation, etc.

À l’affut des comportements inadaptés

Jill D. Stinson, PhD, est professeur adjoint au département de psychologie de l’East Tennessee State University.
Le Dr Stinson a précédemment été coordinatrice du traitement des délinquants sexuels à l’hôpital d’État de Fulton, au sein du département de la santé mentale du Missouri. Elle a travaillé travaillé avec des délinquants sexuels atteints de maladies mentales graves, de déficiences intellectuelles ou de troubles du développement et de troubles de la personnalité, ainsi qu’avec des prédateurs sexuellement violents. Ses recherches portent essentiellement sur la psychopathologie et la délinquance sexuelle, les processus d’autorégulation chez les personnes ayant des antécédents d’infractions sexuelles et de comportements violents, ainsi que sur les besoins d’évaluation et de traitement des populations médico-légales. Le Dr Stinson est membre de l’Association for the Treatment of Sexual Abusers et de l’American Psychology-Law Society.
Judith V. Becker, PhD, est professeur au département de psychologie de l’université d’Arizona. Elle a été présidente de l’Association for the Treatment of Sexual Abusers et de l’International Academy of Sex Research, a été rédactrice en chef de Sexual Abuse : A Journal of Research and Treatment, et continue de faire partie de plusieurs comités de rédaction. Sa recherche clinique s’est concentrée sur les délinquants sexuels adolescents et adultes ainsi que sur les victimes d’abus et d’agressions sexuels. Le Dr. Becker est l’auteur ou le coauteur de plus de 100 articles  et chapitres de livres publiés dans la littérature professionnelle.Elle est également consultante sur des affaires criminelles et civiles de médecine légale.

 

Exemple  du Programme « Becoming a New Me » (notamment pour les AICS), inspiré du GLM (UK)

Relations positives – – – –

  • Sentiment de colère et de méfiance permanent et volonté de se venger
  • Jalousie (uniquement pour les personnes reconnues coupables de violences conjugales)
  • Ne pas avoir de relation étroite avec un adulte
  • Se sentir plus à l’aise avec les enfants qu’avec les adultes (uniquement pour les personnes condamnées pour des délits sexuels)
  • Avoir de la famille proche ou des amis qui commettent des délits

Gérer les problèmes de la vie – – – –

  • Se précipiter dans les choses sans y réfléchir
  • Ne pas faire face aux problèmes de la vie
  • Avoir de gros problèmes pour contrôler ses sentiments
  • Avoir de gros problèmes avec les substances

Penser sainement – – – –

  • Penser que la violence est acceptable
  • Penser que la violence est acceptable
  • Penser que la violence dans une relation est acceptable
  • Penser que les délits sexuels sont acceptables

Sentiment d’utilité – –

  • Changer activement ma vie pour l’améliorer en travaillant sur les choses qui m’ont amené à commettre des infractions dans le passé.
  • Être un membre responsable de la société, respecter les règles et m’entendre avec les personnes qui me soutiennent. Avoir un emploi ou être occupé.

Une sexualité saine (ne concerne que les infractions sexuelles)

  • Penser souvent au sexe
  • Aimer avoir des relations sexuelles avec des enfants
  • Aimer les relations sexuelles violentes
  • Autres intérêts sexuels liés à l’infraction

Source:  Proulx, Cortoni, Craig, Letourneau (2020) What works with sexual offenders

BECOMING NEW ME

Résumé
Programme cognitivo-comportemental comprenant 166 heures de traitement pour les hommes âgés de 18 ans ou plus, reconnus coupables d’un délit sexuel.

Type d’intervention
Prison, travail de groupe

Groupes cibles, niveau de prévention et sous-groupes
Délinquants (potentiels) | Prévention tertiaire | Jeunes adultes (18-20 ans), Adultes (21+ ans) | Hommes | Interventions pour les personnes handicapées/ayant des difficultés d’apprentissage | Prison, travail de groupe | Anglais

Population cible
Hommes âgés de 18 ans et plus ayant été condamnés pour un délit sexuel avec contact ou tentative de contact, qui présentent un risque moyen, élevé ou très élevé de nouvelle condamnation selon l’évaluation actuarielle du risque RM2000, dont le QI se situe entre 60 et 80 et qui présentent des déficits de fonctionnement adaptatif. Les meurtriers sexuels à faible risque sont également placés dans ce programme. Ce programme est applicable à la fois en détention et dans la communauté.

Organisme de mise en œuvre
National Offender Management Service (Angleterre et Pays de Galles)

Mode et contexte de mise en œuvre
La méthode de traitement est largement cognitivo-comportementale. En d’autres termes, les méthodes visent à intervenir sur le chemin de la délinquance en restructurant les attitudes qui soutiennent ou permettent la délinquance sexuelle et en modifiant les comportements dysfonctionnels antérieurs par l’acquisition de nouvelles compétences et de nouvelles ressources. L’approche thérapeutique a été spécifiquement développée pour répondre aux besoins de ce groupe de clients. Il s’agit d’une approche de traitement en groupe pour huit délinquants sexuels adultes de sexe masculin en détention ou dans la communauté.

Le programme Becoming New Me (BNM) est un programme de traitement accrédité. En tant que tel, tous les prestataires du programme BNM sont soumis à des procédures d’audit. L’objectif de l’audit est de s’assurer que les programmes sont mis en œuvre comme prévu, à la fois sur le plan opérationnel et sur le plan clinique. Sur le plan opérationnel, l’audit garantit que les programmes bénéficient d’un soutien et d’une attention appropriés de la part de la direction, que leur mise en œuvre n’est pas compromise par des ressources insuffisantes, que le personnel bénéficie d’un soutien et que les évaluations et autres documents administratifs sont remplis de manière appropriée et en temps voulu.

Le processus d’assurance clinique permet de s’assurer que la qualité des traitements dispensés est conforme aux attentes. Chaque programme est évalué en fonction de deux critères : la qualité de l’exécution du programme et la qualité de la gestion du traitement. Le processus comprend l’examen des documents relatifs au traitement, tels que les « produits » (travaux réalisés par les participants), les journaux et les rapports du personnel du programme, le visionnage d’au moins trois enregistrements de séances et l’examen des dossiers du superviseur (tels que les notes d’observation et les dossiers de supervision).

Niveau/nature de l’expertise du personnel requise
Les programmes de traitement des délinquants sexuels (SOTP) sont conçus pour être dispensés par du personnel « paraprofessionnel », par exemple des agents pénitentiaires, des éducateurs et des assistants psychologues. L’aptitude à ce travail est basée sur les compétences et non sur les qualifications ou l’expérience professionnelle. Tous les membres du personnel travaillant sur des programmes pour délinquants sexuels en détention sont soumis à un processus de sélection complet prescrit au niveau national, suivi d’une formation résidentielle au cours de laquelle leur compréhension, leurs compétences et leurs aptitudes seront évaluées. Le personnel doit d’abord être jugé apte à devenir animateur. Pour ce faire, il doit passer diverses évaluations psychométriques et s’entretenir avec des responsables locaux. Ils doivent ensuite passer un centre d’évaluation. Les candidats retenus suivront une formation aux compétences fondamentales associées au travail avec les délinquants sexuels, puis la formation de base spécifique au programme pour les milieux carcéraux ou communautaires. Les animateurs SOTP expérimentés peuvent ensuite postuler pour devenir animateurs de programmes adaptés une fois qu’ils ont fait la preuve de leur efficacité. Ils doivent alors passer une évaluation spécifique aux programmes adaptés et deux autres formations. Seules les personnes ayant réussi la formation peuvent continuer à dispenser les programmes adaptés. Ceux qui réussissent la formation dispensent le traitement sous la supervision d’un responsable de traitement ou d’un superviseur désigné à tout moment. .

Intensité/étendue de l’engagement avec le(s) groupe(s) cible(s)
Le programme BNM comprend 166 heures de traitement (sur la base d’une participation de huit hommes). Il est possible de réduire la taille du groupe. Chaque session dure environ deux heures. Le traitement a lieu jusqu’à cinq fois par semaine.

Description de l’intervention
L’intervention se compose de douze blocs :

  • Bloc 1 – Gelling : Il s’agit d’un bloc d’introduction visant à encourager l’engagement.
  • Bloc 2 – Getting Going : L’objectif de ce bloc est d’encourager la cohésion du groupe et d’instiller un sentiment d’optimisme pour le changement. Dans ce bloc, les membres du groupe établissent les règles et les attentes du traitement et commencent à parler de la gestion des sentiments de honte.
  • Bloc 3 – Présentation de l’ancien et du nouveau moi : Les membres du groupe sont encouragés à parler de leur vie jusqu’à présent et sont initiés au modèle « Old Me New Me » (Haaven, 2006). Ils sont encouragés à renforcer leur nouveau moi au cours du traitement. Une introduction aux facteurs de risque et de réussite liés à la délinquance sexuelle est également proposée par le biais de la « roue de la réussite
  • Bloc 5 – Nouveau moi et sexe : Dans ce bloc, les membres du groupe conviennent d’un langage et d’un vocabulaire communs pour les actes sexuels et les parties du corps. Une éducation sexuelle de base est dispensée. Le consentement et les questions juridiques liées au sexe et à la loi sont abordés.
  • Bloc 6 – Comprendre mon délit : L’objectif de ce bloc est de permettre aux membres du groupe de comprendre les problèmes qui les ont poussés à commettre des infractions. Il s’agit d’identifier les problèmes sur lesquels il faut travailler en particulier pour aider l’individu à éviter de commettre d’autres délits.
  • Bloc 7 – Facteurs de risque et de réussite : Séance d’examen individuel à mi-parcours du traitement. Il s’agit d’une séance de motivation visant à encourager et à soutenir l’apprentissage réalisé jusqu’à présent. Les membres du groupe doivent percevoir cette séance comme un exemple de réussite personnelle – leur réussite.
  • Bloc 8 – Gérer mes pensées sexy : Dans ce bloc, les membres du groupe sont encouragés à reconnaître et à gérer leurs « pensées pas très sexy ». Ils ont également l’occasion de mettre en pratique les compétences de New Me pour faire face à leurs pensées désagréables en matière de sexualité et de relations.
  • Bloc 9 – Gérer mes problèmes : Dans ce bloc, les membres du groupe sont encouragés à améliorer leur capacité à résoudre les problèmes en utilisant un processus en 5 étapes. Ils ont la possibilité de s’exercer.
  • Bloc 10 – Gérer mes sentiments : Dans ce bloc, les membres du groupe sont encouragés à identifier les « vieux moi » et les sentiments « incontrôlables » qui ont joué un rôle dans la délinquance. Les membres du groupe sont encouragés à développer des modes de pensée qui renforcent le Nouveau Moi. Divers sentiments courants associés à la délinquance sexuelle sont abordés dans le traitement et les membres du groupe ont l’occasion de s’entraîner à gérer leurs sentiments.
  • Bloc 11 – Gérer mes relations : Dans ce bloc, les membres du groupe sont encouragés à explorer l’impact que les relations ont eu sur leur vie. Ils sont encouragés à mettre en pratique les moyens d’améliorer le fonctionnement de leurs relations.
  • Bloc 12 – Aller de l’avant : dans ce bloc, les membres du groupe ont l’occasion de s’exercer en tant que Nouveau Moi à faire face à des situations à risque. Les membres du groupe sont informés de la disponibilité des traitements futurs et les attentes concernant les prochaines étapes sont également structurées.

Pour en savoir plus: Psychocriminologie (free.fr)

 

HANSON (2019) Quels sont les besoins criminogènes de délinquants sexuels (« Evidence for treatment targets »)

Dans le cadre d’une (excellente!) conférence donnée au CICC en 2019, Karl Hanson fait un point sur l’état de la recherche en ce qui concerne l’efficacité des traitements pour les AICS. Il nous révèle que la plupart des programmes pour les AICS (>80%)… en réalité ne ciblent pas nécessairement les besoins criminogènes identifiés par la recherche …!

 

Dès lors, selon Hanson, on oriente mal nos prises en charge et aurions bénéfice à les réorienter vers des besoins criminogènes identifiés:

Source: Evidence for treatment targets (R. Karl Hanson, Ottawa, Canada)

La déviance sexuelle peut être considérée comme un comportement addictif qui peut être traité par des techniques similaires à celles des autres addictions. Dans ce cas, l’objectif n’est pas de « guérir » ou de de supprimer toute tentation, mais de développer des moyens de gérer et de faire face aux désirs sexuels permanents, d’apprendre à l’individu à être responsable face aux facteurs de stress internes et externes (Salter, 1988). Le développement de l’auto-contrôle est une cible d’intervention critique dans la prise en charge d’un AICS. Voici quelques proposistions d’étapes :

  1. Stratégies comportementales :
    • Identification des situations à risque
    • Développement de plans de sécurité personnalisés
    • Apprentissage de techniques de gestion du stress
    • Mise en place de routines structurantes
  1. Outils thérapeutiques :
    • Journal des pensées et pulsions
    • Techniques de relaxation et méditation
    • Exercices de pleine conscience
    • Stratégies de redirection de l’attention (exemples exercices tirés de la TCD: Therapie Comportementale Dialectique)
  1. Développement des compétences :
    • Reconnaissance des signes précurseurs
    • Communication des difficultés
    • Gestion des émotions
    • Résolution de problèmes
  1. Soutien environnemental :
    • Mise en place d’un réseau de soutien
    • Identification des ressources d’aide
    • Planification des activités quotidiennes
    • Évitement des situations déclenchantes

Ce travail doit être réalisé exclusivement par des professionnels qualifiés, avec :

    • Un suivi régulier
    • Une évaluation continue des progrès
    • Une coordination avec l’équipe soignante
    • Un respect strict du cadre thérapeutique

Comment pratiquer la restructuration cognitive avec un délinquant sexuel

  1. Évaluation initiale :
    • Identification des distorsions cognitives spécifiques
    • Évaluation du niveau de reconnaissance des actes
    • Analyse des schémas de pensée problématiques
    • Évaluation des facteurs de risque
  1. Techniques thérapeutiques :
    • Identification des pensées automatiques
    • Remise en question des croyances erronées
    • Développement de l’empathie envers les victimes
    • Apprentissage de nouveaux schémas de pensée
  1. Points d’attention spécifiques :
    • Maintien d’un cadre thérapeutique strict
    • Collaboration avec l’équipe pluridisciplinaire
    • Documentation rigoureuse des entretiens
    • Respect des obligations légales
  1. Objectifs thérapeutiques :
    • Responsabilisation face aux actes commis
    • Développement du contrôle comportemental
    • Gestion des situations à risque
    • Prévention de la récidive

Barry Maletzky (2016) évoque quant à lui l’importance de travailler sur les distortions cognitives avec ce type de bénéficiaire:

« Les distortions cognitives ont été décrites comme étant à l’origine de comportements sexuels déviants. Par exemple, de nombreux pédophiles croient sincèrement que si un enfant montre de la curiosité pour les questions sexuelles, il ou elle est intéressé(e) par une activité sexuelle. Certains délinquants croient à tort que si l’enfant ne résiste pas avec force, c’est qu’il ou elle a désiré avoir des relations sexuelles. Le délinquant a du mal à concevoir que l’enfant puisse être si confus ou effrayé par une avance sexuelle qu’il n’oppose que peu ou pas de résistance. De nombreux délinquants avancent comme preuve qu’ils n’ont pas fait de mal, le fait que l’enfant soit ensuite disposé à les côtoyer, bien que l’enfant n’ait pas eu le choix si l’auteur de l’infraction est une figure paternelle.
D’autres auteurs d’agressions sexuelles soulignent que l’enfant semble aller bien, qu’il joue avec d’autres enfants, qu’il réussit bien à l’école, etc. Ils ne se rendent peut-être pas compte que ce n’est que bien plus tard, à l’adolescence ou à l’âge adulte, que la victime se rendra compte du mal et de la honte causés par l’abus, et qu’elle commence alors à présenter des symptômes.
Il est également utile de se rappeler que l’auteur de l’infraction peut très bien cacher de telles erreurs de pensée aux yeux des autres et du thérapeute. Un clinicien compétent peut, avec le temps, mettre en évidence ces pensées érronées, mais il doit toujours être attentif à celles qui ne sont pas exprimées. Il peut être utile de lui permettre de raconter son histoire à un rythme tranquille au début, sans confrontation excessive. Ainsi, pour faire face aux distorsions cognitives, les modalités individuelles et collectives peuvent être utiles. Mais il n’a pas été démontré que le simple fait de confronter et d’essayer de « corriger » les erreurs de pensée soit une technique unique pour réduire l’excitation sexuelle déviante ; il faut donc l’associer à d’autres techniques cognitives et comportementales dans le cadre d’un programme de traitement complet et efficace. »

Barry Maletzky (2016) SEXUAL ABUSE AND THE SEXUAL OFFENDER, Common Man or Monster? Forensic Psychotherapy Monograph Series

Exemples de distorsions cognitives chez les délinquants sexuels et leurs contrepoints positifs  (pensées alternatives)

Distorsion Cognitive pensée alternative
« Si elle ne se débat pas, ça veut dire que c’est OK » « ça n’est jamais OK sans consentement et les enfants ne peuvent pas donner leur consentement ».
« C’est bon parce qu’elle a besoin d’en apprendre plus sur le sexe » « Les enfants n’ont jamais besoin d’apprendre ce qu’est le sexe en le pratiquant »
« Je peux échapper à la détection si je suis suffisamment rusé. » « je peux finir par me faire arrêter et aller en prison. »
« Je suis impuissant à contrôler mes besoins sexuels » « Il y a une différence entre les besoins et les désirs »
« Je ne ferais jamais rien qui puisse blesser quelqu’un » « Les rapports sexuels sans consentement blessent toujours les victimes »
« La masturbation à l’aide de fantasmes déviants ne fera de mal à personne » « La masturbation à l’aide de fantasmes déviants conduit le plus souvent à des actes déviants. »
« J’obtiens du pouvoir lorsque j’attaque une femme » « J’abandonne mon pouvoir à ma victime quand je vais en prison. »

 

Barry Maletzky est titulaire d’une licence de l’université de Columbia et d’un doctorat de l’université de l’État de New York, Stony Brook Medical School. Il a effectué un internat en psychiatrie à l’université des sciences de la santé de l’Oregon (Oregon Health Sciences University) en 1971. Après deux ans de service dans l’armée , il a commencé à pratiquer la psychiatrie à Portland, OR, en 1973. Le Dr Maletzky a commencé à se spécialiser dans plusieurs domaines de la psychiatrie, notamment le traitement de la dépression sévère, l’utilisation de la thérapie électroconvulsive, ainsi que l’évaluation et le traitement des délinquants sexuels. En 1978, il a fondé la Sexual Abuse Clinic pour traiter les délinquants sexuels et leurs victimes.  Depuis lors, la clinique est devenue l’une des plus importantes et les mieux établies au monde. Le Dr Maletzky mène des projets de recherche clinique depuis sa résidence. Il est l’auteur de plus de soixante-cinq articles parus dans des revues médicales à comité de lecture, et de dix chapitres de manuels édités et de six manuels originaux de psychiatrie dans diverses spécialités. Il a reçu de nombreuses récompenses militaires et civiles, dont le Dean’s Award de l’OHSU. Il a pris une retraite partielle en 2007 afin de consacrer plus de temps à l’enseignement, à la recherche, au bénévolat et de conseil, y compris son travail avec les personnes sortant de prison, de celles qui vivent en dessous du seuil de pauvreté et de celles qui font partie de la communauté LGBT.

Distorsions cognitives et AICS

octobre 30th, 2024 | Publié par crisostome dans AICS - (0 Commentaire)
  • Les agresseurs sexuels d’enfants adhèrent davantage à des croyances erronées à propos des contacts sexuels entre un adulte et un enfant (Abel et al., 1989 ; Bumby, 1996 ; Marshall, Hamilton et Fernandez, 2001 ; Moulden, 2008) et particulièrement ceux à haut risque de récidive (Mann, Webster, Wakeling et Marshall, 2007).
  • Ces distorsions cognitives sont centrales chez les agresseurs sexuels d’enfants, mais pas uniquement (distorsions/au viol).
  • Entetilment: La notion du droit à la sexualité réfère à la croyance que l’individu a « tous les droits » à propos de la sexualité et qu’il est justifié de combler ses besoins sexuels (Hanson, Gizzarelli et Scott, 1994).
  • Les distorsions relativement à l’enfant sexualisé représentent la tendance à percevoir les enfants comme sexuellement attirants et désirant avoir une vie sexuelle (Hanson et al., 1994).
  • Les individus perpétrant des infractions sexuelles tendent ainsi à rapporter que les enfants sont sexuellement provocateurs, que leur passivité constitue un accord implicite à participer aux relations sexuelles et qu’ils y prennent plaisir (Abel et al., 1984 ; Mann et al., 2007 ; Marziano, Ward, Beech et Pattison, 2006).
  • Les distorsions quant au tort causé par la victimisation sexuelle réfèrent à la croyance que les gestes sexuels commis ne causent pas ou peu de tort à l’enfant (Hanson et al., 1994). Certains délinquants sexuels rapportent effectivement croire que la sexualité entre un adulte et un enfant est consensuelle (Hanson et al., 1994 ; Howitt et Sheldon, 2007 ; Ward et Keenan, 1999) et n’est pas dommageable pour ce dernier (Mann et al., 2007).

Source: Marie-Ève Daspe[1], Yvan Lussier, Valérie Desaulniers, Natacha Godbout, Alain Perron, Stéphane Sabourin et Francine Bronsard (2017) « Personnalité et distorsions cognitives des agresseurs sexuelsChangements longitudinaux à la suite d’un traitement pour agression sexuelle envers les enfants »; Volume 50, numéro 1, printemps 2017, p. 233–262 L’agression sexuelle commise sur des mineurs : les victimes, les auteurs

Therapist Rating Scale-2 (TRS-2)

Échelle d’évaluation des thérapeutes-2

Liam E. Marshall, PhD, RP, ATSAF, & W. L. Marshall, O.C, F.R.S.C., Ph.D. (C.PSYCH) (Version 2020)

La Therapist Rating Scale-2 (TRS-2) est présentée ci-dessous avec des informations sur la cotation. Pour une présentation plus complète de la TRS-2, y compris des exemples de notation et de rapport, contactez-nous à l’adresse admin@rockwoodpsyc.com

TRS-2 – FORMULl’atteinte des objectifs de traitements AIRE D’ÉVALUATION

 

Sujets

Catégories

Compréhension intellectuelle

Acceptation/démonstration

1 AGENTIVITÉ

  • – Croire en sa capacité à contrôler sa propre vie et en faire preuve
  • – Prend la responsabilité de changer sa vie
  • – Peut identifier et prendre des mesures pour atteindre ses objectifs
   
2 EMPATHIE GÉNÉRALE

  • – Peut percevoir les émotions des autres
  • – Est capable de se mettre à la place des autres
  • – Réagit de manière appropriée aux émotions d’autrui
  • – Tente de réconforter les autres – lorsque c’est possible et approprié
   
3 ATTITUDES PROSOCIALES

  • – Adopte des attitudes prosociales et se comporte en conséquence
  • – Conteste les attitudes antisociales exprimées par les autres
  • – Coopère avec le superviseur/la supervision ou le personnel de gestion de cas
   
4 COMPÉTENCES/STYLES D’ADAPTATION ADÉQUATS

  • – Réagit aux facteurs de stress avec une émotivité appropriée
  • – Comprend comment les émotions peuvent influencer la capacité à faire face
  • – Fait face aux problèmes
  • – Est capable de résoudre les problèmes
   
5 COMPÉTENCES ADÉQUATES EN MATIÈRE D’INTIMITÉ

  • – Valorise les autres
  • – Se dévoile de manière appropriée
  • – Capable de se faire des amis, d’établir des relations avec les autres
  • – A des convictions réalistes sur les relations
   
6 ESTIME DE SOI POSITIVE

  • – A une croyance réaliste en ses propres capacités
  • – Il perçoit la valeur d’un discours positif sur lui-même et s’y engage.
  • – N’utilise pas d’humour dévalorisant ou désobligeant.
   
7 BONNE AUTORÉGULATION GÉNÉRALE

  • – Peut s’adapter à des circonstances changeantes
  • – N’est pas impulsif ou trop négatif
  • – N’est pas trop émotif et ne réprime pas ses émotions
  • – Reconnaît la valeur et la capacité d’un certain degré de stabilité dans la vie
   
8 BONNE AUTORÉGULATION SEXUELLE

  • – N’utilise pas le sexe pour s’en sortir
  • – N’est pas préoccupé par le sexe
  • – A des intérêts sexuels normatifs
  • – A une approche saine de la sexualité
   
9 COMPREND LES FACTEURS DE RISQUE

  • – Est conscient des facteurs et des situations de risque réels et possibles
  • – Capable d’accepter le retour d’information d’autrui
   
10 QUALITÉ DES PROJETS D’AVENIR

  • – A des projets et des objectifs réalistes pour l’avenir
  • – Bénéficie d’un soutien adéquat de la part de la communauté
  • – S’engage dans des activités de loisirs et en reconnaît la valeur
  • – Possède des compétences employables ou est financièrement indépendant
   
Sous-totaux    
Plus Acceptation/Démonstration  
SCORE TOTAL (fourchette : 20-80)    

COTATION & NIVEAUX (Rating)

NOTE : « Moyen » est comparé à des non-délinquants, des personnes « normales, moyennes, non-délinquantes, de tous les jours » dans la rue, de statut socio-économique comparable.

  • Niveau 4 = Fonctionnement optimal
    • Nettement supérieur à la moyenne
    • La plupart des participants au groupe n’atteindront pas ce niveau, quel que soit le sujet ou la catégorie.
  • Niveau 3 = Normatif (EST LA CIBLE DU TRAITEMENT)
    • Fonctionnement moyen
    • Atteint en grande partie l’objectif du traitement
    • Peut avoir encore un peu de travail à faire, mais n’est pas pire que les non-délinquants.
  • Niveau 2 = Approche de la normalité
    • Approche d’un fonctionnement moyen
    • Commence à comprendre et à voir la valeur du sujet/de la catégorie
    • Peut atteindre le niveau 3 après le traitement
  • Niveau 1 = Insatisfaisant
    • Doit refaire le traitement

Informations sur les niveaux

  • Les niveaux doivent varier d’un sujet à l’autre (agentivité, empathie, attitudes prosociales, etc.)
  • Les niveaux doivent varier selon les catégories (compréhension intellectuelle, acceptation/démonstration).
  • Éviter l’effet « halo » et l’effet contraire (« pitchfork »).
  • Lors de l’apprentissage de l’utilisation, demander aux thérapeutes de remplir le questionnaire séparément et indépendamment, puis discuter des différences – viser un accord inter-évaluateurs 8 à 9 fois sur 10 (c’est-à-dire qu’il n’est pas nécessaire que l’accord soit parfait pour tous les items).

COMMENT FAIRE :

En utilisant les descripteurs (par exemple, « croit en sa propre capacité à contrôler sa vie ») sous chaque rubrique (par exemple, « AGENTIVITÉ»), évaluez vos impressions sur la situation actuelle du client/patient en termes de « compréhension intellectuelle » de la question et sur la mesure dans laquelle il l’a prise en compte (c’est-à-dire acceptation/démonstration) en utilisant l’échelle d’évaluation en 4 points décrite.

La compréhension intellectuelle se traduit souvent par le fait que le client/patient est capable de dire les bonnes choses en thérapie, mais ne le fait pas nécessairement en dehors du cadre de la thérapie. La compréhension intellectuelle intervient généralement, mais pas toujours, avant que les bonnes actions ne deviennent une habitude. Par exemple, un client/patient peut adopter des attitudes appropriées au cours du traitement, mais ne pas se comporter totalement de manière à refléter ces meilleures attitudes.

On parle d’acceptation/démonstration lorsque le client/patient ne se contente pas de dire les bonnes choses, mais les met en pratique. Par exemple, faire preuve d’empathie envers les autres, adopter des attitudes appropriées envers les personnes extérieures à la thérapie, contacter des soutiens dans la communauté, établir des relations avec des pairs pro-sociaux.

A titre d’exemple de la QUALITE DES PROJETS FUTURS, un client/patient peut déclarer avoir compris l’importance d’établir de bons soutiens communautaires et recevoir ainsi un 3 pour la compréhension intellectuelle du sujet, mais ne pas avoir encore contacté ou établi de bons soutiens communautaires et recevoir ainsi un 1 ou 2 pour l’acceptation/démonstration de la question.

Lorsque le client/patient se débat avec un sujet particulier, il peut être utile, jusqu’à ce qu’il se sente à l’aise avec ce sujet, de l’évaluer sur chacun des descripteurs du sujet et d’en faire la moyenne.

QUAND LE FAIRE

Il est suggéré d’utiliser l’échelle TRS-2 à peu près à mi-parcours du traitement du client/patient, puis à la fin du traitement. L’utilisation de l’échelle TRS-2 à mi-parcours aide les thérapeutes à savoir où en est le client/patient bien avant la fin du programme, afin d’orienter le temps restant du traitement vers les problèmes les plus urgents. L’utilisation de l’échelle TRS-2 à la fin du traitement permet de savoir à quel point le client/patient est proche d’un « fonctionnement normal » et d’éclairer la rédaction des rapports. Les rapports basés sur l’échelle TRS-2 permettent de déterminer si un traitement ultérieur est nécessaire et sur quoi il doit porter. Nous recommandons d’utiliser les rubriques de l’échelle TRS-2 dans les rapports de traitement et d’inclure les évaluations dans le corps du rapport, ainsi que de joindre une copie de l’échelle TRS-2 complète au rapport ; les commissions de libération conditionnelle et les superviseurs estiment que cette méthode est utile. Des exemples de rapports expurgés sont donnés ci-dessous.

INTERPRÉTATION

Bien que l’échelle TRS-2 n’ait pas encore fait l’objet d’une validation empirique approfondie, elle est basée sur l’échelle TRS originale (version à 17 items), qui a fait l’objet d’un certain nombre d’examens (par exemple, bonne fiabilité entre les évaluateurs), et sur ce que l’on sait du risque dynamique chez les délinquants. À l’heure actuelle, le TRS-2 est conçu comme un guide pour les thérapeutes et les autres personnes qui prennent des décisions post-traitement concernant les délinquants.

On considère que les clients/patients ont atteint l’objectif du traitement lorsqu’ils obtiennent un score de 3 à un item. Idéalement, les client(e)s ou patient(e)s obtiendront un score de 3 à la fois pour la compréhension intellectuelle et pour l’acceptation ou la démonstration pour chacun des 10 sujets. Cependant, il est peu probable que cela se produise et, par conséquent, les thérapeutes devront faire preuve de discernement quant à l’impact global du traitement. Dans une étude récente, le score total des récidivistes (M= 44,57, SD= 6,85) était statistiquement plus bas que celui des délinquants non récidivistes (M= 51,07, SD= 5,07 ; le score total du TRS-2 peut varier de 20 à 80), t = 4,78, p < 0,001, ce qui suggère que des scores totaux supérieurs à 50 peuvent indiquer la réussite du traitement. Les scores totaux inférieurs à 45 indiquent probablement la nécessité de poursuivre le traitement. Cette tendance, selon laquelle des scores plus élevés indiquent un risque de récidive plus faible, a été constatée à la fois pour les catégories Compréhension intellectuelle et Acceptation/Démonstration, p < 0,001 dans les deux cas. Toutefois, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour mieux définir les seuils de réussite du traitement, et cet exemple est fourni à titre de ligne directrice possible.

L’échelle TRS-2 peut être un guide utile pour la rédaction des rapports de traitement et des exemples expurgés sont inclus à la fin de ce dossier. Nous incluons le TRS-2 au début du rapport, puis les paragraphes suivants expliquent et justifient la notation. Enfin, une section « Conclusions et recommandations » peut commenter la réduction des risques induite par le traitement, le cas échéant. Les commissions de libération conditionnelle et les superviseurs jugent également utiles les informations fournies par le TRS-2.

A QUI PUIS-JE APPLIQUER L’ETR-2 ?

Le TRS original a été développé pour être utilisé avec des délinquants sexuels. Cependant, les questions soulevées dans le TRS-2 s’appliquent à de nombreuses formes de comportement délinquant et le TRS-2 a été utilisé avec des clients/patients souffrant de troubles mentaux, de violence domestique et de gestion de la colère. Le TRS-2 reflète tous les facteurs de risque dynamiques de la délinquance en général, communément appelés les « huit grands », tels que les attitudes antisociales, les fréquentations antisociales, les problèmes généraux d’autorégulation et les problèmes relationnels.

QUI PEUT UTILISER LE TRS-2 ?

Le TRS-2 est une mesure sans licence, c’est-à-dire que son utilisation n’entraîne aucun coût. Cependant, veuillez utiliser la référence ci-dessous pour citer l’instrument de mesure dans toute publication ou présentation.

L’utilisation de l’échelle TRS-2 ne nécessite pas de niveau d’études particulier (licence, maîtrise, doctorat) dans une discipline particulière (psychologie, psychiatrie, travail social, etc.). Toutefois, il est recommandé de connaître les facteurs de risque dynamiques chez les délinquants et des programmes de formation conçus pour améliorer la connaissance de ces questions chez les délinquants sont disponibles (par exemple, rockwoodpsyc.com).

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