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Fazel S, Wolf A. (2018) Choisir un outil d’évaluation des risques à utiliser dans la pratique : un guide en 10 points

Résumé

Avec l’augmentation du nombre d’outils d’évaluation des risques et d’algorithmes cliniques dans de nombreux domaines de la science et de la médecine, cet article de perspective présente une vue d’ensemble des résultats de recherche qui peuvent contribuer à éclairer le choix d’un instrument pour une utilisation pratique. Nous prenons l’exemple des outils d’évaluation du risque de violence dans la justice pénale et la psychiatrie légale, où il existe plus de 200 instruments de ce type et où leur utilisation est généralement obligatoire. Nous présentons 10 questions clés que les chercheurs, les cliniciens et les autres professionnels devraient se poser lorsqu’ils décident de l’outil à utiliser, et qui sont également pertinentes pour les politiques publiques et les responsables des services. Ces questions s’appuient sur deux éléments : la recherche qui sous-tend la validation externe, et la dérivation ou le développement d’un instrument particulier. Nous recommandons également quelques lignes directrices pour la rédaction de rapports, tirées des lignes directrices de consensus pour la recherche sur les modèles de pronostic.

Guide en 10 points pour sélectionner un outil d’évaluation du risque (FR)

article original: Evid Based Mental Health (2018) – https://ebmh.bmj.com/content/ebmental/21/2/41.full.pdf

Seena FAZEL & Université d’OXFORD: OXRISK, Panel d’outils d’évaluation du risque

OxRec est un calculateur de risque en ligne permettant d’évaluer le risque de récidive chez les détenus. Cet outil a été développé par le groupe de psychiatrie et de psychologie légale de l’Université d’Oxford et est disponible sur le site OxRisk.com.

Comment a-t-il été développé ?

OxRec a été développé et validé en Suède, sur la base du suivi de 47 326 prisonniers libérés sur une période de 10 ans. Les variables prédictives potentielles à inclure dans OxRec ont été tirées d’un examen minutieux des données relatives aux antécédents criminels et aux facteurs sociodémographiques et cliniques, et n’ont été retenues que celles qui étaient à la fois des facteurs de risque fiables et relativement faciles à évaluer.

Tout d’abord, le modèle OxRec a été dérivé à partir des données de 37 100 prisonniers, et 14 facteurs sociodémographiques et cliniques, pour la plupart collectés de manière routinière, ont été inclus dans le modèle final. Ensuite, le modèle a fait l’objet d’une validation externe auprès d’un groupe distinct de 10 226 détenus afin d’établir sa performance dans un nouvel échantillon. Le modèle génère un calculateur de risque simple (OxRec) qui produit deux résultats – des catégories (faible, moyen, élevé) et des scores de probabilité (%) basés sur la récidive violente et la récidive tout court sur 1 et 2 ans.

La recherche qui sous-tend OxRec a été développée en utilisant les méthodes de la plus haute qualité dans le domaine, a été évaluée par des pairs et l’article original a été publié en libre accès dans le Lancet Psychiatry. OxRec a également fait l’objet d’une validation externe plus récente aux Pays-Bas (Scientific Reports), avec quelques prédicteurs adaptés pour tenir compte des besoins locaux. En outre, des validations au Tadjikistan (publiée dans Frontiers in Psychiatry et représentant l’une des seules validations externes d’un outil de justice pénale dans un pays à revenu faible/moyen) et au Royaume-Uni ont été réalisées. D’autres validations externes sont en cours en Finlande, en Suède et en Norvège, et des études de faisabilité sont en cours dans d’autres pays. Pour une bibliographie complète relative à OxRec, visitez l’onglet ‘New OxRisk tool validations’ sur OxRisk.com.

Un article récent qui traite des outils d’évaluation du risque pénal et du changement radical qu’offre OxRec a été publié dans le European Journal on Criminal Policy and Research (Journal européen de la politique et de la recherche criminelles).

Quand utiliser OxRec ?

OxRec est conçu pour prédire la récidive violente dans un délai d’un an et de deux ans dans deux populations : les prisonniers libérés et, aux Pays-Bas, il a été adapté pour être utilisé avec les probationnaires.

Qui peut utiliser OxRec ?

Les professionnels de la justice pénale et le personnel de santé peuvent utiliser l’outil OxRec, car l’évaluation des cas spécifiques nécessite l’interprétation de certaines des variables prédictives. Les personnes qui utilisent OxRec sont encouragées à lire d’autres documents de référence (y compris les articles publiés sur OxRec, tous disponibles gratuitement sur OxRisk.com) et toutes les vidéos de formation développées localement dans les différents pays.

Comment interpréter les résultats ?

Les résultats du calculateur OxRec comprennent des scores de probabilité de récidive violente dans un délai d’un an et de deux ans. Une probabilité de 10% pour 2 ans signifie qu’en moyenne, 1 individu sur 10 ayant les mêmes prédicteurs sera violent au cours des 2 prochaines années. Il s’agit d’une interprétation similaire à celle de la probabilité de pluie dans une application météo – ainsi, une probabilité de pluie de 50 % à un moment donné signifie qu’il y a une chance sur deux qu’il pleuve un jour similaire à celui d’aujourd’hui.

Le calculateur fournit également une catégorie de risque, basée sur des niveaux de risque pré-spécifiés identifiés sur le calculateur (et qui sont différents pour le risque à 1 an et à 2 ans).

Comment chaque élément doit-il être noté ?

Voir les descriptions des éléments sur la feuille de notation. La source d’information la meilleure et la plus récente doit être utilisée si possible. Certaines variables peuvent être notées comme inconnues et OxRec affichera des fourchettes de risque reflétant cette incertitude.

 

Analyse sur l’évaluation des risques pour les cas de radicalisation et d’extrémisme violent

Le CSCSP a élaboré un rapport sur les instruments de screening et d’évaluation des risques qui existent pour les cas de radicalisation et d’extrémisme violent. Ce rapport sur fonde sur des expertises réalisées par des spécialistes suisses et européen·ne·s et sur les travaux d’un groupe de travail bilingue constitué de praticien·ne·s du milieu suisse de l’exécution des sanctions pénales. Selon la conclusion du CSCSP, les instruments de screening disponibles peuvent être tout à fait utiles pour une première appréciation. Néanmoins, il convient de garder à l’esprit que leurs résultats ne sauraient être considérés comme des évaluations du risque. En effet, le CSCSP estime qu’aucun des instruments actuels d’évaluation des risques ne présente une validité suffisante.

Plutôt qu’un recours à certains outils, le CSCSP recommande de renforcer la collaboration interdisciplinaire entre le domaine de l’exécution des sanctions pénales et les services de police et de renseignement au niveau cantonal.

https://www.skjv.ch/sites/default/files/documents/Radicalisation_Evaluation_des_risques_Analyse.pdf

Si le lien est brisé: Radicalisation_Evaluation_des_risques_Analyse

 

Extrait:

3.4 Instruments spécifiques d’évaluation des risques
Selon l’»état de l’art» actuel, l’évaluation des risques chez les personnes qui ont déjà été condamnées pour les infractions en question (ou qui, du moins, sont soupçonnées d’avoir commis de tels actes) se fait de manière méthodique, par le biais d’un jugement professionnel structuré (approche dite du JPS).
Certains instruments d’évaluation des risques peuvent aider l’évaluateur à procéder à l’appréciation. Les expertises sur lesquelles ce rapport se fonde analysent les instruments suivants, qui peuvent fournir une aide au jugement professionnel structuré: VERA-2R, ERG22+, IVP Guidance, les MLG et TRAP. Ces instruments ont été spécifiquement développés pour des actes de violence ou de violence de groupe de type extrémiste. Outre ces outils spécifiques, Octagon49 semble également adéquat ici, d’autant qu’il permet de sélectionner «violence en contexte d’idéologies extrémistes» en tant qu’infraction visée. Pour une illustration de la structure et de la conception de tous ces instruments, voir les descriptions détaillées des expertises dans l’annexe du rapport. Tous ces instruments prennent en compte les facteurs de risque dynamiques (autrement dit, variables) et aboutissent à des recommandations concrètes sur les mesures à mettre en place (à l’exception de VERA-2R). Sur les six instruments, seuls Octagon et VERA-2R tiennent compte non seulement des facteurs de risque, mais également des facteurs de protection ; dans le cas de VERA-2R, on ne sait pas dans quelle mesure les facteurs de protection ont une influence sur le risque. Octagon a été conçu pour être un outil de gestion des menaces pour la police et, comme mentionné ci-dessus, il est utilisable dans plusieurs domaines thématiques. ERG22+ a été explicitement élaboré pour le contexte carcéral et l’évaluation de personnes condamnées extrémistes (…)

À ce stade, il est crucial de noter que, selon la recherche, ni la validité ni la fiabilité scientifiques d’aucun de ces instruments n’ont encore été suffisamment prouvées. La principale raison est que l’extrémisme violent représente un phénomène marginal, la population des auteurs d’infractions de ce type étant trop peu nombreuse d’un point de vue statistique pour qu’une validation soit possible: les instruments n’ont donc pu être utilisés que pour une population très restreinte, d’où un taux de base (autrement dit, une population de référence) faible. En outre, les instruments n’ont pour l’heure été
expérimentés que dans un petit nombre de pays et dans des contextes spécifiques ; on ne sait pas si les résultats peuvent être transposés à la population carcérale en Suisse. De plus, la recherche critique le fait que les facteurs de risque servant de base à ces instruments n’aient pas encore été suffisamment étudiés quant à leur pertinence, à leur pondération et à leurs relations de causalité et d’interdépendance. Elle déplore également que la conception de l’extrémisme sur laquelle ils reposent soit souvent peu claire ou ne différencie pas assez l’extrémisme non violent de celui qui l’est.

Cours en ligne gratuit sur la Gestion des conflits (Centre Suisse de Compétence en matière d’exécution des Sanctions Pénales)

Profitez de ces programmes de cours assistés par ordinateur pour acquérir des connaissances efficacement, à n’importe quelle heure et n’importe quel endroit. Les cours en e-learning sont gratuits ; une fois l’inscription effectuée, ils sont accessibles à tout le monde, y compris à celles et ceux qui ne suivent pas de formation auprès du CSCSP actuellement.

Le cours montre comment il est possible de régler les conflits de manière active et constructive. Les participant·e·s se penchent sur leur propre comportement en cas de conflit et acquièrent des outils permettant de mieux comprendre et résoudre les conflits.

  • Structure : Ce cours en e-learning se compose de six modules d’environ 15 minutes chacun. Combiné à deux séquences en ligne d’une heure et demie chacune et d’une journée d’apprentissage en présentiel, il peut donner lieu à l’obtention d’un certificat pour une formation continue de deux jours sur le thème de la gestion des conflits.
  • Langues disponibles : français, allemand, italien
  • Durée : env. 120 minutes
  • À noter : Les contenus théoriques peuvent être approfondis en association avec deux séquences en ligne et une journée de cours en présentiel. Voir le programme de formation continue du CSCSP.

Vers la plateforme e-learning

Chronique : La Californie va transformer la célèbre prison de San Quentin avec des idées scandinaves, en mettant l’accent sur la réhabilitation

Los Angeles Time, BY ANITA CHABRIA COLUMNIST , Photography by KENT NISHIMURA, MARCH 16, 2023

Article source (ENG) : https://www.latimes.com/california/story/2023-03-16/newsom-wants-to-transform-san-quentin-using-a-scandinavian-model

Luis a été condamné à la prison à vie il y a 16 ans, à l’âge de 17 ans. La nourriture arrivait sur un plateau et les restes étaient retirés sur le même rectangle de plastique marron.
Il n’avait donc jamais cuisiné ni fait la vaisselle avant d’être transféré l’année dernière dans l’unité « Little Scandinavia » de l’établissement pénitentiaire d’État de Pennsylvanie à Chester – une expérience calquée sur les systèmes d’incarcération d’Europe du Nord, où l’objectif est moins de punir que de former des personnes capables d’être de bons voisins.
Ici, Luis (le règlement de la prison de Pennsylvanie m’empêche d’utiliser son nom de famille) dispose de quatre cuisinières en acier inoxydable, de deux îlots en bois blond, de casseroles, dont un four hollandais bleu vif, et d’un réfrigérateur contenant des provisions provenant d’un supermarché voisin. Il y a même des couteaux pas trop aiguisés.
« Je me suis rendu compte que pendant toutes ces années, j’étais devenu conditionné et dépendant », m’a-t-il dit, debout dans cette cuisine impeccable partagée par 54 hommes. Pouvoir nettoyer derrière lui était une autonomie qu’il ne savait même pas qu’il voulait, ou qu’il avait besoin.
Cette semaine, le gouverneur Gavin Newsom annoncera que la Californie va faire son propre bond en avant, en repensant l’objectif de la prison et en « mettant fin à San Quentin tel que nous le connaissons », m’a-t-il dit mercredi.
D’ici 2025, le premier et le plus tristement célèbre pénitencier de Californie, où des criminels tels que Charles Manson et Scott Peterson ont purgé leur peine, deviendra quelque chose d’entièrement différent : le plus grand centre de réhabilitation, d’éducation et de formation du système pénitentiaire californien, et peut-être même du pays. Il ne s’agira plus d’un établissement de haute sécurité. Il s’agira plutôt d’un lieu où l’on formera de bons voisins, en appliquant les méthodes scandinaves.
La vision d’un nouveau San Quentin comprend la formation professionnelle pour des carrières à six chiffres, des métiers tels que plombier, électricien ou chauffeur de camion, et l’utilisation du complexe comme dernière étape de l’incarcération avant la libération. Le budget proposé par M. Newsom, publié il y a quelques semaines, prévoit 20 millions de dollars pour lancer cette initiative.
Le plan pour San Quentin n’est pas seulement une question de réforme, mais aussi d’innovation. Il s’agit d’une chance de « nous fixer un niveau d’ambition plus élevé et de chercher à réimaginer complètement ce que signifie la prison », a déclaré M. Newsom.
Outre la Pennsylvanie, la philosophie scandinave de l’incarcération a déjà été mise en œuvre dans des programmes pilotes dans l’Oregon et dans le Dakota du Nord, ainsi que dans des expériences à petite échelle au sein de quelques autres prisons californiennes.
Mais ce qui est envisagé pour San Quentin est d’une autre ampleur. Le choix de cette prison, nichée sur une péninsule du riche comté de Marin et surplombant la baie de San Francisco, est une déclaration de M. Newsom sur la réforme de la justice et sur la Californie – une déclaration qui a le potentiel non seulement de changer ce que signifie purger une peine, mais aussi de créer un chemin vers des communautés plus sûres, ce que notre système actuel n’a pas réussi à faire.
Malgré les décrets de consentement, les fermetures de prisons et même la fin de facto de la peine de mort, l’approche californienne de la criminalité et de la punition reste problématique, comme partout aux États-Unis. Nos taux de récidive restent obstinément élevés, les personnes de couleur sont incarcérées de manière disproportionnée, et les conservateurs comme les libéraux avancent des arguments convaincants pour l’expliquer.
Fondamentalement, nous ne parvenons pas à nous mettre d’accord sur la finalité de la prison : son objectif principal doit-il être de punir ou de guider ? Doit-elle être une source de souffrance permanente ou une opportunité ?
Beaucoup, à droite, disent que la prison doit servir de moyen de dissuasion : la peine n’est pas censée être agréable, et des conditions difficiles permettent d’apprendre des leçons difficiles. À gauche, nombreux sont ceux qui affirment que la justice réparatrice et d’autres moyens de détourner les gens de l’incarcération devraient être la priorité.
Mais ces dichotomies ne passent-elles pas à côté de l’essentiel ?
La réalité est que la plupart des personnes qui vont en prison en ressortent, soit plus de 30 000 par an en Californie, souligne M. Newsom. La sécurité publique dépend donc des personnes qui choisissent de changer et qui ont la possibilité de mener une vie durable et respectueuse de la loi. Sinon, ils reviendront simplement à ce qu’ils savent faire, qu’il s’agisse de vendre de la drogue, de cambrioler des maisons ou pire encore.
« Voulez-vous qu’ils reviennent avec de l’humanité et une certaine normalité, ou voulez-vous qu’ils reviennent plus amers et plus abattus ? demande M. Newsom.
Le modèle scandinave considère que la perte de liberté et la séparation d’avec la communauté constituent la punition. Pendant cette séparation, la vie doit être aussi normale que possible afin que les gens puissent apprendre à faire de meilleurs choix sans être préoccupés par la peur et la violence.

L’article complet en français: 

La Californie va transformer la célèbre prison de San Quentin avec des idées scandinaves

Cours en ligne sur la prévention du suicide (Centre suisse de compétence en matière d’exécution des sanctions pénales)

L’objectif du programme de formation interactif « Prévention du suicide » est, dans un premier temps, de sensibiliser le personnel à cette thématique. Comment détecter les facteurs de risque suicidaire et comment prendre les mesures de prévention appropriées ?

  • Structure : À l’aide d’informations, d’études de cas et d’exercices, les participant·e·s en ligne sont sensibilisé·e·s au repérage des situations de détention dans lesquelles le risque de suicide peut être accru.
  • Langues disponibles : français, allemand, italien
  • Durée : env. 30 minutes
  • Contact : Nadia Baggenstos, Nora Affolter

Vers la plateforme d’e-learning

Ressources documentaires suisses supplémentaires sur la prevention du suicide en détention:

En accompagnement du manuel sur la sécurité dynamique (2021), le Centre suisse de compétences en matière d’exécution des sanctions pénales ( CSCSP) a conçu, avec le soutien financier du Réseau national de sécurité, un outil d’apprentissage en ligne (e-learning) qui favorisera la transmission des contenus de ce document au personnel pénitentiaire suisse. Les participant·e·s en ligne accompagnent virtuellement une collaboratrice qui effectue son premier jour de travail en prison et qui se pose différentes questions sur la sécurité. Ils et elles se mettent dans la situation de cette nouvelle collaboratrice et répondent à ses questions sous forme de test.
Pour suivre le cours en ligne:  www.skjv.ch/fr/formation/cours-en-e-learning

manuel suisse sur la sécurité dynamique

(Auteur: Ahmed Ajil, 2021, www.cscsp.ch )

« La sécurité dynamique désigne une organisation humaine, respectueuse et équitable de la vie quotidienne en prison, notamment des interactions entre personnel pénitentiaire et personnes détenues. Par une gestion systématique de l’information, elle permet de détecter et de comprendre à temps les changements de comportement significatifs et d’exercer une influence ciblée. Ainsi, elle contribue à la
resocialisation des personnes détenues. Centre suisse de compétences en matière d’exécution des sanctions pénales »

« La promotion de la sécurité dynamique est un élément essentiel du mandat d’exécution des sanctions pénales, qui comprend la réinsertion des personnes détenues aux fins de prévention de la récidive et la garantie de la sécurité au sein de l’établissement. La gestion de la sécurité dynamique est loin d’être simple et ne peut aboutir qu’au prix d’une réflexion continue au niveau institutionnel et personnel. La sécurité dynamique remplit dans sa globalité une mission tant de sécurité que de réinsertion, ce qui implique une grande complexité.
Dans les cas où l’accent est placé sur la sécurité dynamique, les directions d’établissement et les responsables doivent idéalement veiller à ce que cela ne débouche pas sur une instrumentalisation du concept. Il a déjà été mentionné que la sécurité dynamique remplissait une fonction préventive en permettant la collecte du renseignement pénitentiaire. Cette fonction correspond en premier lieu à un paradigme de sécurité au sein de l’établissement et ne tient guère compte du mandat de réinsertion. Les collaboratrices et collaborateurs qui favorisent l’interactivité avec les personnes détenues dans l’unique intention d’obtenir des informations les concernant, ne contribuent que de manière limitée à la sécurité dynamique. Les relations ne sont alors qu’un moyen de contrôle supplémentaire. Il en va de même de l’amabilité : si les collaboratrices et collaborateurs se montrent agréables, mais ne répondent pas systématiquement aux besoins des personnes détenues, leur attitude est en contradiction avec les principes de la sécurité dynamique. Il est donc important que le travail relationnel soit associé à un comportement cohérent et authentique.
Pour que la sécurité dynamique puisse également être instaurée de manière durable et efficace, le personnel doit avoir intégré la philosophie de base du concept. La sécurité dynamique peut rapidement donner l’impression d’être mise en œuvre, mais s’il s’avère, à y regarder de plus près, que cette mise en œuvre n’est que superficielle ou instrumentalisée, l’établissement ne pourra pas non plus profiter de ses effets positifs.
Comme expliqué, le milieu carcéral reste une institution dans laquelle la priorité est en principe donnée à une relation professionnelle. L’instauration d’une connaissance fondamentale de la sécurité dynamique et de la philosophie qui y est associée dans la pratique de l’exécution des sanctions pénales permet, à long terme, de renforcer la sécurité dans sa conception conventionnelle (grâce à l’identification précoce et à la prévention de diverses évolutions des conditions de sécurité) et, dans le même temps, de favoriser la réinsertion des personnes détenues. »

En savoir plus: Manuel sur la sécurité dynamique et le renseignement pénitentiaire, 2015, UNODC