Adult Attachment Scale – AAS
Collins & Read, 1990
PRÉSENTATION DE L’ÉCHELLE
L’Échelle d’attachement adulte (Adult Attachment Scale, AAS) a été élaborée par Nancy L. Collins et Stephen J. Read en 1990, dans le prolongement des travaux fondateurs de Hazan et Shaver (1987) sur la transposition de la théorie de l’attachement de Bowlby à l’âge adulte. Alors que les premières mesures de l’attachement adulte reposaient sur une approche catégorielle (attribuant chaque individu à l’un des trois styles – sécure, anxieux ou évitant), Collins et Read ont proposé une conceptualisation dimensionnelle, permettant de rendre compte de la variabilité continue des différences individuelles dans les expériences d’attachement.
L’échelle originale, publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology, a été développée à partir d’une analyse factorielle exploratoire menée sur un échantillon de 406 étudiants universitaires, révélant trois dimensions distinctes : la proximité (Close – degré de confort ressenti à l’égard de l’intimité et des relations proches), la dépendance (Depend – mesure dans laquelle la personne se sent capable de compter sur autrui pour être disponible en cas de besoin), et l’anxiété (Anxiety – préoccupation anxieuse concernant l’abandon ou le fait de n’être pas aimé). La version finale de l’instrument comporte 18 items, six par sous-échelle, cotés sur une échelle de Likert en cinq points.
L’AAS est l’un des premiers questionnaires à avoir quitté la logique sécure / évitant / anxieux pour adopter une mesure dimensionnelle.
En 1996, Nancy Collins a procédé à une révision de l’échelle (Revised Adult Attachment Scale, R-AAS), qui a fait l’objet de nombreuses validations transculturelles. La version révisée a notamment été traduite en français sous le nom de R-AAS-F, dont la structure factorielle en trois dimensions a été confirmée auprès d’un échantillon francophone de 408 jeunes adultes, avec des coefficients oméga variant de .77 à .85 selon les dimensions. L’instrument est aujourd’hui l’un des questionnaires auto-administrés les plus influents et les plus largement utilisés pour évaluer l’attachement adulte en recherche et en clinique, bien qu’aujourd’hui, la plupart des chercheurs utilisent plutôt l’ECR (Experiences in Close Relationships, de Kelly Brennan, Catherine Clark et Phillip Shaver, 1998) ou l’ECR-R.
TRADUCTION FRANÇAISE DE L’ÉCHELLE
Consignes
Veuillez lire chacun des énoncés suivants et évaluer dans quelle mesure il décrit vos sentiments à l’égard des relations amoureuses. Veuillez considérer l’ensemble de vos relations (passées et présentes) et répondre en fonction de ce que vous ressentez généralement dans ces relations. Si vous n’avez jamais été engagé(e) dans une relation amoureuse, répondez en fonction de ce que vous pensez que vous ressentiriez. Utilisez l’échelle ci-dessous en inscrivant un chiffre entre 1 et 5 dans l’espace prévu à droite de chaque énoncé.
| 1 | Pas du tout caractéristique de moi |
| 2 | Peu caractéristique de moi |
| 3 | Ni caractéristique, ni non caractéristique de moi |
| 4 | Assez caractéristique de moi |
| 5 | Très caractéristique de moi |
Items
-
Il m’est relativement facile de me rapprocher des autres.
-
Je ne m’inquiète pas d’être abandonné(e).
-
J’éprouve des difficultés à me permettre de dépendre des autres.
-
Dans mes relations, je m’inquiète souvent que mon/mà partenaire ne m’aime pas vraiment.
-
Je constate que les autres sont réticents à se rapprocher autant que je le souhaiterais.
-
Je suis à l’aise pour dépendre des autres.
-
Je ne m’inquiète pas que quelqu’un se rapproche trop de moi.
-
Je constate que les gens ne sont jamais là quand on a besoin d’eux.
-
Je suis quelque peu mal à l’aise d’être proche des autres.
-
Dans mes relations, je m’inquiète souvent que mon/mà partenaire ne veuille pas rester avec moi.
-
Je souhaite fusionner complètement avec une autre personne.
-
Mon désir de fusion fait parfois peur aux gens et les éloigne.
-
Je suis à l’aise que d’autres personnes dépendent de moi.
-
Je sais que les gens seront là quand j’aurai besoin d’eux.
-
Je suis nerveux/nervouse quand quelqu’un se rapproche trop de moi.
-
J’éprouve des difficultés à faire entièrement confiance aux autres.
-
Souvent, mes partenaires veulent que je sois plus proche que je ne me sens à l’aise de l’être.
-
Je ne suis pas certain(e) de pouvoir toujours compter sur les autres pour être là quand j’ai besoin d’eux.
COTATION
Attribution aux sous-échelles (version originale à trois dimensions)
Chaque item est associé à l’une des trois sous-échelles suivantes :
| Sous-échelle | Items |
|---|---|
| Proximité (Close) | 1, 7, 9, 13, 15, 17* |
| Dépendance (Depend) | 3, 6, 8, 14, 16, 18 |
| Anxiété (Anxiety) | 2*, 4, 5, 10, 11, 12 |
Les items suivis d’un astérisque () sont inversés.*
Procédure de calcul
- Inversion des items : Pour les items marqués d’un astérisque (*), inverser la cotation selon la formule suivante :
score inversé = 6 - score original(ainsi, un 1 devient 5, un 2 devient 4, un 3 reste 3, un 4 devient 2, un 5 devient 1). - Calcul des scores par sous-échelle : Pour chacune des trois sous-échelles, faire la moyenne des scores (après inversion le cas échéant) des six items qui la composent. Les scores par sous-échelle varient donc de 1 à 5.
- Score total : Contrairement à d’autres instruments, l’AAS ne propose pas de score total unique. L’interprétation repose sur le profil des trois scores dimensionnels.
Cotation alternative : dimensions bipolaires de l’anxiété et de l’évitement
Certains chercheurs (Kim Bartholomew et Kelly Brennan) utilisent une cotation alternative permettant de calculer deux dimensions bipolaires – l’anxiété d’attachement (modèle de soi) et l’évitement de l’attachement (modèle de l’autre) – selon le barème suivant :
| Dimension | Items |
|---|---|
| Anxiété (Anxiety) | 2*, 4, 5, 10, 11, 12 |
| Évitement (Avoidance) | 1, 3, 6, 7, 8, 9, 13, 14*, 15, 16, 17, 18 |
Les items suivis d’un astérisque () sont inversés.*
INTERPRÉTATION
Principe général
L’interprétation de l’AAS repose sur le profil des scores obtenus sur les trois dimensions. Un score élevé sur une sous-échelle indique une plus grande présence de la caractéristique correspondante. La combinaison des trois scores permet de situer le répondant par rapport aux styles d’attachement classiquement décrits dans la littérature.
Interprétation par sous-échelle
1. Proximité (Close) — items 1, 7, 9, 13, 15, 17*
Un score élevé (moyenne > 3,5) indique un confort à l’égard de l’intimité et de la proximité relationnelle. La personne se sent à l’aise pour établir des liens étroits, n’éprouve pas de crainte d’être envahie et accepte que les autres dépendent d’elle. À l’inverse, un score faible (moyenne < 2,5) reflète une gêne face à la proximité, une tendance à maintenir une distance émotionnelle et une appréhension à l’égard de l’intimité.
2. Dépendance (Depend) — items 3, 6, 8, 14, 16, 18
Un score élevé (moyenne > 3,5) témoigne de la conviction que l’on peut compter sur les autres pour être disponibles en cas de besoin. La personne éprouve un sentiment de sécurité dans la dépendance et fait confiance à la fiabilité d’autrui. Un score faible (moyenne < 2,5) reflète au contraire une méfiance à l’égard de la disponibilité d’autrui, une crainte d’être déçu et une difficulté à s’appuyer sur les autres.
3. Anxiété (Anxiety) — items 2*, 4, 5, 10, 11, 12
Un score élevé (moyenne > 3,5) indique une préoccupation anxieuse concernant l’abandon, le rejet ou le fait de ne pas être suffisamment aimé. La personne craint que son partenaire ne l’aime pas vraiment ou ne veuille pas rester avec elle, et peut manifester un désir de fusion intense qui risque d’éloigner autrui. Un score faible (moyenne < 2,5) reflète une relative sérénité à l’égard de la pérennité de la relation et une moindre crainte de l’abandon.
Profils d’attachement
Les profils d’attachement peuvent être approximativement rapprochés des styles décrits par Hazan et Shaver, mais l’AAS est avant tout un instrument dimensionnel. Les trois scores doivent être interprétés conjointement plutôt que convertis mécaniquement en catégories.
La combinaison des trois scores permet de distinguer trois profils, en cohérence avec la typologie classique de Hazan et Shaver (1987) :
| Profil | Proximité | Dépendance | Anxiété |
|---|---|---|---|
| Sécure | Élevé | Élevé | Faible |
| Anxieux/ambivalent | Élevé | Faible | Élevé |
| Évitant | Faible | Faible | Faible |
- Attachement sécure : La personne est à l’aise avec la proximité, fait confiance à la disponibilité d’autrui et ne craint pas l’abandon. Elle entretient des relations satisfaisantes et équilibrées.
- Attachement anxieux (ou préoccupé) : La personne aspire à la proximité et à la fusion, mais doute de la réciprocité des sentiments et craint constamment l’abandon. Cette ambivalence peut générer une dépendance émotionnelle marquée et des fluctuations de l’humeur.
- Attachement évitant : La personne est mal à l’aise avec l’intimité, préfère maintenir une distance émotionnelle et se méfie de la fiabilité d’autrui. Elle tend à minimiser l’importance des relations et à privilégier l’autonomie.
Remarques cliniques et méthodologiques
-
L’AAS n’est pas un instrument diagnostique ; il vise à évaluer des dimensions continues de l’attachement, non à poser un diagnostic catégoriel.
-
Il n’existe pas de seuil clinique officiellement validé. Les seuils interprétatifs (élevé > 3,5 ; faible < 2,5) sont indicatifs et doivent être adaptés en fonction des caractéristiques de l’échantillon et du contexte culturel.
-
La version révisée de 1996 (R-AAS) a fait l’objet d’une validation en français (R-AAS-F), dont les propriétés psychométriques se sont révélées satisfaisantes. Les chercheurs sont invités à se référer à cette version pour des applications en contexte francophone.
-
L’échelle présentée ici correspond à la version originale de 1990. La version révisée de 1996 comporte des modifications mineures dans la formulation de certains items ; les chercheurs sont invités à consulter la publication originale de Collins (1996) pour une utilisation de la version révisée.
-
Il est recommandé d’interpréter les résultats en tenant compte du genre, de l’âge, du statut relationnel et des expériences de vie du répondant.
Référence : Collins, N. L., & Read, S. J. (1990). Adult attachment, working models, and relationship quality in dating couples. Journal of Personality and Social Psychology, 58(4), 644-663.

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